Q. FABIUS VIBULANUS
LosSamuitcs Titc - Livc rapporte sur cette année un événement sctabhsscut gj-cjjneer, mais qui regarde une ville dont les liaisons Liv. iib. 4, aY(.Q l'histoire romaine deviendront grandes dans la suite. Les Samnites faisaient depuis long - temps la guerre aux Etrusques , apparemment au sujet d'une ville appelée pour-lors Vulturne , qui appartenait à ces derniers. Ceux-ci , fatigués de la longueur et des dépenses de cette guerre , consentirent enfin que les Samnites envovassent une colonie à Vulturne , et qu'ils fussent mis en possession d'une partie de la ville et du territoire. Quelque temps après, les Samnites, profitant d'une solennité publique qui se passait en festins et en réjouissances , égorgèrent pendant la nuit tous les anciens habitants , qu'ils trouvèrent ensevelis dans le vin et le sommeil , et devinrent , par cet horrible massacre , seuls maîtres et possesseurs de la ville. Ils lui firent changer de nom, et l'appelèrent Capua^ de Capjs leur chef, ou pour quelque autre raison.
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HISTOIRE ROM Al NE. I 8()
T.c hrult (les préparatifs extraordinaires que faisaient Mail
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les Volsques ne se trouva que trop vrai. Senipronius sompromu
caiii|).Tgiic(lc i|)r»iiiii lie/, les
marcha contre eux. C'était un général plein de valeur, VoKfm. populaire, et familier avec les soldats, dont il était Liv. lih./,, adoré; mais plus soldat lui-même que grand capitaine , ef qui faisait la guerre conune si le courage seul eût suffi pour remplir tous les devoirs d'un commandant. Coinme il menait une armée victorieuse contre des vaincus, il ne prit aucune des précautions qu'on peut regarder comme les gages certains d'un heureux succès. 11 ne forma point de corps de réserve, disposa mal la <'avalerie, et se conduisit en tout avec la dernière négligence, comptant sur une victoire assurée. Elle le fut, mais pour les Volsques. Le combat s'étant donné, les Romains ne firent pas grande résistance, et plièrent bientôt. Le consul eut beau employer les exhortations et les réprimandes, quand une fois la peur a saisi le soldat, il ne voit et n'entend plus ni l'exemple ni les ordres d'un général. Ceux-ci n'écoutaient rien , et toute l'armée allait être mise en déroute, sans un simple dé- Belle action curion ' de cavalerie , qui s'appelait Sex. Tempanius. 'nius!"qm" Ce brave homme , voyant que tous prenaient la fuite , ranm'è. et que la cavalerie que le consul avait laissée dans un J^'a^'ctB' endroit coupé de ravins était hors d'état de combattre , cria à haute voix que les cavaliers missent pied à terre , s'ils voulaient sauver la république. Toute la cavalerie obéit, comme si le consul en avait donné l'ordre. Si noiui n'arrêtons l'ennenu, leur dit-il , c'en est fait de
• Le corps de cavalerie qui ac- chaque compagnie en trois décuries,
compagnait chaque légion, se divi- Celui qui coiuinandait une décurie
sait en compagnies de trente hom- s'appelait déciirion. mes qui étaient appelées tiirinœ ;
1C)0 HISTOIRi: ROMAINE.
Vempire. Suivez ma lance pour guidon. Montrez aux liomaiiis et aux Volsques qu'a pied comme à cheval rien ne vous peut i^ésister. Tous jetèrent de grands cris pour marquer leur approbation. Tenant sa lance élevée, il marche à leur tête. Ils vont où les Romains étaient le plus pressés. Partout où ils paraissent , le combat se rétablit ; et si leur petit nombre leur avait permis de se montrer partout, ils auraient sans doute obligé les ennemis de prendre la fuite. Comme on ne pouvait soutenir leur impétuosité , le général des Yolsques donne ordre à ses troupes de s'ouvrir dans l'endroit où elles seraient attaquées, jusqu'à ce que ce nouveau bataillon , s'étant trop avancé , fiJt séparé du reste de l'armée. La chose arriva ainsi. C'est une faute très - ordinaire aux troupes victorieuses. Ces braves soldats ne purent plus retourner par où ils étaient venus , les ennemis s'étant extrêmement serrés dans cet endroit pour leur fermer le chemin. Le consul et les légions romaines n'apercevant plus ce bataillon , qui faisait toute leur force , et craignant que cette généreuse troupe ne fût accablée par les ennemis, font tous leurs efforts pour la chercher et arriver jusqu'à elle. Les Volsques, d'un côté , repoussent fortement le consul et les légions ; de l'autre , pressent vivement Tempanius et ses soldats. Ceux-ci, ayant tenté plusieurs fois , mais toujours inutilement , de rompre les ennemis et de percer jusqu'au gros de l'armée, s'emparent d'une hauteur, s'y rangent en rond, et se défendent avec un courage qui coûta beaucoup de sang aux ennemis. La nuit seule mit fin à ce combat. Le consul , de son coté , soutint toujours et arrêta l'ennemi pendant qu'il y eut un peu de jour. Ils se séparèrent de part et d'autre, sans savoir qui avait remporté la vie-
IIISTOIIU-: IlOMAINF. I () 1
loin'; el la IVayeur fut si grande dos douv paris, (juc It-s dt'iix armées , se comptant chacune vauicue , et ayant laissé dans leurs cauips les blessés et une grande partie des bagages, se retirèrent sur les montagnes prochauies. La hauteur cependant demeura assiégée jusqu'au milieu de la nuit , que ceux des Volsques qui l'environnaient , apprenant que leur camp était abandonné , et croyant leur armée défaite , se sauvèrent où ils purent.
Tempanius , qui ne doutait pas (|ue les ennemis ne l'attaquassent de nouveau dès que les ténèbres seraient dissipées , fut bien surpris lorsqu'au point du jour il ne vit jdus ni amis ni ennemis. Il ne pouvait comprendre ce qu'étaient devenues deux grandes armées , qui peu d'heures auparavant occupaient toute la plaine. Il alla d'abord lui-même reconnaître le camp des Volsques , et ensuite celui des Romains. Il rencontra partout une solitude égale , et ne vit dans l'un et dans l'autre camp que quelques blessés qui n'avaient pu suivre leur corps d'armée. Il passa de là sur le champ de bataille , qui ne lui présenta ([ue des morts et des mourants , et cette image affreuse c(u'on y rencontre le lendemain d'un combat. Ennnenant avec lui ce qu'il pouvait de blessés, et ne sachant quelle route le consul avait prise, il marche vers Rome par le chemin le plus court.
Déjà la nouvelle du combat malheureux et du cauqj abandonné s'y était répandue , et avait jeté une consternation générale dans toutes les familles. On y déplorait surtout la perte de la cavalerie, que l'on crovait avoir été taillée tout entière en pièces. Le consul FiUjius , crainte de surprise, disposa des corps -de -garde aux portes. Un gros de gens armés qu'on aperçut de loin jeta une nouvelle frayeur dans la ville , et fit craindre
que ce ne tussent les ennemis. La crainte se changea bientôt en une joie inconcevable quand on eut reconnu que c'étaient ces cavaliers mêmes qu'on avait crus morts. Ce ne fut qu'un cri d'allégresse dans toute la ville. Les mères et les femmes , tout hors d'elles - mêmes , et oubliant les bienséances de leur sexe , courent à leur rencontre , et , le visage baigné de larmes , embrassent tendrement leurs enfants et leurs maris , qu'elles revoyaient contre toute espérance.
Sage Les tribuns du peiqjle marquèrent ici bien à contre- ■
réponse de ^ 1 1 1 ..-,,. V
1 empanius tcmps Icur acharnement cou tre les patriciens, ils avaient ^.'l'u pe'^p" °.* appelé en jugement M. Postumius et T. Quintius, au
'i"^o''/i' ^"^y^*^ f'^ ^^ bataille de Véïes , perdue par leur faute, quatre ou cinq ans auparavant. La conjoncture présente leur parut favorable pour réveiller cette affaire. Ayant convoqué l'assemblée , ils représentèrent avec beaucoup de vivacité et de chaleur que la faute des deux généraux à Véïes , étant demeurée impunie , avait donné lieu à ce qui venait d'arriver chez les Volsques , où le consul avait trahi son armée , livré au carnage les plus braves cavaliers qui fussent dans les troupes , et abandonné honteusement son camp. Un des tribuns, appelé C. Villius ^ , fit appeler l'officier de cavalerie fl Tempanius, et l'interrogea ainsi juridiquement devant toute l'assemblée : « Tempanius, je vous demande si « vous croyez que le consul Sempronius ait donné la « bataille dans un temps convenable, qu'il ait placé un « corps de réserve pour la sûreté des combattants , et « qu'il ait rempli aucun des devoirs d'un bon général.
I Le texte porte C. Jiiliiis. Les buns dn peuple. Sigoiiius conjecture Jules étaient patriciens , et, par con- avec beaucoup de vraisemblance séfjuent, ne pouvaient pas être tri- qu'il faut lire ici C. rillius.
IIISJ'OIUI: ItOAIAlNK. |()3
«Je vous (lemancle encore si c'est de votre (;lief (jiie, « voyant la déroute des légions , vous avez fait mettre « pied à terre aux cavaliers , et rétabli le combat ? Si « lorsi[ue vous et les vôtres avez été séparés du reste de « l'armée, le consul vous a secouru eu personne , ou s'il «vous a envoyé du secours? Si le lendemain il vous « est venu quelque renfort ? Si c'est par votre courage « que vous et votre troupe avez percé dans notre camp ? « Si vous y avez rencontré ou le consul , ou l'armée , et « si vous ne l'avez pas trouvé abandonné avec les soldats « malades qu'on y avait laissés? ^'ous êtes vrai et sin- « cèie : c'est votre courage seul qui a sauvé l'armée. Il « faut me répondre sur tous ces articles , de bonne foi , «et sans rien déguiser; et me dire aussi où est Sem- « pronius , et où sont ses légions ? Si vous avez été « abandonné, ou si c'est vous qui avez abandonné le «consul? Enfin, si nous avons remporté la victoire, « ou si )ious avons été vaincus ? »
La conjoncture était délicate et embarrassante pour un soldat qui ne voulait ni trahir la vérité ni charger son général. La réponse de Tempanius ^ fut simple et militaire , sans aucun ornement , mais pleine de bon sens et dfe dignité : il évita également et de se faire valoir lui-même, et d'accuser ou de rabaisser les autres. 11 dit « qu'il ne convenait point à un soldat de juger « du mérite guerrier de son commandant ; que cet « examen avait regardé le peuple quand»il l'avait nommé « consul : (ju'ainsi on ne lui demandât point ce qu'il « pensait du plan et des desseins de Sempronius pour
' « Advcrsùs hxcTempanii oratio cllbiis, non criiulne alieuo la^ta. » incompta fuisse dicitur, ca'terùui (Liv. ) inilitarlter gravis , non suis vana lau-
Tunie Xlf. Ilist. Rum. I .^
« les opérations de la guerre, sur quoi il s'imaginait que « les plus habiles dans l'art militaire pourraient être a embarrassés à répondre : que , pour lui , il ne pouvait - « parler que de ce qu'il avait vu, et qu'il allait en rendre « compte. Qu'avant que d'être séparé du corps de l'ar- « mée, il avait vu le consul combattre à la tête des trou- « pes, les exhorter, et se porter dans tous les endroits où « le péril était le plus grand ; qu'ensuite lui et les siens « l'avaient perdu de vue : que cependant , par le bruit « et les cris , il avait jugé que le combat avait été poussé « jusqu'à la nuit ; et que la multitude des ennemis avait « empêché qu'on ne pût percer jusqu'à la hauteur qu'il « occupait : qu'il ne savait oii était Tarmée : qu'il ,con- «jecturait que , comme lui-même dans un danger si « pressant s'était défendu lui et les siens par la situa- « tion avantageuse d'une hauteur , le consul aurait (f cherché des endroits propres à y établir un camp « pour s'y mettre lui et son armée en sûreté : qu'il « croyait que les troupes des Volsques n'étaient pas en « meilleur état que celles des Romains : que la nuit avait « jeté un voile sur les deux armées , qui les avait égale- <f ment empêchées de savoir ni ce qu'elles devaient « faire , ni ce que les ennemis étaient devenus ». Au reste , il demanda par grâce qu'on ne le retînt pas davantage , avant un extrême besoin de repos pour se remettre de ses fatigues , et se faire panser de ses blessures. En effet f il fallait que le tribun eût bien peu de raison d'arrêter, connue il fit, par des interrogations si peu nécessaires et si absurdes, un soldat fatigué comme celui-ci devait l'être. Il retourna chez lui comblé des louanges et des applaudissements de tout le peuple^ qui ;i(lmira encore plus la sagesse et la modération de
11 IS lOl K i; lU) MAIN K. iqj
sa réponse , que la valeur et la bonne conduite avec lesquelles il venait de condiattre- les ennemis de la patrie.
Cependant le consul Sempronius était déjà arrivé par la voie Ijavicane jusqu'au temple du Repos. On lui envoya aussitôt des chariots et des chevaux pour amener plus commodément à la ville des soldats fatigués du combat, et de la marche qu'il avait suivie. En rendant compte de ce qui s'était passé, il ne fut pas plus attentif à se disculper qu'à donner, à ïempanius tous les éloges qui lui étaient dus.
Les tribuns continuèrent leur poursuite contre les deux commandants qu'ils avaient appelés en jugement. Comme la populace était fort affligée de ce qui venait de se passer chez les Voisques , et fort mécontente des généraux, Postumius fut condamné à une amende. Quant à ce qui regarde Quintius, les belles actions qu'il avait faites depuis le malheureux combat de Véïes, et la considération qu'on eut pour la mémoire de son père Cincinnatus, et pour Quintius Capitolinus, alors accablé de vieillesse, lui sauvèrent cet affront : il fut renvoyé absous.
Le peuple, dans le choix de ses tribuns, disposa Tempanins
1^1 /> 1 . • 1 est ijouiiiié
de quatre places en raveur de quatre sujets absents, tribun du savoir : Sex. Tenqjanius, A. Sellius, L. Antistius, Lirilil'./,, Sex. Pompilius. Ces trois derniers étaient les princi- " '* • paux de la troupe qui avait accompagné Tempanius dans l'action généreuse que nous venons de raconter. On voit ici que le peuple est sensible au mérite, et qu'il ne tarde point à le récompenser. Le courage seul de ces quatre soldats avait brigué pour eux , puisqu'ils étaient absents.
Le consulat n'ayant pas été en bonne odeur cette
I9G AISÏOIRE ROMAINE.
année -ci, on nomma pour la suivante des tribuns militaires.