Tome XXIV. Hist. Rom. I
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rouse , et de l'autre l'entrée de Labiénus en Syrie à la tète d'une armée de Partlies. Ce dernier péril, dont je parlerai ailleurs avec plus d'étendue, fut celui qui d'abord lui parut le plus pressant. H s'avança jusqu'à Tyr, dans le dessein d'aller repousser les Partlies : mais les lettres qu'il reçut de Fulvie, à demi effacées par les larmes, le rappelèrent du côté de l'Occident. Il vint en Grèce; et là, ayant su comment toutes clioses s'étaient passées en Italie, il entra en même temps et dans une grande colère contre Fulvie, suivant que je l'ai déjà rapporté, et dans de vives inquiétudes sur l'accroissement de la puissance d'Octavien.
Dans ces circonstances, il se vit avec plaisir recber-
[I p't recher- 1
.lié par Sex. elle par Sex. Pompée. Il lui devait de la reconnaissance Appiaii.Din. pour avoir donne asyle à Julie sa mère; et, l intérêt se joignant à <^e motif d'honneur, il fît un très-bon accueil à Libon , qui , sous prétexte de lui amener Julie, venait lui proposer un traité de ligue et d'alliance avec / Sextus son gendre. Antoine usa néanmoins de précau-
tion, et ne crut pas devoir trop légèrement rompre avec Octavien; mais il promit à Libon que, s'il était obligé d'avoir la guerre contre Octavien , il accepterait l'alliance proposée ; et que, si au contraire le différend s'accommodait à l'amiable, il réconcilierait Sextus avec son collègue, r, Le fils de Pompée iouait alors un très -beau rôle.
cie Sextus. pia^-g entre les deux principaux chefs du parti victorieux, c'était une espèce de triomphe pour lui que de se faire considérer d'Antoine et craindre d'Octavien. Sa puissance avait pris des accroissements importants, pendant que la guerre contre Brutus et Cassius occupait toutes les forces des vengeurs de César. Il avait
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achevé de s'emparer de la Sicile, dont il ne possédait d'abord qu'une partie; et il avait fait périr Bithynicus, gouverneur de l'île, à qui il imputa d'avoir attenté à sa vie. Statius Murcus , depuis la bataille de Philippes, lui avait amené, comme je l'ai dit, un puissant renfort. Il soumit aussi à sa domination la Sardaigne : en sorte qu'avec une flotte très-nombreuse et très-aguerrie, il était maître de toute l'étendue de mer entre l'Italie et l'Afrique.
Cette position était très-avantageuse; et il en conçut un orgueil extrême, jusqu'à se faire appeler le fils de Neptune, comme renouvelant la gloire navale de son père, et possédant l'empire héréditaire des mers. Cependant il devait son élévation en grande partie aux circonstances; et il n'avait pas, à beaucoup près, toutes les qualités nécessaires pour en tirer un fruit solide et durable. Velleïus nous le dépeint brave de sa personne ^ , actif et ardent, d'une imagination vive et prompte, fidèle à ses engagements autant que son père l'avait été peu; mais esprit grossier, dont la barbarie se faisait sentir même dans son langage ; se laissant gouverner par des valets , et , pour me servir des termes de l'historien , l'affranchi de ses affranchis , et l'esclave de ses esclaves. Il portait envie à ceux qui tenaient le plus haut rang, et il obéissait aux derniers des hommes. En effet, ceux à qui il témoignait le plus de confiance, et qu'il mettait à la tête de ses escadres et de ses flottes, étaient des affranchis, dont le plus célèbre est ce
' «Hic adolescens erat studiis ru- torumsuorumlibertus,servornmque
dis, sermone harbaïus, impetu sire- servus; speciosis invidens, ut pare-
nuus; manu promptus, cogitatione let humillimis.» ( Vei.l. ii , 7 3. ) celer, fide patri dissiniiJlimus ; liber-
Horat.Epod. Mcnas qu'Horacc a Immortalisé par la peinture éner- '*' g'4iie qu'il nous a laissée de son faste et de son inso-
lence % objet éternel de mépris et d'indignation. Statius Murcus , homme de cœur , et qui avait l'aine haute , ne put subir un joug si honteux, ni fléchir sous des favoris encore flétris des fers de la servitude. Il lui en coûta la vie : on l'accusa de trahison, et sous ce prétexte il fut mis à mort.
Tel était Sextus Pompée, dont l'union avec Antoine, si elle eût été consommée , pouvait devenir fatale à Octavien. En joignant leurs forces maritimes , ils mettaient ensemble cinq cents voiles; et ainsi il leur était aisé d'assiéger en quelque façon l'Italie et de l'affamer; et Octavien, puissant en légions, puisqu'il en avait quarante à son service, mais totalement destitué de vaisseaux, se serait vu réduit aux abois, et obligé de recevoir d'eux la loi.
Mariage II essaya de gagner Sextus; et pour frayer les voies
d'Octavieu v / •!•.• l""l ^'ll'
avecScribo- '* ^^^ Feconciliation avcc lui, il songea a saluer avec LibouTeau- ^^" bcau-père. Mécène fut chargé de la part du jeune père de triumvir de demander pour lui en mariage Scribonia, sœur de Libon. Celui-ci , charmé de joindre à la qualité de beau-père de Sextus celle de beau-frère d'Octavieu, y donna très- volontiers son consentement. Le mariage se fit, et Octavien épousa Scribonia, quoiqu'elle fût beaucoup plus âgée que lui , et qu'elle eût
' Je suis l'interprétation commune tite pièce satirique ue me paraissent
et ancienne de l'ode d'Horace que pas devoir prévaloir sur l'autorité
je cite, quoiqu'un habile commen- des manuscrits et des anciens scho-
tateur ait voulu en dernier lieu la liastes, qui y reconnaissent l'affran-
rendre suspecte. Quelques difficultés clii de Sextus. = Il est fort incertain
qu'il trouve à l'appliquer à Menas, si Menas est le personnage qu'Ho-
certaines circonstauces de cette pe- race attaque dans celle ode. — L.
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déjà été mariée successivement à deux consulaires, de l'un desquels elle avait des enfants. Cependant la paix ne put pas se conclure; et Octavien , se voyant contraint de faire face en même temps à Antoine et à Sextus, commença par se débarrasser de Lépidus, qui lui était suspect, et il lui fit trouver bon d'aller dans son département d'Afrique avec six légions, qui, ayant appartenu à Antoine, conservaient encore de l'attachement pour leur ancien général. Ce fut aussi dans ce même temps qu'il relégua en Espagne Lucius, frère d'Antoine, sous prétexte de le faire proconsul de cette . grande province.
Cependant Antoine, étant parti de l'île de Corcyre Domitius à la tête de deux cents voiles, s'avançait vers Brindes. husTolÙTsa Il rencontra sur sa route Domitius Ahénobarbus, nui ^«"eaceiie
^1 Q Antoine.
venait au-devant de lui avec toute sa flotte. Elle était considéraWe. Domitius avait conservé sous son commandement une grande partie des forces navales rassemblées autrefois par Brutus et par Cassius ; et son premier plan avait été, comme je l'ai dit, de se maintenir indépendant. Mais, bientôt désabusé d'un projet impraticable, il s'était prêté à la proposition que Pollion lui avait faite de s'attacher à Antoine et de le reconnaître pour chef. La parole était donnée : il s'agissait de savoir s'il la tiendrait ; et lorsqu'on le vit s'approcher, plusieurs desamis d'Antoine appréhendèrent que, fier comme était Domitius, et d'ailleurs se souvenant que non-seulement il avait été proscrit, mais même condamné à titre de meurtrier de César, soit par hauteur, soit parcrainte, il ne jugeât pasà propos de se mettre sous la puissance de l'un des triumvirs. Plancus surtout, qui se piquait de beaucoup de prudence à la vue du moindre
danger, pressait Antoine de ne se point commettre, et d'arrêter sa course jusqu'à ce qu'il se fût assuré des dispositions de Domitius. Mais Antoine, quoiqu'il n'eût autour de lui que cinq vaisseaux avec lesquels il avait devancé sa flotte, rejeta ce timide conseil, déclarant qu'il aimait mieux périr par la perfidie d'un autre que de sauver sa vie en se couvrant lui-même de l'opprobre d'une lâcheté. Dans le moment les deux galères amiraies s'approchèrent; et le licteur d'Antoine, se tenant debout sur la proue , ordonna aux gens de Domitius de baisser le pavillon. 11 fut obéi : Domitius vint se ranger à coté de la galère d'Antoine, et y monta; en même temps ses troupes saluèrent le triumvir comme leur général , et Plancus revint de sa frayeur. Antoine , avec ce nouveau renfort, alla se présenter devant Brindes. L'entrée de Octavicii tenait daus cette ville une garnison de cinq Brmdesest ^oliortes , dont le commandant refusa de recevoir An-
reiusee a Au-
toine. lias- toiuc , prenant prétexte sur ce qu'il amenait avec lui
siège cette / ' "^
ville. Domitius, de tout temps ennemi de César et de son parti. Antoine, irrité, mit le siège devant Brindes, et invita Sextus à faire une descente en Italie; ce qui fut exécuté. Octavien, de son côté, assembla ses troupes pour secourir la ville assiégée , et se prépara à forcer les lignes d'Antoine.
Dispositions On crut être alors à la veille d'un grand orage qui ^ *''" ' allait renouveler tous les maux dont on commençait à respirer. Il y eut réellement quelques hostilités, mais de peu de conséquence. Parmi les trois chefs qui entraient dans cette guerre il n'y avait que le plus faible, c'est-à-dire Sextus, qui la voulût sincèrement. Les deux triumvirs se craignaient; et leurs soldats, dont le pouvoir était exorbitant dans ces temps de troubles, et
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donnait la loi aux généraux même, n'étaient nullement disposés à combattre les uns contre les autres. Ils se regardaient comme unis par la société d'une même cause, comme ne faisant qu'un seul corps. Outre ce motif général, les troupes d'Octavien en avaient un particulier dans la crainte et le respect qu'elles portaient à Antoine, comme à l'auteur de la victoire de Philippes : et celles d'Antoine, de leur côté, ne vovaient pas de bon œil leur cbef s'unir d'intérêt avec des exilés et des proscrits. Sur ces entrefaites , Fulvie , que son mari avait laissée malade à Sicyone, étant venue à mourir, cet événement ouvrit une voie de pacification. La négociation fut entamée par Cocceïus Nerva, ami commun des deux triumvirs; et Appien nous donne à ce sujet un détail qui me paraît tiré de quelque ancien •monument, et qui mérite par cette raison d'être mis, au moins en abrégé, sous les veux du lecteur.
Cocceïus avait été envové l'année précédente par Oc- Négociation
. • » 4 1 • T\i / • • 1 «p . de Cocceïu»
tavien a Antome, en Phenicie, pour quelque arrange Nerva. dont nous ne sommes pas instruits; et il était resté auprès de lui jusqu'au temps dont je parle. Alors donc, feignant d'être rappelé par Octavien, il demanda son congé à Antoine, qui le lui accorda : « Ne me donnerez- « vous point, lui dit Cocceïus, une lettre pour César, « comme je vous en ai apporté une de lui ? Non, reprit « Antoine avec vivacité, je n'écris point à mes enne- « mis. » Cocceïus lui représenta qu'il ne devait pas trai- ter César d'ennemi, après la clémence dont il avait usé à Pérouse envers Lucius son frère et envers ses amis, a Et comment, répliqua Antoine, n'appellerais-je « pas mon ennemi celui qui me refuse Feutrée de Brina des, et qui m'a enlevé mes provinces et mes troupes?
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« Pour ce qui est de mes amis, s'il en a bien usé à leur « égard, ce n'est pas pour me les conserver, mais pour « les rendre mes ennemis par s6s bienfaits. » Cocceïus ne jugea pas à propos d'insister davantage, de peur d'irriter le caractère impétueux de celui qu'il se proposait de calmer; et, content d'avoir tiré de lui ses sujets de plainte, il se rendit auprès d'Octavien.
Il plaida devant lui la cause d'Antoine, comme il avait plaidé devant Antoine celle d'Octavien. Il exposa au jeune triumvir les griefs de son collègue. Il justifia Antoine sur l'alliance contractée avec Domitius et avec Sex. Pompée, alléguant qu'ils étaient l'un et l'autre innocents du meurtre du dictateur César, et plus malheureux que coupables, même suivant les principes du parti vainqueur. Voyant que ses raisons faisaient peu d'effet, il les fortifia par la crainte du danger dont il menaça Octavien , en lui déclarant fiancliement la résolution où était Antoine de se servir des forces maritimes de Sextus jointes aux siennes pour désoler et affamer l'Italie. Cette dernière considération frappa Octavien ; et Cocceïus, qui s'en aperçut, lui parla alors de la mort de Fulvie. « Cette femme, lui dit-il, était " le flambeau de la discorde entre vous. Elle n'est plus. « Qui vous empêche de vous rapprocher, pourvu que « vous aimiez mieux vous éclaircir sur les plaintes ré- « cipro([ues que d'en nourrir le ressentiment dans le « secret de vos cœurs ? »
Octavien s'étant extrêmement radouci, Cocceïus lui proj)osa de le charger d'une lettre pour Antoine, lui représentant que , comme le plus jeune, il pouvait bien écrire le premier à un collègue qui avait siir lui une grande supériorité d'âge. Le point d'honneur arrêta
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Octavien ; mais il s'avisa d'un expédient, qui fut d'écrire à Jtdie, mère d'Antoine, une lettre de politesse, pour se plaindre de ce qu'étant sa parente , elle avait pris le parti de fuir de l'Italie, comme si elle n'eût pas dû attendre de sa part les mêmes attentions et les mômes respects que de celle d'un fds.
Cocceïus, avec cette lettre, vint retrouver Antoine, et lui conseilla, pour écarter tout ce qui pouvait faire obstacle à la paix, de commencer par éloigner Domi- " tius de sa personne, et renvoyer Sextus en Sicile. Antoine eut d'abord de la peine à consentir surtout à ce qui regardait Sextus, parce qu'il lui semblait qu'il prendrait par là un trop fort engagement, et donnerait trop d'avantage à son rival. Mais enfin, craignant la valeur des légions d'Octavien, qui, pleines d'estime pour Antoine, étaient néanmoins déterminées à lui faire bonne et vive guerre, s'il s'obstinait h rejeter la paix, il céda aux instances de Cocceïus et de sa mère; et, ayant fait partir Domitius pour la Lilbynie , dont il le faisait gouverneur, il témoigna h Sextus qu'il n'avait plus besoin de ses services en Italie, lui promettant néanmoins de prendre soin de ses intérêts.
Après ces préliminaires les soldats de César, en étant Traité cou
CiU CIltl'G"
satisfaits, formèrent une députation d'entre eux, qu'ils Octavienet
, . 1 ' ' 1 Antoine iiar
adressèrent en commun aux deux généraux, pour leur no- Mécène , tifier que l'intention de l'armée était qu'ils fissent la paix. cocccL^!" Quant à ce qui regardait les conditions, les soldats ne se cliargèrent point de les discuter; mais ils donnèrent leurs plems pouvoirs à un comité composé de trois commissaires. Mécène stipulant pour Octavien, Pollion pour Antoine, et Cocceïus ami commun et surarbitre. Ces trois négociateurs conclurent le traité sous
l'autorité de l'armée, qui agissait comme dépositaire de la souveraineté.
Les articles du traité furent très-simples : oubli du passé, amitié et bonne intelligence pour l'avenir; nouveau partage de l'empire romain , dont la partie orientale fut mise sous la puissance d'Antoine, et l'occidentale sous celle d'Octavien. La ville de Scodra ^ en Illyrie était la borne commune de ces deux grands départements. L'Afrique fut laissée à Lépidus, toujours obligé de se contenter du lot que voulaient bien lui faire ses collègues. Octavien se cliargea de la guerre contre Sex. Pompée, si l'on ne pouvait pas parvenir à un acconnnodement, et Antoine de celle contre les Parthes. Il fut stipulé expressément que les deux généraux auraient un égal pouvoir de lever des troupes en Italie : mais Octavien se conservait toujours l'avantage de ne point désemparer la capitale et le siège de l'empire. Domitius fut déchargé des condamnations prononcées contre lui; et le' bon traitement qu'il avait reçu d'Antoine , approuvé par Octavien. Par rapport au consulat , qui n'était plus qu'une ombre , mais une ombre respectable encore et capable de reprendre vie entre les mains de qui saurait la ranimer, on convint que, lorsque les Plut. iaAnt. triumvirs n'exerceraient point cette charge par euxmêmes, ils la partageraient entre leurs amis. Enfin le sceau de la réconciliation fut le mariage d'Octavie, sœur du jeune César, avec Antoine.
Mariage Octavic, aiuéc de son frère, en était tendrement ché-
d'Octavie . . . , -, \ i' V
avecAa- ric, (juoiquc Simplement sa sœur de père, sortie d un premier lit. Elle était devenue veuve depuis très -peu
' Scutari, sur le Drino.