L. VALÉRIUS POTITUS
Trois des tribuns militaires marchent contre les Volsques , chacun à la tête d'un corps d'armée. Deux ravagent leurs terres de différents côtés. Le troisième, (jui était Fabius Ambustus , conduit ses troupes contre la ville d'Anxur, appelée depuis Terracine , dont il forme le siège. Il la prend par escalade. Le carnage d'abord fut grand: mais dès qu'on eut promis la vie à ceux qui mettraient bas les armes , tous les quittèrent
et les Romains cessèrent de tuer. On fit deux mille cinq cents prisonniers. Pour le reste du butin, Fabius ne voulut pas qu'on y touchât que ses collègues ne fussent arrivés avec leurs armées , représentant à ses soldats que leurs camarades avaient contribué à la prise d'Anxur en empêchant les autres villes , dont ils avaient ravagé les terres, d'y envoyer du secours. Quand ils furent arrivés , les trois armées pillèrent ensemble cette ville , qui était fort riche et fort opulente. Cette libéralité des généraux commença à réconcilier le peuple avec les patriciens.
Mais ce qui y mit le comble, fut un décret du sénat
La paie de 1 .; vi i i i • a
riufauterie q^i viut fort a propos, et qu il donna de lui-même,
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biie pour la gans être sollicite ni par le peuple , ni par ses tribuns.
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fois. Jusque-la les soldats avaient servi l état a leurs propres ^"^D.'sV' f^'^^s ^^ dépens. 11 fallait que chacun tirât de son petit héritage de quoi subsister tant en campagne que pendant le quartier d'hiver; et souvent, quand la campagne durait trop long-temps , les terres , surtout celles des pauvres plébéiens , demeuraient en friche. De là étaient venus les emprunts , les usures multipliées par les intérêts , ensuite les plaintes et les séditions du peuple. Le sénat , pour prévenir ces désordres , ordonna que dans la suite les soldats qui servaient dans l'infanterie seraient payés des deniers du public. Rien ne fit jamais tant de plaisir au peuple. Il courut en foule vers le sénat. Il baisait les mains des sénateurs à me- » sure qu'ils sortaient , et les appelait ses pères. Il dé-
clarait qu'après un tel bienfait , il n'y avait aucun citoyen (jui ne fût prêt , pendant (ju'il lui resterait un souflle de vie, à donner jusqu'à la dernière goutte de son sang pour une patrie si bienfaisante. Le décret en
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liii-mt'me était fort agréable au peuple , en ce que désormais, pendant que les particuliers serviraient le public dans les années, leurs revenus ne seraient plus ciiargés d'un surcroît de dépense. Mais ce qui augmentait la joie et la reconnaissance , et qui donnait un nouveau prix h cette largesse, c'est, disait-on , qu'elle n'avait point été extorquée par les plaintes des tribuns , ni sollicitée par les prières du peuple ; et qu'elle était le pur effet de la libéralité du sénat , et partait d'un fonds de bonté pleinement volontaire pour les citoyens.
Combien le sénat devait-il être charmé de voir son décret reçu avec un applaudissement si général! Y at-il en effet une joie plus pure, plus vive, plus intime pour ceux (jui gouvernent , s'ils ont quelque sentiment d'humanité, que de se voir en état de soulager les peuples, et d'oter une partie des charges que la dure nécessité des guerres les avait obligés malgré eux de leur imposer, et que de s'entendre appeler, comme ils le sont par leur place , les protecteurs et les pères de la patrie ? Un peuple comme celui dont nous écrivons l'histoire, prêt à se sacrifier pour l'état (et nous en pouvons dire autant du peuple français , dévoué de cœur et d'affection au service et à la personne de ses rois), ne niérite-t-il pas bien d'être traité avec indulgence et bonté?
Le mauvais caractère des tribuns du peuple se montra Murmures
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bien en cette occasion, lis turent les seuls qui ne pri- tribuns. rent point de part à la joie publique, et ils se firent 'Vilùi. '* remarquer par un chagrin sombre et plein d'envie. Ils s'étudièrent même à empoisonner le bienfait du sénat, en faisant entendre au peuple « que cette prétendue « largesse ne lui serait pas aussi avantageuse qu'elle «paraissait devoir l'être : car, comment établirait-on
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« un fonds pour la paie des soldats , sinon en imposant « un tribut sur les particuliers ? Que c'était donc aux « dépens d'autrui que le sénat se montrait libéral: qu'au « reste, quand les autres approuveraient cette nou- « veauté, les anciens soldats ne pourraient point y con- « sentir , et qu'ils ne souffriraient jamais que les nou- « veaux soldats fussent d'une meilleure condition que «n'avait été la leur; et qu'eux-mêmes, après avoir « servi le public à leurs dépens , ne se verraient pas « volontiers obligés à contribuer à la paie des autres « par le tribut qu'on leur imposerait ». Les tribuns entraînèrent une partie du peuple dans leur sentiment. Enfin, quand on eut publié la nouvelle imposition, ils déclarèrent qu'ils prendraient fait et cause pour ceux qui refuseraient de la payer.
Les sénateurs , soutenant par leur sage conduite ce
qu'ils avaient si bien commencé, donnèrent l'exemple
l'cxemiiie aux autrcs , et furent les premiers qui portèrent au tré-
j)our le paie- ' i ' ' • i l 1
ment d'un sor pubHc Icur quotc part, réglée equitablement sur la quantité de leur revenu. Comme il n'y avait point encore d'argent monnayé, mais que toute la monnaie était de cuivre, et par conséquent fort pesante (c'est ce qui s'appelait «?jg7V2(^e% quelques-uns des sénateurs firent porter sur des chariots leur contribution, qui était fort considérable ; ce qui attira les regards du public. Quand on vit les patriciens contribuer de bonne foi , chacun selon leur bien, les principaux du peuple, amis la plupart de la noblesse , se piquèrent de les imiter ; et la populace
Les sénateurs douuent
nouveau tribut.
' Il y a grande apparence que bien aise de distinguer l'aucienue
l'expression <T'.ç i,v«i'<? ne commença monnaie de la nouvelle, devenue
à être en usage que lorsqu'on eut jjIus légère, alfaibi les monnaies, et que l'on fut
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même , qui les entendait louer généralement connne de bons citoyens, voulut partager avec eux cette gloire, et s'empressa de payer le tribut sans se mettre en peine de ce qu'en penseraient les tribuiis.
Outre le soulagement du peuple, le sénat, en établissant des fonds pour le paiement des troupes , avait en vue de porter la guerre plus loin , et de la pouvoir soutenir plus long-temps. Avant cet établissement, on faisait moins la guerre que des courses , qui se terminaient ordinairement par un combat. Ces petites guerres ne duraient pas plus de vingt ou trente jours , et souvent bien moins, le soldat, faute de paie, ne pouvant pas tenir la campagne plus long-temps. Mais, quand le sénat se vit en état de pouvoir entretenir pendant l'année entière un corps de troupes réglées , il forma de plus grands projets , et il fit dessein d'assiéger Véies , place des plus fortes de l'Italie , et qui ne le cédait pas même à Rome , ni pour la valeur ni pour la richesse de ses habitants.
La guerre ayant été déclarée aux Véïens , les nouveaux tribuns militaires firent marcher contre eux leurs troupes , composées la plupart de soldats volontaires.
T. QUNTIUS CA.PITOLINUS. An. R. 35o.
Av.J.C.402.
P. QUmTIUS CINCINNATUS.