‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 3)Chapitre 96 sur 141 · C. QUINTIUS CINCINNATUS · texte numérisé non relu

C. QUINTIUS CINCINNATUS

Les guerres intestines excitèrent à Rome de vio- Troubiesdo-

lentes agitations. Les dettes en furent d abord la ma- Liv. lih.o,

cap. :v,.

tière. Les pauvres citoyens les avaient contractées depuis long-temps par divers malheurs qui leur étaient survenus , et en dernier lieu par la nécessité de payer un nouveau tribut imposé pour la construction des murs de cette ville que les censeurs faisaient rebâtir en pierres de tailles. Les créanciers traitaient avec la dernière dureté leurs débiteurs ^ , qui leur étaient livrés en conséquence des jugements rendus contre eux, et qui , se trouvant absolument hors d'état de s'acquitter , expiaient par leurs supplices ce qu'ils ne pouvaient payer en argent. Cette misère générale avait tellement abattu le courage des plébéiens, même de ceux qui étaient les plus considérables , qu'aucun de ces derniers ne se présentait pour avoir place parmi les tribuns militaires, avantage qu'ils avaient eu tant de peine à obtenir, et qui leur avait coûté tant de combats. En effet, dans la dernière nomination, nul plébéien n'y avait eu part, et il semblait que les patriciens s'étaient rendus seuls maîtres de cette dignité pour toujours; mais leur joie ne fut pas de longue durée, et une légère occasion donna lieu , comme il arrive assez souvent, à un événement considérable.

La jalousie M. Fabius Ambustus avait deux filles. Il était fort

entre deux . i / / i 11 1 • .

^cours donne cousidere, non-scuiement dans le corps des patriciens

occasion ài.-i'.-. • -i i a 1 1

de nouvelles dout il était, mais parmi le peuple même, pour lequel "'*■■ il n'avait point de ces manières fastueuses et méprisantes qu'affectait le reste de la noblesse. Il avait marié l'aînée de ses filles à Ser. Sulpicius, qui cette année était l'un des tribuns militaires ; et la cadette , à C. Li-

• « Quam jam ex re nihîl darl bant , pœnaque in vicem fideî cesposset , famâ et corpore judicati at- serat.» ( Liv. ) que addicti creditoribus satisfacie-

riniiis Stolon , homme distingut', mais plébéien : et cette alliance, (jue Fabius n'avait point méprisée, avait encore augmenté son crédit parmi la multitude. Un jour que les deux sœurs passaient le temps à s'entretenir ensemble dans la maison de Sulpicius ^ , le licteup de ce magistrat, qui se retirait chez lui, frappa à la porte avec une baguette qu'il avait en main, selon ce qui se pratiquait ordinairement. La jeune Fabia, pour ([ui cette cérémonie était nouvelle, ayant témoigné quelque frayeur , sa sœur se mit à rire , étonnée qu'elle ignorât cette coutume. I^es moindres choses quelquefois font impression sur l'esprit des femmes; ce ris piqua jusqu'au vif la jeune Fabia. 11 y a apparence aussi que cette foule d'officiers qui accompagnaient le tribun militaire, et qui venaient recevoir ses ordres, lui fit paraître le mariage de sa sœur plus considérable que le sien, et que, par un sentiment assez naturel, quoique vicieux , qui fait qu'on a peine à se voir au-dessous de ses proches, elle conçut du dégoût pour son état; et cette comparaison humiliante la jeta dans une sombre

' «Forte ita încidit, ut în Ser. nimè anteîri vult , pœnituisse. Con- Sulpicii tribuni luilituin domo soro- fusam eam ex rccenti niorsu animi tes Fabiae, qaiim intcr se (ut fit) quuin pater forte vidisset, percunsermonibus tempus tererent, llctor ctatus Satin ^«/i»*^.^ avertentein cau- Sulpicii, quum is de foro se doinum sam doloris ( quippè nec satis piam rec'iperel, foiem (ut mos est) virgâ adversùs sororem, nec adrnodùm ia percuteret. Quum ad id moris ejus virum honorificam ) elicuit, comiter insuetaexpavisset minor Fabia, risui scîscitando, ut fateretur eam esse sorori fuit, miranli iguorare id soro- causam doloris, quôd juncta impari rem. (Jaeterùm isvisussiimulos parvis esset ,nupta in domo, quam nec homobili rébus animo muliebri subdi- nos nec gratia intrare posset. Condit. Frequentià quoque prosequen- solans iudè filiam Ambustus, bonum tiura , rogantiuinque numquid vcliet, aniniuui babere jussit : cosdem procredo fortunatuni niatrimoninnj ei pedieni doini visuram honores, quos sororis visuui : suique ipsam, malo apud sororem videat.» (Liv.) arbitrlo , quo a proxiiiiis quisque mi-

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mélancolie. Son père l'ayant vue dans le premier moment de ce trouble et de ce déconcertement, et lui ayant demandé si elle se portait bien, elle dissimula d'abord la cause de son chagrin , qui marquait peit d'affection pour sa sœur, et peu de considération pour son mari. Mais enfin, à force d'interrogations et de caresses, il tira d'elle son secret, et lui fit avouer que la cause de sa douleur était de se voir mésalliée, et d'être entrée dans une famille où les honneurs, la considération, le crédit, ne pouvaient avoir aucun accès. Ambustus , consolant sa fille, l'exhorte à avoir bon courage , et l'assure qu'avant peu elle verra dans sa maison les mêmes honneurs qu'elle voyait actuellement chez sa sœur.

Les tribuns Dès cc jour, quoiquc patricien, il se déclara oui)rom"eut vertcmcnt contre son propre corps, et commença à trois lois: prendre des mesures avec son gendre, et avec L. Sex-

jiar rapport 1 o "

aux dettes, [^yg jeunc plébéicu d'un rare mérite, et à qui, de

aux terres, '.Il ' 1 '

au consulat, l'avcu mêuic des nobles, il ne manquait qu'une nais-

Liv.lib. 6, 1 -1 . -v

cap. 35-37. sance plus illustre pour aspirer aux premières charges de l'état. Le peuple avait fort à cœur l'affaire des dettes , par rapport à laquelle il ne pouvait espérer aucun soulagement, à moins que ceux de son corps ne partageassent l'autorité suprême du gouvernement. C'est donc là à quoi ils conclurent qu'il fallait travailler sérieusement, en tournant toutes leurs pensées et tous leurs efforts vers ce but. Ils se représentaient à euxmêmes qu'après tout ce que les plébéiens avaient déjà emporté sur le sénat à différentes reprises, par leur fermeté inébraidable à pousser et à soutenir leurs prétentions, il n'y avait rien à quoi, pour peu qu'ils fissent d'effort , ils ne pussent parvenir , et qu'il leur se-

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rait aisé de s égaler aux patriciens en honneurs, comme ils leur étaient égaux en mrrite. I^a première démarche qu'ils crurent devoir faire fut de faire nonnner tribuns du peuple Licinius et Sextius, alin (juà l'aide de cette magistrature ils pussent s'ouvrir à eux-mêmes l'entrée à toutes les autres dignités.

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