‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 4)Chapitre 39 sur 61 · FAITS DÉTACHÉS · texte numérisé non relu

FAITS DÉTACHÉS

Pendant qu'Antoine était partagé entre son fol amour

HISTOIRE ROMAINE. 4^ï

pour Cléopatre et ses projets chimériques contre les «roctavien Parthes, Octavien tenait ses troupes en haleine par des ''^ ^"^' guerres moins brillantes ijue capables de donner de Texercice à la valeur du soldat. 11 se faisait métne une gloire, après avoir toujours jusque-là employé ses armes contre ses concitoyens, d'en faire un usage plus innocent contre l'étranger. Les nations illyriennes lui en présentaient l'occasion. Depuis la guerre entre Ce- Appian.nsar et Pompée, elles n avaient point cesse d être en mouvement; et les Japodes venaient de faire récemment des courses jusqu'à Aquilée, et de piller Trieste, , ., colonie romaine. Il résolut donc de châtier ces peuples inquiets et de les réduire au devoir. INIais, lorsqu'il se .

préparait à marcher contre eux, une sédition l'ari'êta pour quelque temps.

Les vieux soldats qu'il avait licenciés en Sicile , comme je l'ai raconté, se plaignaient de n'avoir encore reçu aucune récompense de leurs services, et ils demandaient au moins à les mériter par de nouveaux travaux, en reprenant la profession militaire sous ses enseignes. Comme leurs plaintes n'étaient pas destituées de fondement, il donna satisfaction à un nombre d'entre eux en leur assignant des établissements dans la Gaule cisalpine. Mais cette distinction n'ayant fait qu'irriter la jalousie des autres, il usa de sévérité. Il en envoya * quelques-uns au supplice; il les désarma tous : et ce ne fut qu'après les avoir réduits ainsi à recourir aux plus humbles prières qu'il voulut bien se laisser fléchir. iVlors , ayant sauvé l'honneur du commandement suprême, et craignant que, s'il s'opiniâtrait à les rebuter, ils ne se donnassent à Antoine, il les admit dans ses troupes et accepta leurs services.

T-tme XXIF. HUt. Bom. Ql6

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Il partit ensuite pour la guerre d'iUyrie , et il porta successivement ses armes victorieuses chez les Japodes , les Pannoniens et les Dalmates. Les détails de cette expédition ne sont pas assez intéressants pour que je Bravoure '"^ croic obligé de les traiter avec étendue. Je remard'Oc'ta"*^"^ querai seulement qu'Octavien y paya de sa personne en plus d'une occasion , et réfuta par une bravoure au-dessus de toute critique les reproches injustes de lâclieté qui lui ont été faits par Antoine, et dont l'impression n'est pas encore bien effacée aujourd'hui. Fior. IV, 12. Ainsi, dans un moment de surprise, oii, attaqué "c. 20"^ tout d'un coup par l'ennemi, il avait encore à vaincre Appian.Dio. ],^ difficulté dcs heux et à monter par un chemin rude, escarpé, et rempli d'arbres et de broussailles, voyant que ses troupes ne se portaient pas gaîment à avancer, il prit un bouclier de fantassin , et , courant aux premiers rangs, il anima les siens par son exemple, et repoussa les barbares.

Dans un autre combat, il reçut au genou droit un coup de pierre , dont il fut blessé considérablement, et mis hors d'état d'agir pendant plusieurs jours.

Mais nulle part il ne signala sa valeur d'une manière plus éclatante qu'au siège de Métulum, ville capitale des Japodes. La place était forte de sa nature, et défendue si opiniâtrement par les barbares, qu'après que le mur eut été forcé, ils en reconstruisirent un nouveau, et formèrent une seconde enceinte, qui coutraisrnît Octavien de recommencer ses travaux. Il éleva des terrasses, il dressa des tours, desquelles on devait jeter sur le mur des ennemis quatre ponts volants à la fois. Cette manœuvre fut exécutée avec précipitation , et trois des ponts se rompirent : de sorte que personne

n'osait plus se hasarder sur le quatrième. Alors Octavien, qui de dessus une haute tour examinait tout ce qui se passait, descend en hâte, emploie les exhortations les plus vives auprès de ses soldats rebutés, et, ne pouvant par ses discours réveiller leur courage, luimême il monte sur le pont , et s'avance vers la muraille, tenant son bouclier devant lui. Agrippa, deux autres officiers-généraux et un écuyer l'accompagnent, et ils sont bientôt suivis d'une si grande multitude de soldats , que le pont succomba sous le poids , et se rompit connne les trois premiers. Tous ceux qui étaient dessus firent une chute violente;» quelques-uns furent tués, plusieurs fort maltraités, et entre autres Octavien , qui fut blessé à la.jambe droite et aux deux bras. Néanmoins , se soutenant contre un accident si fâcheux par sa fermeté d'ame, sur-le-champ il remonta au haut de la tour, et se présenta à la vue des siens et des ennemis pour prévenir le découragement des uns, et réprimer la présomption des autres.

Après de telles preuves de vaillance , il était bien en droit de l'exiger des troupes et de punir sévèrement la lâcheté. Aussi, une colonne avant mal fait son devoir et reculé devant l'ennemi, il la décima, et fit distribuer- aux soldats que le sort avait épargnés de l'orge au lieu de blé pour nourriture pendant toute la campagne.

Cette guerre , dans laquelle je ne trouve aucun homme de marque qui ait péri, si ce n'tst Menas, ce perfide affranchi de Sextus, occupa Octavien pendant trois ans, et ne fut terminée que l'an de Rome yiq, par la soumission des baibares, qui donnèrent des otages, rendirent les drapeaux qu'ils avaient autrefois conquis sUiT

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Gabinius et sur Vatinlus, vt s'engagèrent à payer le tribut imposé par ie vainqueur.

Octavien dompta encore par ses lieutenants d'autres peuples ou mal soumis, ou qui n'avaient jamais connu la domination romaine.

Les Salasses En même temps qu'il faisait la guerre en Illyrie, Va^riùl!"^ Messala % chargé par lui de réprimer les Salasses, sub- Txxxi'/i^, i"&"^ cette nation , qui occupait le pays que nous nom- ^^- mons aujourd'hui le Fal (VAoste. Ils incommodaient depuis long -temps les généraux romains, à qui leurs divisions intestines domiaient des soins plus importants *«. que celui de réduire des barbares cantonnés dans leurs

montagnes. Lorsque l'on eut le loisir de penser à eux, ils furent bientôt contraints de subir le joug et d'accepter les lois qu'on voulut leur imposer. Exploits de ^-'^^ exploits de M. Crassus contre les Mysiens, les M. Crassus gQ^f^rnes et autres peuples voisins du Danube vers la

contre les ' •

Mysieuset Xliracc , sout postéricurs de quelques années^, et ie

lesBastar- 1 . .

nés. suis, cu Ics plaçant ici, l'ordre que m'indique la na-

Dio, 1. 5r. „ . ' I. 1 1 •

Fior. IV, 12. ture des faits, et non l ordre des temps. On sait combien ont toujours été fières et belliqueuses les nations qui habitent ces contrées. Crassus opposa à leur au-

' C'est d'après Appien et Dion sur eux, il assure qu'il fut obligé

que j'attribue à Messala la victoire d'acheter d'eux les bois nécessaires

sur les Salasses. Il me reste pourtant pour le chauffage et poiu- les exer-

qnelque doute, fondé sur le silence cices militaires. Je trouve, sous l'an

de TibuUe, qui, dans son pauégy- 729, un Valérius consul substitué, rique de Messala , en faisant le dé- * à qui Pigliiiis et Sigonius donnent

noujbrement des exploits guerriers le surnom de Messala, je ne sais pas

de son héros, ne nomme point les sur quelle autorité, mais j'incline-

Salasses entre les peuples subjugués rais à attribuer à ce Valérius la guerre

par lui. Stiabon, liv. iv, dit que Mes- contre les Salasses, sdla passa un quartier d'hiver dans ' Dion en fait mention sous l'an

leur voisinage; mais, loin de lui faire de Rome 723. honneur d'aucun avantage remporté

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dace une bravoure non commune , dont il fit preuve en tuant de sa main dans un combat Deldon , roi des Bastarnes.

Il méritait par cette action l'honneur des dépouilles opimes. Mais, soit que sa qualité de simple lieutenant d'Octavien fût un titre d'exclusion , parce que l'on pensait que les dépouilles opimes ne pouvaient être acquises que par celui qui jouissait du commandement en chef; soit que le général ne vît pas volontiers son subalterne élevé en quelque façon au-dessus de lui par un honneur aussi singulier, et dont toute l'histoire romaine ne fournissait que trois exemples , il est constant que Crassus n'obtint d'autres récompenses que celles que l'on accordait alors aux particuliers, le nom îSwlperalor\ les supplications % et le triomphe. Il était fils du célèbre Crassus ; et nous avons eu déjà occasion de parler de lui plus d'une fois.

Je coule légèrement sur ces faits, qui sont ici étouffés par une foule d'autres plus mémorables. Je rapporterai seulement encore deux traits que nous fait connaître Florus.

Pendant que l'armée romaine se rangeait en bataille vis-à-vis de celle des Mysiens, un des principaux commandants des barbares s'avança , et cria à haute voix : Qui êtes-vous? Il lui fut répondu : Nous sommes les Romains, maîtres de toutes les nations. Avant que vous puissiez prendre cette qualité, répliqua l'audacieux My sien , il faut que vous nous ayez vaincus.

• Dion révoque en doute le titre porté une victoire signalée , le sénat

ôiimperator ac(tortlé à Crassus. Mais ordonnait de rendre des actions de

cet honneur a été déféré à des par- grâce dans tous les temples, ce qu'on

ticuliers jusque sous Tibère. z^^e\a.it suppllcntio ou suppliciiim.

^ Quand un général avait rem- — L.

4u6 HISTOIRE ROMAINE.

Cette fierté semblait annoncer une vigoureuse résistance. Cependant un frivole épouvantail ( et c'est le second trait que j'ai promis) déconcerta lesMysiens, et leur fit tout d'un coup prendre la fuite. Un centurion romain s'avisa de mettre sur son casque un brasier allumé et qui jetait de la flamme. 11 s'avança ainsi vers les ennemis , et , le mouvement de son corps excitant la flamme comme par secousses, les crédules barbares s'imaginèrent avoir affaire à un monstre qui vomissait le feu. Tout leur courage ne put tenir contre cet objet, capable à peine d'effrayer un enfant.

Tels sont les exploits militaires d'Octavien et de ses lieutenants contre l'étranger pendant l'espace qui s'écoula depuis la défaite de Sextus Pompée jusqu'à la mort d'Antoine. Les affaires de la ville fournissent aussi entre ces deux époques quelques événements remarquables, dont le plus important est l'édilité d'Agrippa.

Édiiité d'A- Toutcs Ics cliargcs avaient perdu leur lustre et leur

S"PP • éclat sous le gouvernement triumviral, qui absorbait

toute la puissance publique; et en particulier l'édilité,

cbargée de dépenses prodigieuses à cause des jeux qu'il

fallait donner au peuple, tomba dans un tel discrédit,

T. , qu'il y eut une année qui se passa sans édiles, parce

Rouie 716. que personne ne voulut d'un titre sans pouvoir et onéreux. Agrippa entreprit de relever cette magistrature

Au de Rome de son avilissement en la prenant lui-même; et quoi- ''^' qu'il eût été consul, il ne dédaigna point une place beaucoup inférieure, persuadé qu'il n'y perdrait rien, et que la charge y gagnerait. D'ailleurs les fonctions de l'édilité , qui se rapportaient principalement , soit aux embellissements et aux commodités de la ville, soit aux pl.iislrs de la multitude, convenaient parfaitement au

zèle qu'avait Agrippa pour concilier de plus en plus les cœurs des citoyens au jeune triumvir, son général et son protecteur.

Il remplit magnifiquement cette vue, premièrement Freinshem. par des edirices publics qu il repara ou construisit a 52. neuf. Il rétablit les anciens aqueducs , qui tombaient presque en ruine, et il en conduisit un nouveau, à qui il donna le nom de Jule , dans un espace de quinze mille pas, ou de cinq lieues. Pour rendre commode et accessible l'usage des eaux qu'il amenait ou rendait à la ville, il fit sept cents abreuvoirs, cent cinq fontaines, cent trente regards; de façon qu'il n'y eut presque aucune maison de Rome qui n'eût de l'eau en abondance. Et tous ces ouvrages étaient ornés et décorés richement et avec goût. On y comptait trois cents statues de marbre ou d'airain , et quatre cents colonnes de marbre. x\grippa était si passionné pour Tembellissement de la ville et de tous les lieux destinés aux usages publics , qu'il eût voulu que l'on y eût consacré tout ce qu'il y avait de statues et de tableaux dans Rome. Il prononça sur ce sujet un discours % qui se conservait encore du temps de Pline l'ancien , et que cet écrivain, charmé d'un si noble projet, qualifie de magnifique et de vraiment digne du plus grand des citoyens. En effet, n'est-ce pas là une destination plus convenable à ces chefs-d'œuvre de l'art que d'être relégués dans les jardins et dans les maisons de campagne des particuliers ?

Personne n'ignore la magnificence des égouts de

' "Exstat ejus (Agrippas) oratio candis: quod fieri satius fuisset, inagnillca et maximo civium digna , qaàin in villarum exsilia pelli. ■■ de tabulis omaibas signisque publi- (Plin. xxxv, 4.)

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Rome bâtis par les deux Tarqulns. Faute de soin et d'entretien ils étaient remplis d'immondices, et engorgés en plusieurs endroits. Agrippa ramassa des eaux en si grande quantité , qu'il en forma comme sept torrents, qui, introduits par les ouvertures des égouts, et y coulant rapidement , entraînèrent toutes les saletés qui s'y étaient amoncelées : et , après cette opération , il s'embarqua lui-même sur les égouts ainsi nettoyés; et par une navigation souterraine il les parcourut d'un bout à l'autre jusqu'à leur emboucliure dans le Tibre. Le second objet d'x\grippa dans son édilité regardait les jeux et les largesses au peuple. Il est étonnant avec quelle somptuosité il s'acquitta de cette partie de ses fonctions. Spectacles de toute espèce, comédies, combats de gladiateurs, courses dans le Cirque, pendant cinquante-neuf jours; et, durant tout ce temps, barbiers et baigneurs payés de ses deniers pour le service des citoyens ; cent soixante et dix bains ouverts et entretenus à ses frais pendant toute l'année; provisions de toutes sortes achetées des marchands pour être livrées au pillage de la multitude. Enfin dans le théâtre il jeta d'en haut comme des billets de loterie; et ceux qui rapportaient ces billets en recevaient le contenu , c'est-à-dire argent, étoffes, meubles, et autres choses semblables. 11 orna aussi le Cirque de statues de dauphins, et de ce qu'ils appelaient des œufs, c'est-à-dire de grosses masses figurées en œuf et placées sur des colonnes, qui, posées à l'extrémité de la carrière, et se faisant apercevoir de loin , dirigeaient les conducteurs des chariots dans leur course , et leur marquaient l'endroit où il fallait tourner pour revenir au point d'où ils étaient partis.

Parmi les spectacles donnés par Agrippa, celui de la course que les Romains appelaient trojenne mérite d'être remarqué. Ce jeu leur venait de Troie, à ce qu'ils prétendaient; et par Là il intéressait spécialement Octavien, qui se vantait de tirer son origine de cette ville fameuse. C'est pour cela que Virgile a inséré dans son cinquième livre une charmante description de cet exercice. Il s'exécutait par des jeunes gens de qualité ; et Agrippa engagea les sénateurs à consentir que leurs enfants commençassent à s'y faire connaître et à attirer sur eux les regards des citoyens.

Ces soins , qui semblent frivoles et uniquement de plaisir, avaient pourtant une fin sérieuse, qui était de faire aimer le gouvernement d'Octavien; et, par ces amusements, ^Agrippa ne servait pas moins bien son patron que par la police exacte qu'il faisait observer dans la ville. Il en chassa les astrologues et les magiciens, pestes publiques qui ensorcèlent aisément la multitude ignorante, et qui portent le trouble aussi -bien dans l'état que dans les familles. C'est ainsi qu'xAgrippa, grand homme de guerre , se montrait pareillement grand magistrat; supérieur, par cette universalité de talents, à Mécène, qui, sans être incapable des fonctions militaires, ne brillait pourtant que dans ce qui regarde l'administration des affaires civiles.

Ces deux hommes furent les principaux instruments Agrippa et de la grandeur et de l'élévation d'Octavien. Il avait en priuèipaux eux une confiance parfaite; et, comme il employait pour ^^^^j ^"^'^^; cachet deux pierres gravées représentant un sphinx, mstrc'^d'Oi. et entièrement semblables, il en gardait une, et laissait Dio,i.5i. l'autre à leur disposition, afin qu'ils pussent écrire et ordonner en son nom tout ce qu'ils jugeraient conve-

4lO HISTOIllE ROMAINE.

nable. Lorsqu'il écrivait lui-même au sénat, ses dépêches leur étaient d'abord apportées. Ils les ouvraient, en prenaient lecture, y faisaient les changements qu'ils voulaient; et ensuite, les ayant recachetées , ils les remettaient à leur destination.

C'était sur Mécène en particulier que roulaient principalement les affaires de la ville et de fltalie. Quoique, par une modestie ou apparente ou véritable, il n'ait jamais voulu s'élever au-dessus du rang de simple chevalier, pendant qu'il lui était aisé de parvenir aux plus hautes dignités de la république, il avait pourtant plus de réalité de puissance que les premières têtes du sénat et les personnages consulaires. Il fut durant plusieurs années préfet de Rome ; et par l'autorité de cette charge, créée exprès pour lui , il maintint le calme et la paix dans la capitale et dans l'Italie en des temps très-orageux, et malgré le mécontentem.*nt des peuples, souvent chargés par ses ordres d'impositions très-onéreuses, mais nécessaires pour soutenir les frais immenses de la guerre.

Statues éri- Tout cc qui appartenait à Octavien se ressentait de *^ctoctavie. la splcudcur de sa fortune. Ainsi sa sœur et sa femme d'oS'Ie. furent honorées de statues par décret du sénat; et des i^'o.i-49- J^pouilles acquises dans la guerre contre les Dalmates il fit bâtir un portique, auquel il donna le nom de sa sœur Octavie, et où il plaça dans la suite une riche Plut. bibliothèque. Quelques-uns pourtant font honneur de

iu Marcello. , , ., ■. . v \ ^-w • ii a • i ..

la bibliothèque a Octavie elle-même, qui voulut consacrer par ce monument la mémoire de son fds Marcellus.

rri.,m lies Pendant les années que je parcours ici il y eut pludeSiatiiius sipups triomplics célébrés par des particuliers. Les plus

in Vita Atl.

HISTOIRE ROMAIJVE. 4'^

mémorables et les plus justement mérités sont ceux de Taurus, et Statillus Taurus et Je Sosius ; 1 un avait pacitie i Afrique après la destitution de Lépidus , et l'autre avait vaincu les Juifs et pris Jérusalem.

Octavien, à l'exemple de César, fit aussi dans ces Nouveaux

. . j patricieus.

mêmes temps de nouveaux patriciens, pour remplacer les anciennes familles patriciennes ,qui périssaient dans tant de guerres civiles et diminuaient de jour en jour.

Quoique Atticus ait toujours vécu simple particulier, Mon d'Attisans avoir jamais possède aucune cliarge , le rang que c^rn. iNep. lui acquirent dans l'estime du public et des premiers liommes de l'empire romain son esprit, sa vertu, et la sagesse de sa conduite, en fait un personnage tout-àfait recommandable, dont la mort doit trouver place dans cette liistoire.

Il était, comme nous l'avont dit, ami d'Antoine; il en avait fait acte dans des circonstances critiques ; et en conséquence il fut effacé par ce triumvir de la liste des proscrits. Antoine fit plus ; il lui procura une alliance illustre, et travailla efficacement à lui donner pour gendre Agrippa. Du mariage d' Agrippa avec la fille d'Atticus naquit Vipsania Agrippina, qui, ayant à peine un an, fut promise à Tibère, beau-fils d'Octavien. Ainsi Atticus vit sa famille liée de près avec la maison des Césars.

Toujours fidèle à sa maxime de ne point entrer dans lesbrouilleries des grands, et de cultiver avec eux, malgré leurs divisions, ses liaisons particulières, il se conserva l'amitié d'Octavien et d'Antoine, qui lui donnèrent également les témoignages les plus marqués et les plus constants d'une estime et d'une considération infinies.

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L'année qui précéda leur rupture, il fut attaqué de la fistule, 11 essaya les remèdes connus alors, qui ne firent qu aigrir le mal. Las de souffrir, il prit le parti de se laisser mourir de faim; et il déclara sa résolution à son gendre , sans se laisser attendrir par ses prières et par ses larmes. Après qu'il se fut abstenu de manger pendant deux jours , la fièvre le quitta, et il se trouva mieux. Mais les frais en étaient faits, et il s'obstina à mourir. En bon épicurien, il regardait la douleur comme le souverain mal , et il ne comptait pas en trop acheter la délivrance en sacrifiant les restes d'une vie languissante,

11 mourut âgé de soixante et dix -sept ans, sous le consulat de Domitius et de Sosius: personnage singulier pour avoir brillé sans dignités et sans talents supérieurs ; ami de tous les grands , en se tenant dans un état médiocre; tellement égal entre tous les partis, qu'il mérita l'amitié de ceux même qui se faisaient les uns aux autres la plus cruelle guerre.

Il ne me reste plus qu'à donner sur la succession des <k-s cousu- consuls pour les années dont je parle quelques remar-

I;its depuis • l-> • l / Ml • •

iau7i;>jus- ques particulières qui, placées ailleurs, pourraient in-

qu'à l'au I r»! 1 I

,21. terrompre le iil de la narration.

^'l'.'s. '^ Au temps du traité de Misène entre les triumvirs et Sex. Pompée , tous les consulats de ces années avaient été arrangés d'avance, 11 avait été dit que l'an de Rome "7 I 8 Antoine prendrait un second consulat avec Libon , beau-père de Sextus; qu'en 719 Octavien serait consul pour la seconde fois avec Sextus lui-même; en 'jio Domitius Ahénobarbus et Sosius; et enfin en 721 Antoine et Octavien, qui , alors consuls pour la troisième fois, rétabliraient l'ancien gouvernement. Ce plan de

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consulats fut suivi; si ce n'est que, Sextus Pompée ayant péri avant que l'année de son consulat fût arrivée, on lui substitua L. Volcatius TuUus; et pareillement Antoine fut privé de son troisième consulat à l'occasion de la guerre qui s'éleva entre lui et Octavien. Messaia le remplaça, et fut collègue d'Octavien , consul pour la troisième fois. Pour ce qui est du second consulat destiné à chacun des triumvirs, ils nen voulurent avoir l'un et l'autre que le titre, et ils Tabdiquèrent le jour même qu'ils en avaient pris possession. La puissance triumvirale leur suffisait abondamment; et le consulat, réduit par eux à un vain nom, leur était alors inutile.

Je ne parle point des consuls substitués dans chaque année à ceux qui l'avaient commencée. On n'en a pas des listes exactes; et peu importe pour les grands événements de l'histoire, auxquels ils n'avaient presque aucune part.

Mais je ne dois pas omettre d'observer ici que les cinq ans du second triumvirat d'Antoine et d'Octavien expiraient le dernier décembre de l'année 7 19, et que néanmoins, dès le temps du traité de Misène, ils avaient arrangé les consulats pour deux ans au-delà de ce terme; ce qui est une preuve de fait que leur plan était de se perpétuer dans cette puissance tyrannique en se la faisant proroger autant de fois qu'il en serait besoin. Et ils étaient bien sûrs des suffrages du peuple, qu'ils tenaient en servitude par la force des armes.

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