C. JlILIllS MENTO
consuls rcés
Les grands préparatifs de guerre des Eques et des Lcsror Volsques firent que le sénat songea à nommer un dicta- Je nommer
1 • 1 I ' • ' uu dictateur.
teur. Les consuls, (jui dans tout le reste étaient opposes Liv. lib. 4, l'un à l'autre , et toujours d'avis différent , ce qui alarmait fort le sénat, se réunirent en cette occasion pour traverser une nomination qu'ils regardaient comme la l'iiine de leur autorité, sans que rien pût les séparer ni leur faire changer de sentiment. Alors, comme les nouvelles du puissant armement des ennemis jetaient une grande alarme dans les esprits, Q. Servilius Priscus, qui avait passé par toutes les charges avec honneur, voyant les consuls déterminés à ne point céder à l'autorité du sénat, eut recours à un remède plus dangereux par ses suites que le mal même auquel on voulait remédier. Il exhorta les tribuns à faire intervenir l'autorité du peuple , dont ils étaient comme dépositaires , pour obliger les consuls à nommer un dictateur. Les tribuns saisirent avec joie cette occasion de faire valoir leur puissance , et , ayant délibéré ensemble sur la demande de Servilius , ils prononcèrent d'un conunun accord que les consuls eussent a obéir au sêiial , et que , ///.<• résistaient davantage au sentiment unanime d'une si auguste compagnie, ils les feraient mener en prison. J^es consuls aimèrent mieux céder aux tribuns qu'au sénat. Us se plaignirent fortement que les sénateurs trahissaient leur propre intérêt et l'honneur du consulat (^1 soumettant cette suprême magistrature au joug de
la puissance tribunitienne. Ils avaient raison en cela ; car, quoi de plus injurieux et de plus outrageant pour le sénat que cette menace insolente des tribuns de jeter en prison les consuls ? Et ce qui n'était alors qu'une menace fut réellement exécuté dans la suite. Il y a plus d'un exemple dans l'histoire romaine de consuls mis en prison par l'ordre des tribuns. Telles sont les suites fimestes de la discorde dans les compagnies les plus sages et les plus accréditées. Elles sont invincibles tant que l'union s'y conserve : la discorde , en divisant leurs forces, les affaiblit, et ruine enfin leurs droits et leurs privilèges les plus importants.
Quand il s'agit de nommer le dictateur, les consuls,
toujours opposés de sentiments entre eux , ne purent
convenir ensemble lequel des deux le nommerait. Il
fallut que le sort en décidât. 11 tomba sur Quintius,
Celui-ci choisit A. Postumius Tubertus , son beau-père ,
homme d'un caractère ferme et impérieux , qui prit
pour général de la cavalerie L. Julius.
Postumius, Le dictateur, après avoir partagé ses troupes en
'emporte' ^l^ux corps , dout il commanda l'un par lui-même , et
uue grande donna Ic Commandement de l'autre au consul Ouintius ,
victoire sur «- "
les Éques et s'avanca vers les ennemis : ils campèrent tous deux sé-
lesVolsques. ^ *
Liv. lii). 4, parement, mais assez près l'un de l'autre, à mille pas
de l'ennemi , qui avait aussi deux camps. Le dictateur , en différentes attaques , fit tout ce qu'on pouvait attendre du courage et de la prudence du plus habile général. Les ennemis, enveloppés de toutes parts, après avoir perdu un de leurs camps, seraient tous péris généralement, et auraient souffert la juste peine de leur rébellion , si Vectius Messius, officier parmi les Volsques , plus connu par sa bravoure et ses belles actions
lliSÏOlUE ROMAINE. 1^5
que par sa naissance , ne les eût tirés d'un danger presque inévitable. Voyant que les troupes s'arrangeaient en rond pour faire face de tous les côtés , situation la plus |)érilleuse où puissent se trouver des combattants, il leur cria à haute voix : «Est-ce (jue vous avez résolu «de vous livrer ici aux ennemis sans vous défendre? « Pourquoi avez - vous donc des armes ? et pourquoi « avez-vous les premiers déclaré la guerre à l'ennemi , « pleins de courage et de bravades loin du danger , «timides et lâches dans le combat? Qu'espérez - vous «en demeurant ici? Attendez - vous que quelque dieu « vienne à votre secours , et vous tire du mauvais pas « où vous êtes ? C'est avec le fer qu'il faut vous ouvrir « un chemin. Vous , qui désirez revoir vos maisons, vos «pères, vos femmes, vos enfants, suivez -moi par la « route que je vais vous tracer. Ce ne sont point des « murs ni des retranchements qui s'opposent à notre « passage , mais des hommes armés comme nous le « sommes. Egaux aux ennemis en courage ' , vous leur « êtes supérieurs par la nécessité de vaincre ou de « mourir, qui est la dernière et la plus forte de toutes « les armes. »
Après avoir ainsi parlé, il se jette tête baissée contre les ennemis. Les siens le suivent en poussant de grands cris. Ils commençaient à enfoncer le corps de troupes que Postumius Albus, l'un des lieutenants romains, leur avait opposé, lorsque le dictateur, voyant ce désordre, arrive fort à propos au secours des siens. Tout le fort du combat tourna de ce c6té-là. Le sort des Voisques roulait sur le seul Vectius. 11 y eut beaucoup
' " Virtute paies, necessitate, quae ultiuium ac maximum teliim est , superioris estis.» (Liv. )
l'jS HISTOIRE ROMAINE.
de blessures et un grand carnage de part et d'antre. Du coté des Romains presque tous les officiers généraux furent blessés. Le dictateur reçut un coup à l'épaule; Fabius, lieutenant, fut percé à la cuisse d'un trait qui lui fit une profonde blessure; le consul fut dangereusement blessé au bras; aucun cependant ne quitta le combat. Le seul Postumius Albus , qui eut la tète presque brisée d'un coup de pierre, fut emporté de la mêlée. Vectius, après avoir fait des prodiges de valeur, s'ouvrit , avec sa brave troupe de jeunes soldats intrépides, un chemin à travers les ennemis, dont il avait fait un sanglant carnage, et perça jusqu'au camp des Volsques, qui n'avait point encore été pris.
Toutes les troupes romaines l'y suivirent. Le consul , qui avait poursuivi fort vivement les ennemis jusqu'au camp, en forme aussitôt l'attaque. Le dictateur en fait autant d'un autre coté. L'attaque du camp ne fut pas moins vive que l'avait été le combat. On dit que le consul jeta un drapeau dans les retranchements, pour redoubler le courage de ses soldats, et ce furent eux qui , pour regagner leur drapeau , s'y ouvrirent les premiers une entrée. Le dictateur, de son côté, ayant renversé les palissades, avait aussi pénétré dans le camp. Alors les ennemis mirent bas les armes, et se rendirent à discrétion. Tous furent vendus, excepté les sénateurs. Une partie du butin fut rendue aux Latins et aux Herniques, qui reprirent chacun ce qui leur appartenait. Le dictateur fit vendre à l'encan l'autre partie; et, ayant laissé le consul pour connnander les troupes qui restaient dans le camp, il reprit le chemin de Rome, où il entra en triomphe, et abdiqua aussitôt la dictature.
iiistoirj: romaine. i^'y
Quelques écrivains ont flétri l;i mémoire de cette dictature si glorieuse, en disant (jue Postumius avait fait couper la tête à son fds pour avoir quitté son poste, et livré sans ordre un condaat dont il était néanmoins sorti vainqueur. Le fait n'est pas certain , et paraît à Ïite-Live peu vraisemblable. L'opinion commune rapporte à Manlius Torquatus le premier et Funicjue exemple d'un zèle si inhumain pour la discipline militaire.
On remarque, dit Tite-Live, quoique la chose n'intéressât pas alors les Romains, que ce fut dans cette année', pour la première fois, que les Carthaginois, qui devaient un jour être de si terribles ennemis du peuple romain , profitant de la division qui régnait en Sicile, et appelés par l'un des deux partis qui étaient en guerre, y firent passer une armée.