L. CAPflDIUS GALLUS
Le nom de famille d'Agrippa était ^ipsanius. Mais Sen.coutrov. ce nom était si obscur , qu'il le supprima lorsqu'il fut parvenu à une haute fortune,
Octavien l'avait mandé pour le charger du soin de Agrippa lui construire une nouvelle flotte , et de former des ra- appTé^sdeia meurs et des matelots. 11 s'acquitta de ce double emploi ^'t^r.Sextus!" avec tout le zèle et toute la capacité possibles, prési- ^"^ùêt^Au''' dant lui-même à la construction des vaisseaux, et aux F- ^- .
Appian. Dio.
exercices par lesquels on habituait à la manœuvre vingt mille esclaves , à qui Octavien avait donné la liberté pour en faire des rameurs. Il fit plus : comme la côte
SaS HISTOIRE ROMAIJVE.
cHtalie ne lui offrait aucun port bien commode, ni capable de contenir un grand nombre de vaisseaux, il conçut et exécuta le magnifique dessein de joindre ensemble et avec la mer le lac Lucrin et le lac Averne pour en faire un vaste bassin, où les plus nombreuses flottes pussent être reçues, et se trouver à fabri des vents et des tempêtes.
PortJuie Le lac Lucrin, situé entre Misène et Pouzzol , était
formé par / / i i , ' • i ii
Injonction separc de la mer par une chaussée antique de mille pas
des lacs Lu- -, < i . ^^ . i • ii
crin et cic loHg sur Une lai'gcur qui suihsait pour la voie d un
FrebsTe^m. <^hariot. Agrippa répara et exhaussa cette cbaussée,
Suppi. • affaiblie en plusieurs endroits par vétusté, était
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29' ^o- souvent inondée, et par conséquent impraticable. Il
la perça de deux ouvertures pour donner passage aux bâtiments , et du fond du lac Lucrin il conduisit un canal dans le lac Averne. Il paraît que c'était celui-ci proprement qui formait le port et qui donnait une re- Serv.advirg. traite assurée aux vaisseaux. Pour corriger la mauvaise n.ni,442. qy^Uté de l'air, qui passait pour infect et pestilentiel, Agrippa abattit de grandes forêts qui embrassaient tous les environs du lac Averne, et qui, le couvrant d'une ombre épaisse, empêchaient l'air d'y circuler librement. Par là, ce lieu, tout-à-fait décrié, au-dessus duquel. Vire AEu ^^ nous en croyons les poètes, les oiseaux ne pouvaient vi,23y. voler sans ressentir l'effet des exhalaisons empestées qui s'élevaient du lac, et sans tomber morts, devint un séjour salubre et même agréable. Agrippa, toujours attentif à rapporter à son chef et à son protecteur la gloire de tout ce qu'il entreprenait , voulut que le nouveau port fût appelé le port Jale^ du nom que portait Octavien, adopté par Jules César. Ce fut là qu'il ras-
sembla tous les vaisseaux neufs qui avaient été bâtis en différents ports de l'Italie, et qu'il exerça les vingt mille rameurs ou matelots dont j'ai parlé.
Cet ouvrage royal % comme Horace le qualifie , a été aussi vauté par Virgile^. Je souhaiterais que des descriptions historiques, bien exactes et bien circonstanciées, me missent en état d'en donner une idée plus juste et plus pleine à mes lecteurs. Au reste, il ne semble pas qu'il ait été d'un long usage ^. Strabon , qui écrivait sous Tibère, en parle assez froidement : et je ne vois pas que dans l'histoire des siècles postérieurs il en soit fait beaucoup mention. Aujourd'hui et depuis deux cents ans la face des lieux est totalement changée, en conséquence d'un tremblement de terre arrivé en i538, qui a converti le lac Lucrin en une montagne de cendres, accompagnée, tout autour, de mares fangeuses.
Toute l'année du consulat d'A grippa se passa à faire les préparatifs de la guerre contre Sextus, qui pendant ce temps demeura tranquille , sans donner aucun signe de vie, sans tenter aucun effort pour troubler les apprêts de sa ruine.
Je ne crois pas qu'il me soit permis d'omettre un Prétendu
r T i présageai'
prétendu présage arrivé à Livie vers le temps dont il rivé à Livm s'agit ici. Les circonstances en sont assez singulières,
1 Sive receptus
Terrâ Neptunus classeb aquilonibus arcet, Régis opus
(HoRAT. ^/ï /Joe^ V.63. ) -'■'.■
2 An memorem portus , Lucriuoque addita claustra, Atque iudiguatum rnaguis stridorihus aequor ,
Julia quà pouto longé sonat unda refuso , ,
Tyrrheuusque fretis iuiinittitur œstus Avernis ? . ;
( Georg. II, 161.) -i Oa ne taida pas à lui préférer le port de Misène. — L. ' > '
33o HISTOIRE HOMAIWE.
outre qu'elles ont pour garants des auteurs d'un grand i'iiii..vv,3o. poids. Pline, Suétone et Dion rapportent que Livie,
Suet.Galb. (. v . /^ • n v
Dio. peu après son mariage avec Octavien, allant a une maison de campagne qu'elle avait dans le territoire de Veïes , un aigle laissa tomber sur elle une poule blanche, qui portait à son bec un rameau de laurier avec ses feuilles et ses baies. Livie, frappée de cet événement, consulta les devins, et ordonna, conformément à leur réponse, que l'on nourrît la poule, et que l'on plantât et cultivât le laurier. Ses soins prospérèrent. La poule devint si féconde, qu'elle remplit de sa race toute la basse-cour de la rtiaison de campagne où on la gardait, et qui en prit même un nouveau nom. On l'appela la maison aux poules, Le laurier fructifia de façon qu'il fournit de ses branches à tous les triomphes des Césars. Suétone ajoute qu'à la mort de Néron , dernier empereur de la race d'Auguste , toutes les poules périrent, et tout le petit bois de laurier se sécha. Mais en ce dernier point il est contredit par Pline, qui parle des plants de ce laurier comme subsistants encore au temps où il écrivait, c'est-à-dire sous l'empire de Vespasien.
Je ne vois rien, dans tout cela, d'impossible ni de bien remarquable, si ce n'est la crédule superstition de ceux qui divinisaient tout ce qui paraissait s'écarter tant soit peu des voies ordinaires. On juge que ce présage annonçait à Livie et à la maison des Césars, où elle venait d'entrer, une prospérité éclatante. Mais il y manquait le plus grand trait de ressemblance, je veux dire la fécondité. Livie n'eut jamais de son mariage avec Auguste qu'un enfant, qui mourut presqu'au moment de sa naissance.
HlSTOIllE ROMAIN K. 33 I