‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 3)Chapitre 39 sur 141 · L. SERGIUS FIDÉNAS · texte numérisé non relu

L. SERGIUS FIDÉNAS

SEX. JULIUS lULUS.

Les jeux qu'on avait voués pendant la guerre sont célébrés avec un grand appareil , et avec un grand concours des peuples voisins , qui fuient bien contents des manières gracieuses et prévenantes dont les Romains exercèrent l'hospitalité à leur égard.

Plaintes des Après la célébratiou des jeux, les tribuns, fort mépcupio. " contents et irrités de voir que les plébéiens n'avaient n' js^jg' *^"core pu parvenir à une seule place parmi les tribuns militaires , quoique cela dépendît absolument du peuple , lui en firent de vives plaintes dans leurs harangues. Ils reprochaient à la multitude « qu'enchantée par une « aveugle et stupide admiration de ceux pour qui elle « avait dans le fond une véritable haine , elle se retenait « elle-même dans une éternelle servitude ; et que non-seu- « leinent elle n'osait aspirer au consulat , mais que , dans cela nomination des tribuns militaires, à laquelle les « deux ordres avaient un droit égal , elle s'oubliait elle- « même , et ceux qui lui étaient attachés ». Ils disaient « qu'elle ne devait pas s'étonner que personne ne songeât « plus à défendre les intérêts du peuple : qu'on s'exposait a volontiers à toutes sortes de travaux et de dangers « pour ceux de qui l'on pouvait raisonnablement espérer « de la protection et des honneurs ^ : que les hommes se- « raient capables de tout entreprendre, si la grandeur

" <<Eô impendi laboreiu ac péri- ros bomines , si lua^a conatis nia- Buluin, iindè emolumeutiiui aUjue gna prœiiiia propoiiaiitur.» liuUDS speretur. Niliil non agressu-

HISTOIRE ROMAINE. iS')

ft dos m'ompeiises répondait à celle des entreprises. Mais « (ju'nn tribun du jK'upie se jette tète baissée dans des « disputes où il iie voit pour lui cpie des dangers et nul f< avantage, et dont il est sûr que tout le fruit qu'il peut « se promettre sera, du coté des sénateurs, une liaine « implacable et une persécution éternelle , et du côté du a peuple, pour qui il aura combattu, un oubli entier de « ses intérêts, c'est ce qu'il ne faut ni attendre ni de- « mander. Ce sont, disaient-ils, les grands bonneurs qui « font les grands courages. Aucun plébéien ne se mé- « prisera lui-même, s'il cesse d'être méprisé. On devrait « au moins faire un essai dans quelques-uns d'eux , en « éj)rouvant de quoi ils sont ca))ables , et voir si ce serait « une cbose qui tiendrait si fort du prodige de trouver « un homme de courage et de mérite parmi ceux du « peuple. On a obtenu, après bien des combats , que les « tribuns militaires avec l'autorité de consul pourraient « être tirés du peuple. En conséquence , des plébéiens , « estimés généralement pour les services qu'ils ont ren- M dus à l'état tant en paix qu'en guerre , se sont présentés « pour cette charge. Dans les premières années , moqués « et refusés honteusement, ils ont servi de risée aux pau triciens : ils ont depuis cessé de se produire pour ne i< point se donner en spectacle , et ne point essuyer un « affront si sensible. Nous ne voyons pas pourquoi on « n'abrogerait point entièrement une loi qui donne un (.( droit dont on ne fera jamais usage. Pour-lors, quelque « injustice qu'il y eût dans ce procédé , il y aurait moiiis « de honte pour les plébéiens de n'être point admis à « une charge dont l'entrée leur serait interdite que d\n\ « être exclus connue indignes ».

Ces sortes de harangues étaient écoutées avec plaisir

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et reçues avec applaudissements. Elles engagèrent quelques plébéiens à se présenter pour demander le tribunal militaire, faisant espérer au peuple qu'ils porteraient pendant leur magistrature des lois favorables à ses intérêts , comme de faire un partage des terres appartenantes au public , d'établir de nouvelles colonies pour le soulagement des citoyens , d'imposer une certaine somme sur les possesseurs des terres, qui servirait à donner une paie aux soldats. Les tribuns militaires qui étaient actuellement en place n'ignoraient rien de tout ce qui se passait parmi le peuple. Ils profitèrent d'une conjoncture où il était resté peu de monde à Rome; et ayant fait doiuier clandestinement avis aux sénateurs de s'y rendre un certain jour , le sénat , en l'absence des tribuns du peuple , donna un décret qui portait que , vu les nouvelles qu'on avait reçues que les Volsques s'étaient mis en campagne pour ravager les terres des Herniques , les tribuns militaires partiraient sur - le-cliamp pour s'informer sur les lieux de ce qui en était ; que cependant on tiendrait l'assemblée pour nommer des consuls. En partant ils laissèrent à Rome, pour gouverner la ville , celui d'entre eux sur la fermeté duquel ils comptaient le plus : c'était Appius Claudius , fils du décemvir , jeune magistrat plein de feu et de liardiesse , et qui avait sucé avec le lait la haine du peuple et de ses tribuns. Il convoqua l'assemblée sur-le-champ , et l'on nomma des consuls. Les tribuns du peuple , à l'insu des- (juels Tite-Live suppose que tout ceci s'était passé , demeurèrent fort surpris et interdits. Ils ne pouvaient s'en prendre , ni à ceux qui avaient porté le décret , ils étaient absents, ni à Appius, l'affaire était faite et consonnnéc. Je ne sais s'il convenait à nue compagnie aussi grave

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et aussi respectable qu'était le sénat , d'user de petites T uses eomnie elle fait ici pour uonuiier des consuls, .le trouve l)ieu plus de uohlesse dans la couduite du peuple, et je ne me lasse point de l'admirer. Animé par ses tribuns , il avait fait les derniers efforts pour être admis au consulat, et eu était venu aux dernières extrémités. Tout était eu feu , et l'on avait tout à craindre , tant la populace paraissait aigrie et prête h commettre les plus grandes violences. Le sénat se relâcbe , et accorde aux plébéiens ce qu'ils demandaient , en cbangeant seulement le nom. Le peuple choisit sur-le-champ trois tribuns militaires avec l'autorité de consuls , et il n'en t»re aucun du corps des plébéiens. Qu'est donc devenue cette fureur du peuple prêt à tout renverser? Semblable à ces orages violents, mais momentanés , qui ne laissent j)oint de traces après eux , elle se change en une sagesse et une modération qui n'ont point d'exemple. Il serait jieut-être moins étonnant que le peuple, chî^rmé de la condescendance du sénat , dans ce premier moment et dans cette espèce d'enthousiasme de joie, se fût piqué de ne point céder en générosité à cette auguste compagnie, et de renoncer noblement à ses propres intérêts ; mais que, malgré les vives et continuelles sollicitations de ses tribuns , il ait persisté dans les mêmes sentiments pendant |)lusieurs années , car il s'en est déjà passé vingt depuis l'établissement des tribuns militaires , et il s'en passera encore autant sans que les plébéiens soient admis à cette charge , c'est ce qui me paraît au-dessus de toutes les louanges. 11 y a lieu de juger que le peuple pensait et agissait ainsi par estime pour la sagesse et la prudence des sénateurs, entre les mains desquels il trouvait l'autorité du gouvernement mieux placée que

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dans celles des plébéiens. Un mot de la harangue des tribuns que j'ai rapportée auparavant semble l'insinuer. Us reprochent au peuple qu'enchanté par une aveugle et stupide admiration des sénateurs , il se condamne lui-même à une éternelle servitude , quod admiratione eorum quos odisset slupens ^ in ceierno seipsa teneret servitio. Voilà donc , selon les tribuns , la raison pour laquelle le peuple n'a point voulu jusqu'ici admettre les plébéiens aux premières charges de l'état. Y a-t-il rien qui puisse lui faire plus d'honneur ?

An. R. 3jt^. c. SEMPROmUS ATRATINl-'S.

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