p • . T I ' • renfermait
ce que son palais reniermait de plus précieux, or, ar- de plus prégent, pierreries, ébène, ivoire, cinnamome ou cannelle, et par-dessus le tout une grande quantité de bois
cieux.
490 HISTOIRE ROMAIiVE.
sec , (le torches et d'étoupes; et elle déclarait tout haut que, si on la poussait à bout, elle consumerait par le feu toutes ces richesses. Elle savait qu'Octavien désirait extrêmement de s'en emparer; et elle était bien aise d'avoir deux ressources avec lui, afin que, si l'amour ne l'engageait pas à la bien traiter, au moins il y fût contraint par la crainte de perdre une si belle et si riche proie. Octavien en effet ne fut pas insensible à cette menace ; et , de peur que le désespoir ne portât la reine à l'effectuer, il eut toujours soin de l'entretenir de bonnes espérances par les émissaires secrets qu'il tenait auprès d'elle.
Oiiavien Cependant il s'avançait vers la ville d'Alexandrie , et
^jfrj'g^^"^^'^' il vint camper près de l'Hippodrome, ou cirque des- <ine. Der- ^jj^^ >j ]^ coursc dcs clievaux. Lorsqu'il arrivait , Antoine
iiiers ettorts ^
d'Autoiue. fit une sortie sur lui, dans laquelle il combattit trèsvaillamment; et ayant mis en fuite la cavalerie ennemie, il la poursuivit jusqu'au camp d'Octavien. Comme il était naturellement avantageux , il fit trophée de cette victoire, et en rentrant dans la ville il alla droit au palais, embrassa Cléopatre tout armé, et lui présenta un cavalier qui s'était distingué dans le combat par sa bravoure au-dessus de tous les autres. Cléopatre récompensa magnifiquement ce cavalier, et lui donna un casque et une cuirasse d'or. Mais le rusé soldat, au lieu de se piquer de reconnaissance, voulut mettre en sûreté le riche don qu'il venait de recevoir. Dès la nuit suivante, il déserta, et passa dans le camp ennemi. Antoine fut mortifié; et, comme pour se venger, il iV.. invita lui-môme à la désertion les soldats de son adversaire, et il fit répandre parmi eux des billets qui promettaient (juin/e cents dragmes à quiconque viendrait
HISTOIRE ROlIAr NE. 49'
prendre parti dans ses troupes. Octavien appréhenda si peu l'effet de ces sollicitations, qu'il assembla son armée pour faire publiquement lecture de l'un de ces billets; et ces soldats n'en conçurent qu'un nouveau surcroît d'indignation contre Antoine , et d'attachement à leur ofénéral.
Antoine renouvela encore en cette dernière extrémité le même défi qu'il avait autrefois porté à Octavien, et il le provoqua à un combat singulier. Le risque eût été troj) inégal entre les deux combattants; et quand même le caractère d'Octavien ne l'eût pas éloigné de ces fanfaronnades soldatesques, il n'avait garde de hasarder sa fortune florissante contre le délabrement des affaires de son rival. Il répondit froidement que , si Antoine cherchait la mort, il avait assez d'autres voies pour la trouver.
Il la cherchait effectivement; et, croyant ne pouvoir se la procurer plus glorieuse que dans une bataille , il résolut de combattre par terre et par mer en même temps. La veille du jour destiné à ce dernier coup de désespoir, il ordonna aux officiers de sa bouche de lui préparer un grand repas. « Bon vin , bonne chère, leur « dit-il, et en abondance. Je ne sais si ce n'est pas au- « jourd'hui la dernière fois que vous me servirez. Peutcf être demain passerez-vous à un autre maître , et moi « ne serai-je plus qu'un cadavre et un vain fantôme. » Sentiments bien dignes de la vie qu'il avait menée! Mais on doit louer son attention pleine d'humanité pour les amis([ui lui restaient encore. Il déclara qu'il ne voulait point les mener à un combat où il se proposait pour fin la mort bien plus que la victoire.
Plutarque rapporte que la nuit suivante, pendant
[\i^0. HISTOIRE ROMAINK.
que toute la ville était dans une extrême consternation, et dans un morne silence, qui en est la suite, on entendit dans les rues et dans les places un bruit de voix et d'instruments, des chants, des danses, des mouvements tumultueux, comme d'un chœur de bacchantes; et que ce bruit, ayant traversé toute la ville, parut sortir par la porte qui regardait les ennemis. Le même auteur qui raconte ce prodige, vrai ou faux, en donne aussi l'interprétation. Antoine avait toujours pris Bacchus pour son modèle et son original : il s'était donné pour le nouveau Bacchus. On jugea donc, dit Plutarque , que ce dieu lui annonçait en le quittant son dernier désastre , et l'abandonnait à son mauvais sort. Trahi et Au poiiit du jour, c'était le i^*^ août, Antoine rangea
vaiucu, il , ' , ,.. . , ,, . ^
rentre dans SCS troupcs dc tcrrc sur Ics collines qui s élevaient a l'entrée de la ville, et de là il considérait sa flotte qui s'avançait en bon ordre vers la flotte ennemie. Il s'attendait à être le spectateur d'un combat; mais il fut bien surpris et bien outré de voir ses vaisseaux saluer ceux d'Octavien, en recevoir le salut, et ensuite les deux
' flottes réunies prendre de concert la route du port. Dans
le même moment sa cavalerie déserta. Il tenta un combat d'infanterie; et, ayant été vaincu, il rentra dans la ville en criant à haute voix qu'il était trahi par Cléopatre, et livré par cette nigrate princesse à ceux dont il ne s'était fait l'ennemi qu'cà cause d'elle. ciéopatre II disait vrai ; et c'était par les ordres secrets de Cléo- ^ixlnTTZ P^^tre que la flotte avait passé du coté de l'ennemi. Elle
tombeau, et f.p-jiiïnit doHC Ic justc resscntiment d'Antoine, surtout
lui cuvoie D J
dire quelle ^^y^ç^ y^ momcut de désespoir et de fureur: elle alla se
est morte. '■
cacher dans son tombeau , dont elle ferma les portes , qui étaient garnies de herses, de verrous et de barres
de fer, et de là elle envoya lui annoncer qu'elle était morte. Suivant Dion, ce dernier message était encore une perfidie plus noire que toutes les précédentes. Pour délivrer Octavien de son rival, elle mettait Antoine dans le cas de se tuer lui-même. Sachant jusqu'à quel excès elle en était aimée, elle comptait que, dès qu'il la croirait morte, il ne voudrait pas lui survivre.
Soit que ce récit doive passer pour véritable, ou que il se perce
. • . r ' J' ^ 1" ' . desouéptc
ce soit une conjecture formée d après 1 événement, ce qui est certain, c'est qu'Antoine ajouta foi à la nouvelle de la mort de Cléopatre , et sur-le-champ prit la résolution de mourir. «Que tardes-tu, Antoine? se dit- « il à lui-même. Voici que la fortune t'a ôté le seul pré- « texte qui te restait d'aimer la vie. » En même temps il entra dans sa chambre; et en déliant sa cuirasse, toujours plein de sa passion, il disait : « O Cléopatre, « ce qui m'afflige, ce n'est pas d'être privé de vous, « car je vais vous rejoindre. Mais il est honteux pour « un général si grand et si puissant de se voir convaincu « d'avoir moins de courage qu'une femme. » Dès longtemps il avait obligé un de ses plus fidèles esclaves nommé Eros de lui promettre de le tuer, si la fortune le forçait de recourir à cette dernière ressource. Alors donc il le somma d'exécuter sa promesse. L'esclave leva l'épée comme pour frapper son maître; mais, détournant la tête, il se l'enfonça à lui-même dans le sein. «Je « te loue, Eros, s'écria Antoine en le voyant tomber à « ses pieds : au défaut du service auquel se refuse ta « tendresse pour moi , tu me montres l'exemple. » Il tira donc son épée, et, se l'étant plongée dans le ventre, il se jeta ensuite sur un petit lit de repos. La blés-
sure n'était pas de nature à le faire mourir dans le moment; et le sang s'étant arrêté après qu'il eut été quelque temps couché sur le dos, il reprit ses esprits, et il conjurait avec instance ceux qui étaient entrés dans sa chambre de l'achever. Mais tous s'enfuirent, saisis d'effroi et d'horreur.
Ayantappris Pendant qu'il criait et s'agitait avec violence, un vait^ nié gt'effier ou secrétaire de la reine, nommé Diomède, lait porter ^int lui proDoscr de la part de cette princesse de se
auprès 11 l »
d'elle. faire transporter auprès d'elle dans son tombeau. 11 apprit ainsi qu'elle vivait ; et bien loin d'avoir contre elle aucun ressentiment, il demanda avec instance qu'on le prît entre les bras, et qu'on le portât au lieu où était la reine.
La difficulté fut de l'y introduire : car Cléopalre ne voulut point que l'on ouvrît les portes. Elle parut à une fenêtre, et jeta des cordes avec lesquelles on lia Antoine; et ensuite elle le tira en haut, aidée de deux de ses femmes qu'elle avait seules amenées pour la servir. Jamais spectacle ne fut plus touchant ni plus capable d'attendrir. Antoine % tout couvert de sang, et dans les convulsions d'une mort prochaine, était en l'air, tendant les bras vers Cléopatre , souvent vacillant et paraissant en danger de retomber. Une foule de spectateurs inquiets, tremblants, encourageait Cléopatre, qui, roidissant ses bras, et faisant des efforts qui lui bandaient toutes les fibres du visage, vint à bout enfin, avec le secours de ses deux fenunes, de l'élever jusqu'à
' Je ne sais si ce tableau , tracé conçois pas un plus beau sujet poui par Plutarque , a été exécuté par la peinture, quelque grand peintre. Mais je ne
HISTOIKE ROMAINE. 49^
la hauteur de la fenêtre, et, le prenant à brasse-corps, elle le fit entrer ainsi dans sa chambre, où elle le coucha sur un lit.
Alors elle se livra à la plus violente douleur. Elle ii meurt en-
II r • . tre ses bras.
déchira ses vêtements, elle se frappait et se meurtrissait le sein, elle baisait la plaie qu'il s'était faite, et essuvait avec son visage le sang dont il était baigné, l'appelant en même temps son maître, son époux, son ' empereur, et paraissant avoir oublié ses propres maux par la sensibilité dont elle était pénétrée pour ceux d'Antoine. Il la consola; et, la priant de mettre fin à ses pleurs et à ses transports, il demanda du vin, soit qu'il eût soif, soit qu'il espérât hâter par là sa mort, qu'il regardait comme le moment de sa délivrance. Après qu'il eut bu , il exhorta Cléopatre à tâcher de conserver sa vie , si elle le pouvait sans honte , et il lui indiqua Proculeïus comme celui de tous les amis de César en qui elle pouvait prendre le plus de confiance. « Pour ce « qui me touche, ajouta-t- il, ne pleurez point mes dis- « grâces présentes; mais félicitez-moi de tous les biens « dont j'ai joui. J'ai vécu le plus grand et le plus puis- « sant des hommes; et si je succombe aujourd'hui , ma « défaite n'a rien d'ignominieux. Romain, je suis vaincu <f par un Romain. »
A peine venait- il d'expirer, que Proculeïus arriva, envoyé par Octavien. Car, pendant que l'on transportait Antoine, de la chambre où il s'était blessé, au tombeau de Cléopatre, un de ses gardes, nommé Dercétéus,se saisit furtivement de son épée; et, s'étant dérobé, il courut annoncer le premier à Octavien la nouvelle de la mort d'Antoine, lui en montrant pour gage l'épée toute teinte de son sang. Octavien versa sur cette Larmes ver-
496 HISTOIRE ROMAIJVIi.
séesparOc- moit dcs laniies, auxquelles je crois que l'on doit encette mor[. core moins se fier quà celles de César sur Pompée. Il affecta de plaindre le triste sort d'un beau-frère , d'un collègue, avec qui il avait été lié dans la conduite de tant de grandes et importantes affaires. Pour se justifier lui-même et se laver de tout reproche, il manda ses amis, et leur lut les lettres qu'il avait écrites à Antoine, et celles qu'il en avait reçues, les invitant à observer comment il s'était toujours mis à la raison, et avait fait les propositions les plus équitables, auxquelles Antoine ne donnait que des réponses fières, dures et hautaines. Après cette comédie finie, et ces premiers dehors accordés au soin de sa réputation, il dépêcha Proculeïus vers Cléopatre, avec ordre de tâcher de se rendre maître adroitement de sa personne. Car il craignait la dissipation et la perte des trésors qu'elle avait enfermés dans son tombeau, et il comptait pour beaucoup la gloire de la mener elle-même en triomphe. Cléopatre Cléopatrc était sur SCS gardcs , et elle ne voulut con- *^*'vaTte '" férer avec Proculeïus qu'à travers la porte bien fermée, mais qui permettait à la voix de passer et de se communiquer des deux parts. Il ne fut pas possible de convenir des conditions d'un accord. Cléopatre demandait la couronne d'Egypte pour ses enfants, et Proculeïus voulait qu'elle eût assez de confiance en Octavien pour se remettre à sa discrétion. Mais il observa et étudia la disposition des lieux; et Gallus étant revenu de la part d'Octavien pour demander un second entretien à Cléopatre, pendant qu'ils étaient ensemble à la porte, l'un en dehors, l'autre en dedans, et que Gallus traînait la conversation en longueur, Proculeïus appliqua une échelle au mur, et, suivi de deux soldais, il entra
niSTOIRF ROMAINE. 497
par la fenêtre par laquelle Antoine avait été introduit. Aussitôt il courut à la porte, et une des femmes de Cléopatre s'écria : « O malheureuse princesse, vous êtes « prise vivante ! » Cléopatre se retourne ; et , ayant aperçu Proculeïus, elle voulut se percer d'un poignard qu'elle portait pendu à sa ceinture; mais Proculeïus se jeta promptement sur elle, et lui saisissant les deux bras : « Vous êtes injuste , Cléopatre , lui dit-il , et contre vous- « même et contre Octavien. Vous lui ôtez la plus belle « occasion qu'il puisse avoir de montrer sa clémence , i( et vous voulez faire passer le plus doux des vainqueurs « pour un ennemi implacable et indigne que l'on se fie « à lui ». En disant ces mots, il lui ota le poignard, et visita ses habits pour voir si elle n'y cachait point quel- , que poison. Octavien, averti de la prise de Cléopatre, envoya Épapbrodite, l'un de ses affranchis, qu'il chargea de la remener dans son palais, et de l'y garder soigneusement, sans la perdre un moment de vue, de peur qu'elle ne s'otât la vie. Du reste, cet affranchi avait ordre de la bien traiter, et d'avoir pour elle tous les égards, de lui rendre tous les respects capables d'adoucir sa captivité.
Antoine étant mort, et Cléopatre prisonnière, Octa- Octavien envien ht son entrée dans Alexandrie. 11 prit soin de cli- Aiexaudrie minuer la terreur dont étaient remplis les habitants de mlTrTiè'phicette grande ville, par les caresses et les marques sin- ''^r*éus^ sulières d'affection dont il honora un de leurs concitoyens; car il entra tenant par la main le philosophe Aréus, qui élait d'Alexandrie, et conversant familièrement avec lui. C'est une chose très-digne d'observation, et qui fait honneur aux lettres, que la considération uifinie que témoigna Octavien à ce philosophe. Tous
Tvme XXir. Ilist. Rom. 3 '2 #
Césarion mis à mort
les xilexandrins tremblaient; et lorsque le vainqueur fut venu dans le Gymnase, et qu'il eut pris place sur le tribunal qui y avait été dressé, ils se prosternèrent le visage en terre comme des criminels qui attendaient leur jugement. Octavien leur ordonna de se relever, et dit que trois motifs le déterminaient à leur pardonner, le respect pour la mémoire d'Alexandre leur fondateur, l'admiration que lui causait la beauté de leur ville, et l'amitié qu'il avait pour Aréus , leur compatriote. Antyiiuset Quoiquc Octavicu , n'ayant plus de rival, et devenu incontestablement maître de l'empire romain, montrât dans la plupart des occasions une clémence convenable à sa liante fortune, il ne laissa pas d'exercer les rigueurs qu'il jugea nécessaires à sa sûreté. Ainsi Antyllus, l'aîné des fils d'Antoine, lui ayant été livré par Théodore son précepteur, fut condamné à mourir. La statue même de Jules César, qu'il tenait embrassée, ne put lui servir de sauve-garde; on l'en arracha pour lui faire subir sa sentence. Le misérable maître qui avait trahi celui dont il aurait dû conserver la vie aux dépens de la sienne propre, s'attira bientôt par un nouveau crime la peine de sa perfidie. Pendant que les soldats coupaient la tête à Antyllus, Théodore lui déroba une pierre de grand prix qu'il portait à son cou. On fit des recherches à ce sujet; le voleur nia le fait: 11 fut convaincu, et mis en croix.
Césarion se sauvait. Sa mère, lui ayant donné de grandes richesses, l'envoyait dans les Indes par l'Ethiopie. Son précepteur, nommé Rliodon, aussi perfide que Théodore, lui persuada de revenir, en lui faisant entendre qu'Octavien le voulait fiiire roi d'Iigypte. Le trop crédule disciple suivit le conseil de son maître, et
en arrivant à Alexandrie il fut arrtvé. Octavien lui laissa la vie tant que Cléopatre vécut elle-même. Lorsqu'elle fut morte, comme il délibérait sur ce qu'il devait faire de Césarion, Aréus le détermina au parti de la rigueur. Faisant allusion à un demi-vers d'Homère^ dont le sens est «La multitude des souverains n'est pas avantageuse», il lui dit avec un léger changement, (f La multitude des rt Césars n'est pas un bien pour vous ». Octavien n'avait pas besoin d'être fortement exhorté à se défaire de celui dont on s'était servi pour lui disputer la qualité de fils de César : il le fit mourir.
Pour ce qui est des autres enfants de Cléopatre , ils furent traités avec beaucoup de douceur. Oil les laissa avec ceux qui avaient soin de leur éducation , et Ton eut attention à ce qu'il ne leur manquât rien de ce qu'exigeait leur naissance.
Octavien ménageait extrêmement Cléopatre, qu'il craignait de porter au désespoir, parce qu'il voulait, comme je l'ai dit, en faire le principal ornement de son triomphe. Plusieurs rois et généraux demandaient le Funérailles corps d'Antoine pour lui rendre les derniers honneurs; A"'°i°<^il réserva cette consolation à Cléopatre. Elle l'ensevelit de ses propres mains, et on lui fournit tout ce qu'elle désira pour faire à un homme si illustre, et dont elle avait été si tendrement aimée, de magnifiques funérailles.
Il n'était pas possible que d'aussi cruels chagrins cléopatre n'altérassent la santé de Cléopatre; et pour surcroît de '^^ourîr,''è7 mal, les meurtrissures qu'elle s'était faites au sein v ^" ";'' ''"'i'''"
'1 J cliee par la
ayant causé une inflammation, la fièvre la prit. Elle «"^amte de
> Homère a dit (///W. ii, 204) , à Octavien: Oùx àya&bv woXuy.at- Où;4 àyaôèv TTOÀuxcipavin. Aréus dit aaptv!.
••aiiser piort de ses
vient visiter.
1 MISTOIUJi: ROMAINE.
la en lut cliarniée, et elle saisit cette occasion de se faire eufants. Hiourif clc faim, sous prétexte d'un régime nécessaire à sa maladie. Elle avait dans sa confidence son médecin ordinaire nommé Olympe, de qui Plutarque cite une histoire de ces événements dans lesquels il avait été luimême acteur. Octavien découvrit la ruse de Cléopatre, et il lui fit faire des menaces par rapport à ses enfants. C'était une batterie contre laquelle ne put tenir la'tendresse maternelle; et Cléopatre, de peur d'être cause de leur mort, se laissa traiter comme on voulut et ramener à la vie.
Octavieiiia Lorsqu'elle se porta mieux, Octavien lui rendit visite. Elle était couchée sur un petit lit dans un état fort négligé. Lorsqu'il entra, elle se leva promptement, n'ayant que sa tunique sur elle; et elle se prosterna devant lui. Ses malheurs avaient aigri l'air de son visage, et y répandaient je ne sais quoi de hagard. Elle était échevelée; elle avait la voix tremblante, le teint plombé, les yeux battus; sur son sein paraissaient les marques des coups qu'elle s'était donnés; en un mot, tout son corps se ressentait étrangement de la déplorable situation de son esprit. (Cependant sa beauté naturelle et la noble fierté de ses regards n'étaient pas entièrement éteintes. A travers des dehors si affreux perçaient les grâces touchantes qui brillaient dans tous ses mouvements, (octavien lui ordonna de se remettre sur son lit, et il s'assit auprès d'elle.
Cléopatre s'était préparée à cet entretien, et elle y joua toutes sortes de personnages. Elle mêla les apologies, les prières, les tentatives pour lui toucher le cœur. Elle commença par entreprendre de se justifier et de rejeter la cause de la guerre sur Antoine seul, à qui
HFSTOIRK no \li\E. 30 I
elle disait avoir été forcée dobéir. Mais Octavien lui réfutant toutes ses excuses, et la convainquant de ses torts sur chaque article, elle sentit que ce poste n'était pas tenable, et elle se réduisit à implorer sa clémence. Ensuite, changeant de ton et de matière, elle jeta la conversation sur le dictateur César. Elle montrait à Octavien différents portraits de son grand-oncle, qu'elle avait étalés dans sa chambre; elle lui lisait les lettres pleines de tendresse qu'elle en avait reçues, et dont elle s'était munie pour ce moment : souvent elle s'interrompait par des regrets, par des retours sur ellemême. « De quoi m'ont servi, s'écriait-elle, les lettres « dont m'a honorée ce grand homme ? Que n'ai-je pu , « mourir avec lui! » Puis elle se reprenait, et, adressant la parole à Octavien, « Ah! disait-elle, je vous « retrouve en lui. Il revit powr moi en votre personne ». Octavien comprit parfaitement ce langage; mais il demeura ferme à toutes ces attaques, et il répondit toujours avec une politesse froide et glacée; en sorte que Cléopatre fut obligée de revenir à parler d'affaires.
Elle lui présenta un inventaire de ses trésors et de ses bijoux, qui donna lieu à une scène singulière. Car Séleucus, l'un de ses intendants, avant prétendu que l'inventaire n'était pas fidèle, et qu'elle retenait certains bijoux qu'il articula, elle entra dans une colère furieuse; elle sauta à bas de son lit, courut à Séleucus, et, le prenant par les cheveux, lui donna plusieurs coups de poing sur le visage. Octavien se mit à rire de <ette saillie, et il la pria de cesser. « Eh quoi ! seigneur, (( dit-elle, pendant que vous m'honorez de votre visite « dans la triste situation oîi je suis, n'est-ce pas une « chose indigne qu'un de mes esclaves ose m'outrager
5o2 HISTOIRE ROMAINE.
« en votre présence ? Quand bien même il dirait vrai, « ce ne serait pas pour moi que je garderais des orne- « ments qui ne conviennent plus à ma fortune; et se- « rais-je coupable de réserver quelques présents que je « pusse offrir à Livie et à Octavie, afin d'obtenir par « elles que vous daigniez vous adoucir à mon égard? » Octavieii écouta avec plaisir ce discours , qu'il regarda comme une ; preuve que Cléopatre était résolue de se laisser vivre; et il lui répondit qu'elle était assu rénient la maîtresse de garder ce qu'elle avait mis en réserve, et qu'en toute autre chose elle éprouverait de sa part une douceur au-delà de ce qu'elle pouvait espérer. Il prit ensuite congé d'elle, et se retira bien satisfait, comptant l'avoir trompée. Mais c'était lui-même qui était trompé ; car Cléopatre faisait actuellement tous les apprêts de sa mort.
Eiiee-,taver- Elle entretenait Correspondance avcc Dolabclla, jcuue dcina" faire Romaiu d'unc haute naissance, et attaché à Octavien, trois'iom-^* mais que la compassion, et peut-être un sentiment plus fort, intéressaient au malheur de cette princesse. 11 lui fit savoir par une voie secrète, suivant leur convention, qu'Octavien se préparait à s'en retourner par terre, en prenant sa route par la Syrie; mais que, pour elle, on avait résolu de la faire partir dans trois jours par mer avec ses enfants.
Eiicva offrir Sur cct avis , cllc fit demander à (3ctavien la permissurietom-* sion d'offrir des libations sur le tombeau d'Antoine : ce eau Au- ^^^^ j^j ayant été accordé , elle y vint avec les femmes accoutumées à la servir; et s'étant jetée sur le cercueil , « O mon cher Antoine! dit-elle ' , il n'y a que peu de
* fi fils. AvTMvte, é'6aTr-rov p.ev (J'io <Jè vûv atyfj.âXwTO; cùffa , xac
CE TTpWTlV £Tl y^epaiM eXsuôî'pOl?, CTTTS'v- CipCUpOU|J.£'vVl U.TiTe x.crûeTOÏç U.YlTe
toiue.
HISTOIRE ROMAINE. 5o3
« jours que je t'ensevelissais avec des mains encore « libres. Mais maintenant je t'offre des libations, cap- « tive et prisonnière, et veillée soigneusement, de peur rt que par les sanglots et par les meurtrissures des coups « que m'arracherait ma vive douleur, je ne défigure ce « triste corps, ce corps esclave, que l'on garde pour la « pompe fatale où l'on doit triompher de toi. N'attends « plus ni libations ni offrandes; voici les dernières que c( tu reçois ; on emmène ta Cléopatre. Car, tant que nous « avons vécu, rien n'a pu nous séparer. Mais nous couce rons risque d'être étrangement divisés par la mort, « et d'échanser l'un contre l'autre les lieux naturels de « nos tombeaux, puisque toi, Romain, tu as trouvé c( ici ta sépulture, et que moi, infortunée, je dois aller « chercher la mienne en Italie, seul bien que ta patrie « m'aura jamais procuré. Mais si les dieux , du séjour (c que tu habites , ont quelque force et quelque puisce sance, car ceux d'ici nous ont trahis, n'abandonne ce point ton épouse encore vivante , et ne souffre point c( qu'on triomphe de toi en ma personne. Cache-moi ici ce avec toi, enferme-moi dans ton sépulcre : car, parmi ce les maux infinis que j'endure, aucun ne m'a été plus ce douloureux ni plus cruel que ce court espace de temps ce que j'ai vécu sans toi. »
OpTiV&i; atjci'astaôai tÔ (S'ouXov toùto d ^rt ti; Toy^ èxeï 6cô)v àX»Yi x.m
aw[j.« , x;ai TTipcûo-Evov ïttItoÙç xarà ^ûva[xi; ( cî yàp èvraùGa rtpoud'to-
ooû ôptâaêcu; • àXXa? «î'à p.Yi irpod- xavinaàç), [/.vi Tvpo'ïi ^wTav xr.v asau-
Siyox) Tipiàî ri yj^OLc, , àû.V aÛTaî aoi t&u yuvaixa , ji.ïxJ' èv èij.cl TrsptîfJTi;
TEXauraTat, KXeoTraTpa; âyopLEvinç • 6fiaf/.êeuo[j.cvov asauTÔv , àXX' évraù-
'(û)VTa; p.àv yàp i^(j.à; où6èv àXXviXeov Ôoé [Li xpûtj^ov (xerà oea.uTOÙ, xai
(î'iîçT.asv • >ctv(5'uve6&|^.£v 8ï tw 9a- aûv6a(}'0v • <i)ç i\Lo\ (/.usî&iv scay.civ
và-roj ^lajj.ettj/aaôai xoù; toivcuç ■ où i'vTCôv où^èv oÛtcù p-ey* ^'f-'- osivo'v
aàv h Pw|j.a(oç èvraùfla )ce£p.evo;, ^yw sçiv , «dç ô €pa.y ù; cùto; x,pcîvcç ov
^' ir, '5'6ç/,v&4 Èv lT(xXîa, T&aoÙTO t^ç ffoù y.topU s^vix*. a'^; (y.cTaXaêcùaat X'^P'^? p.ovov • àXX'
3o4 HISTOIRE ROMAINE.
Sa mort. Après des plaintes si touchantes , Cléopatre couronna
de fleurs le cercueil, et le baisa mille fois: ensuite elle retourna chez elle, et prit le bain. Après le bain, elle fit un grand dîner, pendant lequel un homme de la campagne vint apporter une corbeille couverte. Les gardes lui ayant demandé ce qu'il portait, il ouvrit la corbeille, et otant les feuilles qui étaient à l'entrée, il leur montra des figues. Ils en admirèrent la beauté et la grosseur; et le paysan, d'un air très-naturel, les invita à en prendre. Ils ne se défièrent de rien, et le laissèrent passer.
Lorsque Cléopatre eut fini de dîner, elle donna à Épaphrodite une lettre cachetée pour la porter à César; et, ayant fait sortir tout le monde, excepté les deux femmes, ses fidèles compagnes, elle ordonna qu'on fermât les portes. Octavien, en ouvrant la lettre, y trouva des prières lamentables par lesquelles Cléopatre demandait en grâce d'être ensevelie auprès d'Antoine. Il comprit ce que cela signifiait, et voulut d'abord aller lui-même la secourir : mais il jugea plus à propos d'y envoyer quelques-uns de ceux qu'il avait auprès de lui pour examiner ce qui s'était passé. Tout était fîiit. Ils vinrent en courant : ils trouvèrent les gardes tranquilles à leurs postes, et ne se doutant de rien au monde. Mais lorsqu'ils furent entrés dans la chambre, ils virent Cléopatre étendue morte sur un lit tout doré , et revêtue de ses ornements royaux. Des deux femmes qui la servaient, l'une, nommée Iras, se mourait aux pieds de sa maîtresse; et l'autre, qui s'appelait Charmion, déjà chancelante et se soutenant à peine, accommodait le diadème autour de la tête de Cléopatre. Quelqu'un de ceux cpii venaient d'entrer lui ayant dit avec colère ,
HESTOIRE R01MA.I1NF. 5o5
i( Voilà qui est beau, Charmion ! Oui, répondit-elle, « très-beau, et bien digne d'une princesse issue de tant (c de rois». En prononçant ce peu de mots, elle tomba expirante.
Comme la mort de Cléopatre avait été si prompte, Octavien douta d'abord s'il ne kii restait pas quelque principe de vie qu'il fût possible de ranimer. Il essaya des contre-poisons, il la fit sucer par des psylles. Mais tous ses efforts furent vains; elle était morte : et il fallut qu'Octavien se résolût à voir son triomphe privé d'un si grand ornement.
Il est clair par tout ce récit que personne ne peut savoir avec certitude, de quel moyen Cléopatre se servit pour se donner la mort. On soupçonna que sous les figues apportées par le paysan était caché un aspic par lequel elle se fit piquer au bras. On crut en effet remarquer sur son bras, après sa mort, deux piqûres très-légères et presque imperceptibles. Pour ce qui est de l'animal lui-même, il ne parut point. Seulement on s'imagina observer les traces de sa fuite sur le sable du rivage vis-à-vis des fenêtres de l'appartement oli mourut Cléopatre. Tout cela est bien incertain. C'est néanmoins à cette opinion que s'en est tenu Octavien , puisque dans son triomphe il fit porter un tableau oli Cléopatre était représentée ayant un aspic attaché à son bras. Horace assure le fait positivement '. Virgile y fait une ^ allusion
' Ausa et jaceutem visere regiarn Vultu soreno fortis , et asperas Tractare serpentes, ut atrum Corpore eonibi])ei'et venenum.
(HoRAT. Od. 1,37.)
' Regiua iu rnediis patrio vocat agmiua sistro, Nectlùm etiam gemiuos a tergo respicit angues.
(ViRG. AEn. vm, 696, 6y7.)
5oG HISTOIRE ROMAINE.
manifeste. La plupart fies autres écrivains sont conformes. Dion parle d'une aiguille de tête dont Cléopatre, dit-on, se piqua, et qui fit glisser dans son sang le poison subtil dans lequel on l'avait trempée. Mais cette dernière façon de raconter la chose a pris bien moins de crédit. Après tout, n'y ayant eu aucun' témoin qui ait survécu , on a été réduit, dans le temps même, à de simples conjectures, laéedesa Cléopatrc périt à l'âge de trente-neuf ans, après en
vie et de sou . , , . , , 115
caractère. avoiT regnc vmgt-dcux, sur lesquels il s en trouve quatorze où, partageant la fortune d'Antoine, elle vit tous les princes et les rois de l'Orient soumis à sa puissance, trop heureux de lui faire servilement la cour. Sa folle ambition la porta à ne point se contenter de tant de grandeur, et à vouloir dominer sur tout l'empire romain, et régner dans le Capitole ^ Le fruit de cet audacieux projet, si mal soutenu de sa part, fut la ruine d'Antoine et la sienne propre, La fierté l'accompagna jusque dans ses derniers moments. Femme la plus hautaine qui fut jamais^., elle ne put se résoudre à relever par ses chaînes le triomphe de son vainqueur, et elle préféra la mort à cette ignominie. Suivant les maximes des païens , une telle façon de penser était générosité ; et elle fut admirée dans Cléopatre par ses ennemis, et par Octavien lui-même.
' Dum Capitolio
Regina démentes ruinas, Funus et imperio parabat.
(HoRAT. Od. 1,37.)
2 S.Tvis liburnis scilicet invidens Privata deduci supcrbo Non liuiuilifi mulier triumplio.
(Id. ibid.)
HISTOIRE ROMA^IJNE. 5o']
Pour nous, si nous voulons juger sainement de cette princesse , nous ne la trouverons grande que par ses vices. Il est inutile de parler du débordemen: de ses mœurs, qui a éclaté à la face de l'univers. L'ambition en fut le principe ; et nul crime ne lui coûta pour satisfaire cette passion chérie. Elle fit la guerre à son frère aîné, elle empoisonna le second, et Arsinoé sa sœur fut tuée par ses ordres. L'abus qu'elle fit pendant tant d'années de la confiance d'Antoine et du faible prodigieux qu'il eut pour elle , est une infidélité atroce , qu'elle couronna dignement par les plus noires perfidies, trahissant en faveur d'un ennemi celui qu'elle feignait d'aimer plus que sa vie. Et afin qu'il ne lui manquât aucune espèce de honte, elle ne périt qu'après avoir vu rebutées les avances qu'elle faisait vers son vainqueur, et rejetés avec mépris les efforts qu'elle tenta pour allumer en lui une passion par laquelle jusque-là elle avait toujours triomphé.
Elle fut inhumée auprès d'Antoine, comme elle l'avait souhaité : et mênieOctavien fit achever le tombeau qu'ils avaient commencé eux-mêmes à se construire. Il voulut aussi que les femmes qui avaient accompagné Cléopatre jusqu'à la mort reçussent une sépulture honorable.
En cette princesse finit le royaume des Lagides, qui, à compter depuis la mort d'Alexandre, avait duré deux cent quatre-vingt-quatorze ans.
Antoine , lorsqu'il mourut, avait, selon quelques-uns, portrait
, T, . ^ • Ti d'Autoiuf.
cmquante- trois, selon d autres cinquante -six ans. 11 fournit une carrière plus brillante que ne comportait le mérite d'un homme en qui les vices surpassèrent beaucoup les talents. Capable d'acquérir de la puis-
5o8 HISTOIEE ROMAINE.
sance, incapable de la conserver, jamais personne n'eul plus besoin de l'adversité pour paraître estimable. Tous les vices qui naissent de la bonne fortune le dominèrent à la fois, et lui rendirent inutiles la bravoure et la science de la guerre, dans lesquelles il excella entre tous les généraux de son temps. Il fut bon, humain, libéral par le fonds de son caractère. Mais ces principes de vertu n'étant point soutenus par une raison droite , ferme et éclairée, tantôt s'éclipsèrent au point de faire place à la cruauté la plus odieuse, tantôt dégénérèrent en imbécillité. Né pour être gouverné par les femmes, il est l'exemple le plus mémorable de l'aveuglement, de la servitude et des désastres qu'entraînent après soi les folles passions. En un mot, il a mérité que le genre humain applaudît à sa défaite ; et l'on a eu raison de dire qu'il était de l'intérêt de l'univers qu'Antoine fût vaincu par Octavien.
Le (Ils do Ci- Ses statues furent renversées après sa mort , en vertu <érou cou- ^' ,^j,j,^j ç|y sénat rendu sous la présidence du fils de
sul , flétrit I
par un dé- Cicérou , alors consul : circonstance singulière, et qui
rretduseuat ' ^ ^
I,. racmoire fut remarquée de tout le monde, comme une espèce
d'Antoine. , \ t r^- ' ]
veii.ii,8fi. de consolation accordée aux mânes de Ciceron , dont Âi.pi'an." le fils portait à son ennemi et à son bourreau le der- 'ctDio. ' nier coup de flétrissure et de vengeance. Car ce même sénatus- consulte ordonnait que tout ce qui avait été décerné en l'honneur d'Antoine fût aboli, que le jour de sa naissance fût mis au rang des jours malheureux, et qu'aucun de la famille Antonia ne portât jamais le prénom de Mardis. Qu'il me soit permis d'observer en passant qu'Octavien semble avoir aussi voulu se laver du reproche d'ingratitude envers Cicéron par les égards qu'il eut pour son fils. Le jeune Cicéron, après la ba-
taille de Philippes, s'était retiré d'abord en Sicile auprès de Sextus Pompée. Il revint apparemment à Rome par le traité de Misène; et, se trouvant ainsi à portée de recevoir les bienfaits d'Octavien, il fut fait augure, et ensuite élevé au consulat, qu'il géra depuis le treize septembre de l'année dont je raconte les événements jusqu'au premier novembre.
Les statues de Cléopatre n'auraient pas été plus épar- Plut, iu Aiu gnées que celles d'Antoine, si Archibius, ami généreux, ne les eût préservées de cet outrage en donnant mille talents (un million d'écus) à Octavien.
Antoine laissa sept enfants de trois femmes. Il avait Portrait
1 il Antoine.
eu de Fulvie Antyllus et Jule Antoine; d'Octavie, deiix filles, toutes deux nommées Antonia ; de Cléopatre, deux fils, Ptolémée et Alexandre, et une fille nommée Cléopatre comme sa mère. Nous avons vu le triste sort d'Antyllus. Pour ce qui est des autres, Octavie , toujours fidèle à la mémoire même d'un ingrat époux, les prit cliez elle, et les fit élever avec ses enfants. Elle leur tint en tout lieu de mère. Elle fit Jule Antoine son ^ndre , en lui donnant en mariage Marcella, qu'elle avait eue de son premier mari Marcellus. Elle maria Cléopatre à Juba, le plus aimable et le plus lettré des rois, qui, ayant été élevé à Rome, comme je l'ai dit ailleurs , et s'étant attaché à Octavien , fut rétabli par lui sur le trône de ses pères, et continua la postérité de Massinissa. L'histoire ne nous apprend point ce que devinrent Ptolémée et Alexandre. Nous savons seulement que le vainqueur leur conserva la vie. Quant aux deux filles qu'Octavie avait eues d'Antoine, l'aînée épousa Domitius Ahénobarbus; et la jeune Antonia, si renommée par sa vertu et par sa beauté, fut femme de Dru-
5lO HISTOIRE ROMAINE.
SUS et mère de Gennanicus. Au moyen de ces alliances, la postérité d'Antoine parvint à la souveraine puissance dans Rome. Trois de ses descendants furent empereurs : Caligula son arrière-petit-fîls, Claude son petit-fils, et Néron, qui lirait de lui son origine paternelle et maternelle; car Domitius son père était petit -fils d'Antoine, et Agrippine sa mère en était arrière -petitefille.
On voit qu'Octavien soutint la gloire de la clémence dont il avait pris soin depuis un temps de décorer ses victoires et sa brillante fortune. Ce ne fut pas la seule famille d'Antoine qui éprouva sa bonté. Il fit grâce au très -grand nombre des Romains qui avaient suivi ce inallieureux clief; et l'bistoire n'en cite que trois qui aient été punis de mort, c ssinsde ^^ premier est Cassius de Parme, l'un des meurtriers Parme, Ca- j]g césar , et ciui à ce titre ne pouvait être épargné par
iiidius, et le '1 ^ . .
sénateur \q fiJg et le vengeur de ce grand homme. II se piquait
Oviuius, mis ^ . • • , ' • 1 V •
à mort par d'csprit , ct faisait le métier de poète. Mais Horace nous
Oetavieu. , . , , -, i l ^ 1
veii.n, 87, donne une idée peu avantageuse de son talent en le reet Oros. M, pp^gpj^f^j^t comme un de ces écrivains féconds qui en- ( fantent sans peine des volumes ^; en sorte que l'on disait
de lui que ses portefeuilles et ses ouvrages avaient suffi pour former un bûcher capable de consumer son corps après sa mort. Il périt le dernier des conspirateurs, comme Trébonius avait péri le premier.
Octavien fit encore mourir (^anidius, commandant de l'armée de terre d'Antoine à Actium, ennemi ardent
I Etrusci
Quale fuit Cassî rapido fcrventius amni lugenium, capsis quem fama est esse librisque Ambustum propriis.
(HoRAT. Sat. 1 , 10.)
HISTOIRE ROMAINE. 5ll
(le celui contre lequel il faisait la guerre, et d'un autre côté peu fidèle à son général. Nous l'avons vu entrer dans les complots de Cléopatre pour tromper Antoine. Un tel homme mérite peu d'être plaint. Il montra même de la lâcheté dans ses derniers moments, et il souffrit la mort avec moins de courage qu'il ne convenait à un vieux guerrier, nourri dès ses premières années dans les
armes
Le troisième Romain qui fut envoyé au supplice est un certain Q. Ovinius, lâche courtisan de Cléopatre; qui avilit la dignité de sénateur dont il était revêtu en se chargeant de l'intendance du linge , des meubles et des étoffes qui se fabriquaient pour la reine d'Egypte , emploi qui passait pour servile chez les Romains.
On est en droit de supposer qu'à l'exception des trois dont je viens de rapporter la mort, et qui seuls sont mentionnés dans les monuments qui nous restent, il pardonna à tous les autres. Il faut pourtant convenir que sa clémence n'avait point cette générosité magna- *
nime qui éclate dans celle de son grand-oncle. Son caractère fin et rusé se décèle dans un trait que Dion nous a conservé.
Octavien déclara qu'il avait brûlé tous les papiers Octavien détrouvés chez Antoine. C'était de quoi rassurer ceux bATéie"pa! qui avaient eu des liaisons avec le parti malheureux, p*^'"^^'a°-
1 r ^ tome , et il
et qui pouvaient craindre d'être recherchés pour le '^^ ga^ieune
' ' r grande par-
passé. Pompée en avait usé de cette façon à l'éeard des f'^-
• 1 • ,„.'.,* Dio,l. 4r.
papiers de Sertorius, et César lavait imité après la victoire remportée sur Métellus Scipion. Octavien voulut avoir l'honneur d'un procédé si généreux, et néanmoins ne pas se priver de l'avantage que lui donneraient les papiers d'Antoine contre ceux qui s'opiniâtreraient
à demeurer ses ennemis. Ainsi, en même temps qu'il assurait avoir tout brûlé, il en conservait soigneusement la plus grande partie, et il ne fit nulle difficulté de s'en servir dans la suite lorsque l'occasion s'en présenta.
Sa conduite ^^ couduitc fut plus uettc par rapport aux étrangers.
a l'pgarddes j| tfouva rassemblés à Alexandrie les enfants de la plu-
ourants des '
.ois et priu- pjji^t Jes rois et des princes alliés ou dépendants d'An-
<es de ro- t . -11, 1 1^
rient trou- toiuc. Il y cu avait de 1 un et de 1 autre sexe, les uns
vésàAlexau- ^ , , . , l • •
drie. retenus comme otages, les autres destmes aux piaisns u, . .) . çi'^j-jj-QJjjg^ çj^^j jjp gg faisait point un scrupule, pour
assouvir ses passions brutales, de déshonorer cette fleur de la noblesse de l'Orient. Le vainqueur les traita tous avec douceur. Il renvoya les uns, il en maria d'autres ensemble; il en retint plusievu's, mais sans user à leur égard d'aucune dureté. Dion nomme en particulier Jopaté, qui devait épouser l'un des fils d'Antoine; et les frères d'Artaxias, roi d'Arménie. Jotapé fut renvoyée au roi des Mèdes son père, qui dans les derniers temps avait recherché l'amitié d'Octavien. Au contraire, Artaxias ne put obtenir qu'on lui rendît ses frères , parce qu'il avait massacré les Romains restés dans son
pays.
Richesses I.'Égyptc dcvcuait, par la victoire remportée s»u-
enîrJeTpar Cléopatrc, pays de conquête et province romaine. Oc- *rïVv°te'^^ tavien, usant du droit de vainqueur, en enleva des sommes immenses. Le palais des rois était rempli d'un amas prodigieux de richesses, que Cléopatrc avait encore augmenté par ses rapines, et surtout en dépouillant les temples de tout ce qu'ils renfermaient de précieux, li'horreur de ces sacrilèges resta à Cléopatre, et le profit en fut pour Octavien. Il fit aussi acheter aux
HISTOIRE ROMAIN!'. 5l3
Alexandrins et à tous les Egyptiens le pardon qu'il leur accordait par de très-fortes taxes qu'il exigea. L'argent qu'il retira ainsi de l'Egypte se monta si haut, qu'il en acquitta ce qu'il devait à tous ses soldats, et fit encore à ceux qui l'avaient suivi dans cette dernière expédition une gratification de deux cent cinquante deniers par tête % pour leur tenir lieu du pillage d'Alexandrie, ([u'il leur interdisait. II remboursa tout ce qu'il avait .^•.,;, emprunté pour soutenir la guerre. Il récompensa magnifiquement les sénateurs et les chevaliers romains qui l'avaient servi. Enfin, Rome fut enrichie et ses temples décorés des dépouilles de l'Egypte.
Rien ne peut faire mieux sentir quelle immense quantité d'argent l'Egypte vaincue répandit dans Rome que le changement qui en résulta dans le commerce. Les biens-fonds doublèrent de prix, et l'intérêt de l'argent sur la place fut réduit au tiers; il tomba de douze à quatre pour cent. Il est vrai que l'on doit attribuer une partie de cet effet à la paix et à la tranquillité qu'on voyait se rétablir, et dont on goûtait déjà les prémices.
Une province si riche , et extrêmement fertile en blé, Précautions était une acquisition bien considérable pour l'empire ''°v"''è'-es,
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romain. Alexandrie devint dans la suite la mère nour- p^"" "pp"'''
au gouvernée de Rome, et elle fournissait des vivres à cette «eraent de
1 1 1' • • 1 11 cette pro-
capitaie de 1 univers pour quatre mois de lannee. Mais, ^in^e. à considérer les choses par une autre face, cette ri- Bdiojud!' chesse même et cette fertilité pouvaient, dans un si "'''*' grand éloignement du centre, inspirer de hautes pensées à un gouverneur accrédité, qui se flatterait d'autant plus aisément de réussir à s'v cantonner et à s'v
' Cent vingt-cinq livres.