L. GELLIUS POiPLICOLA
M. COCCEÏUS NERVA.
Ce consulat est mémorable dans l'histoire par l'agrandissement d'Octavien et par la honte d'Antoine. Octavien ayant enfin vaincu Sex. Pompée, et forcé ensuite Lépidus d'abdiquer le triumvirat, devint maître de toute la partie occidentale de l'empire. Antoine, replongé dans ses folles amours pour Cléopatre, entreprit inconsidérément et conduisit avec précipitation une expédition contre les Parthes, dont le succès malheureux le couvrit d'ignonîinie. Je commencerai par le premier de ces deux objets, qui est lié immédiatement avec les faits que je viens de raconter.
Octavien de- Octavicn, ayant mal réussi dans l'attaque qu'il avait '7'""c'tiou ' livrée à Sextus, et se préparant à revenir à la charge,
était bien aise, pour se procurer de l'appui , de faire re- d'Antoine et garder sa querelle contre ce dernier rejeton de la mai- contre^ "sexson du grand Pompée comme intéressant tout le parti Appia"n.' civ. de César. Il dépêcha donc Mécène à Antoine pour lui ji,^',i.\fi. demander son adjonction et son secours; et il somma pareillement Lépidus de venir avec lui achever la ruine de la faction ennemie. Celui-ci, à quelque dessein que Forces ,ie ce puisse être, et plutôt sans doute pour profiter lui- ''^' "' même de la dépouille de Sextus que pour appuyer son collègue, assembla de grandes forces de terre et de mer, douze légions, cinq mille chevaux numides, mille Veii. n, 80. bâtiments de charge, et soixante et dix vaisseaux de guerre. On voit par là que sa puissance était considérable. Deux grandes provinces, l'Afrique proprement dite et la Numidie , lui obéissaient ; et , pour s'en rendre maître, il ne lui avait coûté que la peine de se présenter. I
Car, en reprenant les choses d'un peu plus haut, le lecteur se rappellera aisément que Cornificius, au temps de la bataille de Philippes, tenait l'Afrique pour le sénat et pour le parti républicain. Sextius, qui occupait la Numidie comme lieutenant d'Octavien, fit la guerre à Cornificius, et, après quelques succès assez variés, enfin il le vainquit et le tua. Voyant ainsi son autorité établie dans les deux provinces, peut-être ouvrit-il son cœur à des projets ambitieux. Quoi qu'il en soit, il trouva un nouvel adversaire en la personne de Fuficius Fango, soldat de fortune, élevé par César au grade de sénateur, et envoyé par Octavien pour prendre possession , en son nom , des gouvernements d'Afrique et de Numidie, Sextius opposa le nom d'Antoine à celui d'Octavien. La guerre se renouvela; et Fango, ayant été
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vaincu, se tua de sa main, laissant Sextiiis encore une fois arbitre des deux provinces. En cette situation des affaires arrive Lépidus, à qui le département de l'Afrique avait été donné par ses collègues. Il convint à Sextius de céder, et le triumvir recueillit le fruit des victoires de ce brave capitaine. Il demeura comme isolé dans sa province, prenant peu de part aux mouvements qui agitaient le reste de l'empire, jusqu'à ce que, pour son malbeur, il se résolut de passer en Sicile. Vrt.iue Antome était à Atbènes lorsqu'il reçut le député d'Oc-
viciit en [ta- , . , . , ^ .
lie coiiime tavicn , et il se préparait a retourner en Orient pour
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<ro<tavieu. pousser la guerre contre les l^arthes. il crut néanmoins A],|.iaij.Dio. devoir auparavant raire un voyage en Italie, et il v alla à la tête d'une flotte de trois cents vaisseaux. Mais l'autorité de Plutarque et la suite des faits nous porte à croire qu'il venait plutôt en ennemi d'Octavien que pour lui donner du secours. Des soupçons , des rapports, des jalousies, avaient souvent aigri de nouveau les esprits de ces deux rivaux, qui toujours se tenaient en garde l'un contre l'autre. Antoine ayant abordé à Leur que- Tarente .parce que ceu ■. de Brindes ne voulurent point
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pie par le Ic rcccvoir, ( Jctavic , qui raccompagnait, obtint de lui
traité de Ta- i • • J' H i C^^ J
rente. i^ permissiou d allci' trouver son rrere pour se rendre la médiatrice d'une réconciliation.
Elle emplova auprès d'Octavien les prières les plus touchantes; et, en présence d' Agrippa et de Mécène, qui formaient le conseil le plus intime du jeune triumvir, elle le conjura de ne point souffrir que de la plus heureuse de toutes les femmes elle devint la plus infortunée. «Actuellement, lui disait-elle, tout le genre « humain a les yeux attachés^ sur moi , et me félicite de « partager la grandeur et la gloire de deux puissants
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« généraux, épouse de l'un et sœur de l'autre. Mais, si « le parti le plus mauvais prévaut, s'il faut qu'il s'élève « une guerre, il est incertain lequel des deux sera vain- « queur ou vaincu; pour moi, mon sort est décidé, et (f je ne puis être que malheureuse. »
Des discours si tendres étaient bien capables de faire impression sur Octavien, qui aimait sa sœur. Je crois néanmoins que le motif qui l'inclina efficacement à la paix, aussi-bien qu'Antoine, est sans doute celui qu'apporte Dion. Ils n'avaient pas encore le loisir de se faire la guerre; et leur intérêt présent demandait qu'ils se prêtassent des secours réciproques par rapport aux desseip.s dont ils étaient occupés. Octavien avait besoin de vaisseaux pour la guerre contre Sextus; il fallait à Antoine un renfort d'hommes et de soldats pour celle qu'il allait faire aux Partiies. ,De là naissaient les dispositions pacifiques des deux triumvirs; et lorsqu'ils eurent une fors pris la résolution de se réconcilier, ils l'exécutèrent de la meilleure grâce qu'il fût possible.
Octavien fit proposer à Antoine une conféren{;e entre Métaponte et Tarente. Toujours défiant, son plan était de laisser entre lui et son collègue une petite rivière, qui lui donnait moyen de prendre ses sûretés, mais qui eût embarrassé et allongé la négociation. Antoine, dont le caractère était franc et simple, ayant aperçu, en arrivant au rendez-vous, Octavien qui approchait, saute à bas de sa voiture, et se jette dans une petite barque pour passer à l'autre bord. Octavien se piqua de générosité, et en fit autant. Ils se rencontrèrent sur la rivière , et il y eut entre eux un combat de politesse à qui s'éloignerait de son bord et irait descendre à l'autre. Enfin Octavien l'emporta, par la rai-
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son qu'il avait sa sœur h Tarente , à qui il souhaitait de rendre sa visite. Il logea donc sous le même toit avec Antoine , sans gardes , et se remettant entièrement en son pouvoir. Antoine le lendemain lui fit la même galanterie. C'est ainsi que ces deux hommes passaient tout d'un coup d'une extrémité à l'autre dans leur conduite réciproque, tantôt soupçonneux, et même ombrageux, par un effet de leur ambition, tantôt se témoignant mutuellement un excès de confiance, lorsque la situation de leurs affaires l'exigeait ^
lis convinrent aisément entre eux et contre Sextus. Ils arrêtèrent qu'il serait privé du consulat, qui lui avait été promis par le traité de Misène; et, pour lui faire la guerre, Antoine prêta a Octavien six-vingts vaisseaux, en échange desquels Octavien fournit à Antoine vingt mille soldats légionaires. Octavie, par l'entremise de qui la négociation avait été entamée, voulut après la conclusion y mettre comme le sceau par une libéralité de surcroît, qu'elle obtint de chacun des deux triumvirs en faveur de son collègue. A ce qui était convenu elle fit ajouter par son mari dix brigantins, ou bâtiments légers d'une moyenne grandeur, et par son frère mille hommes d'élite, qui devaient servir à la garde d'Antoine. Enfin on mit sur le tapis les projets de deux mariages; l'un, d'Antyllus fils aîné d'Antoine, avec Julie, fille d'Octavien, qui n'avait que trois ans; l'autre, d'Aiitonia fille d'Antoine et d'Octavie, qui était aussi dans les premières années de l'enfance, avec le fils de Domitius Ahénobarbus. Ce dernier mariage fut accompli, et fit entrer les Domitius clans l'alliance des
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HISTOIRE ROMAINE, 'd'5']
Césars. Celui d'Antyllus n'eut point lieu, comme on le verra par la suite.
Ces différents articles ayant été réglés en assez peu de temps, on se sépara. Antoine repartit pour l'Orient, laissant Octavie en Italie , sous prétexte de ne la point exposer aux fatigues et aux périls de la guerre contre les Parthes, mais réellement parce qu'il commençait à être las d'une femme si vertueuse, et que son cœur le rappelait auprès de Cléopatre. Octavien, accru de nouvelles forces maritimes, se livra tout de bon à la guerre contre Sextus.
Il avait de grandes espérances. Outre que ses flottes Octavien re-
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étaient très-nombreuses, il comptait beaucoup sur les guerre couavantages delà nouvelle construction de ses vaisseaux, LusîSon qui, par leur force, par leur grandeur, et par les tours de sa flotte. dont ils étaient armés , lui semblaient de sûrs garants de la victoire. Il fit avec pompe la lustration de cette flotte, cérémonie dont Appien donne ici la description. On dressa des autels précisément sur le bord de la mer. En face étaient rangés les vaisseaux, garnis de leurs matelots et de leurs soldats, qui tous observaient un profond silence. Les prêtres , après avoir égorgé les victimes, en prirent les entrailles, et, montant des esquifs, ils firent trois fois le tour delà flotte, accompagnés des principaux commandants, qui priaient les dieux de faire tomber sur ces victimes tous les malheurs dont la flotte pouvait être menacée. Ensuite les prêtres jetèrent dans la mer une partie des entrailles, et brûlèrent l'autre sur les autels.
Pendant qu'Octavien faisait encore les préparatifs de Menas le
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son expédition, Menas le quitta pour retourner a son tourne à sou
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ancien maître. C était un brave et habile otticier de tre