Tome XXI r. /fis!. Rom
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Ingénient, non-seulemenT à l'Italie, mais aux provinces;
ce qui était sans exemple jusqu'à lui.
De telles libéralités étaient une amorce puissante ; et 1 heureuse tranquillité que l'on voyait renaitreaprès tant fie troubles et de malheurs disposait h aimer l'auteur de la félicité publique, et à préférer son joug à une liberté tumultueuse, source d'ambitieux projets pour les grands, et de calamités pour les peuples. Macrob.Sat. Octavicu célébra ses trois triomphes au mois d'août rrîômphes pendant trois jours consécutifs. Après lui Carrinas et ctd'Autro-' Autronius Fœtus triomphèrent dans le même mois, „iu.sP.ftus. p^jj^ j|p. Morins et des Suèves, l'autre de l'Afrique. Il faut que les exploits d'Autronius n'aient pas été fort considérables, puisque Octavien, dont il était le lieutenant, ne les comprit point dans son triomphe. Quant à ceux de Carrinas , ils avaient décoré le triomphe de son général, avant que de lui procurer à lui-même cet honneur. Dion o})serve que son père avait été proscrit par Svlla, et que, par conséquent, le fils était exclu des charges et des dignités par les lois de ce môme dictateur. Il obtint néanmoins tout ce que l'ambition d'un Romain pouvait se proposer de plus grand, le consulat et le triomphe; nouvel exemple à ajouter à tant d'au- » ties traits de l'inconstance de la fortune, et de ses chan-
gements en bien comme en mal.
Dédicaces Tout le uiois d'août se passa en fêtes et en réjouisde temples g^j^j^pg Qcravien , après ses triomphes, fit la dédicace
et autres edi- * r r '
ficespubiics. f['yjj temple de Minerve, d'un autre temple en l'hon-
retes et re- ' '
jouissances, neur de .Iule César, et d'un grand édifice destiné aux assemblées du sénal , qu'il nomma le Pd/ais JnJr. Il consacra dans ce palais une statue de la Victoire, que l'on V voyait encore flu temps de Dion ; et son inten-
•Jo.
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tlon, selon cet historien, était d'attester par ce monument (jii'il tirait de la victoire et des armes son droit de commandement suprême. Il décora les deux temples dontje viens de parler, et plusieurs autres, d'ornements précieux enlevés d'Egvpte. Ainsi il plaça dans le temple de Vénus une statue d'or de C-léopatre, et A enrichît aussi cette déesse des magnifiques pendants d'oreilles dont j'ai fait mention ailleurs. Mais ce fut au Capitole qu'il porta la plus grande partie des richesses qui étaient le fruit de sa victoire. Il fit même rendre, si nous en croyons Dion , un décret du sénat pour en oter comme profanes et soudlés (je ne puis deviner par quel endroit ), tous les trésors qui y étaient anciennement amassés , afin que la place fût libre pour les nouvelles offrandes qu'il y consacrait. Il ne semble pas que l'on snet. Aug puisse rapporter à aucune occasion plus convenable que celle-ci le don prodigieux mentionné par Suétone de seize mille livres pesant d'or', et de la valeur de cent cinquante millions de sesterces^ en pierreries, offerts par Octavien en une seule fois à Jupiter Capitolin.
Pour solenniser la dédicace du temple de Jule César, il donna des jeux et des spectacles de toute espèce : courses de chevaux et de chariots dans le Cirque, combats de gladiateurs, dans lesquels un sénateur, nommé par Dion Q. Vinlélius , ne craignit point de perdre son honneur et de hasarder sa vie; chasses d'animaux féroces amenés des pays éloignés, parmi lesquels on remarque un rhinocéros et un hippopotame; enfin combats entre des troupes de Suèves et de Daces, les pre*
• vingt-cinq mille de nos marcs. quantc mille livres. = Environ 3o == 21390 marcs. — L. millions. — L.
'^ Dix-huit millions sept cent cin-
,'^3'> niSTOIRF ROMAIIS'^F,.
niiers faits prisonniers par Carrinas, et les autres pris à Artiuni parmi les auxiliaires d'Antoine Ira cJpTroip. A tous ces flifféreuts genres de speetacles Octavien en joignit un qu'il affectionnait singulièrement. C'est ce qu'ils appelaient le jeu de Troie , si bien décrit par Virgile au cinquième livre de son Enéide, et qui consistait en courses de chevaux, exécutées par les enfants de la première noblesse. Ils se partageaient en divers escadrons, suivant l'âge; et, dans les jeux dont je parle siipt, Tih. (.. actuellement , Tibère commandait l'escadron des grands. Ce genre d'exercice plaisait à Octavien , et avait plu à César, parce qu'il flattait l'opinion de l'ancienne noblesse des Jules, remontant jusqu'à Enée. De plus ils jugeaient tout-<à-fait séant pour la jeune noblesse qu'elle commençât ainsi à se faire connaître et à attirer les regards des citoyens.
ludisposi- La joie de ces fêtes, ([ui durèrent plusieurs jours, ' rniVu.^ fut un peu troublée, mais non interrompue, par une indisposition d'Octavien, dont la santé était très-délicate. Il voulut que les spectacles se continuassoit quoi- (ju'il ne pût pas s'y trouver, et il donjia commission à d'autres d'y présider en sa place.
Pendant tout le temps des jeux, les sénateurs, s'étant distribués selon un certain ordre, dressèrent et couvrirent des tables chacun à leur tour dans les vesti- T. Liv. m, bules de leurs maisons, et ils invitaient les passants à 99, et XXV, ^ yf.^i(. inanger avec eux, suivant ce qui s'était pratiqué dans d'autres occasions de réjouissances publiques. iiorif^ci Octavien ne se contenta pas de ces fêtes passagères;
on É"v le '' voulut transmettre à la postérité des monuments subdesinoMM- jjjgfjjj^jj; d'une victoire rmi le rendait maître du monde.
raents <ip ■ia i
victoire. Il p,^ établit à Actium et en Egypte.
HiSTOlKt; KOMAlJNJi. 533
Sur le proiuoiitoire d'Actiuin était un temple cl' A pol- Freiiishtm. Ion, qu il agrandit et embellit. De toute antiquité on «tio. V célébrait des jeux, tous les trois ans , en riionneur de ce dieu. Il en augmenta l'éclat et la pompe; mais il en prolongea le terme, et ordonna, peut-être pour éviter l'avilissement, suite ordinaire d'une répétition trop fréquente, qu'ils s'exécuteraient seulement de cinq en cinq ans. Ces jeux sont connus dans l'histoire sous le nom de jeux Actiaques. Octavien fît plus encore : il enferma de murailles le camp qu'il avait occupé en ces lieux, et en forma une ville, qu'il nomma iSicopolis ^ ville de la victoire. Pour la peupler, il y transporta les habitants d'Ambracie et de quelques autres villes voisines , qui, avant beaucoup souffert des guerres que les Macédoniens et les Romains avaient faites dans ce pays, étaient devenues pres(jue désertes. Il attribua aux Nicopolitains de très-beaux privilèges, ^ entre autres celui d'entrer dans le conseil des Amphictyons, ancien et respectable tribunal, oii la (ïrèce entière était représentée par les députés de douze de ses principaux peuples. Cette ville devint florissante; et du temps que Strabon écrivait, elle prenait de nouveaux accroissements tle jour en jour. L'espace oi^i avait été dressée la tente d'Octavien fut distingué du reste de la ville, environné de murs de pierre de taille, orné d'éperons de vaisseaux pris dans le combat, et consacré par une statue d'Apollon, que l'on y plaça en plein air, sans aucun toit au-dessus. Il n'y eut pas jusqu'à un âne et son conducteur qu'Octavien n'immortalisât, parce qu'ils lui avaient été d'un heureux présage. Le matin Ju jour qu'il sortait de son camp pour aller combattre Antoine, ayant rencontré un homme qui menait un
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âne, il lui demanda son nom et le nom fie sa bète. Je m appelle , dit Tânier, Eutychus, ([ui veut dire heureux; et mou âne, Nicon, qui signifie vainqueur. So\l que cette aventure fiit purement fortuite, ou ménagée par la politique d'Octavien pour encourager ses soldats, il crut devoir en conserver la mémoire, et il érigea dans INicopolis deux statues qui représentaient l'âne et l'ânier.
Tels furent les monuments et comme les trophées par lesquels Octavien prit plaisir à décorer le lieu qui avait été témoin de l'action décisive de sa fortune. En Egypte, où il avait achevé de vaincre, mais sans aucun danger, il ne laissa pas de bâtir une seconde Nicopolis sur le terrain oii il avait combattu contre Antoine devant Alexandrie, et il y institua des jeux semblables à ceux d'Actium.
Double C'est ainsi qu'Octavien se félicita lui-même, à la vue
pour'eïvila! ^^^ ^^ute la tcrrc, d'être parvenu au comble de ses ger les voies vœux. Lcs voics par lesquelles il s'y éleva ont été con-
par les- i '^ ''
quelles sidérécs par ses contemporains sous des points de vue
Oetavien ^ ^ • i i i
s'est élevé à très -différents; et Tacite nous en fournit un double
la souve- . . . ^ ^ r ■
raiucpuis- portrait en raccourci, qui me parait tout-a-iait convenable pour terminer l'exposé que j'ai tâché d'en faire avec étendue.
11 rapporte les discours ({ue l'on tenait au sujet d'Auguste le jour de ses funérailles. Les uns', qui favorisaient sa mémoire, disaient qu'un juste sentiment de
I .. Hi pietate erga parenteiu,et respatris uicisceretur, inulta Lepido
neoessitudine reipublic;c , in qua concessisse. Postquani hic socordiâ
iiullus luiic legibus locus , ad arma senueiit, ille per libidiiics pessuin-
(•ivilia actiiin, qiiœ neqiie parari datus sit, non aliiid discoidantis
ijpque halxîil possent per l)ona.s ai- patriae remedlum inventum, quàiii
tes. Mulla Anlouio, duiii iiilcireclo- ul ab imo legeretur.»
sauce.
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reconnaissance et de tendresse pour son père adoptif, et les besoins de la république, où les lois alors n'avaient plus aucun pouvoir, l'avaient forcé d'entreprendre des guerres civiles; et que , si sa conduite n'y avait pas toujours été bien nette et exempte de taches, c'est ([u'il n'était pas possible ni d'acquérir des forces pour une telle entreprise ni de les gouverner par les règles d'une exacte vertu : qu'il s'était trouvé dans la nécessité d'accorder bien des choses à Anlonie et à Lépidus pour parvenir à tirer vengeance des meurtriers tle son père : qu'ensuite, l'un de ses deux collègues s'étant dégradé lui-même par sa mollesse et son incapacité , et l'autre s'étant perdu par ses débauches, il avait senti que le gouvernement d'un seul était l'unique remède aux maux de la patrie, fatiguée par des discordes interminables.
D'autres', moins disposés à bien juger d'Octavien, prétendaient, au contraire, que le désir de venger son père, et les désordres de l'état, n'avaient été chez lui qu un prétexte; qu'au fond c'était l'ambition de dominer qui l'avait engagé à soulever les vieux soldats par
' "Uicebatur c-ontrà pietatem eiga p;trenteai, et terupora reipublicae obtentui sumpta : ca.'leiimi cupiditate (loininandi coni'itos per laigitiones \ eteranos , paratum ab adolescente privato exercitum , corniptas consnVm legiones , simula tain pompeiaiiai'um giatiarn paitiuin. Mox nbi «lecretu Patrum fasces et jus prœtoris iiivaserit , caesis Hirtiu et Pansa....
iitriusque copias occupavisse. Extortum invito senatu consulatum; ariiiaque t^nx in Antonium acceperit,
contia leaipubli'jani versa. Proscriptionein civiuni, divisionesagroruin.
ne ipsls (jui Jem qui l'ecèie laudatas. Sanè Cassii et Brutoiuin exitiis patemis iniinicitiis datos (quauqiiaai f'as sît privata odia publicis utilitatibus leniittere ) ; sed Poinpeiuni imagine pacis, sed Lepiduni specie amicitiae deceptos. Post Antonium Tarentino Biundisinuque t'œdeie et nuptiis sororis inlectum, subdolpe affinitatis pœnas morte exsol visse. >• (Tac. Annal. i,y et lo. J
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ses largesses, à assembler une armée sans aucun caractère d'aulorité publique, à corrompre les légions d'Antoine, alors consul, à feindre delà considération et des égards pour le parti de Pompée, afin de profiter de la bienveillance que Ton portait à cette cause : qu'ayant envahi les faisceaux et la puissance de préteur par un décret dont le sénat n'avait pas prévu les conséquences, après la mort funeste d'Hirtius et de Pansa, qui avait jeté sur lui bien des soupçons, il s'était emparé des troupes de l'un et de l'autre : qu'il avait envahi le consulat contre le gré des sénateurs, et tout de suite tourné contre la république les armes qui lui avaient été mises en main pour faire la guerre à Antoine: qu'il n'était pas nécessaire de s'étendre à blâmer les proscriptions et les distributions de terres faites aux soldats, puisque ceux même qui en étaient les auteurs n'avaient jamais osé les louer : qu'on pouvait absolument lui passer la mort de Cassius et des deux Brutus, comme due à la vengeance de son père (quoique après tout il aurait été plus généreux de sacrifier ses inimitiés particulières à l'utilité publique); mais qu'il avait trompé Sex. Pompée par une fausse image de paix, et Lépidus par des dehors d'amitié : que sa conduite avait été la même à l'égard d'Antoine , qu'il avait amorcé par les traités de Tarcnte et de Brindes, et par le mariage de sa sœur, et qui ensuite avait payé par sa mort la peine d'une alliance frauduleuse.
Ces deux jugements, si opposés, contiennent cependant l'un et l'autre quelque chose de vrai. Le dernier exprime au naturel les intentions d'Octavien ; l'autre fait sentir le bien et l'avantage qu'il procura à l'em-
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pire. 11 est certain par les faits que le gouvernement monarchique était la seule ressource de la république romaine.
J'ai représenté le plus fidèlement qu'il m'a été pos- ^j^^;;;^^,':;;^' sible les circonstances et les causes de cette grande ré- fin de tous
" , , les event—
volution. Mais il convient à des chrétiens de s élever menis. plus haut, et d'envisager dans le mouvement des choses humaines, et dans le jeu des passions, la providence divine qui les gouverne et qui les dirige à l'exécution de ses desseins de miséricorde sur le genre humain. Le Christ, attendu depuis quatre mille ans, allait bientôt naître ; et tout s'arrange pour faciliter la propagation de la doctrine céleste qu'il venait apporter en terre.
La vaste étendue de l'empire romain , en liant ensemble par un commerce aisé et perpétuel toutes les parties du monde connu, ouvrait tous les chemins aux prédicateurs de l'Évangile. Mais les troubles affreux des guerres civiles y auraient mis un obstacle. Il fallait que le prince de la paix naquît au sein de la paix. Dieu suscite Octavien pour faire cesser toutes les dissensions et établir une tranquillité durable dans l'empire. L'établissement même de la monarchie entrait dans les desseins de Dieu sur son Eglise. Les compasnies sont attachées à leurs vieilles maximes ; et l'on voit que le sénat de Rome était encore tout païen longtemps après que le christianisme était monté sur le trône. La religion de Jésus-Christ aurait souffert une guerre implacable et éternelle de la part du sénat , si la puissance fût restée entre ses mains. La conversion du seul Constantin rendit pour toujours la paix à TEglise, agitée et persécutée pendant trois siècles.
538 IIISTOIKE KO M AUNE.
C'est avec cette réflexion que je laisse mes lecteurs eu finissant cet ouvrage, auquel j'ai mis la dernière main pour obéir aux ordres d'un maître que je respecterai infiniment toute ma vie, parce qu'en lui la piété égalait les talents. Heureux si, marchant sur ses traces, je regarde tout ce que je puis recueillir de doctrine de l'antiquité païenne comme les richesses de rÉgypte, qui doivent être consacrées à Dieu et à Jésus-Christ! Heureux encore si cet esprit, dirigeant ma plume , a pu inspirer de pareils sentiments à ceux qui me font l'honneur de me lire.