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circonstance; enfin, pour s'appuyer de l'autorité publique, qui résidait dans la ville comme dans son centre, et en emprunter de quoi donner un air de légitimité à ses entreprises.
La voie qu'il prétendait prendre, et le motif qu'il se proposait de montrer, c'était la vengeance de la mort de son oncle : couleur la plus spécieuse dont il pût couvrir son ambition, et en même temps moyen facile et certain pour se faire des créatures et des partisans, surtout parmi les gens de guerre. Je ne dis pas que ce fût pure hypocrisie de sa part; le sentiment de la vengeance, dans le cas oîj il se trouvait, est assez naturel pour n'être pas soupçonné d'artifice. Je veux dire que sa fin principale était d'occuper, s'il pouvait y réussir, la place de César; et que le désir de le venger, quoique sincère, ne tenait dans l'ordre de ses projets que le second rang. Il affecta pomlant de ne paraître agir que par ce motif: encore le déguisa-t-il dans ces commencements; et il suivit son plan , non avec l'emportement d'un jeune lionnne, mais avec tout le flegme et toute la maturité d'un rusé politique, attendant patiemment l'occasion de se découvrir, et s'écartant même quelquefois de son système dans la conduite extérieure, pour y revenir par une route oblicjue, mais plus sûre. En arrivant en Italie, il apprit la nouvelle du testament de César, et de son adoption; et sur-lechamp il piit les noms de son père adoptif, et se fit appeler c. JULius C/LSAR ()CTAVi\Ni;s. Crétait là contracter un engagement qui ne lui permettait pas de suivre les conseils timides de sa mère Atia, et de Marcius IMillippus, son he.ui-pèrc. Ils lui avaient écrit pour revliorlei' à se rciileiniei- dans une vii' privée et ti iiniiiullc , el a
niSTOlKK ROMAIN K. l3
naliulii' un sort pareil à celui de son grand-onde, (jue tant (le victoires remportées sur tous ses ennemis n'avaient pu garantir d'une mort funeste. Octave ne prit eonseil que de son courage, et il eut tout d'un coup sujet de s'en applaudir. Les légions qui étaient à lirindes sortirent au-devant de lui pour le recevoir. De toutes parts les vieux soldats établis par le dictateur dans les campagnes et dans les villes municipales accoururent autour du jeune César, et il marcha vers Rome accompagné d'une troupe nombreuse qui grossissait à chaque pas.
Tous ces guerriers ne respiraient que vengeance , et ils se plaignaient amèrement d'Antoine, qui gardait à leur gré trop de mesures avec les meurtriers. Le jeune César, que j'appellerai plus communément Octave ou Octavien, pensait connue eux. Mais, voyant tout le sénat porté d'inclination à protéger les restaurateurs de la liberté, et craignant un concurrent dans son propre parti en la personne d'Antoine, à qui son âge, son expérience, une bravoure reconnue, et la puissance du consulat , donnaient tant d'avantage sur lui , il résolut de dissimuler; et pendant que d'une part il flattait les désirs et les espérances des gens de guerre qui s'attachaient à lui, se ménageant de l'autre avec les républicains, pour son coup d'essai il trompa Cicéron.
Ce grand et sublime génie, mais dont le courage ne Pour ^f.n
° -Il coup d'pssai
tenait point contre les revers, se trouvait alors dans un ii trompe
, ,. ••115 1 Tiî'-i '1 Cicéron , qui
état bien voisui de 1 abattement. Il n était demeure dans ,e ue mec Rome que les premiers jours qui suivirent la mort de César. Lorsqu'il vit ({ue les affaires prenaient un train fâcheux, qu'Antoine marchait à grands pas vers la tyrannie , et que les conspirateurs perdaient à chaque
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cic. nd Atf. moment quelque cliose rlu crédit et de la faveur que leur avait d'abord donnés l'éclat de leur action, il se retira à la campagne, et passa quelque temps, tantôt dans l'une, tantôt dans l'autre, de ses différentes maisons, occupé de réflexions tristes sur tout ce qui arrivait, et songeant à sa conservation particulière, parce qu'il désespérait presque de celle de la république.
Attentif à tous les événements, il ne manqua pas j,; 5 d'observer l'arrivée d'Octave en Italie; et il en parle à Atticus dans une lettre datée du onze avril. Peu de jours après, pendant qu'il était proche de Cumes, ce jeune homme vint dans son voisinage, chez Marcius j,, Philippus, dont il était le beau -fils; et dès là, avant
que d'avoir vu Cicéron , il lui fit faire d-es protestations d'attachement et de respect. Il lui fut ensuite amené et présenté par Marcius. Il ne paraît pas qu'il se soit passé rien de considérable dans cette première entrevue. Cicéron nous apprend seulement que ceux qui étaient à la suite d'Octave l'appelaient César % mais que son beau-père ne lui donnait pas ce nom, et que, par cette raison, il s'en abstint lui-même ; « et je ne crois « pas, ajoute-t-il , qu'il soit permis à aucun bon ci- « toyen d'en user autrement ». Il changea bien de style dans la suite! Octave, ({Uti j)artit incontinent pour se rendre à Rome, cultiva, par des lettres hécpientes, ce commencement de liaison : il caressait Cicéron, l'appelait son père, déclarait ne vouloir agir que par ses conseils. Il l'amena ainsi dans peu à avoir bonne opinion de lui. (c Octavien, dit- il '^, a de l'esprit, il a du cou-
' « Nobiscuin liic perlionorilîc»'- et itaquc ue nos quideiu : quciu nego aniicè Oclavius: quein quidciii sui posse bonuni civrni. ••( Cir. «t/ ■//'/• (iaRsariîiu salut^liiiiit. PliilipiMi.s iiou ; xiv, la.)
Il is roi II !•: ROM Al -Ni:. ID
u rago ';etjVspère qu'il entrera, par rapport à nos lié- « ros (c'est ainsi qu'il désigne Brutus et C-assins), dans « les sentiments que nous souhaitons. » H ne s'y liait pourtant pas pleinement. Son âge, le nom qu'il prenait, la qualité d'héritier de César, les leçons de ceux qui l'enviroimaient , tout cela donnait de l'ondirage à Cicéron. Il conclut cependant qu'il faut le porter, le soutenir, et, si l'on ne peut mieux faire, au moins le détacher d'Antoine.
Ce fut réellement la nécessité de résister à Antoine qui mit le sceau à leur liaison. Le consul ayant pris à tâche, ainsi que nous le verrons^ bientôt, de les poussera bout lun et l'autre , ils se réunirent contre l'ennemi com- piut. in cic. mun. Octavien avait besoin de la considération et de l'autorité dont jouissait Cicéron dans le sénat. Cicéron ne pouvait s'étayer des gens de guerre que par le crédit qu'Octavien avait auprès d'eux. C'est ainsi que se forma cette alliance étroite , tant et si justement reprochée à un vieillard consommé dans les affaires, qui fut la dupe d'un enfant !
Cette union ne faisait (jue de commencer lorsque iinoseiaisso Octave vint à Rome, où il trouva qu'Antoine dominait ''ier"prries presque absolument. Avant que de faire aucune dé- '"'''=",""'^'* '^•;
Il l >a nuTC qui
marche pour se porter héritier de César et pour obte- '«''•''^rtait a
' » '■ rcuoiicerala
nir du peuple une ordonnance qui autorisât son adop- suercssiou
.. , , . ^ cl<-Cé!,ai.
tion, u eut encore un nouvel assaut à soutenir sur cet article de la part de sa mère Atia, qui, outre l'autorité
■ <. Octaviano, ut pcrspexi , satis haereditati, quiil y.oLzr.yri'Si.i., niagni
inpenii , satis animi : videbaturque oonsilii est... Sed taïuon alendus est;
erpa nostros rpwaç ita l'ore ut nos et, ut nibil aliud, ab Autonio se-
velleiuus animatus. Sed quid œtati junf,'endus. .. ( Crc. or/ .^«. xv, 12. ) ciedeudum sii, quid noiuini, quid
l6 HISTOIRE ROMAINE.
(jue lui donnait la nature, méritait encore tout l'attachement et toute la tendresse de son fils par l'attention extrême qu'elle avait apportée à son éducation. A.ut. (le (^ette dame , appuyée de Marcius Pliilippus son mari , eioq.c. is! et de son gendre Marcellus, pressa instamment son fils Nicoi' Da- ^^*^ renoncer à une succession et à un nom qui l'expo inasc (le sj^ienf >i ]y jiaine du parti républicain , à la jalousie d'An-
Instit.Aug. ri ' J
toine, et à milK^ périls. Toutes ces représentations furent iiuitiles. Le jeune homme demeura inébranlable, et protesta généreusement que jamais il ne se reconnaîtrait % par son propre fait, indigne d'un nom dont César l'avait jugé digne. Tout ce qu'il put accorder aux frayeurs de sa mère, ce fut de promettre d'agir avec beaucoup de circonspection; et il tint parole.
Appian.Dio. Dès le lendemain de son arrivée, il alla se présenter à C. Antonius , qui, en l'absence de Brutus, faisait les fonctions de préteur de la ville; et il demanda juridiquement d'être envoyé en possession de la succession
Sa première dc César. Delà, quoiqu'il n'eût reçu aucune politesse
entrevue i 1 * ^ • • ' v a i • ' i /■ •
avec An- du cousul Antouic, qui n avait pas même daigne le laire *rècoit'fort^ complimenter de sa part, Octavien se transporta aux ""''' jardins de Pompée pour lui rendre la première visite, disant qu'il était juste que , jeune et particulier comme il était, il fît les avances vers un homme qui le surjîassait de beaucoup en âge, et revêtu actuellement de la jircmière dignité de la république.
Antoine avait un double intérêt à s'opposer aux demarches d'Octavien et à le teniibas : intérêt pécuniaire, parce que, s'étant emparé dr tout l'argent «{ue C.ésar,
' << Dictitaus nefasesse, qno no- hiiiiel * ipsiiiu \ ideri iiuli<;uum. » ■luLiie C.a'sari <lit:iiii.s t'sst't visus, si- (Vell. ii , 60. )
* l.i'.'î l'clitiiiii» i)ort('iit s/nu'ti/>suni : mais l'ivsl niir f.ailf visible.
HISTOIRE ROMAINE. l'y
dans le temps dv sa mort, avait chez lui ou à sa disposition, et contiiuiant à s'approprier différents effets de la succession qui se trouvaient à sa bienséance, il appréhendait qu'un héritier de César ne lui fît rendre compte : intérêt d'ambition, parce qu'un fils de César pouvait devenir un rival dangereux pour lui par rapport au rang suprême, auquel il aspirait. En même piut. inAut. temps qu'il le craignait sous ces deux points de vue, il méprisait sa grande jeunesse. Ainsi il ne le ménagea nullement : il le fit attendre long-temps avant que de lui donner audience ; et Octavien l'ayant prié tout franchement de vider ses mains des sommes provenantes de la succession de César, qui lui avaient été remises, et sans lesquelles il n'était pas possible d'acquitter les legs portés par le testament de son oncle et père adoptif, Antoine se moqua de sa proposition ; et, comme s'il lui eût donné un conseil d'amitié, il lui dit qu'il ne savait pas à quoi il s'engageait en se portant héritier de César, et qu'un jeune homme de son âge n'avait ni assez de tête, ni assez d'amis, pour se charger d'un pareil fardeau.
A ce refus insultant Antoine ajouta, bientôt après, une nouvelle injure en empêchant Octavien d'assurer pleinement son état. Une formalité était nécessaire pour consommer l'adoption : il fallait que les curies assemblées la ratifiassent par leur autorité. Le consul ne put refuser son ministère pour convoquer les curies et proposer la loi. Mais, quoique ce fût une chose purement de style, il suscita des tribuns qui s'y opposèrent, et qui firent manquer l'affaire, sous prétexte de la remettre à un autre temps.
Octavien, irrité d'un procédé qu'il traitait d'ingra- u ^^^^ se