‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 3)Chapitre 13 sur 141 · I.ns tribuns · texte numérisé non relu

I.ns tribuns

du peuple

sollicitent.

l'exécution

de la loi

Tércutilla.

Dionys.l.io,

Liv. lib.3,

Les Romains, comme nous l'avons déjà dit, n'avaient presque point de lois fixes et certaines, en sorte que les consuls et les sénateurs qu'ils commettaient pour juger en leur place ou avec eux étaient les arbitres absolus du sort des citoyens. Un tribun du peuple , nommé ïérentUIus , avait proposé une loi , il y avait déjà plusieurs années, par laquelle il était ordonné que, pour remédier à l'abus de ces jugements arbitraires que rendaient les magistrats, on établirait des lois qui serviraient de règles dans la république , tant à l'égard du

m s roi m I'.omaink. 5i

gouvcriKMiU'ut t't (les affaires piihluiucs que par rapport aux clifï'érends entre les particuliers.

Les tribuns du peuj)le acfueilenient en place solli- En consé-

1 1 r I • • ' n ' qiience , on

Citaient avec beaucoup de force et de vivacité 1 execu- envoie enfin tion de la loi Térentilla. Ils y trouvèrent alors les esprits '^'da,!"' " assez disposés. Le sénat, las enfm de contester, après * ^■"'^^cc. une longue et niiire délibération, ordonna « qu'on en- « verrait des ambassadeurs cliez les originaires de Grèce « qui étaient établis en Italie, et qu'on en ferait aussi « partir pour Athènes : qu'après avoir étudié les lois « de chaque pays , ils en rapporteraient celles qu'ils « croiraient les plus convenables à la constitution pré- « sente de la république romaine : qu'à leur retour , « les consuls délibéreraient , avec le sénat , du choix « des législateurs, du pouvoir qu'on leur confierait, et « du temps qu'ils resteraient en charge ». La chose fut mise en exécution sans délai. On nomma pour députés Sp. Postuinius , Servius Sulpicius, et A. Manlius, tous trois hommes consulaires. On leur équipa trois galères dont la magnificence pût faire lîonneur au peuple romain. Ce fut le trésor public (jui en fit les frais.

p. CURIATIUS. . „ ,

An. R. 3oi.

SEX. QTIINTIT.IUS. Av.J.C.45i.

Cette année fut remarquable par une horrible peste qui ravagea la ville de Rome et les campagnes voisines. Elle emporta presque tous les esclaves et la moitié des citoyens, sans que ni les médecins % ni les parents, ni les amis des malades pussent les soulager, parce

■ Selon Pline , 11b. 29, cap. i , ce decin. Mais le témoignage de Dcnys ne fut que l'an de Rome 533 qu'il d'Halicarnasse est préférable. \int de Grèce en celte ville un mé-

5l HISTOIRE ROMAINE.

que dès qu'on en approchait on était saisi de la maladie. Elle fit périr aussi un grand nombre de magistrats, parmi lesquels fut Quintilius, l'un des consuls. La peste, qui avait fait négliger la culture des terres , fut suivie de la famine.

An. R. 3o2. C. MENENIUS.

Av.J.C.4.')o. ^ SESTIUS CAPITOLINUS.

On choisit Les députés envoyés pour recueillir les lois de la

sâLTso^Tê Grèce en étaient revenus, et les tribuns pressaient vive-

uomde j^-jpj^t [g sénat de mettre la gronde affliire des lois en

pour travail- mouvemcnt. IjC consul Ménénius,à qui ce changement

1er à la ré- ...

tiaction des déplaisait fort , mais qui n'osait s'y opposer d'une ma- Dionys.i.io, nicrc ouvcrte , prit un détour, et ht représenter (car LW.^'ii'b^^-i, une maladie vraie ou feinte le retenait chez lui) que, ° ^'' cette îirande affaire devant se traiter sous les consuls prochains, la bienséance et la justice même demandaient (ju'on ne fît rien avant qu'ils eussent été désignés. Il espérait que l'élection des consuls pourrait suspendre celle des flécemvirs, dont on parlait beaucoup. L'empressement des tribuns fit avancer les comices. On y élut pour consul Appius Claudius , dont les ancêtres avaient toujours été déclarés pour le sénat; et on lui donna pour collègue T. Génutius.

Cet obstacle étant levé , l'assemblée du sénat se tint. 11 y fut résolu qu'on choisirait des décemvirs parmi les plus considérables sénateurs, dont l'autorité durerait une année, à commencer du jour qu'ils seraient élus: qu'ils gouverneraient la république avec le môme pouvoir qu'avaient alors les consuls, et dont les rois étaient autrefois revêtus, mais sans qu'on pût appeler de leurs jugements ; ce qui leur donnait un pouvoir exorbi-

IIISTOIKE HUMAINE. 53

tant : iiu ils connaîlraicnt de toult'S les affaires, tant publiques que particulières : que toutes les autres magistratures, ineiue la puissanee tribunitienne , dont le peuple était si jaloux, et qui faisait toute sa forée, seraient abrogées; et que tous eeux (jui étaient en place abdiqueraient leur eliarge. Ce décret fut reçu du peuple avec de grands applaudissements. Les deux consuls désignés pour l'année suivante furent les premiers qui donnèrent l'exemple de l'abdication. L'on tint incessamment une assendjlée par centuries, dans laipielle furent nommés ces nouveaux magistrats.

Ainsi la trois-cent-deuxième année depuis la fondation de la ville, le gouvernement de Rome cbangea pour la seconde fois , et l'autorité passa des consuls aux décemvirs, comme elle avait passé des rois aux consuls: mais ce dernier changement fut de fort courte durée.

11 est difficile de comprendre comment le sénat et le peuple se réunirent ensemble pour créer dix magistrats avec une autorité souveraine , en abolissant toutes les autres magistratures, sans qu'il y ait eu aucune difficulté, ni aucune opposition. J'en suis moins étonné de la part du peuple. Je sais qu il demandait dej)uis long-temps un corps de lois; qu'il détestait le nom et la puissance des consuls ; et que par cette raison il consentait avec joie à l'érection d'une nouvelle magistrature. Je sais aussi que le sénat , de son côté , ne pouvait souffrir les tribuns , et qu'il se flattait d'en abolir la puissance en établissant les décemvirs, qui tous étaient tirés de son corps. INIais, outre que cette espérance était sans aucun fondement solide et sans aucune apparence, le sénat ne voyait - il aucun inconvénient, aucun danger dans ce nouvel établissement? Qu'on

54 IIISTOIUE ROMAINE.

nomme clans cette auguste compagnie dix commissaires pour travailler ensemble à ce recueil de lois , rien n'est plus sage ; pourquoi abolir cependant tous les autres magistrats? pourquoi donner à ceux-ci un pouvoir souverain ? A quoi peut - il leur servir pour dresser un nouveau code de lois , qui ne doivent point être imposées au peuple par voie de force et d'autorité, mais qui seront soumises à son jugement, et qu'il n'acceptera qu'après un long et sérieux examen ? Un pouvoir annuel sans bornes et sans limites est une grande tentation ; et le sénat , plein de sagesse et de prévoyance comme il était , aurait dû en craindre les suites.

Les décemvirs que le peuple nomma pour la première fois furent Appius Claudius et T. Génutius, qui avaient été désignés consuls pour l'année suivante; Publ. Sestius, qui cette année exerçait le consulat; Sp. Postumius, Serv. Sulpicius , A. Manlius, qu'on avait envoyés en Grèce , et qui en avaient rapjiorté les lois; T. Romilius, à qui Siccius avait fait le procès, et qui avait regagné les bonnes grâces du peuple en changeant de sentiments ; les trois autres furent C. Julius, L. Véturius et P. Horatius. Tous les décemvirs étaient sénateurs et consulaires. Les tribuns, les édiles, les questeurs et les autres magistrats d'ancienne institution furent abolis.

An. R.3o3. AP. CLAUDIUS.

Av.J.C.449. ^ GÉNUTIUS.

P. SESTIUS, etc.

Appius se Cette année les décemvirs , créés pour l'établissetôt'o"dcs''dl ment des lois, prirent possession du gouvernement, et

HISTOIRE ROMAINK. /ÏD

commencèrent à donner nne nouvelle forme à la repu- ccmvirs. ils hlupio. Un seul d'entre eux avait les douze faisceaux "tMcsdJ^ et les antres niar(iues de l'autorité consulaire. Il avait •'""■'i"»

1 sont reçues

soin d'assenihler le sénat, de faire exécuter les résolu- «■'"'■^'c^

parle peuple

lions qu'on y avait prises, et de remplir les autres ipr<Miii

. ."■ , mùrexamen.

fonctions <iui naturellement appartenaient au chef. Les nionvs.i.io, ,, . . , , , p. 680 -684.

autres decemvirs, pour ne point donner au peuple de lIv. lib. 3,

jalousie de leur pouvoir, n'avaient rien qui les distin- '*'

guat du reste des citoyens , sinon un simple officier (acce/isiis) qui marchait devant chacun d'eux. L'autorité de celui qui présidait ne durait qu'un jour , selon Ïite-Live , après quoi un autre prenait sa place; et jusqu'au hout de l'année ils se succédaient chacun à leur tour dans la présidence.

Ils se trouvaient tous dès le matin à leur tribunal , où ils connaissaient des contrats passés avec la république et entre les particuliers. Ils décidaient les contestations, tant du dedans que du dehors, tant des peuples soumis à l'obéissance de l'empire que des alliés et des nations dont on avait sujet de se défier. La justice se rendait avec toute l'exactitude et l'équité possible, et chacun sortait de ce tribunal avec une égale satisfaction.

Rien ne fut plus agréable que les égards qu'on eut pour le peuple , et la protection que les plus petits trouvèrent contre l'oppression des grands : de sorte qu'on disait hautement dans Rome qu'on n'avait plus besoin des tribuns ni des autres magistrats , tant la modération et la sagesse de ce nouveau gouvernement causait d'admiration. Quel serait le bonheur d'un étal qui serait toujours gouverné de la sorte! Quelle paix, quelle tranquillité pour \v public et pour les particuliers ! quelle consolation et quelle gloire pour les princes

et pour les magistrats! Pourquoi est-on si peu sensible à une si pure et si douce joie ?

Appius, entre tous les autres, emporta toute la gloire du décemvirat, au jugement du peuple, et l'on peut dire, en un certain sens, que toute l'autorité de cette magistrature résidait en lui , par l'ascendant qu'il avait pris sur l'esprit de ses collègues et du peuple en même temps. Non-seulement il avait trouvé le secret de se distinguer dans ce qu'il faisait de concert avec les autres décemvirs , mais la douceur et l'affebilité avec laquelle il descendait aux. besoins des derniers et des plus faibles citoyens, l'attention qu'il avait de les saluer et de les appeler cbacun par leur nom , lui avaient gagné tous les cœurs. Il avait été jus-que-là l'ennemi déclaré des plébéiens \ Son caractère, naturellement dur et violent, par la haine qu'il avait conçue contre eux, allait jusqu'à la férocité. Il était devenu tout d'un coup un autre homme, et entièrement méconnaissable : doux, humain, populaire, et uniquement attentif à plaire à la multitude, et à s'en faire aimer.

Une conduite si raisonnable fit goûter pendant cette première année le gouvernement des décemvirs. L'union parfaite qui régnait entre eux, loin d'être préjudiciable aux particuliers, comme il n'arrive que trop souvent, était accompagnée d'une parfaite équité à l'égard de tous les citoyens. Cette joie fut courte , et coûta cher, comme on le verra bientôt ^.

Les décemvirs travaillèrent avec beaucoup d'appli-

« « Regimen totius magistratûs dcret, pro tmci saevoque insectatore

pênes Apj)iuin erat, favore plebis : plcbis. » (Liv. ) adeôque noMim sibi ingeniura in- ^ « L;eta priucipia magistratûs

duerat, ut pleblcola repente , om- ejus nimis luxuilavere. >> (Liv.) nisque aurae popularis captator eva-

IIISTOIIIE ROMAINE. ^"J

cation pendant toute l'année à dresser leur code de lois, ci.-. Tus,-, v, (jifils tirèrent, partie des anciennes ordonnances des stmh. i, i/, , rois de Rome, et partie de ce qu'ils empruntèrent des pif,; 1.'';,, loisde la Grèce, que leur interpréta un certain Ilermo- *"''i' ■>• dore, fort honnne de bien, Tun des principaux d'Ephèse, lequel, exilé de sa patrie, se trouva alors par hasard à Rome. Pline nous apprend qu'on lui érigea une statue dans la grande place de la ville. Quand leur ouvrage fut achevé, ils firent graver les lois projetées sur dix tal)les, qu'ils soumirent à la critique de tous les citoyens. Les ayant présentées dans l'assemblée au peujile, qui les attendait avec impatience, ils dirent « qu ils avaient travaillé, autant qu'ils en étaient ca- « pables, à faire des lois égales pour les grands et pour'' « les petits : mais que les réflexions et les remarques « d'un plus grand nombre de personnes pouvaient beauce coup les perfectionner. Ils exhortèrent donc les ci- « toyens à examiner mûrement chaque article en leur «particulier, puis à en conférer ensemble, et à leur « faire part de ce qu'ils croiraient qu'il faudrait ajouter « ou retrancher : que de cette sorte le peuple romain V aurait des lois ' qu'il aurait, non pas tant acceptées a d'un consentement universel , que dictées et compo- « sées lui-même ».

Elles furent en effet long-temps exposées aux yeux du public. On eut tout le loisir de les examiner et d'entendre les réflexions des personnes les plus sages ; moyen sur et unique de donner à des lois une autorité stable et perpétuelle. Et lors(ju'on n'y trouva plus rien à redire, et (jue tout le monde en j)arut content, le sénat

' «Eas lefjcs lialiitnruiii popiilum non jussisse latas mapis, qiiàiu turumaiiuni , «juus consenbU!) uiuniiim , lisse videri possct. » (Liv. )

assemblé les approuva d'abord par un décret. Ensuite elles furent portées dans le lieu des comices, où le peuple, distribué par centuries, en présence des pontifes, des augures et des autres ministres du culte divin, qui s'étaient acquittés des cérémonies ordinaires, eut la liberté de porter son suffrage. Ces lois, ratifiées par le consentement unanime de tout le peuple romain, furent gravées sur des colonnes d'airain, et posées dans l'endroit le plus apparent de la place publique, et % dans ce nombre immense de lois accumulées les unes sur les autres, dit Tite-Live , elles sont encore aujourd'hui la source de tout le droit public et particulier. Comme le gouvernement des décemvirs était sur le "^ point d'expirer, ils proposèrent au sénat de délibérer à quelle sçrte de magistrature il fallait désormais s'en tenir. Après beaucoup de raisons apportées de part et d'autre , on se réunit enfin à l'avis de ceux qui étaient pour créer de nouveaux décemvirs , et pour leur continuer l'administration de la république. On crut qu'il manquait encore quelques lois à celles qu'on venait de faire , qu'une année avait été un temps trop court pour donner à un si grand ouvrage toute sa perfection ; que , pour mettre en mouvement l'exécution de ces lois, et les faire observer inviolablement de tout le monde , on avait besoin de l'autorité libre et souveraine de la même magistrature qui les avait dressées. Tel fut le résultat de plusieurs délibérations, qui fut d'autant plus généralement approuvé, que le sénat se voyait par là délivré encore de la puissance des tribuns, ({ui lui était fort à

' «Decemtabularmulepesperlala: taruiii legum ciiiiiulo , fons omuis siint, qui nunc (juorjue , in hoc iiu- publici privatique est juris. >• iiienso aliaruin snper alias acerva-

IIISTOIRK R () M A I IV !•:. 5()

charge, et le peuple délivré des consuls, dont Tautorilé lui était devenue presque juissi odieuse (jue celle des rois.

Quand le jour des comices pour Télcction des nou- soc.ikI.,veaux décemvirs fut indiqué, ce fut dans toute la ville ^"'ëinvirT. un mouvement plus vif et plus animé que l'on en eut ja- ^l'i"."" ".^^

r I 1 .1 continue.

mais vu en pareille occasion. Les sénateurs les plus dis- .•""'•^"f?*^,

' 1 al)u^ (|ii iN

tingués par leur âge et par leur mérite demandèrent f""t 'i" '^'"^

, , ■ ,. autorité.

cette charge, dans la crainte sans doute que, s'ils ne nionvs.i.io, se présentaient point, des gens factieux et turbulents Liv. lih. 3, n'en fussent revêtus, et ne causassent un dommage ' ^ ^ considérable à la république. Appius, qui avait un secret dessein de se faire continuer, vovant ces crands hommes, qui avaient passé par toutes les charges, se commettre en quelque sorte pour celle-ci, en fut véritablement alarmé. I.e peuple, charmé de la manière dont il s'était conduit dans le décemvirat, témoignait ouvertement vouloir l'y continuer préférablement à tout autre. Il fit semblant d'abord d'avoir de la répugnance à se charger une seconde fois d'un emploi laborieux et capable de lui attirer de la jalousie; et, pour inspirer à ses collègues le dessein d'y renoncer, il déclarait publiquement qu'ayant rempli tous les devoirs de bons citoyens par le travail assidu d'une année entière, il était juste de leur accorder du repos et des successeurs. Plus il se montrait difficile, plus on le pressait de se rendre aux désirs et aux vœux de tous les citoyens. Il feignit enfin de céder avec peine et malgré lui aux instances de la multitude. 11 surpassait tous ceux qui se présentaient pour cette charge en adresse, en ruse, en savoir-faire. On le voyait dans la place publique, saluer l'un , donner la main à l'autre, se promener avec un

6o HISTOIRE RO.MAl>E.

air de satisfaction au milieu des Duilius et des Icilius, les chefs du peuple, et pOur ainsi dire, les arcs-boutants du tribunat, et faire sa cour par leur moyen à la multitude. Plus ses démarches populaires étaient fausses et opposées à son caractère ^ plus il affectait de les multiplier pour les faire paraître, s'il était possible, plus naturelles et plus vraisemblables : en quoi il se trompait fort. Aussi ses collègues, qui jusque-là lui avaient été entièrement dévoués, conuuencèrent à ouvrir les yeux, et conçurent que tant de popularité, et même de bassesse, n'était point gratuit dans un homme d'un esprit naturellement fier et hautain.

Ils n'osèrent pourtant pas s'opposer directement à ses vues; ils prirent un détour qu'ils crurent pouvoir leur réus>ir; ce fut de le choisir, comme le plus jeune d'entre eux, pour présider à l'assemblée. L'usage était que le président nommât , en concluant, ceux en faveur de qui se réunissait la pluralité des suffrages. Ils comptaient par ce moyen mettre Appius hors d'état de se nommer lui-même, ce qui ne s'était point encore vu, sinon parmi les tribuns ; encore en avait - on été fort choqué , comme d'une pratique contraire aux bienséances et à l'honnêteté publique. Faibles barrières contre l'ambition! aussi Appius accepta-t-il avec joie cette oft're, et il sut bien tourner en moyen de réussir les obstacles mêmes qu'on lui opposait. Non-content de s'être fait élire lui-même, il travailla à faire tomber sur ses amis le choix du peuple pour les neuf autres places, et à donner exclusion aux plus distingués de ses compétiteurs, à des citovens tels que les deux Quin-

» «Quanto luagU talsa erant quae tiebani, tantô plura tacere.» (Tacit. Ubc. I, 45. )

Il ISTOIUK KO M A l\F.. Cil

tins, qui riaient surnommés, Tun Capi'/oli'nus y Vantre Cinclunutus; à son onde C. Claudius ; enfin à tous ses (H)llè'nies (lu premier décenivirat ; et 11 en vint à bout. 11 fut donc créé léglslaleur par les centuries du peuple , avec Q. Fabius Vibulanus, Illustre |)ar trois consulats, liomme Irréprocbable jusqu'alors, et distingué par son mérite et par son zèle pour l'aristocratie autant que par sa naissance et par le souvenir des illustres Fabius, de la maison desquels il était resté le seul rejeton. L'étrange changement qui va bientôt arriver dans ce déeemvir fait voir avec quelle facilité la pente qui conduit aux vices entraîne quelquefois les hommes les plus sagesMI se fit encore donner pour collègues cinq autres patriciens, M, Cornélius, M. Servillus, L. IMinutius, T. Ântoniuset JNIanlus Rabuléius , tous gens de peu de mérite, mais fort attachés à ses intérêts. Ce qui surprit davantage et consterna le sénat, c'est qu'Appius, oubliant sa propre gloire et celle de ses ancêtres, n'eut point de honte, pour flatter les anciens tribuns auxquels il avait vendu sa foi , de proposer trois plébéiens pour déceravirs, sous prétexte qu'il était juste qu'il v eût quelqu'un dans ce collège qui veillât aux intérêts du peuple. Il y fit entrer Q. Pétilius, C.tso Duilius, et Sp. Opplus; ce qui acheva de lui gagner la multitude.

APPIUS CLAUDIUS. ^^. r 3,,,

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