Tome XI F. Hist. Hum. I
romaine retentit partout des cris et des tumultes excités par ces deux demandes séditieuses des tribuns , auxquelles nous avons vu que les sénateurs se sont toujours fortement opposés , comme à des entreprises qui entraîneraient infailliblement la ruine de l'état et de la liberté, ce qui est effectivement arrivé.
Quoique dans la primitive acquisition ou invasion de ces terres il pût y avoir quelque injustice, on ne pouvait, après plusieurs siècles de possession , songer h réformer cet abus sans causer un bouleversement général dans la fortune des particuliers. Àratus, chez les Grecs, sentit bien cet inconvénient , et ce n'est point sans
offic. 1. îï, raison que Cicéron relève extrêmement la sagesse qu'il Plut. fit paraître dans une pareille conjoncture. Etant rentré
î" io3f!' dans Sicyone, et ayant fait mourir le tyran Nicoclès, il rappela six cents des plus illustres citoyens , que les tyrans avaient chassés après leur avoir ôté tout leur bien : mais il se trouva dans un grand embarras. D'un côté, il ne lui paraissait pas juste qu'ils fussent dans rindigcnce pendant que d'autres jouissaient des terres et des maisons qu'on leur avait ôtées. Mais il trouvait aussi quelque sorte d'injustice à troubler une possession de cinquante ans , d'autant plus que , pendant ce temps-là , une grande partie de ces biens ayant passé de main en main par des successions , des ventes ou des mariages , étaient possédés de bonne foi par ceux (|ui en étaient actuellement saisis ( c'est ie cas où se trouvaient à Rome les possesseurs des terres ). Pour dédommager les possesseurs, il fallait des sommes considérables. Aralus eut recours à la libéralité de Ptolémée Philadelphe, roi d'Egvpte , son hôte et son ami , lequel , sur le récit que lui fit Aratus de l'embarras où
il so trouvait, lui douua en j)ui- dou cent cinquante talents, c'est-à-dire cent cin(|uante nulle écus. Voilà être roi , et connaître le prix et le véritable usage de l'argent ! Aratus, de retour à Sicyone, accommoda tout, sans donner à personne aucun sujet de plainte. O le grand homme ^ \ s'écrie Cicéron ; oh qu'il amnil été digne d'être né dans notre république]
A Rome, dans les bons temps de la république, les sénateurs, et les magistrats bien intentionnés pensaient conmie Aratus, et sur le partage des terres, et sur la remisé des dettes; et de là venait l'opposition si persévérante qu'ils apportèrent toujours à ces deux demandes des tribuns. II en fut de même dans les derniers temps, ^icéfon dit nettement «qu'entreprendre de faire dé- offic. i. « clarer quittes, par l'autorité du magistrat, ceux du "' '**" « peuple qui sont «^barges de dettes , ou de faire passer « cette loi tant de fois proposée sur le partage des terres, « c'est saper les deux principaux fondements de la ré- « publique, dont l'un est la paix entre les citoyens, « qui ne saurait subsister quand on fera perdre le bien « au créancier en déchargeant le débiteur, et l'autre la « justice, qui est renversée de fond en comble, dès que « personne ne pourra plus s'assurer de demeurer pai- « sible possesseur de ce qui lui appartient «. I^a loi agraire, qui avait pour objet un nouveau partage des terres possédées par les riches , et qui fut proposée si vivement par les Gracques, mit la républi(jue à deux doigts de sa perte, et coûta la vie à ces deux illustres frères , estimables d'ailleurs par beaucoup d'excellentes qualités. L'affaire des dettes fut mise aussi en mouve-
' ■■ o viruro niagnnni, dignnnifjue qui in nostra repuMira luitiis esset ! >•
Offic. I. 2 ,
2Q2 IIISTOIIIE ROIMAINK.
ment sous le consulat de Cieéron, comme lui-même nous l'apprend, et fut j)oussée avec beaucoup de vivacité, cf On ne fit jamais, dit-il, tant d'efforts pour faire n. 84. (( déclarer les débiteurs quittes que pendant que j'étais « consul. On en vint jusqu'à prendre les armes et à « mettre des troupes sur pied , et il entra dans le com- « plot toute sorte de gens et de toutes conditions ^ Mais « ils trouvèrent en moi une si vigoureuse résistance, « que la république se vit entièrement délivrée de ce « péril. Il n'y eut jamais plus de gens endettés, et ja- « mais les paiements ne se firent avec plus de fidélité, u ni avec moins de peine pour les créanciers; car, dès « qu'on se vit hors d'état d'employer la fraude , chacun « ne pensa plus qu'à s'acquitter. i> *
L'usure était sans doute permise par les lois romaines : mais la mauvaise conduite des emprunteurs mettait ceux qui leur prêtaient dans l'occasion d'exercer l'usure avec moins de réserve. Aussi voit -on, par tout ce que j'ai rapporté jusqu'ici , que l'usure, l'une des causes principales de la misère à laquelle étaient réduits les débiteurs, n'a jamais pu être réprimée à Rome, quelque attention qu'eussent les magistrats à arrêter le cours de ce désordre par de sages ordonnances, que Tacit. Annal, l'avarlce dcs usuriers rendait toujours inutiles. iî/^^Z/ij plebiscitis ohvûim ituin fraudibiis : quœ t o liens repressa% miras per nrtes rursîun oriebanliir.
' Ils étaient suscites par C.atiliiiH, et sotitcnns par .Tiilcs-César.