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OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques

OcTAVK, adopté par le testament de César, commence à prendre part aux affaires , et se déclare pour le sénat contre Antoine. Brutus et Cassius acquièrent de grandes forces dans le pavs d'outre mer. Guerre de Modène. Chute et rétablissement d'Antoine. Ans de Rome 708,

§ 1. Imprudente conduite des conspirateurs cause de V élévation d'Antoine. Octave survient ^ et se fait un parti. D'Apollonie, où il avait appris la mort de son oncle , il repasse en Italie , et prend le nom de César. Pour son coup d'essai il trompe Cicéron , qui se lie avec lui. Il ne se laisse point ébranler par les instances de sa mère qui Vexhortait a renoncer à la succession de César. Sa première entrevue avec Antoine, qui le reçoit fort mal. Il veut se faire nommer tribun du peuple ; mais Antoine l'en empêche. Il s'attache la multitude par des largesses et par des fêtes. Comète durant les jeux

iiistoirt: romatnk.

que donnait Octave ou Octavien. Il vend tous les biens de la succession de César. Chicanes du consul. Brouilleries et réconciliations entre eux. Octavien est accusé par Antoine d'avoir voulu le faire assassiner. Ils courent aux armes. Antoine fait passer les légions de Macédoine en Italie. Démarches populaires d'Antoine. Octavieii attire à lui les vieux soldats de son père. Brutus et Cassius abandonnent V Italie , et passent la mer. Adieux de Porcia et de Brutus. Fojage en Grèce entrepris par Cicéron. Il change de résolution , et revient à Rome. Première phdippique de Cicéron. Seconde philippique. Antoine, arrivé à Brindes , irrite les soldats des légions par ses rigueurs. Il vient a Rome avec la légion nommée des Alouettes. Il j répand la terreur. Troupes amassées par ()ctavien. Il est abandonné de la plus grande partie. Sa prudence et sa douceur les ramènent. Deux des légions d'Antoine passent du coté d'Oc/avien. Antoine sort de Rome , et entreprend de s'emparer de la Gaule cisalpine , que tenait D. Brutus. Forces d'Antoine, de Décimus etd'Octavien. Octavien offre ses services au sénat contre Antoine. Ses offres sont acceptées. Derniers engagements de Cicéron avec Octavien. Décret du sénat qui autorise les armes de Décimus et d' Octavien. Antoine assiège Décimus dans Modène. Etat du parti républicain en Italie. Brutus et Cassius vont éi Athènes. Brutus s'attache les jeunes Romains qui y fusaient leurs études, entre autres le fis de Cicéron et le poète Horace, l'.u. peu de temps il

Il I s T O I 11 i: K O M \ I N E. 7

((masse une puissante armée ^ et se rend maître de lu Grèce, de la Macédoine et des pays voisins. Cassius va en Syrie pendant que Dolahella s'arrête dans V Asie-Mineure , oit il fait massacrer Trèbonius. Cassius se rend maître de la Syrie et de douze légions. Il est chargé par le sénat de la guerre contre Dolahella , quil réduit a se faire égorger. CheK'al Séjan, Etat de toutes les armées romaines. Dispositions de ceux qui les commandaient. Pâleur du soleil pendant toute r année de la mort de César. Mort de Servilius Isauricus: trait singulier de sa gravité.

Les rapides accroissements d'Antoine, qui, au mo- a>. R.708.

ment de la mort de César, avait paru si tremblant et 'iinprudcnt*e

si déconcerté, et qui , dans l'espace de quelques semai- "^"olsprra-^*

nés, s'était rendu maître des affaires, et avait réduit les 'j"",.,"""'

' ' de 1 eleva-

chefs du parti républicain à ne pouvoir demeurer dans """tiAu- Rome, sont la preuve et l'effet de l'imprudente conduite des conspirateurs. Ils s'étaient contentés de prendre très-bien leurs mesures pour tuer César, mais ils n'avaient rien préparé pour les suites d'un événement qui en devait avoir de si grandes. Aussi chaque no\ivel incident les trouvait embarrassés, et ils s'étaient vus souvent comme forcés de choisir le plus mauvais parti. Ils avaient donc détruit le nouveau gouvernement sans rétal)lir l'ancien. « T.e tyran est tué ' , disait Cicéron à

' « Intfrfecto rcge liberi iiou su- nullus baheniu.s. lUi quoqiio modo

mus. Nostri ■j-îMSç quod pcr ipsos beat! ; ci vitas misera. fl^rpâÇeo); y.a-

confici pofuit , ploriosissimè et ma- X'^; y.Èv , àreXcû; «S'a. ■•(('ir. ad Àtt.

};ui(ii.fiitissimé confereriiiit : reliquic xiv, ii; /, , .G-ia.) les opiis et copias desiderant , qn;is

toiuc.

8 iiistoirf: romaink.

« Atticus, et nous ne sommes pas libres. Nos héros ont « beaucoup fait pour leur gloire, mais rien pour la pâte trie et pour nous. O l'action glorieuse , mais malheu- « reusement laissée imparfaite! »

11 y a plus : la confirmation des actes de César, à laquelle ils avaient consenti , faisait subsister son autorité depuis même qu'il n'était plus. C'est ce qui perçait Cicéron de la plus vive douleur. « Grands dieux ^ , s'é- « crie-t-il , le tyran est mort, et la tyrannie est pleine « de vie et de vigueur! Nous n'avons pu le souffrir pour « maître, et nous respectons comme des lois tous les pa- « piers trouvés chez lui après sa mort! Il faut que nous « nous entendions dire : Quoi! vous osez aller contre « la volonlé de César l On nous rappelle à chaque in- (c stant, non-seulement à ses ordonnances, mais à ses « moindres pensées. » Antoine, comme nous l'avons vu , abusait du nom de César pour une infinité de choses auxquelles le dictateur n'avait jamais songé, et qu'il n'aurait point faites s'il eût vécu. C'est donc avec raison que Cicéron ne feint point de dire " ({ue ceux qui « ont conduit la conspiration étaient des héros pour le « courage*, et des enfants pour le conseil ».

Il attribue toute la faute à Brutus^, surtout pour avoir laissé vivre Antoine, qu'il pouvait tuer avec César. Il n'est personne qui ne sache ce mot célèbre de deux de ses lettres, l'une à Trébonius, l'autre à Cassius : « Que je voudi'ais (jue vous m'eussiez invité à ce

' •< () (lii l>i)iii! Vi\il tyr.'iiinis, ly- scd cofjitata rt-vocamiir. >> (dir. ad

rannus ocw-idit ! tlui .scrvire ipsi non Ait. xiv , () , 14-10-17. ) potuiiuiiii, l'jus libellis paic-nius ! Ut ' •< Acta illa res «;st aniiiio viiili ,

audcant ilic<T«' , Tu ne contra Cu-sti- conslliu piierili. •• ( I<1. iliiil. n. 21.) ris niitiim.'' Qnàoumfjut; nos comiiio- -5 .. Ifa-c oinnis culpa hniti.» (Ici.

viiims, ad (i;f!>ai'is non nioilo acta, il)id. xv -iq. )

HISTOIIU-: ROMAINS. 9

« repas exquis des ides de mars ! il n'y aurait eu aucun « restée »Mais, outre que la justice et l'humanité s'élèvent ici en faveur du parti que prit Brutus, Antoine ne s'était point encore fait connaître pour ce qu'il était; et Cicéron lui-même le regardait d'abord comme plus capable de penser à faire bonne chère (jue de former des projets pernicieux^. La faute de Brutus, c'est d'avoir cru que tout le monde était animé des mêmes sentiments que lui contre César et pour la liberté : c'est d'avoir oublié que le peuple était accoutumé depuis long-temps à se vendre au plus offrant; que les gens de guerre étaient attacbés à César par reconnaissance, par admiration et par intérêt; et/]ue le sénat même, quoique plus fatigué de la servitude , et recueillant plus de fruit du gouvernement républicain qu'aucun autre corps de l'état, renfermait dans son sein un trèsgrand nombre d'hommes avides , en qui l'amour du bien commun était étouffé par le désir de leur fortune et de leur grandeur particulière.

Brutus pensa avoir affaire h ces anciens Romains furieux de la liberté, et disposés à se sacrifier pour la patrie. H se persuada que , dès que César aurait cessé de vivre, la machine du gouvernement, si j'ose ainsi parler, se remonterait d'elle-même, étant délivrée de l'obstacle qui s'opposait à son mouvement. C'était ne pas connaître les temps et les hommes , et par conséquent manquer de la science la plus essentielle au chef d'une grande entreprise. 11 fallait des forces pour ache-

• ■< Qiiàni vellcin ad illas pulcliei- ' « Anton'ium ego epulaniin nia-

liinas epulas nie idiliu.s martiis invi- j;is arbitror ratioueiu habeic, quàiii

lasses ! relifiuiaiuui iiiliil liaberemus. " quidcjuam luaii cofjilaie. » ( Id. ibih.

( Cic. nd Fain. x , ?. 8 , et xi i , 4 .) xi v , 3. )

'O HISTOIRE ROMAi:VE.

ver l'entière exécution de son projet. C'était l'avis de Cicéron , et il en prend Brutus lui-même à témoin dans une lettre écrite long-temps après. «Au moment même <(. qui suivit l'action % lui dit-il ,voiis n'envisageâtes que «la paix, qui ne pouvait se conclure par une négocia- « tion : moi , je n'envisageais que la liberté , qui véritable- « ment ne peut subsister sans la j)aix; mais je comptais « que, pour parvenir à la paix, la guerre et les armes « étaient la seule voie assurée. » Si Brutus eût suivi ce conseil, s'il eût profité, d'une part, de la consternation où la mort de César fit tomber tous ses amis, et, de l'autre, du zèle d'un grand nombre de citovens qui étaient prêts à prendre les armes en faveur des libérateurs de Rome, il aurait pu rétablir, au moins pour un temps, l'ancienne république. Faute d'avoir senti la nécessité de recourir à ce moyen unique, il procura à Antoine la facilité d'acquérir de la puissance, et au jeune Octave l'occasion de se jeter entre les deux , pour les détruire l'un par l'autre, et tirer seul tout le profit de la révolution.

o.tavc sur- Persounc ne se fût imaginé (ju'un jeune lionmie qui

vient, et se , . ,. „ !• a /• •

laituu parti, u avait pas fiix-neui ans accomplis put laii'e un personnage si iin|)ortant sur le plus grand tbéatr'c et dans la plus grande affaire qui fut jamais. Mais à l'audace et à l'andiition, qualités assez ordinaires à son âge, Octave joignait une prudence, ou, pour parler plus juste, une finesse ([ui surpassait celle des vieillards rompus |)ar une longue expérience dans le manège de la |)olili(|iie.

• " " Recfiiti illo trnipor»- tu oiiinia «jii.T siin" pace uulla est; paccni ij)- :ul ]i;ii-«iii , (jiia- oialioiD' confici non sarii tx'llo iil(|U(' arini!> criici pos.sr ])i)l<'i.it : c^'o (iiiniiii ail lilxTtatcin , ailiiliahar. •>(("(<:. ^/t/ /V/«f. ii , 7. )

Il I s T ( ) I R I-: KO M A I N K. I 1,

Il étiiit (11' puis ([iielqucs mois à Apollonie eu Epire D'Apoiio-

lorsque son oncle fut tué; et il l'y attendait pour l'ao a'ait' âi)i>ri^

compaguer en qualité de maître de la cavalerie dans la sononck/ii

guerre contre les Parthes. Le temps qu'il y passa ne 7t'iTie*^/t"

le Cé-

fut pas perdu pour lui. Il l'emplova à se perfectionner i"^*""''

i i i i . 1 notu (le

dans les exercices du corps et de l'esprit, et en parti- '•"• culier dans l'étude de Téloijucnce, dont 11 avait mené avec lui un maître célèbre, Aj)ollodore de Pergame: car il sentait toute la nécessité du talent de la parole. 11 y avait consacré les prémices de son enfance en Suet. Aug. prononçant à l'âge de douze ans , de dessus la tribune ' piut'*' aux haran<Tues, l'éiofre funèbre de sa "rand'mère Julie, ."'."""": sœur de César; et il le cultiva toujours dans le i)lus ^ ''"' -

J l Dio, 1. 4^.

grand mouvement des affaires , et au milieu de la guerre même.

La nouvelle de la mort du di(-tateur le surprit et Taflligea sans l'abattre ni lui faire perdre courage. Il ne regarda point ses espérances comme ruinées; et il ne délibéra que sur les moyens de pousser sa fortune par lui-même, puisque son appui lui manquait. Les officiers des légions qui étaient autour d'Apollonie étant venus lui offrir leurs services, Agrippa et Salvi- Vcii. a, 5<j. diénus, qui dès -lors lui étaient attachés, lui conseillaient de profiter de la bonne volonté des troupes. Mais il jugea avec raison que c'était un parti téméraire et précipité que de se mettre à la tête d'une armée sans aucun droit pour la commander, sans aucun titre, même a[)pan'nt, sans savoir l'état des choses ni la disposition des esprits, soit du peuple, soit du sénat, soit des premières têtes de la république. Il pensa qu'il devait aller à Rome pour être à la source de tout , pour j)roportionncr ses démarches aux besoins de clh-Kpic nouvelle

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