‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 3)Chapitre 94 sur 141 · Tome Xir. Hisl. Rom · texte numérisé non relu

Tome Xir. Hisl. Rom

les rues étaient remplies de monde , qui allait de côté et d'autre chacun à ses affaires : nulle marque en aucun endroit de frayeur, ni même d'étonnement , nulle trace de guerre; tout était tranquille et pacifique.

Camille, surpris d'un tel spectacle, et vaincu par la patience des ennemis , fit convoquer l'assemblée des magistrats, a Tusculans , leur dit-il , vous êtes les seuls « qui jusqu'ici ayez trouvé les véritables armes et les « véritables forces capables de vous mettre en sûreté « contre la colère des Romains. Allez à Rome vous « présenter au sénat, il jugera si votre faute passée « mérite plus de châtiment que votre repentir présent « le pardon. Je ne préviendrai point une faveur qije ce vous ne devez tenir que de la république. Ce que je « puis vous accorder, est la liberté de présenter vos « demandes et vos prières : le sénat y aura tel égard rt qu'il jugera à propos. »

Quand les Tusculans furent arrivés à Rome, et qu'on vit dans le vestibule du sénat les magistrats d'une ville, pen auparavant si fidèle, plongés dans la tristesse, un spectacle si touchant attendrit les Romains , et on leur donna audience plutôt comme à des alliés que comme à des ennemis. Le dictateur de Tuscule parla en ces termes: « I^'état où vous nous voyez, messieurs, est a le même que celui dans lequel nous avons été au- « devant de vos généraux et de vos légions. Vous nous « avez déclaré la guerre, vous l'avez même portée sur « nos terres sans que nous nous soyons armés autrece ment que nous le sommes aujourd'hui. Ainsi nous (c sommes-nous présentés, ainsi demeurerons-nous tou- « jours, nous et tous les Tusculans, à moins que ce (c ne soit et de vous que nous recevions l'ordre de pren-

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'i dre les armes , et pour vous que nous nous prépac< rions à les employer. Nous devons des actions de « grâces à vos généraux et à vos armées de ce qu'ils « ont cru leurs yeux plutôt que leurs oreilles, et de ce « qu'ilsii'ont point agi en ennemis où ils n'en ont point « trouvé. Nous venons vous demander la paix que nous « avons conservée à votre égard, et vous prier de por- « ter la guerre dans les pays où elle peut être. Pour « nous , s'il faut éprouver à nos dépens la puissance « de vos armes, nous l'éprouverons sans nous défendre. « Telle est notre résolution. Puisse-t-elle être aussi heu- « reuse qu'elle part d'un cœur fidèle et attaché à votre a empire ! Quant à ce qui regarde les accusations qui « ont attiré sur nous votre colère , quoiqu'il soit assez « inutile de réfuter par les paroles des griefs qui l'ont « été par les faits, cependant, quand ils seraient fonce dés en vérité, nous croyons que, depuis le repentir (c évident ([ue nous en avons témoigné , il n'y aurait « nul danger pour nous à les avouer. 11 vous est preste que honorable qu'on fasse contre vous des fautes qui « vous attirent une telle satisfaction. » Les Tusculans obtinrent la paix pour le présent, et peu de temps après le droit même de bourgeoisie.

Camille, après avoir signalé sa prudence et son courage dans la guerre des Volsques, son rare bonheur dans l'expédition contre Tuscule, sa modération et sa patience dans l'une et l'autre occasion, sortit de charge comblé de gloire.

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