Tome XI r. Mis t. Rom. o 'î
Camille s'y SuF ccla les séiiateuFS, craignant les suites de cette "Tement!"" division naissante, ne voulurent pas que Camille se ^c.50-5/.' tlémît de la dictature , comme il en avait le dessein , avant la fin de l'année courante, quoique la pratique constante de tous les dictateurs avant lui eût été d'abdiquer leur charge dès que l'affaire pour laquelle ils avaient été mis en place se trouvait terminée. Ce grand homme, moins sensible aux plaintes injustes qu'on formait contre lui qu'au danger extrême où se trouvait la république, se transporta dans l'assemblée suivi de tous les sénateurs, et , étant monté sur la tribune aux harangues, il parla ainsi au peuple : « Les disputes «avec vos tribuns, Romains, me sont devenues si « insupportables, que la seule consolation que j'aie « ressentie dans mon triste exil à Ardée , a été de m'en « trouver éloigné ; et j'étais tellement affermi dans cette « pensée, que j'avais résolu, quand même le sénat et « vous m'eussiez rappelé, de ne jamais rentrer dans « une ville où régnait une éternelle discorde entre les « deux corps de l'état. Que si j'ai changé de conduite « en y revenant, ce n'est pas que j'aie changé de sente timent : l'intérêt seul du public m'y a forcé. Il s'agis- « sait, non de me rétablir dans Rome, mais de sauver « Rome même , et de l'arracher d'entre les mains des « barbares. Je me tairais donc aujourd'hui et demeu- « rerais en repos, si ce même intérêt public ne m'obli- « geait de rompre le silence. Je plains votre sort, a Romains; j'en sens toute l'amertume, et j'y suis sen- « sible autant qu'on peut l'être. Ité! qui ne serait pas « touché du triste état où vous êtes réduits? Mais je « le suis encore davantage de celui où l'on veut vous « réduire par le funeste conseil qu'on vous donne.
a Quoi! abandonner Rome (jui nous a donné la nîys- « sance! étouffer dans notre cœur tout amour pour « notre patrie! et quelle patrie, grands dieux! Pour- « quoi donc l'avons-nous retirée d'entre les mains des « ennemis? Mais un motif infiniment plus pressant « doit vous toucher : c'est celui d,e la religion et des « dieux. Leur providence et leur attention sur Rome « a paru dans ces derniers temps d'une manière si « éclatante ^ , qu'elle devrait écarter pour toujours de ( nos esprits tout oubli et toute négligence du culte a divin. Parcourez en esprit tout ce qui nous est arrivé c depuis quelques années, soit de triste, soit d'avance tageux, et vous reconnaîtrez que tout nous a réussi « quand nous avons été soumis et fidèles aux dieux, ce et que tout nous a été contraire quand nous les avons « méprisés. »
Après en avoir rapporté plusieurs exemples, Camille, pour qui les motifs de religion étaient fort sérieux aussi-bien que pour le peuple romain, continue ainsi : « Ayant devant les yeux tout le bien ou le mal <( que nous ont causés le respect ^ et le mépris du culte <c divin , sentezrvous , Romains , dans quel abîme d'irrétt ligion , sortis à peine du triste naufrage de nos fautes « et de nos malheurs, nous allons nous plonger? Nous <( habitons une ville bâtie en conséquence des auspices « et des augures. Il n'y a dans cette ville aucun endroit
• « Tarn evldens nunien hâc teiu- tibus deos , adversa sperneniibus. ■> j)C.state rehus affuit Runiaais , ut oui- ^ << Hœc culti neglcctùjue nuiiiiiiis
neiii rief,'ligpntiaradîvinicuUùsexem- tanta moniinenta in rébus humanls
ptani liomluibus putein. Intuemini cémentes, ecqiiid s<nititis, Quiri-
enim horum deinceps annoi'um: vel tes, quantum , vixdiun ex naulra^lis
secundas res , vel advursas ; învenie- prloris culpa- cladisrjue émergentes,
tis omnia prospéré evenisse sequen- paremus nefas? »
« qui ne soit consacré par quelque cérémonie reli- « gieuse. Toutes nos assemblées générales , où se fait « l'élection des magistrats et où se traitent les affaires « de l'état, ont leur place affectée hors laquelle elles (c ne peuvent se tenir légitimement. Nous avons, iion- « seulement des jours, mais des lieux marqués pour « nos sacrifices les plus solennels. Abandonnerez-vous, « Romains, toutes ces observances de religion, tant (f publiques que particulières? Changerez-vous tous ces « établissements, aussi anciens, et quelques-uns même u plus anciens que notre ville? Quelle différence entre « vous et ce pieux Fabius qui a eu le courage de trace verser l'armée ennemie pour aller sur le mont Qui- « rinal remplir un devoir de religion attaché à sa « famille !
«Mais, me dlra-t-on , c'est la nécessité qui nous « oblige à quitter une ville toute réduite en cendres, u et à nous réfugier dans Véïes, où nous trouverons « toutes nos commodités, sans qu'il soit besoin de « vexer le pauvre peuple par des travaux et des dé- « penses qui sont au-dessus de ses forces. Vain préce texte, Romains, vaine allégation! Vos tribuns ne « vous ont - ils pas fait la même proposition avant « l'arrivée des Gaulois, et lorsque la ville subsistait ce en son entier? S'il prend envie à ces Gaulois, car on « dit que leur multitude est innombrable, de repasser ce en Italie; et, sans parler d'eux, si les E([ues et les (c Volsques, vos ennemis perpétuels, prennent le parti ce de s'établir dans cette ville que vous aurez abancc donnée , souffrirez-vous , pour vous épargner la peine ee de rebâtir vos maisons, qu'ils deviennent Romains, M ce et vous citoyens de Véïes? INe vaudrait-il pas mieux.
« si la cliose n'était point possible autrement, habiter
« ici dans de viles cabanes, telles que celle de notre
« fondateur, au milieu de nos dieux pénates et de nos
« temples qui subsistent encore, que de nous con-
« damner nous-mêmes et toute la ré[)ublique à l'exil ?
« Pourquoi , ce que chacun de nous ferait en parti-
« culier si sa maison avait été brûlée par quelque acci-
« dent, refuserons-nous de le fliire tous ensemble dans
« cet incendie général? Vous pouvez-bien, Romains,
« transporter ailleurs votre bravoure et votre courage :
« mais y transporterez- vous la protection des dieux,
« et les privilèges qu'ils ont promis et attachés à la
« ville de Rome? C'est ici que ces dieux, lorsqu'on
« trouva une tête d'homme en creusant les fondements
a du Capitole , déclarèrent que serait bâtie la capitale
« du monde. C'est ici que deux divinités, la Jeunesse
« et le dieu Terme, refusant de quitter la place, firent
« connaître que devait s'établir le siège d'un empire
« qui ne connaîtrait jamais ni affaiblissement ni fin.
t( C'est ici qu'on garde le feu de Vesta, et les bou-
« cliers descendus du ciel , gages sacrés de la perpé-
« tuité de Rome. En un mot, c'est à la demeure dans
« cette ville que les oracles divins ont attaché votre
« gloire, votre prospérité, et votre puissance. »
Tous ces motifs, ceux surtout qui étaient tirés de l» proposition des. trila religion, touchèrent vivement le peuple; mais une buns du
/ 1 • 1 111' peuple est
parole, prononcée sans dessein, acheva de le deter- rejetéc. miner. Pendant que le sénat délibérait sur cette affaire, ^ 55 un centurion qui venait montcn' la garde de jour, pas- ^^ camiii.. , sant par la place publique, cria à celui qui portait le l'^S »45. drapeau de s'arrêter là , et d'y planter son enseigne : car, ajouta -t- il, c'est ici qu il faut demeurer. Et le
SgO HISTOIRE ROMAINE.
sénat , et le peuple , tous s'écrièrent qu'ils acceptaient l'augure; et cette parole jetée au hasard, mais tournée en présage , eut plus cfe pouvoir sur les esprits que Rome est Ics raisous les plus solides. On ne songea plus à Véïes;
rebâtie à la . . ,, . i 15 •
hâte. et il se tit un si merveilleux changement dans 1 esprit du peuple, qu'ils s'exhortaient et s'encourageaient les uns les autres à mettre la main à l'œuvre. Le public fournit la tuile , et donna permission de prendre des pierres et des matériaux partout oii l'on pourrait en trouver. Ils commencèrent tous à bâtir avec beaucoup d'empressement, sans attendre ni département ni ordre, et s'emparant des lieux qui leur paraissaient ou plus commodes pour bâtir, ou plus agréables. Cette grande précipitation fit qu'on ne garda aucun alignement pour les rues ni pour les maisons. De là vint que les anciens egouts , qui d'abord ne passaient que par les rues et les lieux publics , se trouvèrent ensuite sous des maisons de particuliers , ce qui devait les rendre très-malsaines. En moins d'un an toute la ville fut rebâtie depuis ses murailles jusqu'à la dernière habitation du inoindre citoyen.
La république donna une maison située sur le Capitule à M. Manlius , comme un monument de sa valeur et de la reconnaissance publique.
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