‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 3)Chapitre 97 sur 141 · SER. CORNÉLIUS · texte numérisé non relu

SER. CORNÉLIUS

C. Licinius et L. Sextius signalèrent leur entrée dans le tribunat par plusieurs lois qu'ils proposèrent, toutes favorables aux désirs du peuple et contraires aux intérêts du sénat. La première regardait les dettes, et portait qu'on retrancherait du total et du principal de la dette ce qui en aurait été payé en arrérages, et qu'on aurait trois ans pour acquitter le reste en trois paiements égaux. La seconde défendait à tout particulier , quel qu'il fût , de posséder plus de cinq cents arpents de terre ^ , et ordonnait que ce qui se trouverait excéder cette quantité serait oté aux riches, et distribué à ceux qui ne jouissaient d'aucun fonds de terre. La troisième statuait qu'on ne nommerait plus de tribuns militaires, mais qu'on procéderait comme autrefois à l'élection de consuls, dont im serait nécessairement tiré du cor{)S

' Ces tribuns militaires ne se trou- stitut. lib. 1 , cap. 9; Varr. de Rc

vent point clans Tite^Live, mais dans RiisC.Vih. i , cap. 10.) = La surface

Diodore de Sicile. du jiigère était égale à 2468 mètres

* L'arpent (yW^^t'/v/w) avait deux caircs; les 5oo jugeres répundeal à

cent quarante pieds eu longueur, et i 23 hectares et 40 ares, ou envirou

six-vingts en largeur. (Quint. In- à 242 aliments de Paris. — L.

des plébéiens. Jamais un si grand intérêt n'avait divisé les deux ordres de la république. C'était attaquer en même temps le sénat par ce qui excite les désirs les plus violents des liommes , les possessions de terres, l'argent, les honneurs. Tout le corps des patriciens s'éleva contre ces propositions. Le peuple , de son côté , soutint les tribuns avec chaleur. La ville était remplie de tumulte : la discorde régnait partout : les familles mêmes étaient partagées , chacun prenant parti selon ses vues et ses intérêts.

Les sénateurs , terriblement alarmés par une espèce de conspiration si violente et si générale , à laquelle ils ne s'étaient point attendus , tinrent plusieurs assemblées , tant publiques que particulières ; et , après beaucoup et de longues délibérations , ils ne trouvèrent d'autre remède au mal dont ils étaient menacés, que d'engager les autres tribuns du peuple à former opposition contre les demandes de leurs collègues. C'était une ressource dont ils avaient déjà tiré de grands avantages, et qui leur réussit ici. Quand Licinius et Sextius eurent ordonné qu'on fît la lecture de leurs lois , et qu'ils eurent commencé à citer les tribus pour porter leurs suffrages , les tribuns qui avaient été gagnés par le sénat se levèrent aussitôt , et déclarèrent qu'ils s'y opposaient formellement. Les deux tribuns renouvelèrent les mêmes tentatives dans plusieurs assemblées , toujours avec aussi peu de succès. L'opposition d'un seul tribun , qui consistait en un seul mot latin , \t^to , Je l'empêche , Je m'j opposé y était d'une telle force, que le tribun, sans ({u'il fût obligé de dire les raisons de son opposition, arrêtait également les résolutions du sénat et les propositions des autres tribuns.

On croyait les lois entièrement abrogées. Alors Sextius , adressant la parole aux patriciens : «Puisque vous «donnez tant d'autorité à l'opposition, dit -il, à la « bonne lieure, nous y consentons, et nous nous servi- « rons des mêmes armes pour défendre le peuple. Con- « voquez donc , pères conscrits , des assemblées pour a élire des tribuns militaires. Je ferai en sorte que vous « ne soyez pas si charmés de cette parole, /e m'f op- « pose y que vous entendez maintenant avec tant de joie « sortir de la bouche de nos collègues, m Ces menaces ne furent pas vaines. On ne tint d'assemblées que pour nommer des édiles et des tribuns du peuple. Licinius et Sextius, qu'on continuait toujours dans le tribunat, ne permirent point qu'on créât aucun magistrat curule. La république demeura dans cet état cinq années entières , après lesquelles enfin les tribuns du peuple consentirent qu'on nommât des tribuns militaires , et qu'on levât des troupes pour aller au secours des Tusculans, assiégés par les habitants de Vélitres.

Page 1