livre le promptement du secours : mais , dans un conseil où se
consul, (le- • r '
failles trouvèrent les plus anciens du sénat, on jugea que l'état
ennemis , . .
triomphe , et OU sc trouvait la république demandait un dictateur, et
se démet de , i tvt • ■> • i ' ' -r»
la dictature le cousul Nautius qu oii avait mande a Rome, nomma,
au bout de , ii- i'> i t\ • ■ /->•
seize jours, sclon ic clroit attache a sa charge, l^uintius Cincmnatus. Tlte-Live , qui n'a point fait mention de la charrue et de la pauvreté de Cineinnatus lorsqu'il fut élevé au consulat , interrompt ici sa narration pour réveiller l'attention de ses lecteurs par une réflexion qui est de tous les temps. Que ces cweugles amateurs des richesses ', dit-il , qui n'estiment qu elles et méprisent tout le reste, qui pensent que sans elles il ne peut f avoir ni véritable grandeur , ni mojen défaire briller la vertu, écoutent ce qui va être rapporte. liUcius Quintius, l'unicjue espérance du peuple romain, demeurait à la campagne au-delà du Tibre, occupé à cultiver de ses mains un petit champ de quatre arpents de terre, seul bien qui lui était resté des débris de sa fortune, et qui fut depuis appelé les prairies de Quintius. Les députés le trouvèrent qui conduisait sa charrue dans le même état qui a été décrit auparavant lorsqu'il fut nommé consul. Ils le saluent dictateur, le prient de
' u Opéra- pretium est audire, qui \irtuti putant esse, nisi ulii effuse omnia prse dlvitii.shunianaspernunt, affluant opes.» neque bonori niagao locum, neque
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venir à Rome, et lui apprennent Tétat oii est l'arniiH*. On avait préparé une barque pour Quintius, au sortir de laquelle ses trois fils vieinieni à sa reneontre, accompagnes de plusieurs de leurs proches et de leurs amis, et de la plus grande partie du sénat. Environne de ce nombreux cortège, et précédé des vingt-quatre licteurs il est conduit à son logis. En entrant à Rome, il commença par haranguer le peuple pour le rassurer. Le lendemain , avant le jour, il nomme pour maître de la cavalerie L. ïarquitius, de race patricienne , mais qui , à cause de sa pauvreté, avait servi dans l'infantei'ie, où il s'était distingué par son courage au - dessus de toute la jeune noblesse. Il se rend avec lui à rassemblée, suspend l'exercice de la justice, fait fermer les boutiques, et interdit tous les travaux ordinaires. C'était l'usage dans les grands périls , comme je l'ai déjà observé, afin que tous les citoyens fussent uniquement occupés du salut de l'état. Il donne ordre à tous les citoyens capables de porter les armes de se trouver, avant le coucher du soleil, dans le Champ-de-Mars , avec du pain cuit pour cinq jours, et douze pieux chacun. Les vieillards qui n'étaient pas en état de servir sont chargés de cuire le pain pour leurs voisins. I^es soldats vont de côté et d'autie chercher des pieux, et tous se trouvent au lieu et à l'heure marquée , équipés comme ils devaient l'être.
Le dictateur à la tête de l'infanterie, Tarquitius conduisant la cavalerie , font partir les troupes , rangées non -seulement pom* la marche, mais même pour le combat, en cas de nécessité. Dans la marche, et les officiers et les soldats s'animaient les uns les autres en se représentant mutuellement « qu'il fallait doubler le
Tr,me XIV. Hist. Rom. 3
« pas , et faire diligence pour arriver de nuit à Ten- « nemi : que le consul et l'armée romaine étaient as- « sièges : qu'on les tenait enfermés depuis trois jours : « qu'on ne savait pas ce qui pouvait arriver à chaque (c moment du jour et de la nuit : que souvent un « instant décidait des plus grandes affaires ». On ne peut exprimer quelle fut l'ardeur des troupes , des simples soldats comme des officiers.
Ils arrivent enfin vers le milieu de la nuit auprès d'Algide, ville du pays latin, et, s'apcrcevant qu'ils n'étaient pas loin de l'ennemi , ils s'arrêtent. Le dictateur étant monté à cheval, et ayant examiné, autant que la nuit le permettait, la forme et l'étendue du camp des Eques , répand toute son armée en longueur autour d'eux, avec ordre à ses soldats de jeter tous ensemble un grand cri au premier signal qui sera donné, de creuser le fossé chacun devant soi , et de le fortifier de palissades. Cet ordre fut exécuté ponctuellement. Les cris passent du camp des ennemis dans celui du consul , et portent d'un coté la terreur et la consternation , de l'autre l'assurance et la joie. Les Romains conçurent qu'il leur était arrivé du secours. Le consul , conjecturant qu'on pourrait bien déjà avoir commencé l'action, et avoir attaqué la partie extérieure du camp des ennemis, ordonne à ses troupes de prendre leurs armes et de le suivre : son dessein était tle faire diversion. On commença le combat de nuit, et par les cris qu'ils i«^tèrent à leur tour ils avertirent les légions du dictateur qu'ils en étaient venus aux mains de leur côté. Les E([ues se préparaient à empêcher les travailleurs d'avancer leur ouvrage, et de les envelopper, lorsque la crainte (|ue les assiégés, (|ui avaient com-
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mencé le coinljat , ne fissent une sortie à travers Irur eanip, les obligea de tourner presque toutes leurs for(;es (le ee eôtcMà , ee (jui laissj/tciiât le leni|)s de la nuit libre pour les travaux; car les 4lques combattirent jusqu'à la pointe du jour contre le consid. Ils se trouvcrent pour- lors déjà presque entièrement enfermés par le dictateur, qui fit aussitôt attaquer leur camp par ses troupes. Assaillis de tous cotés, et obligés d'en venir aux mains en nicme temps avec les deux armées, ils sejitirent bientôt qu'ils n'étaient j)oint en état de soutenir cette double attaque, et demandèrent quartier de côté et d'autre, priant les Romains de ne point pousser leur victoire jusqu'à la ruine entière de leur nation. Le consul les renvoya au dictateur. Celui-ci répondit aux députés qu'il voulait bien épargner leur sang, et leur accorder la paix : mais que, pour tireid'eux enfin un aveu solennel que leur nation était domptée et subjuguée, il exigeait qu'ils missent bas les armes, et qu'ils passassent tous sous le joug : que, pour (iraccbus , auteur de la guerre , et les autres cliefs de la rébellion, ils les livreraient pieds et mains liés, pour être traités à la rigueur. Les Eques consentant à tout , il exige d'eux outre cela , qu'en dédommagement des torts faits j)ar eux à Tuscule, ville alliée du peuple romain, (ju'ils avaient prise, pillée, et réduite en servitude, sans avoir reçu aucune injure des habitants, ils livreront la ville de Corbion aux Tusculans poiuêtre pillée par représailles. Les députés chargés de ces réponses revinrent bientôt , et amenèrent Gracchus et les principaux di' l'année enchaînés. J^es Eques, soi'fis sans armes et presque sans liabits de leur camp, passèrent en revue jiar celui des H(jmains , selon les ordres
du dictateur , et fuient mis l'un après l'autre sous le joug. On entend par là deux javelines plantées en terre, et surmontées d'une trois^nfc qu'on attachait de travers sur la pointe des deu# autres : c'était la dernière infan)ie pour des vaincus. Ils livrèrent après cela la ville de Corbion , comme ils en étaient convenus. La seule grâce qu'ils demandèrent, fut qu'on en laissât sortir les personnes de condition libre; et en échange ils relâchèrent les prisonniers de Tu seule.
Le camp des ennemis, s'étant trouvé rempli d'un riche butin, le dictateur l'abandonna tout entier à ses troupes seulement. Quant à l'armée, qui , sous la conduite du consul Minucius, avait plié devant l'ennemi, et s'était laissé repousser jusque dans son camp, il crut lui fliire beaucoup de grâce de lui épargner le châtiment que méritait une lâcheté si honteuse. Soldais % leur dit-il d'un ton sévère, vous qui avez été à la veille de devenir la proie de nos ennenus, vous ne partagerez point leurs dépouilles. Puis se tournant vers le consul : Et vous, Minucius, a\o\ûa-l-i\ , vous ne commanderez plus ces légions que comme lieutenant , jusqu'à ce que vous ajez appris ci mieux remplir la place de consul. Minucius fut donc obligé de se démettre du consulat. C'était pour les troupes, et encore plus pour le général, un affront bien sensible. Mais la discipline alors était si religieusement observée ^, et les esprits se soumeltaient avec tant de docilité à la conduite de ceux
• "Carebis, inquit, prspilx' parte, aninius mansuetè obt'diens erat, ut
miles, exeo boste,cuI propè pracdae beneiicii magis quàm igiioiuiaiae hic
liiisli. Et tu , L. MInuci, donec con- exercitus nu-iuor, et coronamauream
siilarein animum incipiasbabere, le- diitalori libiarn pondo decreverit ,
natus bis legionibus pra-eiis." (Liv.) et proHcisccntem euiii patroimm sa-
i « Sed adeo tum imperio meliori lulaverit. >■ ( Liv. )
HISTOIRE ROMAINE. Z^j
en ({ui ils reconnaissaient la supériorité du mérite jointe à celle de la puissance, que cette armée, moir)s sensible ta l'ignominie qu'au bienfait , lui décerna une couronne d'or du poids d'une livre, et, à son dépari , le salua comme son patron et son protecteur.
Quintius revint à Rome, où il reçut les honneurs du plus éclatant triomphe dont aucun général eût jamais été décoré, pour avoir, dans l'espace de peu de jours, sauvé le camp des Romains du plus évident péril, défait et taillé en pièces l'armée des ennemis, enlevé, pillé une de leurs plus belles villes, et y avoir laissé garnison; enfin pour avoir témoigné aux Tusculans une juste reconnaissance du servi(;e qu'ils avaient rendu à Rome. Le chef et les plus considérables de la nation, chargés de chaînes, marchaient, devant son char. On portait devant lui les drapeaux pris sur les ennemis. L'armée suivait chargée de butin. On dit qu'il y avait des tables dressées devant toutes les maisons. Les soldats, s'y arrêtant un peu en passant, suivaient le char, faisant retentir toute la ville de chants de triomphe, et y mêlant des chansons où régnait une liberté militaire.
11 me semble voir la pauvreté entrer en triomphe à Rome avec Cincinnatus. Elle y paraît sous la pourpre et dans un pompeux équipage; mais elle n'en tire point son éclat. C'est elle plutôt qui décore cette ])ompe, et ([ui relève l'éc^lat de la pourpre. Bientôt le dictateur retournera à son champ et à son labour; mais il ne sera pas moins grand ni moins respectable sous son humble et vile cabane, qu'il lest aujourd'hui sur son char d'honneur. Quelle est la force, quel est le pouvoir de la vertu! Elle prête son éclat à tout ce qui l'euvi-
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ronne % et lui donne une teinture de gloire etdemagnificence. Elle rend aimable et respectable tout ce qu'elle touche , malgré un dehors qui ne paraît propre qu'à attirer le mépris.
Ce jour on donna, du consentement de tout le peuple, à L. Mamiiius de Tuscule le droit de bourgeoisie. Il l'avait bien mérité par le zèle avec lequel il avait secouru Rome contre Herdonius : mais il est beau de voir cette attention des Romains à s'acquitter des devoirs qu'exige une juste reconnaissance, et qui souvent sont négligés.
Quintius se serait démis de la dictature sur-le-champ , sans l'affaire de Volscius, dont les trdiuns auraient toujours empêché le jugement, si l'autorité du dictateur n'y était intervenue. Il fut convaincu de faux par plusieurs preuves incontestables, entre autres par un alibi , ayant été prouvé que Céson n'était point à Rome le jour qu'on l'accusait d'y avoir commis un meurtre. Le coupable fut condannié à un exil perpétuel : c'est bien peu pour une si noire calomnie. Il se retira à Lanuvium. Céson fut rappelé; et les tribuns, qui voyaient combien son père était considéré et aimé du peuple, n'osèrent s'opposer à un jugement si équitable.
Alors Quintius, qui avait reçu pour six mois le souverain pouvoir, y renonça au bout de seize jours, et se démit de la dictature en présence de tout le peuple, après lui avoir rendu compte de son administration.
Il jîoussa encore la générosité plus loin. Le sénat, lui ayant offeit autant de terres qu'il en souhaiterait
■ <■ Quidquid attigit , in siniililii- pDSuitqiic, condt-corat. Qaklquid diiiem suî adducit, et tingit... Inter- traclavit, idaïuabile, conspicuuui , diim domos totas, quas intravit dis- miiabile facit. » ( Sen. Epist. 66.)
iiisioiF. i: iioM\i\F. 3r)
(le celles qu'il avait conquises, avec le nombre d'esclaves et de bestiaux nécessaires pour les faire valoir; d'un autre côté, ses procbes et ses amis, qui n'avaient rien plus à cœur que de procurer une fortune plus aisée à un homme d'un si grand mérite, faisant les derniers efforts pour l'engager à recevoir d'eux quelques présents , il les remercia tous en des termes pleins de reconnaissance. Il n'avait de passion et d'empressement que pour le champ qu'il cultivait, et pour la vie dure qu'il avait embrassée , plus glorieux et plus content de sa pauvreté que les plus riches ne le sont de leurs trésors.
On peut observer ici que les exemples éclatants que donna Quintius par son amour de la pauvreté, par son assiduité à cultiver la terre, par sa vie sobre et frugale, par son zèle à servir gratuitement sa patrie, et par son refus constant de recevoir des fonds capables d'augmenter ses revenus, formaient les mœurs publiques de Rome, et en constituaient le caractère. Ces exemples firent une impression si profonde dans la nation, que, dans les temj)s postérieurs, où la corruption prévalut, et sous les empereurs mêmes, ces sortes de vertus étaient estimées dans ceux qui les pratiquaient, ce qui ne s'est remarqué dans aucun autre peuple.
Les tribuns du peuple furent continués pour la cinquième fois.
Q. MINUCIUS. An. R. 297.
Av.J. C.455.