‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 4)Chapitre 42 sur 61 · Tome XXIV. Hist. Rom. l'J · texte numérisé non relu

Tome XXIV. Hist. Rom. l'J

4l8 HISTOIRE ROMAINE.

fidie, delà de perfidie contre un perfide. Lorsque la belle saison Sw" fut venue, il partit d'Egypte, et, s'étant mis à la tête "'^ de ses troupes, il marcha vers l'Arménie, mais en se faisant précéder de lettres et de députations à Artabaze , pour l'engager à venir le joindre, et cherchant à le tromper par de belles promesses et par de fausses démonstrations d'amitié, jusqu'à lui demander sa fille en mariage pour un des fils qu'il avait eus de Cléopatre.

L'Arménien, qui sentait ce qu'il avait mérité, et qui entretenait actuellement une négociation secrète avec Octavien , ne se fiait pas aux caresses d'Antoine. Il imaginait des subterfuges pour éluder ses invitations pressantes, et pour éviter de se remettre au pouvoir de celui qu'il avait offensé. Mais le général romain appuya ses sollicitations de la terreur de ses armes, et s'avança avec ses troupes vers Artaxata, capitale de l'Arménie. Cette crainte détermina enfin Artabaze à venir dans le camp romain , et à essayer si des dehors de confiance piqueraient Antoine de générosité.

Il ne fut pas long-temps à se repentir de la démarche qu'il avait faite. Il se vit tout d'un coup arrêté, Antoine ayant pris pour prétexte qu'il avait besoin d'argent; qu'en conséquence il voulait que les trésors du roi d'Arménie, gardés en divers châteaux, lui fussent livrés, et qu'il ne pouvait espérer d'y contraindre ceux qui en avaient la garde qu'en retenant leur roi prisonnier, et les forçant de racheter sa liberté au prix de ses trésors. Artabaze se prêta aux volontés d'Antoine, et, mené successivement devant ses divers châteaux, il ordonna qu'on en ouvrît les portes. Mais les seigneurs arméniens refusèrent d'obéir à des ordres extorqués par une manifeste violence; et, voyant leur souverain cap-

tif, ils reconnurent pour roi en sa place Artaxias, son fils aîné. Alors Antoine renonça à la feinte dont il s'était masqué jusqu'alors, et il fit charger de chaînes Artabaze, mais de chaînes d'argent, affectant de conserver une vaine image de considération pour la dignité royale, pendant qu'il maltraitait si violemment la personne.

C'est ainsi que les choses en vinrent à une guerre iifaitkcou-

.... quête ne

ouverte. Elle ne fut ni de longue durée ni difficile pour rArméme. Antoine. Artaxias, nouvellement monté sur le trône, ne put résister à un ennemi trop supérieur en forces, et que l'on avait eu l'imprudence de recevoir dans le cœur du royaume. Il fut vaincu dans une bataille, et obligé de se retirer chez les Parthes. L'Arménie subit le joug des Romains; et toute la maison d'Artabaze , sa femme et ses enfants , hors Artaxias, devinrent prisonniers d'Antoine.

Telle est l'origine des troubles qui agitèrent pendant long-temps l'Arménie, toujours flottante entre deux puissants empires, au milieu desquels elle se trouvait placée; successivement envahie par les Romains et par les Parthes, sans demeurer d'une façon durable sous la domination ni des uns ni des autres, jouissant par intervalles d'une liberté précaire, et jamais du repos.

Antoine borna ses exploits pour cette campagne à n retourne la conquête de l'Arménie; et, se contentant de serrer arie,*'ery les nœuds de son alliance avec le roi des Mèdes par triompiie. un projet de mariage entre l'un de ses fils et la fille de ce prince , il laissa en Arménie autant de troupes qu'il en fallait pour s'assurer la possession du pays, et avec le reste il revint en Egypte.

Là il fit trophée d'une victoire dont auraient rougi les anciens généraux romains; et il ne craignit pas même de transporter à Alexandrie une gloire jusque-là réservée à la seule ville de Rome. Romain , 11 triompha dans la capitale de l'Egypte, afin que Cléopatre jouît de la pompe de ce triomphe, et en reçût tous les honneurs. On y porta les dépouilles de l'Arménie. Artabaze y parut captif et chargé de chaînes d'or , avec toute sa famille et plusieurs des grands de son royaume; et tous ils furent amenés aux pieds de Cléopatre, qui, environnée d'une cour brillante et d'une foule infinie de peuple, était assise sur un trône d'or que soutenait et élevait une estrade d'argent. L'intention d'Antoine était que ses prisonniers rendissent d'humbles hommages à la reine d'Egypte, et se prosternassent devant elle. Cest ce qu'il ne fut pas possible d'obtenir de leur fierté. Artabaze, dans un si extrême abaissement, se souvenait , néanmoins qu'il était fils du grand roi Tigrane; et il ne voulut ni fléchir le genou devant Cléopatre, ni, -en lui parlant, l'apostropher autrement que par son nom. Cette hauteur mortifia Antoine, et devint funeste au roi captif, qui fut ramené en prison, et mis à mort peu de temps après la bataille d'Actium.

La conquête de l'Arménie n'était que le commencement des projets d'Antoine. 11 en voulait aux Parthes; et, animé par son propre ressentiment, aiguillonné par les sollicitations du roi des Mèdes, soutenu par l'espérance du succès, que la jonction de la cavalerie médoise à ses légions rendait, selon lui, indubitable, il se mit en marche, et vint en Syrie, sous le second consulat d'Octavien.

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