Tome XXI F. J:ist. Rom
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Tac. Hist.i, faire un établissement indépendant, que le pays est d'un "■ accès difficile et par terre et par mer, et que la nation, de tout temps volage, superstitieuse à l'excès, et disposée à la sédition et aux révoltes , couvait un feu toujours prêt à s'embraser à la première étincelle.
A-lexandre avait autrefois été frappé de la même appréhension ; et il s'était précautionné contre ce danger en partageant entre plusieurs l'autorité du gouverne- Aman. 1. 3. ment dans TÉgypte. Octavien prit une autre voie, qui allait au même but. Il mit à la tête de cette province, non un magistrat titré, mais un simple chevalier ro- Dio. main, sous le nom de préfet, qui avait sous ses ordres ^s^uJi^aV' trois légions et quelques autres corps de troupes moins '^■^^- considérables, distribués en différents endroits de la contrée. Le premier qu'il chargea de cet emploi fut Gallus , homme de bas lieu , et qui lui devait toute sa fortune. Octavien porta même l'attention jusqu'à défendre à tout sénateur de mettre le pied dans l'Egypte sans sa permission expresse.
Pour prévenir l'effet de l'esprit inquiet et mutin des Dlo peuples , il ne voulut point qu'il y eût de sénat ou conseil public dans Alexandrie, quoique presque toutes les villes de l'empire jouissent de cette prérogative; et en général il n'établit point dans l'Egypte la forme de gouvernement que les Romains introduisaient dans leurs nouvelles conquêtes, et qui avait toujours quelstrabo. que chose de républicain. L'Egypte fut gouvernée sui- Tac.Ann.ii, ^^^^ ^^ ^j^^ purcmcnt monarchique, et le préfet lui représentait ses anciens rois. Tous ces arrangements subsistèrent, et passèrent en loi et en maxime d'état. Du reste Octavien, en prenant des mesures sévères l'Egypte en apparence pour s'assurer la possession de sa con-
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quête, ne fut pas moins attentif à en rendre les habi- sous l'em-
. . 1 . •! 1 . lîn i • pire romain.
tants heureux ; et il voulut que 1 Egypte , en reconnaissance des biens qu'elle procurait à l'empire romain, reçût de ses nouveaux maîtres ce qui manquait à son .^^j bonheur. Ses derniers rois avaient été des monstres, strabo. On n'avait vu en eux que cruauté, esprit tyrannique, mépris des lois et des mœurs; leur moindre vice avait été la négligence. Sous un tel gouvernement, TEgypte, malgré sa fertilité et tous ses autres avantages naturels, avait été malheureuse. Octavien remédia à ses maux par une sage police et par de grandes attentions au bien public de la contrée. Les canaux tirés du Nil, si né-, cessaires pour fertiliser les terres, et si commodes pour le commerce intérieur du pays, étaient gâtés et bouchés par des amas de limon. Il les fît nettoyer par ses ,.•.(>.' troupes, et en creusa de nouveaux. Il favorisa surtout le commerce maritime , pour lequel Alexandrie avait été bâtie, et dont par sa situation elle devait être le centre, si la nonchalance et la mauvaise conduite de ses rois n'y eussent mis obstacle. Aussi cette grande ville ne fut-elle jamais si florissante que sous l'empire romain. C'est alors qu'elle devint véritablement l'entrepôt général des nations et le lien de l'Orient et de l'Occident. Elle s'éleva ainsi au rang de la seconde ville de l'univers, et elle en jouit jusqu'à la fondation de Constantinople.
Pendant le séjour qu'Octavien fit à Alexandrie, il octavien vivisitale tombeau d'Alexandre. Il toucha même le corps; "'^l^^^ ^y'^"' et Dion a jugé à propos de remarquer que le bout du '^xaudre. nez, sur lequel il porta la main, se réduisit sous ses Suet. Aug.
doigts en poussière. Les témoignages de vénération ([u'il donna aux cendres de ce conquérant , les fleurs
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qu'il jeta sur le monument, la couronne dont il le décora, sont des objets plus dignes de mémoire, On voulait lui montrer aussi les tombeaux des Ptolémées : mais il refusa cette offre, en disant qu'il avait été curieux Dio de voir un roi , et non des morts. Il se dispensa , par un mot dont le sens est plus solide et plus judicieux, de voir Apis, qu'on l'invitait pareillement à visiter. « J'ai coutume, dit-il, d'honorer les dieux, et non pas « un bœuf. »
Il sort de Sur la fin de la belle saison, il sortit de l'Egypte,
vieut^passer travcrsa la Syrie, et vint en Asie pour y passer l'hiver.
Asle.^" Il s'appliqua à en assurer la tranquillité, et à étahhr
son autorité dans ces vastes contrées, qui jusque-là
n'avaient jamais reconnu ses lois. Et pour faire sentir
tout d'un coup la différence de son gouvernement à
strnbu.i. i3. cclui d'Antoine, il fit remettre dans les temples les statues que son rival , pour satisfaire l'avidité de Gléopatre, en avait enlevées; restitution que la religion et le goût des Grecs pour les arts rendaient infiniment agréable à ces peuples.
Troubles II cut alors occasion de prendre quelque part aux af- °Xe*z7eT' faires des Parthes, parmi lesquels il s'était excité des
TufHr'na troubles et des divisions. L'orgueil et la cruauté de et Dio. phraate y donnèrent naissance. Les succès qu'il avait eus contre Antoine lui ayant enflé le courage , il se livra avec plus d'audace et moins de retenue que jamais à sa férocité naturelle, et il versa des flots de sang. Ses sujets, poussés à bout, perdirent enfin patience. Ils secouèrent le joug, chassèrent Phraate, et mirent Tirldate en sa place. Le roi détrôné recourut aux Scythes, et avec les troupes qu'ils lui fournirent il rentra dans son royaume. Tiridate s'efforça de se maintenir sur le
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trône. Ainsi les Parthes se trouvèrent en guerre civile en même temps que les Romains.
Tiridate et Phraate recherchèrent l'un et l'autre l'amitié d'Octavien , et lui demandèrent du secours. Mais il entendait trop bien ses intérêts pour n'être pas charmé que les forces d'un empire puissant , et seul rival de celui de Rome, se détruisissent par elles-mêmes; et il répondit que ses propres affaires l'occupaient tout entier. Pendant qu'il était en Egypte, la guerre entre les Parthes fut terminée par la victoire de Phraate, et l'expulsion de Tiridate, qui se retira en Syrie avec l'un des fils de son ennemi , qu'il avait trouvé moyen d'enlever. Octavien se vit encore sollicité par les deux princes. Tiridate le pressait ch le rétablir, en promettant de se rendre son vassal. Phraate, au contraire, lui envoya des ambassadeurs pour demander qu'on lui livrât Tiridate, esclave rebelle, et qu'on lui remît son fils. Octavien n'écouta les propositions d'aucun des deux : il se contenta d'assurer un asyle à Tiridate dans la Syrie, et il résolut d'emmener le fils de Phraate , comme otage , à Rome, où il se disposait à retourner.
Un grand péril l'y attendait, si la vigilance de Mé- Conspiracène ne l'eût prévenu et dissipé. Le fils de Lépidus, jeune Lépi-
I !.,•'. -L C ' dus étouffée
jeune homme ardent et nnpetueux, avait tonne une p.,. Mécéuc. conspiration pour l'assassiner à son arrivée. Il voyait en ^'^"- " ' **■ lui l'ennemi et le destructeur de tous ses proches et de tous ses appuis. Il se proposait de venger , en le faisant périr, son père dépouillé, son oncle Brutus réduit à se tuer, et enfin Antoine , qui avait été son beau-père ^ ,
' Peu de temps après la mort de mariage au fils de Lépidus une fille César, Antoine, au rapport de Dion qu'il avait, et qui n'est point d'ail- (liv. 445*^*^' 1** ^)y avait donné en leurs connue dans l'histoire. Il fal-
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dernière et récente victime de l'ambition d'Octavien. Le détail de cette conspiration ne nous est point connu , et nous ne pouvons point dire qui furent ceux que le jeune Lépidus fit entrer dans son complot. Ce que nous savons, c'est que ses desseins furent bientôt pénétrés par Mécène. Au premier soupçon, ce ministre éclaira toutes ses démarches, le laissant agir jusqu'à ce qu'il eût acquis des preuves suffisantes contre lui. La témérité du jeune conspirateur ne tarda pas à les lui fournir. Le coupable fut arrêté, convaincu, et mis à mort. seiviiie suit Servilie, sa femme, voulut suivre au tombeau un piduT,\ou" ^poux tendrement aimé ; et, gardée à vue par sa famille, ^tombMu" n'ayant point de fer sous sa main, elle s'étouffa, dit Velleïus, en avalant des charbons ardents. On a attribué un semblable genre de mort à la célèbre Porcia, femme de Brutus; et j'ai prouvé que vraisemblablement c'est une fable. Je n'ai point de quoi infirmer, sur ce qui regarde Servilie, le témoignage de Velleïus. Le vieux Lé- La mèrc du conspirateur, Junie, sœur de Brutus,
piilns Slip- r ■ î- ' ^ i ^ • • i /' • v r>i
piiaut de- lut unpliquee clans le procès crnnniel tait a son rus, et ^ui qui avait Mécèuc voulait l'envoyer à Octavien , pour être jugée 'L!"'/.'^!^"" par lui, ou du moins il exigeait qu'elle donnât caution
proscrit. i ' o i
'ippiau. Civ. (^omme elle se représenterait toutes les fois qu'elle en serait requise. C'est ici un des grands exemples de la variation et de l'instabilité des choses humaines. Le consul devant qui cet incident fut porté, et qui devait en ordonner souverainement, était un proscrit, qu'Appien nomme Balbinus. Le vieux Lépidus, autrefois l'un des
luit qu'elle fût morte dans le temps en mourant; et d'ailleurs la femme
dont nous parlons aetuellenient, du jeune Lépidus, au temps de la
car il n'est j)oint fait mention d'elle eonspiratiûii , est nommée Servilie
p.iiiiii les enfants que laissa Antoine par Velleïus.
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trois auteurs de la proscription, se vit forcé d'implorer la protection de ce consul , étant tombé dans un tel décri, dans un tel oubli , qu'il ne trouvait personne qui voulût se rendre caution pour sa femme. Il se présenta souvent à la porte de Balbinus sans pouvoir entrer. Lorsqu'il voulait approcher de son tribunal , les licteurs le repoussaient. Enfin 11 perça, et tint ce petit discours à Balbinus : « Les accusateurs eux-mêmes recon- « naissent mon innocence, et ne me reprochent point « d'être complice de ma femme ni de mon fils. Pour « vous, ce n'est point moi qui vous ai proscrit, et je me a vois actuellement au-dessous de plusieurs que j'ai pro- « scrits autrefois. Considérez donc les revers de fortune « auxquels les hommes sont sujets : voyez Lépidus qui w se présente comme suppliant devant vous; et touché « d'un tel spectacle, ou acceptez -moi pour caution de « ma femme, ou envoyez-moi avec elle pieds et poings « liés à César.» Le consul fut attendri, et il exempta Junie de la nécessité de donner caution.
Octavien passa en Asie la fin de l'année de son quatrième consulat et l'hiver de l'année suivante, où il fut consul pour la cinquième fois avec Sex. Apuleïus.