I 1 leurs habits
temps le permettait, de tout ce qui lui était le plus ,ie cérémonécessaire pour faire une bonne défense, les vieillards, "|!;,t ^.ha'rim comme nous l'avons dit, c'est-à-dire quelques pontifes , YiT'iib'T et d'anciens sénateurs honorés ou de triomphes ou de '^■^^■ consulats, ne voulant survivre ni à leur patrie ni à leur gloire passée, préférèrent la mort qui les y attendait à une retraite incertaine et honteuse. Mais, afin
' « Salvo cti.ini tiim discrimine divinaruni liunianariiniqiu' rcruin. » (Liv.)
de conserver jusqu'au dernier soupir les marques de la dignité qui allait finir avec eux, ils se revêtirent de leurs robes de pourpre et des habits de cérémonie dont ils usaient dans les solennités publiques , et se tinrent assis sur leurs chaises d'ivoire , chacun dans le vestilnde de leur maison. Quelques auteurs disent qu'ils se dévouèrent eux-mêmes pour la patrie, de la même manière et selon la môme formule que le firent dans la suite les Décius.
les Gaulois Bï'^'nnus arriva à Rome trois jours après sa victoire.
nouvcntRo- Surpris de trouver les portes de la ville ouvertes, les
lue presque '■ *
tléserte. murs sans défense, et toutes choses aussi tranquilles qu'en une profonde paix , il soupçonna quelque stratagème. A la fin , le long calme le rassura. Comme il s'était passé deux jours depuis le combat , qui d'ailleurs n'avait pas été fort vif, et que les Gaulois ne prenaient point Rome de force, ils y entrèrent sans cette ardeur et cet emportement qui accompagnent d'ordinaire les prises de ville par assaut , et s'avancèrent droit par la porte Colline jusqu'à la place publicjue , portant les yeux de côté et d'autre vers les temples des dieux et la citadelle, qui seule avait quelque marque d'appareil guerrier. Ayant laissé Là quekjues corps-de-garde, afin que du Capitole ou de la citadelle on ne fît point de sorties sur eux pendant qu'ils seraient occupés à butiner, ils se répandirent en différents quartiers de la ville, trouvant partout les rues vides et désertes.
Massacre Après quek[ues courses , ils revinrent vers la grande ' imteurs.*^^ placc. Toutcs Ics maisous du menu peuple étaient fermées ; quel(jues-unes seulement , plus apparentes que les autres, étaient ouvertes : les Gaulois y entrent; ils trouvent ces vieillards qui s'étaient dévoués à la mort.
Cette sorti' de dévouement faisait j)artie de la reli|^ioii; et les Romains étaient persuadés (jue le sacrifice volontaire (jue leurs chefs faisaient de leur vie aux dieux infernaux jetait le désordre et la confusion dans le parti eiyjemi. Les Gaulois admirent ces vieillards assis avec tous leurs ornements dans des chaises d ivoire, qui gardaient un profond silence, qui ne se levaient point à l'approche des ennemis, qui ne changeaient point de visage, et qui se tenaient tranquillement appuyés sur leurs hâtons d'ivoire sans donner aucune marque de crainte. Etonnés d'un spectacle si surprenant , ils furent long-temps sans oser ni les approcher, ni les toucher. Non-seulement la pourpre auguste dont ils étaient revêtus , et tout cet appareil extérieur audessus de l'humain, mais un air de gravité et de majesté qui hrillait sur leur visage, les leur faisait regarder comme autant de divinités. Ui^ d'eux , plus hardi que les autres, s'approcha de M. Papirius, et, avançant la main, la passa doucement le long de sa harbe, qui était foit longue, selon la coutume de ces temps. Papirius Tayant frappé de son hatoii sur la tête, le soldat irrité tira sonépée et le tua. Ce fut là comme le signal du carnage. Ils tuèrent ensuite tous les autres sur leurs sièges, passèrent au fil de l'épée tous ceux ([uils rencontrèrent, et qui n'avaient pu s'échapper, pillèrent la ville , et mirent le feu à plusieurs maisons.
Au reste , il parut que le dessein des Gaulois n'était Lo Gai.i..H
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pas Cl abord tle ruiner entièrement la ville de liome , feu à la ville. et qu'ils voulaient seulement porter les assiégés, par la vue de leurs maisons fumantes, à se rendre. Aussi, le premier jour ils ne mirent le feu (ju'à une partie des édifices, l^es Romains, qui s'étaient enfermés dans le
364 HISTOIllE ROMAINE.
Capitole, et qui, découvrant de là les ennemis répandus dans toute la ville, suivaient des yeux tous leurs mouvements , saisis à chaque instant de nouveaux sujets de frayeur, et troublés jusqu'au fond de l'ame de tout ce qu'ils voyaient et entendaient, étaient tout hors d'eux-mêmes, et ne se possédaient point. Ils tournaient leurs regards tremblants tantôt d'un côté , tantôt d!un autre , selon que le cri des Gaulois , les pleurs des femmes et des enfants , l'éclat des flammes et le bruit de la chute des maisons leur annonçaient de nouveaux désastres , placés , ce semble , au haut de la citadelle pour être les tristes spectateurs de la ruine de leur patrie.
Cette première journée, si remplie de trouble et d'agitation , fut suivie d'une nuit que l'horreur des ténèbres rendait encore plus effrayante , et chaque jour ne faisait qu'ajouter de nouveaux malheurs à celui qui l'avait précédé. Cependant, accablés de tant de maux, et voyant toute la ville en feu, ils demeurèrent opiniâtrement déterminés à défendre jusqu'au dernier soupir, et au prix de tout leur sang, cette petite colline confiée à leur courage , le seul asile et le seul espoir du salut et de la liberté de Rome. Et même la vue continuelle de cet affreux spectacle , qui se renouvelait tous les jours à leurs yeux , les avait enfin tellement endurcis sur leurs propres maux, qu'ils y paraissaient absolument insensibles, n'envisageant que leurs bras et leurs é{)écs, imique ressource désormais de leur espérance.
11. sont IL- Les Gaulois , de leur côté, qui pendant quelques jours uné"rtt,ique n'avaient fait la guerre cju'aux maisons en les brûlant, Liv^ilh^'j^ dans l'espérance ([ue les incendies et les ruines de la ^' ^'-'- ville porteraient les assiégés à se rendre, les voyant in-
MISTOIKF, lîOiMMlVr. 365
sïMisihles à tous ces maux , et résolus à se (léfcndre jusqu'à la fin, prirent le paili de les attaquer clans toutes les formes. Ayant donc, à la pointe du jour, donné le signal, et viuiiiv leur armée en bataille dans* la grande place, ils s'avancent en bon ordre vers la colline en jetant de grands cris, et se couvrant la tête de leurs boucliers en forme de tortue contre les traits et les pierres qu'on pourrait leur lancer d'en-haut. Les Romains, sans se troubler ni s'empresser témérairement, après avoir placé des corps-de-garde à toutes les avenues, et disposé leurs meilleures troupes à l'endroit où se faisait l'attaque, laissent monter l'ennemi , eomj)tant que plus il avancerait en montant , plus il serait facile ensuite de le repousser à la faveur de la pente escarpée. Ils s'ariétent donc vers le milieu du penchant de la colline, et, tombant avec impétuosité de cette hauteur sur les Gaulois , ils les renversent et les mettent entièrement en déroute ; en sorte que depuis , effrayés d'une si vigoureuse défense, les assiégeants n'osèrent plus s'exposer à un pareil danger, ni tenter une pareille attaque. Ainsi, perdant toute espérance d'emporter la citadelle de vive force, ils convertissent le siège en blocus, d'autant plus que, n'ayant point compté qu'elle dût tenir si long-temps, ils n'avaient pas eu la précaution de conserver le blé (pii était dans la ville, mais l'avaient laissé brûler avec les maisons; et, pour celui qui se trouvait dans les campagnes , les Romains n'étaient pas plus tôt arrivés à A'éïes, {[u'ils avaient eu soin de l'y faire transporter.
Les Gaulois partaient donc leur armée : une partie ^ .„ ,,
t o J Camille dt-
demeure avec Brennus, leur roi, pour continuer le fait un détasiège; l'autre, divisée par troupes, se disperse pour cousidurabic
s Gaulois fourrager lu campagne et piller les bourgs avec une a,.c. extrême confiance en leur bonne fortune. Le hasard en conduisit la plus grosse troupe vers la ville d'Ardée, où Camille, depuis son exil, menait la vie d'un simple particulier, plus affligé pour-lors du malheur de Rome ({ue du sien propre. Il ne comprenait rien à tout ce qui venait d'arriver, et se demandait à lui-même, plein de la dernière surprise, qu'étaient donc deveïius ces Romains qui avaient pris avec lui Véïes et Paieries, et qui , dans toutes les guerres , avaient toujours montré plus de courage qu'ils n'avaient eu de bonheur. Pendant qu'il s'occupait de ces tristes réflexions, il apprend que l'année des Gaulois approchait, et que les Ardéates , tremblants et désolés , délibéraient sur ce qu'ils devaient faire. Camille, poussé, dit Tite-Live, connue par une inspiration divine , se transporte surle-champ dans le lieu de l'assemblée , où il n'avait jamais coutume de paraître, et, les voyant dans le trouble et le déconcertemént : « Ardéates , leur dit-il , « mes amis de tous les temps , et aujourd'hui mes con- « citoyens, si vous me voyez paraître ici contre mon « ordinaire, ne croyez pas que j'aie oublié mon état et « ma situation présente : mais le danger qui nous presse « oblige chacun d'y pourvoir autant qu'il est en lui. « Et ({uand pourrai -je reconnaître les services impor- <c tants ({ue vous m'avez rendus, si je ne le fais h préce sent? Et à quoi puis-je vous être utile, si ce n'est « dans la guerre? C'est par là ({ue je me suis soutenu « dans ma })atrie. Toujours heureux d;uis le métier des «armes, mes citoyens ingrats m'ont chassé pendant la « paix. Pour vous, Ardéates, la fortune vous offre une « belle occasion dont vous devez profiter. Vous pouvez
HISTOIHK noMAINF.. 'iG']
VI en mrnif U-inps et témoigner votre reconnaissance c< au peuple romain j)Our tous les Ijienfaits cpie vous en (( avez reçus, dont le souvenir vous est troj) présent « pour que j'aie besoin de vous en rappeler l'idée, ^t (f procurer à votre ville une gloire innnortelle par la « défaite de l'ennemi commun. Les Gaulois, qui s'avan- « cent ici en grandes troupes, sont une nation à qui la « nature a plutôt donné en partage la grandeur de la u taille et l'impétuosité du courage qu'une fermeté vice gôureuse, soit pour le corps, soit pour l'ame : aussi « portent-ils plus de terreur que de force dans le com- « bat. Leur victoire même et leur conduite présente en « sont une bonne preuve. S'ils nous ont vaincus à la «bataille d'Allia, il ne faut point l'attribuer à leur « bravoure, mais à la fortune, qui a, fait montre ici de « tout son pouvoir \ Qu'ont-ils fait depuis? ils se sont i( rendus maîtres de la ville qu'ils ont trouvée tout ou- « verte. Une petite poignée de soldats qui se sont ren- « fermés dans le Capitole leur tient tête. Rebutés de « leur résistance , le siège leur paraît déjà d'une lon- « gueur ennuyeuse; ils s'en écartent, et se répandent u dans les campagnes. Cbargés de vin et de viandes, u ilont ils se remplissent à la bâte dès que la nuit ap- « proclie , ils se coucbent par terre comme des bêtes le «long des rivières, sans retranchements, sans corps- « de-garde , sans sentinelles ; et la victoire qu'ils ont « remportée n'a servi ([u'à augmenter encore lc;ur néglii< gence ordinaire. Si vous voulez défendre votre ville «de leur invasion, et ne pas souffrir que tout ce pays « devienne (iaule, prenez vos armes au commencement
368 HISTOIRE ROMAIKE.
a de la nuit; suivez-moi, non à un combat, mais à un « carnage assuré. Si je ne vous livre les Gaulois liés « par le sommeil pour être égorgés comme des bêtes, u je consens d'être traité à Ardée comme je l'ai été à « Jlome. »
On savait que Camille était le plus grand capitaine de son temps , et il n'eut pas de peine à persuader les Ardéates. Les Gaulois , revenant cliargés de butin après avoir couru et fourragé tout le pays , campèrent en désordre et avec beaucoup de négligence , et , tant officiers ({lie soldats , ils ne pensèrent qu'à boire , ne croyant point qu'ils eussent d'autres ennemis que ceux qui étaient renfermés dans le Capitole. La nuit les surprit ivres, et les plongea dans un profond sommeil. Camille, averti de leur état par ceux qu'il avait envoyés pour les reconnaître , sort de la ville avec ses troupes , et ayant fait sans bruit tout le cliemin qui était entre les eimemis et la ville , il arrive à leur camp sur le minuit. D'abord il fait jeter de grands cris à tous ses soldats, et commande aux trompettes de sonner pour effrayer les barbares , qui , à ce grand bruit , reviennent h peine de leur sommeil et de leur ivresse. Ce ne fut point un combat, mais une boucherie. Se réveillant en sursaut, encore à demi endormis, ils sont égorgés sans résistance. Quelques-uns, essayant de se sauver par la fuite, se jettent eux-mêmes entre les mains des ennemis. Le plus grand nombre ayant gagné les terres d'Antium , les habitants de la ville tombent sur eux et les taillent en pièces, ncfaitc des Les Toscans essuyèrent un pareil sort dans les terres hiv." lîh. ■) , tl^ Véïes , et ils le méritaient encore plus ({ue les Gau- '^' ^ lois. Loin d'être touches du malheur d'une ville établie dans leur voisinage depuis près de quatre cents ans, op-
irisToiHi. ROMAINE. 36q '
primée par im ennemi ineoiinu jusqu'alors, ils firent y.
(les eourses dans ce temj)S - là même sur les terres de Home , et , chargés de butin , ils songeaient même à attaquer Véïes, dernière ressource des Romains ([ui s'y étaient retirés. Quelques soldats les aperçurent , et obser- '
vèrent (fue leur camp n'était pas éloigné de Véïes. lis en donnèrent avis à leurs compagnons. L'indignation les saisit : ils veulent marcher sur-le-champ contre eux. I^e centurion Cédicius , qu'ils s'étaient eux-mêmes choisi j)our chef, arrête leur ardeur, et les remet à la nuit. i
11 ne man([uait ici que le nom et l'autorité de Camille; tout le reste fut conduit avec le même ordre , et eut un pareil succès. Le lendemain même ils remportèrent un second avantage sur un autre corps de Toscans, dont ils firent encore un plus grand carnage ; et , fiers de I
cette double victoire , ils revinrent triomphants à Véïes.
Ce|)endant le siège de la citadelle traînait en Ion- Action gueur, et , de part et d'autre , on demeurait dans l'inac- h^rd^ede Falion , les Gaulois n'étant attentifs qu'à empêcher que ^^"^ ht 1°' ([uelqu'un n'en sortît et ne passât à travers les corps-de- *^- ^^■ garde. Les choses étant dans cette situation , un jeune Romain , par une action bien hardie , attira sur lui les yeux et l'admiration tant des ennemis que des citovens. 11 y avait un sacrifice attaché à la maison des Fabius, t[ui se devait faire un certain jour sur le mont Quirinal. .