‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 3)Chapitre 17 sur 141 · LIVRE CI\QriÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CI\QriÈME

VuE cinquièmo liviv ivntVniio IVspace de qiuirant<>ciiiq ans, depuis Tan de Rome 3o6 jusqu'à 35 1. 11 timt au\ preniièivs anntvs du siéi^e de Véïes.

jj l. iii/irn' contre' /es i'o/sqi/es et /es E(^ues ^ et contre /es Sti/n'ns. Les t/eu.r consu/s tn'omp/ient malgré le sénat. Dui'/ius er?ij^^he ses co//ègues de se faire ixmtinu^r tri/miis jH>ur Fannée suivante. TrouMes Jornestiques. Les Éqi/es et /es Fo/sqnes s\ii-a7icentjasqa\iu,r portes de Home. Beau discours de (Juintius. Les ennemis sont dé/iuts. Le peuple nvnaùi se déshonore par un jugement rendu contre les .:frdéates.

1 VvlERirs. As. R. -VX>.

M. HORATIIS. Av.JC.i46.

Les troubles domeiitiques que la mauvaise conduite o.urrc

des déoemvii^ avait causés à Rome étant apaisés jxir i« voisquc«>

l'alxlication qu'ils tîivnt de leur charge, et par leur et»^^nt^"îe5

punition, on soui^ea sérieusement aux atlairt^s du de- pi^^uîi!!°[", ,

iiors. v:^:-7^

Ut. 10». 3,

^ ;Uèiv , l'un des consuls, partit avec son armée pour « 6o-63. taiiv la i^uerre aux Volsques et aux Eques, qui s'étaient ivuiiis en un même corps. >îals , sachant que ces ^hhi-

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pies , enflés des avantages qu'ils avaient remportés sur les troupes romaines pendant qu'elles étaient commandées par les décemvirs , en avaient conçu beaucoup de mépris , loin de les détromper , 11 affecta de fomenter leur présomption , et de les rendre encore plus téméraires, en usant de ménagement et de réserve, comme s'il eût appréhendé d'en venir aux mains avec eux. Pour cette raison , il plaça son camp sur une éminence d'un très-difficile abord , l'entoura d'un fossé profond , et eut grand soin de le bien fortifier. Les ennemis le vinrent souvent défier au combat , jusqu'à lui insulter et à lui reprocher sa lâcheté. Il demeura tranquille , et se tint toujours bien renfermé dans ses retranchements. Quelque temps après , ayant appris que les ennemis avaient fait un détachement de la meilleure partie de leurs troupes pour ravager le pays des Herniques et des Latins , et qu'il était resté peu de monde pour la garde du camp , il sortit du sien , et présenta la bataille aux ennemis. Ne voyant paraître personne , il ne fit le reste du jour aucun mouvement, et, s'étant retiré aux approches de la nuit, il donna à ses troupes tout le temps nécessaire pour prendre de la nourriture et du repos. Les ennemis rappelèrent à la hâte ceux qui s'étaient éloignés pour butiner. Ceux-ci rebroussèrent chemin , non pas tous ensemble , ni en bonne ordonnance , mais écartés les uns des autres , et dans l'état où ils s'étaient trouvés quand ils avaient reçu la nouvelle du mouvement des Romains. Le lendemain, dès le matin , le consul fait avancer ses troupes vers le camp des ennemis , résolu de l'attaquer , s'ils n'acceptent le combat. Après avoir attendu assez de temps , comme personne ne se présentait , il donne le signal pour l'at-

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taqiie. Alors les Volsques et les Éques , honteux que ce fussent les retranchements , non les armes et le courage qui défendissent des armées victorieuses , sortent du camp pour combattre. Avant que toutes leurs troupes fussent sorties pour combattre et eussent pu se former , A alère les attaque avec son infanterie , et les met en désordre. Elles reculèrent d'abord ; mais les chefs leur reprochant leur lâcheté , de céder ainsi à des ennemis vaincus , elles reprirent courage , et retournèrent au combat. Le consul , de son côté, anime les siens. Il les fait souvenir « que c'est là le premier jour où, devenus « libres, ils combattent pour leur patrie libre, non plus «sous un Appius, mais sous Valère, qui l'a mise en « liberté : qu'ils montrassent que dans les combats prête cédents il n'avait pas tenu aux soldats, mais aux gé- « néraiLx, qu'on ne remportât la victoire. Puis s'avan- « çant vers la cavalerie ; Brave jeunesse ^ dit -il, cest « ici qu'il s'agit de soutenir votre ixing et votre hon- « neur. V iiifanteiie a commencé à ébranler les en- « nemis , achevez de les mettre en désordre et de leur ii faire quitter le champ de bataille ». L'ardeur fut incroyable. Les ennemis ne purent soutenir un choc si rude , et se débandèrent. Ils perdirent beaucoup de monde, et dans le combat, et dans la fuite. Valère demeura maître du camp , et y fit un grand butin.

La nouvelle de cette victoire passa bientôt dans l'autre armée qui agissait contre les Sabins, et y alluma une vive émulation. Horace, par de petits combats et de légères escarmouches où ses soldats remportaient toujours l'avantage, les avait accoutumés à compter plutôt sur leur courage présent qu'à se souvenir des défaites reçues sous les décemvirs. Les Sabins , fiers des

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succès de l'année précédente, ne cessaient de les harceler en leur faisant de continuels reproches de ce que, s'amusant à de petites rencontres , ils n'osaient en venir à une action décisive. Ces reproches eurent plus d'effet que n'auraient souhaité ceux qui les faisaient. Les Romains, irrités d'une part de tant d'insultes, et de l'autre animés par l'exemple de leurs compagnons qui étaient près de retourner victorieux à Rome, pressent le consul de les mener contre l'ennemi. Après qu'il se fut hien assuré de leurs dispositions, il leur donne jour pour le lendemain. Les Romains éprouvèrent dans la mêlée , de la part des Sabins , tout ce que peut la vigueur et le courage d'un ennemi soutenu par le souvenir d'un grand succès. Tant soldats qu'officiers , et le général surtout, firent des prodiges de valeur. Cependant la cavalerie romaine rendit de si bons services dans cette rencontre, et seconda si bien le consul, qu'il remporta une victoire complète sur les ennemis. Il en périt beaucoup dans le combat : on en prit un plus grand nombre. On s'empara de leur camp , qu'ils furent contraints d'abandonner avec le bagage , et l'on recouvra tout le butin et tous les prisonniers qu'ils avaient faits sur lis Romains dans la dernière guerre.

Pour ces deux victoires remportées séparément sur deux ennemis différents, le sénat, par mauvaise volonté, ne décerna qu'un jour de supplications et d'actions de grâces aux dieux. Mais le peuple, plus équitable et plus religieux, s'acquitta encore du même devoir le lendemain; et cette seconde cérémonie, faite sans décret du sénat, eut un plus grand concours, et fut plus célèbre que celle du jour précédent. Il paraît ici de la petitesse et de la puérilité dans cette compagnie, d'ail-

malgré le séuat.

llISTOlllE ilOMAIWE. 1 0()

leurs si sage et si respectable. Parce qu'elle est mécontente (les consuls, qui lui })araissent trop populaires, elle retranche une partie du culte qui avait coutume dV'tre rendu à leurs dieux dans ces sortes de rencontres. JMais elle poussera son dépit encore plus loin.

I^es deux consuls, qui agissaient en cela de concert, Les

• \ . \ 1 T» » Ai. deux consuls

arrivèrent près de Home presquen même temps, triomphent c'est-à-dire à un jour près l'un de l'autre. Ils convoquèrent le sénat dans le Champ-de-Mars , pour rendre compte des succès de leur campagne. Les principaux des sénateurs se plaignirent de ce qu'on les assemblait au milieu des soldats , exprès pour leur inspirer de la terreur. Les consuls, pour oter tout lieu à leurs plaintes, transportèrent l'assemblée dans un endroit appelé la P raine Jlamimenne. Là , ils exposèrent ce qu'ils avaient fait chacun à la tête de leur armée, et demandèrent qu'il plût au sénat de leur accorder l'honneur du triomphe. Ils trouvèrent les esprits tout-à-fait mal disposés à leur égard. Parmi ceux qui s'opposèrent à une demande si juste, personne ne le fît plus fortement que C. Claudius^ oncle du décemvir Appius. Le motif de son opposition était évident et criant. Il s'emporta avec violence contre le traitement qu'on avait fait à son neveu Appius, qu'il attribuait surtout aux deux consuls. Son avis néanmoins fut suivi du plus grand nombre, et le triomphe leur fut refusé. Piqués de ce refus, et de l'affront qu'on leur faisait si injustement, ils s'adressèrent au peuple , ({ui d'un consentement unanime leur accorda cet honneur. Ce fut pour la première fois ^ que

' Le consul Scrvilius avait déjà tnmultuairement. Ici on se met en triomphé malgré le sénat ( tome i , règle , et le peuple ordonne ce que p. (ii3 ), mais la chose s'était faite le sénat avait refusé.

I lO HISTOIRE ROMAIIVE.

l'on triompha par une ordonnance du peuple , et sans le consentement du sénat. Nous voyons cette compagnie perdre de temps en temps quelques-uns de ses droits ; et l'on a pu remarquer que c'a presque toujours été de sa part quelque injustice qui y a donné lieu. Duiiius Cette victoire du peuple et des tribuns pensa causer

diii)éclic SCS

collègues de uu uouvcau sujct de trouble par la conspiration que

\inuertri- ccux-ci firent entre eux de se faire continuer dans le

''l'anùTe"'^ tribuuat. Il arriva heureusement que le sort, pour pré-

suivante. sidcr à ccttc élcctiou , était tombé sur Duilius. C'était

Liv. lib. 3 , '

n- 64. un homme de tête, qui ne se laissait point aller au torrent, et qui se conduisait par des vues de bien public. Persuadé que cette continuation les rendrait extrêmement odieux , et ne servirait qu'à décrier la conduite du peuple, il déclara nettement qu'il ne souffrirait point qu'on fît tomber le choix sur aucun de ses collègues. Ils eurent beau le presser de laisser aux tribus la liberté de leurs suffrages , ou , s'il avait de la peine à le faire , de céder sa place à un autre , il persista toujours dans sa résolution. Pour s'y affermir davantage , et la mieux faire réussir, il pria les consuls de le venir trouver à son tribunal , et leur demanda quelles vues ils avaient par rapport aux comices pour l'élection des consuls : et comme ils répondirent qu'ils étaient résolus d'en créer de nouveaux , il les mena avec lui à l'assemblée du peuple , pour s'aider de leurs suffrages , qui ne pouvaient pas être suspects ni désagréables à la multitude, de la part de magistrats aussi populaires que ceux - ci. Là , interrogés ce qu'ils feraient en cas que le peuple romain , par reconnaissance du rétablissement de la liberté dont il leur était redevable et des grands succès qu'ils avaient eus dans la guerre, les nommât de nouveau consuls, ils

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lirc'iil la iiiêinc réponse, et protestèrent que, ((uelqiie sensibles qu'ils fussent à l'honneur qu'on voudrait leur faire, ils ne l'aeeepteraient point. Le tribun, après avoir beaucoup loué leur fermeté et leur constance à se montrer jusqu'à la fin différents des décemvirs, procéda à l'élection, et parvint à faire nommer cincj nouveaux tribuns. Mais , voyant que la brigue de ses neuf collègues était si forte, qu'aucun de ceux qui aspiraient au tribunat ne pouvait avoir le nombre requis de suffrages, il congédia l'assemblée, et ne la tint ])lus pour remplir les places restantes. Il prétendait , et ce n'était point sans fondement , avoir satisfait à la loi , qui ne marquait nulle part qu'il fallût d'abord créer ensemble et dans un même jour tous les dix tribuns ; et qui disait au contraire , en termes formels , que ceux que les premiers nommes auraient adoptés pour leurs collègues jouiraient des mêmes droits et seraient censés élus tribuns aussi légitimement queux. Les neuf anciens n'eurent rien à répliquer, et furent obligés de céder. Duilius sortit de charge , également agréable au sénat et au peuple. Il est des actions et des conduites si pleines de raison et d'équité en elles - mêmes , que personne ne peut leur refuser son estime et son approbation ; et si tous ceux qui sont en place agissaient de la sorte, il n'y aurait jamais ni troubles ni plaintes dans les états.

Les nouveaux tribuns , dans le choix qu'ils firent de ceux qu'ils devaient nommer pour remplir leur nombre, eurent beaucoup d'égard au désir et à la recommandation des sénateurs. Ils en choisirent même deux de race patricienne, et qui avaient été consuls, Sp. Tarpéius et A. Atérius ^

' L'an de Rome 3oo.

lia HISTOIRE ROMAIJVE.

An. R. 307. LàR. HERMINIUS.

Av..r.C.445.

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