‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 3)Chapitre 131 sur 141 · Tome XI r. Hist. Rom · texte numérisé non relu

Tome XI r. Hist. Rom

que les esprits étaient portés à la douceur ou à la sévérité. Un des sénateurs rigides ayant demandé aux ambassadeurs de Priverne quelle peine ils croyaient que méritaient ses concitoyens : Celle, répondit l'un d'eux, que méritent ceux qui se croient dignes de la liberté. Le consul , qui sentit le mauvais effet qu'avait produit sur les esprits cette réponse trop fière et trop peu mesurée , eu égard à la conjoncture présente, pour lui donner lieu d'en faire une plus douce par une interrogation pleine de bonté et d'amitié : Mais, lui dit-il, si nous vous renie tlo fis enlierenienl la peine , quelle paix garderez-vous avec nous? — Stable et perpétuelle , répliqua l'ambassadeur , j/ les conditioru en sont équitables : incertaine et de peu de durée , si elles ne le ^■iont point. Quelques sénateurs étant encore plus irrités de cette seconde réponse , qu'ils regardaient comme une menace, et presque comme une déclaration de guerre, les plus sages et les plus sensés en jugèrent tout autrement. Ils représentèrent que cette réponse était d'un bomme plein de courage, et jaloux de sa liberté. En effet , disaient-ils , pouvez - vous croire qu aucun peuple, ou niènie qu aucun particulier , demeure volontairement dans un étal dont il sera mécontent , et qu'il ne cherche pas a s'en tirer des quil le pourra faire? La paix nest assurée que de la part de ceux qui la font de bon cœur. Point de fidélité a espérer d'un peuple que Von prétend réduire en servitude. Le consul appuya ce sentiment , et il disait assez liaut pour être entendu de ceux qui pensaient d'une autre manière, qu'il n'y avait que ceux qui étaient uniquement jaloux de leur liberté qui fussent dignes de devenir Romains. C'et avis prévalut,

et l'on accorda aux Privernates le droit de bourgeoisie romaine.

On envoya, cette même année , une colonie à Anxur , composée de trois cents citoyens, à chacun desquels on distribua deux arpents de terre.

p. PLAUTIUS PROCULUS. Aw. R. 42".

p. CORNÉLIUS SCAPULA. Av.J.C.325.

Bientôt après on envoya une autre colonie à Frégelles. On vit cette année pour la première fois se pratiquer une sorte de largesse qui dans la suite des temps devint fort commune. M. Flavius fit au peuple une distribution de chairs crues (vïsceran'o) dans les funérailles de sa mère. Cette libéralité lui valut le tribunat, auquel il fut promu quoique absent.

L'année suivante on porta la guerre contre Paie- cuen-e polis. Cette ville était située tout près de Néapolis. Les ^^^|"/de ''^ habitants de ces deux villes, qui , à proprement parler, p^'^'P"''*n'en faisaient qu'une, étaient originaires de Cumes; et Cumes tirait son origine de Chalcis en Eubée, dont quelques citoyens, après s'être emparés d'abord des îles Enarie et Pithécuse % passèrent enfin dans le continent, s'y établirent, et y devinrent fort puissants. La ville de Palépolis, se fiant sur ses propres forces et sur le secours qu'elle espérait des Samnites , peu disposés à garder la ])aix avec les Romains, et peut-être sur la nouvelle d'une peste qui régnait à Rome, avait exercé beaucoup d'hostilités sur les terres de Capoue et de Falerne. On lui déclara la guerre dans les formes.

' Plusieurs rogaident ces deux seule et même île , qui est vx-Uv (jue noms comme ne marquant <iu"uu<- l'on appelle aujourd'hui /^c/zm.

An.R. 428.

Av.J.C.3a/,.

COUNÉLIUS LENTULUS.

PUBLILIUS PHILO. II.

Dispute au sujet d'une créatiou de

dictateur prétendue

vicieuse.

Les deux nouveaux consuls se partagèrent. Publilius fut chargé d'attaquer les Grecs, c'est-à-dire, Palépolis; et Cornélius de veiller sur les Samnites, pour les empêcher de rien entreprendre. Sur ce qu'on apprit que ces derniers se préparaient certainement à la guerre, et sollicitaient leurs voisins de se joindre à eux, Rome leur fit faire des plaintes par ses députés, auxquels ils répondirent avec un air de hauteur et de fierté qui marquait assez ce qu'ils pensaient et à quoi ils se préparaient.

Le temps de l'élection des consuls approchait. On ne jugea pas à propos de mander ni l'un ni l'autre des consuls actuellement en charge, parce (|ue leur présence était nécessaire à leurs armées. Cornélius fut chargé de créer un dictateur pour tenir les assemblées. Il nomma M. Claudius Marcellus. Le peuple avait aussi ordonné que Publilius , lorsqu'il serait sorti du consulat, continuerait la guerre contre les Grecs en qualité de proconsul, jusqu'à ce qu'elle fût absolument terminée. Le dictateur cependant ne tint point les assemblées, parce qu'on fit naître des difficultés sur sa nomination; et les augures, consultés sur ce sujet, la déclarèrent vicieuse. Les tribuns du peuple s'élevèrent fortement contre cette déclaration, et la rendirent fort suspecte, ou plutôt la décrièrent absolument. « Car enfin, disaient-ils, comment les augures « avaient-ils pu connaître le vice de cette nomination , « que le consul avait faite de nuit, selon la coutume « ordinaire, en prenant toutes les précautions pour em-

IIISTOIRU: nOMAINK. 565

« pocher qu'il n'intervînt aucun obstacle? On n'a de « lui aucun avis qu'il ait donné sur ce sujet, soit au « sénat ou au peuple, soit à quelque particulier (pie « ce puisse être. Il n'y a pas un seul mortel qui dise « avoir rien vu ou entendu qui soit capable de troubler « et d'empêcher les auspices. Les augures prétendent- « ils donc, pendant qu'ils sont tranquilles à Rome, « avoir le privilège de deviner ce qui se passe au loin « dans le camp des Romains ? Qui ne voit clairement « que l'unique défaut que les augures trouvent dans « la nomination de Marcellus, c'est qu'il est plébéien? » Ces réflexions paraissent fort sensées et sans réplique. Les augures néanmoins l'emportèrent, et il ftillut en venir à l'interrègne. Il y eut jusqu'à quatorze interrois. Enfin l'on nomma pour consuls C. Pœtélius et L. Papirius Mugillanus. C'est sous ces consuls que Ïite-Live dit qu'Alexandrie fut bâtie.

e. POETÉLIUS LIBO. II. An. R. 49.9.

Av.J.C.323.

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