M. FABIUS AMBUSTUS
Camille , Romc , voy aut que la guerre devenait sérieuse , sonrésisfanceT, g^a à uoinmcr Camille tribun militaire : c'était la tribun miii- rcssourcc ordinaire de la république dans les grands taire Sa rare dangers. Il s'cxcusa sur son grand âge, qui le mettait,
modération o » D ^ 1 '
à l'égard disait-il, hors d'état de remplir les fonctions d'un gé-
d'un de ses ' '-'
collègues ; néral d'armée. Il n'avait pourtant alors que soixante-
sa valeur . . -r» a • • •! 1' •
contre les SIX OU soixautc-scpt ans. Peut-être craignait-il 1 envie
ennemis. , i r ^ i i • .^
Liv. lih. 6, et quelque revers de fortune après tant de gloire et c. 22-24. j^i^j. jp succès. Son excuse la plus apparente était son peu de santé : car il eut une maladie dans ce même temps -là. 11 était prêt à jurer en pleine assemblée, selon la formule prescrite à ceux qui s'excusaient sur leur santé; mais le peuple ne voulut pas l'entendre, et se mit à crier qu'il ne demandait pas de lui qu'il combattît à pied ou à cheval ; qu'il avait seulement besoin de sa tête et de son conseil. Il ne put résister aux vœux em-
pressés de ses citoyens. Dans un corps afTaihll il conservait encore toute la viorueur et toute la verdeur ', si l'on peut ainsi parler, du courage de sa première jeunesse. Il avait l'usage de tous ses sens; et, quoiqu'il n'entrât plus guère dans les affaires du dedans, la guerre le ranimait et le rendait à lui-même.
La manière dont il se conduisit dans celle dont il fut chargé cette année fait bien voir que c'était avec beaucoup de sagesse que les Romains, sans s'arrêter à la faiblesse et h la vieillesse d'un général qui avait de l'expérience et du courage, l'avaient préféré malgré lui à ceux qui, étant dans la fleur de leur âge, demandaient et briguaient le commandement.
Camille fut choisi pour commander les troupes qu'on envoyait contre les Volsques réunis avec les Prénestins. IjC sort lui donna pour collègue L. Furius. Celui-ci , jeune et présomptueux , se dispensa du respect que les premiers de l'état avaient toujours conservé pour Camille depuis la défaite des Gaulois, et donna par là occasion à ce grand homme d'acquérir une nouvelle gloire.
Les deux généraux romains partirent ensemble contre les Volsques. L'ennemi était plus fort en nombre, et, par cette raison, présenta tout d'un coup la bataille. Les troupes romaines , et Furius surtout , ne témoignaient pas moins d'ardeur pour en venir aux mains , et l'affaire aurait été engagée dès ce premier jour, sans les sages conseils et la résistance de Camille, qui cherchait , .en temporisant , h se ménager quelque
" « Vegetum ingeniuin in vivido inagnoperè obeuntcin bella excitapectore vigebat virebatqnc, integris bant. » (Liv.) seusibus : et civiles jam res haud
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occasion favorable %qui pût suppléer à ce qui lui manquait du côté du nombre de ses troupes. Cette conduite augmenta la fierté des Yolsques , qui venaient insulter les Romains presque jusqu'à l'entrée de leur camp. I^e soldat romain en était extrêmement piqué. Mais qui l'était encore plus ? c'était L. Furius , fier et hardi par le caractère et par l'âge , et de plus animé par la confiance qu'il voyait dans la multitude, à qui souvent les motifs les moins fondés suffisent pour lui enfler le courage.
Trouvant donc les esprits des soldats déjà échauffés , il les enflammait encore par ses discours , et tâchait de rabaisser l'autorité de son collègue par le seul endroit par lequel il pût croire avoir quelque prise sur lui , qui était son âge. Il affectait de dire souvent « que la « guerre était pour les jeunes gens , et que les courages « prenaient vigueur ou s'affaiblissaient avec les corps : « que Camille , de guerrier actif et entreprenant , était « devenu lent et temporiseur ; et que ce général qui , « tout en arrivant et du premier coup, avait coutume « d'enlever et les camps et les villes , languissait au- « jourd'hui renfermé dans les retranchements : et cela, « dans quelle espérance ? Quel accroissement attend-il «pour ses forces, ou quelle diminution à celle des « ennemis ? quelle meilleure occasion ? quel temps plus « favorable? enfin quel lieu se promet-il de découvrir « qui puisse être propre à dresser quelque embuscade ? « C'est qu'il n'y a plus que froideur et que glace dans « les conseils d'un vieillard. Mais Camille a assez vécu : « il a même assez de gloire. Devons-nous souffrir que
■ " Qui occasionern jiivandai'um ratioue virium traheado bello (juii'-
reliaf. » (T.iv.)
HlSTOlllK ROMAINK. 4*^9
« les forces de la répiihlicjiie, (jiii doit être inimortelle , « suivent la destinée d'un lionnne sujet à la mort et « languissent avec lui ? »
Par ces discours, conformes à la disposition et aux désirs du soldat , il s'était attiré à lui seul la confiance de toute l'année : et comme de tous cotés on demandait le combat , il vint trouver Camille. « Nous ne pouvons , « lui dit-il , arrêter l'ardeur de nos troupes ; et l'ennemi , V dont nous avons augmenté le courage par notre len- « teur , nous insulte avec un orgueil cjui n'est plus sup- « portable. \ ous êtes seul contre tous. Rendez-vous , et « laissez-vous vaincre dans le conseil pour vaincre plutôt « dans le champ de bataille. » La réponse de Camille, et faction qui la suivit de près, font voir que l'âge n'avait (ju'augmenté en lui la prudence sans lui rien faire perdre de sa valeur et de son feu dans l'action , et nous donnent un exemple de modération des plus parfaits qui aient paru dans l'antiquité. Il se contenta de représenter à Furius «que, dans toutes les guerres dont il « avait eu seul la conduite jusqu'à ce jour , jamais il « n'avait eu aucun reproche à se faire , jamais il ne « s'en était attiré aucun de la part du peuple romain , « soit par rapport aux mesures et aux arrangements « qu'il avait suivis, soit même par raj)port au succès : « mais qu'aujourd'hui il savait (|u'il avait un collègue « dont l'autorité était égale à la sienne , et qui avait « même sur lui l'avantage de la vigueur de l'âge. « Qu'ainsi , pour ce qui regardait les troupes , il avait « coutume de les gouverner , et non pas de se laisser « gouverner par elles : mais qu'il ne pouvait pas em- « pêcher son collègue d'user de sa puissaïu'e et de son «droit». H demanda même (|ue , jxu' condescendance
pour son âge et sa santé , on le laissât au corps de réserve; et il finit en priant les dieux qu'il n'arrivât pas quelque malheur qui justifiât la sagesse du conseil qu'il avait donné \ Les dieux, dit Tite-Live, furent sourds aux prières de Camille , comme les hommes l'avaient été à ses avis. Il ne crut pas devoir insister davantage , craignant qu'on ne le soupçonnât d'avoir voulu, par envie , déroher à son collègue et aux jeunes officiers qui servaient sous lui une occasion d'acquérir de l'honneur et de rendre un grand service à la république.
Furius combattit à la tête de l'armée : Camille demeura au corps de réserve , plaça une bonne garde à l'entrée du camp ; et du haut d'une éminence il se rend spectateur attentif d'un combat qui se donnait contre son avis. A la première attaque , l'ennemi , par ruse et non par crainte, prend la fuite. Il y avait derrière les Volsques , entre leur armée et leur camp , une petite hauteur à pente douce ; et comme ils avaient plus de monde qu'il ne leur en fallait , ils avaient laissé un gros corps de leurs meilleures troupes dans le camp , avec ordre d'en sortir brusquement lorsque l'ennemi serait proche des retranchements. Le Romain , en poursuivant les Volsques avec trop de vivacité, fut conduit adroitement dans un lieu désavantageux ; et les troupes du camp saisirent ce moment pour en sortir avec impétuosité. Alors la terreur et l'alarme passèrent du coté des vainqueurs. Cette attaque imprévue et la pente du lieu où ils combattaient les firent plier, et les mirent bientôt en désordre , poussés en même temps et par les
' "■ Id a dlis immortalibiis pre- bus salutaris sententia , nec ab diis cari, ne qui casits siiiiin consiliiun tam piae preces auditae sunt. » (Liv.) laudabile efficeret. Nec ;ib boiiiini-
troupes encore toutes fraîelies des Volsques (jui étaient sorties du cainp , et par celles qui , ayant feint de prendre la fuite, avaient tout à coup tourné visage. Ce ne fut p'îis du côté des Romains une retraite, mais une fuite précipitée.
Dans ce moment, Camille se fait mettre à cheval, et menant avec lui son corps de réserve , il court à ces fuyards, a Est-ce donc là , soldats , leur dit-il , ce combat « que vous avez demandé avec tant d'ardeur ? Quel est « riiomme , quel est le dieu à qui vous puissiez vous en « prendre ? N'est-ce pas votre témérité qui l'a engagé ? « et n'est-ce pas maintenant votre lâcheté qui vous le « fait abandonner avec tant de honte? Vous avez voulu « suivre un autre chef; suivez maintenant Camille, et « remportez la victoire comme vous avez coutume de le « faire sous mes ordres. Pourquoi tournez-vous la tête « vers votre camp ? Personne de vous n'y sera reçu « que vainqueur. » La honte d'abord les arrête. Puis, voyant que leur général , illustre par tant de triomphes , et respectable par son âge, joignant l'exemple aux exhortations , se jetait au plus fort de la mêlée , et où le danger était le plus grand , ils se font des reproches les uns aux autres , et ce n'est plus qu'un cri de joie et d'allégresse dans toute l'armée , et une invitation mutuelle à marcher contre l'ennemi.
Furius, de son côté, ne s'oubliait pas. Envoyé par son collègue à la cavalerie pour l'engager à soutenir l'infanterie dans un danger si pressant, il n'a garde d'employer les reproches : complice de la faute commune, il avait perdu l'autorité nécessaire pour réprimander les autres. Au lieu de commandement , il n'emploie que les prières. Il les conjure tous les uns après
les autres de lui sauver les justes reproches c[u'on pourrait lui faire du mauvais succès de cette journée, dont | il serait seul responsable. « Malgré les oppositions « réitérées de mon collègue , j'ai mieux aimé être fémé- « raire avec la multitude que prudent avec un seul. De « quelque manière que les choses tournent à votre « égard , Camille y trouvera toujours sa gloire ; mais if moi , infortuné que je suis , si le succès de ce combat « est n>auvais , je partagerai le malheur avec les autres , « et j'en porterai seid l'infamie. » Des plaintes si touchantes firent leur effet. La cavalerie mit pied à terre , comme cela se pratiquait assez ordinairement chez les anciens , courut au secours de l'infanterie , et s'avança fièrement vers l'ennemi. A cette vue, la valeur du soldat romain se ranima et triompha de tous les obstacles : la victoire fut complète. Non-seulement le champ de bataille resta aux Romains , mais le camp des ennemis fut pris. Le nombre des prisonniers fut néanmoins plus grand que celui des tués '.
Parmi les prisonniers il s'en trouva plusieurs deTuscule , qui avouèrent que c'était par ordre du public et ])ar l'autorité de leurs magistrats (ju'ils étaient venus au secours des Volsques. Camille crut en devoir donner lui-même avis au sénat, et partit pour Rome, ayant laissé son collègue dans le camp. On s'attendait bien , exact et sévère comme il était, qu'il demanderait justice d'une faute qui avait exposé la république à un si grand malheur, outre qu'en quelque sorte son honneur y était intéressé. Et dans l'armée , et à Rome , on con-
I Après la bataille , Camille ap- Tclite de ses iroupes et la reprend prenant c[uc les Etruques ont forcé ( Pi.rx. in Camillo , pas;, i/iç^). — L. l;i ville «le Siilriiiin. v eoiirt avec
H 1 S ï () I R K 1'. O ai A [ IN I- . 433
venait généralement que la Imnte du mauvais suecès dans le commencement du combat contre les Volsques, retombait uniquement sur Furius, et la gloire de la victoire sur Camille. Le sénat, sur le rapport des prisonniers tusculans, jugea nécessaire de déclarer la guerre h Tuscule, et chargea de cette expédition Camille, avec permission de prendre, pour l'y accompagner, celui de ses collègues qu'il voudrait. Contre l'attente de tout le monde, il choisit L. Furius; et par cette action de générosité, en môme temps qu'il diminua la honte de son collègue, il s'acquit à lui-même beaucoup de gloire. Encore aujourd'hui, après tant de siècles, on ne peut s'empêcher d'admirer et d'aimer cette grandeur d'ame qui oublie si facilement les injures. Cajnille paraît plus héros par cette modération que par ses victoires.
Les Tusculans repoussèrent les armes romaines par Expédition une voie toute nouvelle, et il ne fut pas possible de leur ""cà'miUe'^^ faire la guerre. Les troupes, étant entrées dans leur ^"'"^'■'; '^* pays, ne virent personne s'écarter ou prendre la fuite: Liv. Hb. 6, la culture des terres ne fut point interrompue: un grand nombre de Tusculans , vêtus comme en pleine pai\, vinrent en longues robes à la rencontre des généraux romains : on apportait de la ville et de la campagne , dans le camp , des vivres en abondance. Camille , ayant campé devant les portes, qui étaient toutouvertes, et voulant savoir si la même tranquillité qu'il avait trouvée dans les campagnes régnait aussi dans l'enceinte des murailles, entra dans la ville. Toutes les maisons et les boutiques étaient ouvertes , tous les ouvriers attentifs à leur travail : les écoles retentissaient du bruit des enfants à qui Ton apprenait les lettres :