‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 3)Chapitre 21 sur 141 · Tome XIF. Ilist. Rom. O · texte numérisé non relu

Tome XIF. Ilist. Rom. O

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« déterminés à employer les armes contre des citoyens « impies avant que de les tourner contre les ennemis .« du dehors. »

C'est ainsi qu'on parlait dans le sénat; et l'on juge bien que les tribuns, de leur coté , ne gardaient pas le silence. Voici de quelle façon Canuléius s'expliqua devant le peuple : a J'avais déjà remarqué souvent, Ro- « mains , combien les sénateurs vous méprisaient , et « combien ils vous jugeaient indignes de vivre avec eux <f dans l'enceinte d'une même ville : mais je le sens au- «jourd'lîui plus que jamais en voyant avec quel em- « portement et quelle fureur ils s'élèvent contre nos lois. « Et cependant que faisons-nous par ces lois , sinon de « les avertir que nous sommes leurs concitoyens , et « que , si nous n'avons pas les mêmes biens qu'eux , « nous habitons la même patrie? Par l'une de ces lois « nous demandons la liberté du mariage entre les deux « ordres : or, le mariage s'accorde souvent a des voisins, i< et même à des étrangers. Rome fait plus , en gratifiant « des ennemis vaincus du droit de bourgeoisie, privilège « bien plus considérable que la simple liberté de s'allier cf par des mariages. Pour ce qui est de l'autre loi , en « la proposant , nous ne proposons rien de nouveau : « nous revendiquons seulement ce qui a de tout temps « appartenu au peuple romain , qui est de conférer les « honneurs à qui il lui plaît. Qu'y a-t-il donc en tout «cela qui mérite que les sénateurs excitent tant de «bruit et de vacarme, qu'ils se soient presque jetés « sur moi violemment dans le sénat , et qu'ils menacent « d'en venir jusqu'à nous maltraiter , et à violer la puis- « sance tribunitienne , toute sacrée qu'elle est ? '

« Quoi ! si on laisse au peuple romain la liberté de

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« conférer par ses suffrages le consulat à qui it voudra , « si on n'ote point aux plébéiens l'espérance d'arriver « à la première charge de l'état en cas qu'ils en soient « trouvés dignes , cette ville ne pourra pas subsister , « c'en est fait de l'empire ? et demander qu'on nomme « consul un plébéien , c'est comme si l'on voulait donner « cette charge à un esclave ou à un affranchi ? Sentez- « vous , Romains , dans quel mépris vous êtes ? Ils vous « ôteraient une partie de cette lumière dont vous jouis- « sez avec eux , s'ils le pouvaient. Ils souffrent avec « peine que vous respiriez le même air qu'eux , que vous « ayez comme eux l'usage de la parole et la forme hu- « maine. Si on les en croit , ce serait un attentat contre (( les lois divines que de nommer consul un plébéien. « Eh ! je vous prie , si nous ne sommes point admis à « la connaissance des fastes et des mémoires des ponce tifes, ignorons-nous ce que tous les étrangers savent, «que les consuls ont pris la place des rois, et qu'ils « n'ont de pouvoir et de majesté que ce que ceux-ci en « avaient avant eux ? Croyez - vous donc , patriciens , « que nous n'ayons jamais entendu dire que par l'ordre « du peuple et du sénat on avait été chez les Sabins , cher- « cher dans son champ Numa Pompiliuspour le faire « monter sur le trône, lui qui non -seulement n'était pas « patricien, mais qui n'était pas même citoyen? qu'en- « suite L. Tarquinius, qui, loin d'être Romain, n'était « pas même de race italienne , fils de Démarate , Corin- « thien venu de Tarquinie , où son père s'était établi, a « été fait roi dû vivant des enfants d'xAncus ? qu'après lui « Servius Tullius , né d'une esclave, était parvenu à la « royauté par ses rares qualités et son mérite extraordiic naire? Avant tous ceux que je viens de nommer , nous

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« avions <léja vu régner dans Rome T. Tatius, Sahiii , « que Romulus même, fondateur de notre ville, a bien « voulu associer avec lui au gouvernement. Nous voyons « donc que, tant qu'à Rome on a fait cas du mérite, u avec quelque naissance qu'il se trouvât joint, l'empire « romain s'est accru et a pris de nouvelles forces. Route gisscz maintenant d'avoir pour consul un plébéien, ' , « après que nos ancêtres n'ont pas refusé d'avoir poiu^ « rois des étrangers en qui ils ont respecté et récom- « pensé le mérite. Et la pratique de nos ancêtres n'a (f point changé depuis que la royauté a été éteinte : car «c'est depuis ce temps -là que nous avons reçu dans « cette ville la famille des Claudius, et que non-seule- « ment nous l'avons gratifiée du droit de bourgeoisie, « mais que nous l'avons admise au nombre des familles « patriciennes. D'étranger on peut devenir patricien , « et ensuite consul : et un citoyen romain sera exclu « du consulat, précisément parce qu'il est né de race a plébéienne! Croyons-nous donc qu'il ne puisse pas se « trouver parmi le peuple un homme de mérite et de « courage propre aux emplois de la paix et de la guerre, « et qui ressemble à Numa, à Tarquin, à Servius? ou, « s'il s'en trouve quelqu'un de ce caractère, prétendrons- « nous que, même en ce cas, on ne doive pas lui « mettre en main le gouvernail de l'état? Et nous ai- « nierons mieux avoir pour consuls des hommes sem- « blables aux décemvirs , les plus méchants des mortels , « et qui tous étaient de race patricienne ^ , que des ci- « toycns qui ressemblent aux meilleurs de nos rois, « dont la naissance n'était point illustre!

I <t Denys d'Halicarnasse pense que , parmi les derniers décemvirs , dif'fércininent que Tite- Live, et dit il yen avait trois plébéiens.

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« Mais, me dira-t-on jjeut-être, depuis l'expulsion des « rois aucun consul n'a été tiré du peuple. Que s'ensuit- « il de là ? Ne doit -on jamais songer à aucun nouvel «établissement? combien s'en est-il fait depuis que la «république subsiste! Qui doute que dans une ville «qui doit durer éternellement, et qui prendra des ac- « croissements immenses, on ne doive établir de nou- « velles cliarges, de nouveaux sacerdoces, de nouveaux « usages, de nouvelles lois?

« Cette loi même, qui défend le mariage des séna- « teurs avec les plébéiens, ne sont-ce pas les décemvirs « (jui l'ont portée depuis peu d'années, au grand détri- « ment du public et à la bonté du peuple ? Y a-t-il rien en « effet de plus injurieux ni de plus outrageant que de « déclarer une partie de la ville indigne de s'allier avec « l'autre par des mariages, comme si elle était souillée « et profanée? N'est-ce pas, en quelque sorte, être relé- « gué, et souffrir l'exil en demeurant dans l'enceinte « d'une même ville , que de ne pouvoir contracter ni « alliances ni affinités ?

« Si vous êtes persuadés que ce serait une taelie pour « votre lionneur de mêler votre sang avec celui des plé- « béiens , que ne preniez-vous de sages mesures , mais « secrètes, pour conserver la prétendue pureté de votre « noblesse, en ne cboisissant point des femmes parmi « nous, et ne permettant point à vos filles et à vos « sœurs de se marier à d'autres qu'à des patriciens ? « Nul plébéien ne fera violence à une vierge patricienne : « ce n'est qu'aux patriciens que conviennent de tels « excès. Nul ne vous aurait jamais contraints à faire « de ces sortes d'alliances. Mais d'en faire la défense par « une loi , et d'interdire tout mariage entre les familles

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« des sénateurs et celles du peuple, c'est ce qui nous « est injurieux. Que n'établissez - vous la même sépa- « ration aussi entre les riches et les pauvres ? Pource quoi ne faites-vous pas aussi défense aux. plébéiens de (( demeurer dans le voisinage des patriciens , d'aller par « les mêmes chemins, de manger à la même table, et « de se trouver avec eux dans la place publique et aux « mêmes assemblées?

« Mais, pour trancher le mot, croyez-vous être ici « les maîtres , et avoir une suprême autorité ? Quand « on a chassé les rois , était-ce pour vous donner une « domination souveraine , ou pour procurer à tous une « égale liberté ? Doit-il être permis au peuple de porter « une loi, s'il la juge utile et nécessaire? ou , dès qu'on « l'aura proposée, serez-vous en droit, pour le punir, « d'ordonner des levées? et dès que moi , tribun, j'aurai « commencé à appeler les tribus aux suffrages , faudra- « t-il qu'aussitôt vous, consul, vous fassiez prêter ser- « ment à la jeunesse, et que vous l'emmeniez au camp, (( menaçant et le tribun et le peuple ? Je vous déclare , « consuls , que vous trouverez le peuple prêt à prendre a les armes pour repousser ces guerres dont vous nous « parlez , soit qu'elles soient réelles ou supposées , si en « premier lieu vous consentez que les patriciens et les « plébéiens , unis par le lien des mariages et des affî- « nités mutuelles, ne fassent plus qu'un seul et même « peuple ; et si en second lieu l'entrée aux honneurs est « ouverte à tous ceux qui ont du mérite et du courage, « afin que cette magistrature annuelle, placée ainsi dans « les deux ordres de l'état, montre qu'ils sont également « appelés à commander et à obéir, en quoi consiste la « véritable liberté. Que si quelqu'un s'oppose à ces deux

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« lois, parlez tant que vous voudrez de guerre, multi- « pliez les forces des ennemis , exagérez le danger comme «s'ils étaient déjà à nos portes, personne ne donnera « son nom, personne ne prendra les armes, personne « ne combattra pour des maîtres superbes qui dédai- « gnent de nous associer à eux, soit dans les charges « publiques, soit par les alliances de leurs familles avec « les nôtres. »

Cette harangue, comme on le peut bien juger, ne persuada pas les patriciens. C'était toujours même résistance de leur part, même vivacité de la part de la multitude. Elle avait à sa tête un tribun plein de fermeté et de vigueur, incapable de se laisser intimider ou affaiblir par les menaces , et résolu de pousser l'entreprise jusqu'au bout. Elle n'était pas moins opiniâtrement déterminée que lui à ne point céder , parce qu'il s'agissait, dans cette dispute, des intérêts les plus vifs et les plus piquants qu'elle eût jamais eus.

Le sénat, dans une conjoncture si délicate, jugeant qu'il fallait user de condescendance , consentit à la loi pour les mariages , dans l'espérance que les tribuns , contents de cet avantage, ou renonceraient à la demande de consuls plébéiens, ou du moins la remettraient après la guerre , et en attendant consentiraient aux levées.

Il n'en fut pas ainsi. Les autres tribuns, voyant que on nomme la victoire que Canuléius leur collègue venait de rem- ^IntlJe^à porter sur les patriciens lui faisait beaucoup d'honneur , ^''coLmL'^''' et lui donnait un crédit infini dans l'esprit du peuple, ^'^- g';'^' se piquèrent de leur coté d'une pareille gloire, résolurent entre eux d'emporter aussi de vive force la seconde loi , et jurèrent sur leur foi , qui était le plus grand

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serment qui fût en usage parmi les Romains, de ne point se désister de leur entreprise, quelque représentation qu'on leur pût faire, et pour quelque motif que ce pût être. Le bruit de la guerre croissait tous les jours, et leur résistance aux levées croissait aussi à proportion. Comme on ne pouvait rien terminer dans le sénat à cause de l'opposition des trilîuns, les consuls tinrent chez eux des assemblées particulières , oii ils appelaient les principaux du sénat. Les choses en étaient venues à un point où il était clair qu'il fallait céder la victoire ou aux ennemis, ou aux citoyens. Valère et Horace étaient les seids d'entre les consulaires qui ne se trouvaient point à ces assemblées : leur zèle trop déclaré pour le peuple les avait rendus suspects , pour ne pas dire odieux. L'avis de Claudius armait les consuls contre les tribuns. Les plus âgés et les plus sages , ne pouvant entendre parler de sang et de carnage, ni consentir qu'on portât les mains sur les tribuns, dont l'accord fait avec le peuple déclarait les personnes sacrées, inclinaient à des voies plus douces. On suivit ce dernier avis, et, après une longue délibération où Ton proposa plusieurs expédients pour se tirer d'un pas si glissant , on en imagina un enfin que les deux partis agréèrent : ce fut de créer , au lieu de consuls, des tribuns militaires qui en auraient toute l'autorité, et que l'on choisirait indifféremment parmi les patriciens et parmi ceux du peuple, au nombre de trois.

On convoqua donc l'assemblée pour cette élection. La brigue, de la part des plébéiens, fut animée à proportion de l'intérêt qui l'excitait. Ceux qui s'étaient le plus distingués dans les disputes tribunitiennes , et qui avaient parlé ou agi avec le plus d'emportement , cou-

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raient de côté et d'autre dans la place publique , vêtus d'une robe d'un blanc éclatant, pour solliciter les suffrages '. A la vue d'un empressement si vif, les patriciens , qui savaient combien le peuple était irrité et mécontent, désespérèrent d'abord de pouvoir obtenir aucune des trois places qu'on allait donner. En cas même qu'ils pussent en arracher quelqu'une , c'était pour eux une peine infinie de penser qu'ils âe trouveraient associés avec des gens tels que le peuple en allait choisir, ennemis déclarés du sénat et du bien public. Découragés par toutes ces réflexions, ils étaient résolus de ne point demander cette charge : mais les anciens du sénat les obligèrent de se présenter, pour ne pas paraître quitter entièrement la partie, et renoncera leur droit dans le gouvernement.

Le succès de l'assemblée montra que ce peuple, si fier lorsqu'il s'agissait de défendre sa liberté et son honneur, devenait un juge équitable dès que la chaleur des débats était passée. Content que ceux de son corps eussent été admis à demander la charge, il ne créa pour tribuns militaires que des patriciens, « Où trouve-t-on « maintenant, s'écrie Tite-Live, dans un particulier cette «modération, cette équité, cette grandeur d'ame, qui « se rencontra pour-lors dans un peuple entier ? » ffanc modes tiam, œquitatemque et altitiidinem animi, ubi nunc in uno itiveneris ^ quœ tune populi unwersifuil ?

La trois - cent - dixième année de la fondation de Rome^, on nomma pour la première fois des tribuns militaires à la place des consuls; et ce choix tomba sur A. Sempronius Atratinus, L. Attilius, T. Clœlius.

Candidati. niilitaires entrèrent eu charge à ht,

^ Dodwell croit que les tribuns fin de iio, mais qu'ils ne l'exercé-

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An. R. 3ii. a. SEMPRONIUS.

Av. J. G. 441.

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