L. PAPIRIUS MUGILLANUS
Tite-Live place dans la même année, mais avec MondAplus de raison, la mort d'Alexandre, roi crÉpire. rlra-ÉpIrc. Quoiqu'elle n'ait point de rapport avec l'histoire ro- ^'^.'2''^' maine, cependant, comme ce prince a fait la guerre en Italie, Tite-Ijve a cru qu'elle méritait de trouver ici sa place.
Quand les Tarentins l'eurent pressé de venir en Italie, il crut devoir consulter l'oracle de Dodone, qui lui répondit, à ce (ju'on prétend, qu'il devait éviter la rivière d'Achérou et la ville de Pandosie, parce que c'était là que les destins avaient marqué qu'il devait périr. Cette réponse fit qu'il se hâta de passer en
566 HISTOIRl- ROMAINF.
Italie pour s'éloigner davantage de Pandosie, ville de l'Épire, et de la rivière de l'Acliéron, qui, sortant, du pays des Molosses , va se rendre dans le golfe de Thesprotie. Mais (comme il arrive souvent, dit Tite-Live, qu'en voulant fuir sa destinée on s'y précipite) après avoir défait en plusieurs combats les légions des Brutiens et des Lucaniens, avoir pris sur eux plusieurs villes, avoir foit passer en Épire trois cents des plus illustres familles du pays pour lui servir d'otages, il s'arrêta près d'une ville dont il ne savait pas que le nom était Pandosie, et il s'empara de trois hauteurs un peu séparées l'une de l'autre, situées sur les frontières de la Lucanie et du Brutium , pour ravager de là tous les environs. Des pluies continuelles ayant inondé tout le pays, et séparé les trois corps d'armée, en sorte qu'ils n'étaient plus en état de se secourir mutuellement , deux de ces corps furent taillés en pièces par les ennemis, qui les attaquèrent lorsqu'ils s'y attendaient le moins; après quoi les vainqueurs tournèrent toutes leurs forces contre le troisième, commandé par le roi. Les exilés de Lucanie qui servaient dans ses troupes envoyèrent vers leurs compatriotes, et leur promirent de leur livrer le roi vif ou mort, à condition ({u'ils seraient rétablis dans leur patrie. Dans 1 extrême danger où se trouvait le roi, il eut le courage de percera travers les ennemis avec une poignée de gens d'élite , et tua de sa main le chef des Lucaniens, qu'il trouva à sa rencontre. Ramassant ensuite ses troupes, ([ue la fuite avait dispersées de coté et d'autre, il arriva à une rivière, dont le pont rompu tout récemment par la crue violente des eaux indiquait néanmoins le passage. Les troupes passant avec grande peine cette ri-
HISTOIRK ROiMAIJNE. 667
vière, dont ils ne connaissaient point les gués, un soldat, épuisé de fatigue et transi de frayeur, s'écria : Ak^ malheureuse rivière, c'est avec raison qu'on t'appelle Achèroiil Le roi, ayant entendu cette parole, se rappela dans le moment la réponse de l'oracle, et s'arrêta , doutant s'il devait passer la rivière. Mais voyant les Lucaniens venir à lui, il tire son épée, et pousse son cheval dans le fleuve. A peine y fut-il entre , (ju'un des exilés de Lucanie le perce d'un javelot. 11 tombe mort avec le trait qui l'avait percé, et son corps est porté par le courant de l'eau vers les ennemis, qui le déchirent en pièces et lui font mille outrages. Dans cette fureur où ils étaient , une femme tout éplorée osa se présenter à eux, et leur demander par grace^de voidoir bien lui accorder les restes de ce malheureux cadavre, qui lui serviraient à retirer d'entre les mains des ennemis son mari et ses enfants, (|ui y étaient retenus comme prisonniers. On fut touché de ses prières et de ses larmes, et l'on cessa de maltraiter ce cadavre. Elle rendit les derniers devoirs à ces misérables restes dans la ville de Consentia, et fit remettre aux ennemis , qui étaient à Métaponte, les ossements du roi, lesquels furent portés de là en Epire à Cléopatre, sa femme, et à Olympiade, sa sœur, dont celle-ci était mère, et l'autre sœur d'Alexandre-le-Grand.
La cérémonie du lectisternium fut célébrée à Rome, cette année, pour la cinquième fois. Elle l'avait été pour la troisième , l'an de Rome Sq i . Titc-Live ne parle point de la quatrième.
Les consuls qui avaient été nommés après plusieurs La guerre se interrègnes firent déclarer la guerre dans toutes les formes avec i<s
Samnites. aux Samiiites, et donnèrent tous leurs souis aux pré-
Liv. lib. 8, iT ' • 1 f • I •
c. 25, 2(j. paratirs necessan^es pour la lau^e reussn\
Il leur survint des secours auxquels ils ne devaient pas s'attendre : c'était de la part des Lucaniens et des Apuliens, peuples qui jusque - là n'avaient eu aucun commerce avec les Romains , et qui vinrent d'eux-mêmes leur offrir de les aider de leurs troupes dans la guerre contre les Samnites. On accepta leur offre avec joie, et l'on conclut avec eux un traité d'alliance.
Les Romains prirent quelques villes ' sur les Samnites, et ravagèrent une partie de leurs terres.
Prise de Pa- I^^ u'eurcut pas moins de succès contre les Grecs. icpoi.s. j^gg troupes auxiliaires que Palépolis avait reçues des Samnites et de ceux de Noie y exerçaient des violences inouies. C'est ce qui porta les assiégés à se rendre aux Romains. Ils le firent par le conseil et le secours de deux de leurs principaux citoyens, qui , ayant eu l'adresse de faire sortir les Samnites de la ville, sous prétexte d'une entreprise importante contre les ennemis , y reçurent les troupes romaines.
Publilius, après la prise de la ville, retourna à Rome. 11 y reçut Thonneurdu triomphe. Deux distinctions singulières alors, mais qui devinrent fort communes dans la suite, rendent le commandement de ce général remarquable dans l'histoire. L'exercice de l'autorité militaire lui fut prorogé sous le titre de proconsul; et il triompha après être sorti de charge, c'est-à-dire, du consulat. Cesont deux nouveautés qui étaient jusque-là sans exemple.
Liv. lib. 8, Vue nouvelle guerre avec d'autres Grecs situés dans
rai>.27.
' AUife, CallifsCjRufiiium.
HISTOIRE UOMAlNlL. SGç)
" une région bien différente, c'étaient les Tarentins , commença dès-lors à donner de l'inquiétude à Rome. Je diffère à en exposer le sujet jusqu'à ce que cette guerre éclate entièrement.
Une violence odieuse et cruelle, entreprise par un Régiemont
I • I r>i 1 1 '1 • • •> ' • • contre les
créancier contre le lus de son débiteur, qui s était remis cnat.ricrs. entre ses mains à la place de son père , donna lieu à e^p. ,8 ' un sage règlement, par lequel il était défendu de mettre des citoyens dans les fers pour dettes. Le bien seul , et non la personne des débiteurs, était abandonné aux créanciers. Il paraît que ce règlement ne fut pas toujours exactement observé, puisqu'il fallut, quarante ans après, le renouveler, lorsque la multitude se retira sur le Janicule,