‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 5)Chapitre 18 sur 82 · I.|<S I li\l T i: DES ET li J)LS · texte numérisé non relu

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que comme des témoins prépares pour les accuser et les confondre.

3. Second voyage des enfants de Jacob en Egypte. Joseph reconnu par ses frères. (Gen. c. 43,

Lorsque les enfants de Jacob, au retour de leur voyage, lui eurent raconté tout ce qui leur était arrivé, l'emprisonnement de Siméon, et l'ordre exprès qu'ils avaient reçu de mener Benjamin en Egypte, cette triste nouvelle le perça de douleur, et renouvela celle que la perte de Joseph lui avait causée. Il refusa - long-temps de laisser partir son cher Benjamin, qui, ^ seul, faisait toute sa consolation; mais enfin, voyant que c'était une nécessité, et qu'autrement il le verrait périr de faim avec lui, il consentit à son départ sur les assurances réitérées que lui donnèrent ses autres enfants de le lui ramener. Ils partirent donc tous ensemble avec des présents pour Joseph, et le double de l'argent qu'ils avaient trouvé dans leurs sacs.

Etant arrivés en Egypte , ils se présentèrent devant Joseph. Lorsqu'il les eut aperçus, et Benjamin avec eux, il dit à son intendant : Faites entrer ces gens-là chez moi et préparez un festin, parce qu'ils mangeront à midi avec moi. L'intendant exécuta l'ordre et les fit entrer. Eux, tout surpris d'un tel traitement , s'imaginaient qu'on allait leur faire un crime de l'argent qui s'était trouvé dans leurs sacs. Ils commencèrent donc par se justifier auprès de l'intendant, disant qu'ils ne savaient pas comment cela était arrivé; et

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que , pour preuve de leur bonne foi , ils rapportaient cet argent. L'intendant les rassura en leur disant : Ne craignez rien, c'est votre Dieu et le Dieu de votre père qui vous a fait trouver de l'argent dans vos sacs ; car, pour moi, j'ai reçu celui que vous avez donné. Aussitôt après , il leur amena Siméon , leur frère. On leur apporta de l'eau ; ils se lavèrent les pieds , et attendirent l'arrivée de Joseph.

Dès qu'il parut, ils se prosternèrent devant lui, et lui offrirent leurs présents. Joseph, après les avoir salués avec bonté, leur dit : Votre père, ce bon vieillard dont vous m'aviez parlé, vit -il encore? Comment se porte-t-il?Ils répondirent: Notre père, votre serviteur, est encore en vie, et il se porte bien. En même temps ils se prosternèrent de nouveau. Joseph , ayant aperçu Benjamin, Est-ce là, leur dit -il, votre jeune frère, dont vous m'aviez parlé? Mon fils, ajouta-t-il, je prie Dieu qu'il vous bénisse ; et il se hâta de sortir , parce que la vue de son frère l'attendrissait si fort, qu'il ne pouvait plus retenir ses larmes. Quelques moments après, il vint retrouver ses frères; et , ayant commandé qu'on servît à manger, il se mit à table avec eux.

Après que Joseph eut mangé avec ses frères, il donna secrètement cet ordre à son intendant : Mettez du blé dans les sacs de ces gens-là, et l'argent de chacun d'eux à l'entrée de leurs sacs; et mettez ma coupe d'argent dans le sac du plus jeune. L'intendant fit ce qui lui était ordonné. Le lendemain matin , ils partirent avec leurs ânes chargés de blé ; mais à peine étaient - ils sortis de la ville, que Joseph envoya son intendant après eux pour leur faire des reproches de ce qu'ils avaient volé sa coupe. Ils furent fort surpris de se voir

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accusés dune action si lâche, à laquelle ils n'avaient pas seulement pensé. Nous vous avons rapporté, dirent-ils, l'argent que nous avions trouvé à l'entrée de nos sacs; comment se pourrait -il faire que nous eussions dérobé dans la maison de votre maître de l'or ou de l'argent ? Que celui qui se trouvera coupable de ce vol meure , et nous demeurerons tous esclaves de votre maître. L'intendant les prit au mot. On les fouilla tous , en commençant par les plus âgés ; et enfin la coupe fut trouvée dans le sac de Benjamin.

Ils retournèrent à la ville fort affligés, et allèrent se jeter aux pieds de Joseph. Après quelques reproches, il leur déclara que celui dans le sac duquel on avait trouvé la coupe demeurerait son esclave. Alors Juda , ayant demandé permission de parler, représenta à Joseph que, s'ils retournaient vers leur père sans ramener avec eux ce fils, qu'il aimait tendrement, ils le feraient mourir de chagrin. C'est moi, ajouta -t- il, qui ai répondu de lui à mon père : que ce soit moi, s'il vous plaît, qui demeure esclave en sa place; car je ne puis retourner sans lui, de peur d'être témoin de l'extrême affliction qui accablera notre père.

A ces paroles, Joseph ne put plus se retenir. Il commanda qu'on fit sortir tout le monde. Alors, les larmes lui tombant des yeux, il jeta un grand cri, et dit à ses frères : Je suis Joseph. Mon père vit- il encore? Aucun d'eux ne lui répondit, tant ils étaient saisis d'étonnement. Il leur parla donc avec douceur, et leur dit : Approchez- vous de moi. Lorsqu'ils se furent approchés, il dit : Je suis Joseph, votre frère, que vous avez vendu pour être emmené en Egypte. Ne craignez point, et ne vous affligez point de ce que vous m'avez

traité ainsi ; car c'est Dieu qui m'a envoyé ici devant vous pour vous conserver la vie. Ce n'est point par votre conseil que cela est arrivé, mais par la volonté de Dieu. Allez dire à mon père que Dieu m'a établi sur toute l'Egypte, Qu'il se hâte àe venir. Il demeurera près de moi; et je le nourrirai lui et toute sa famille, car il reste encore cinq années de famine. Vous voyez de vos yeux que c'est moi qui vous parle. Annoncez à mon père le haut rang où je suis élevé, et tout ce que vous avez vu dans l'Egypte. Hâtez -vous de me l'amener. Après leur avoir parlé ainsi , il se jeta au cou de Benjamin, et l'embrassa en pleurant; il embrassa de même tous ses autres frères , et après cela ils se rassurèrent pour lui parler.

Cette nouvelle se répandit aussitôt dans toute la cour. Pharaon en témoigna sa joie à Joseph , et lui dit de faire venir au plus tôt toute sa famille en Egypte. Joseph fit partir ses frères avec des vivres pour le voyage, et des voitures pour transporter leur père, leurs femmes et leurs enfants. Lorsqu'ils furent arrivés dans le pays de Canaan, ils dirent à Jacob : Votre fils Joseph est vivant, et il a autorité dans toute l'Egypte. A ces mots, Jacob se réveilla comme d'un profond sommeil, et il n'en voulait rien croire; mais enfin, ayant entendu le récit de tout ce qui s'était passé, et voyant les chariots et les autres choses que son fils lui envoyait, il dit : Je n'ai plus rien à souhaiter, puisque mon fils Joseph vit encore; j'irai, et je le verrai avant que de mourir. Il partit bientôt après avec toute sa famille, et arriva en Egypte. Après qu'il eut salué le roi , Joseph l'établit dans le pays de Gessen , le plus

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fertile de l'Egypte, où Jacob vécut encore dix -sept ans.

H EFLEXIONS.

D. Le moment où Joseph se fait connaître à ses frères est l'endroit de son histoire le plus touchant et le plus intéressant; mais il est précédé de circonstances bien étranges. Comment en effet concilier son indifférence et son oubli à l'égard de son père et de ses frères, qu'il laisse exposés aux suites funestes d'une cruelle famine, et l'extrême dureté qu'il exerce sur eux en les calomniant et les emprisonnant; comment, dis -je, concilier tout cela avec cette bonté et cette tendresse qu'il laisse entrevoir dans le temps même qu'il les traite si durement ?

R. C'est cette contradiction apparente qui doit nous avertir qu'il y a quelque mystère caché sous la surface d'une action qui sans cela pourrait choquer la raison, et paraîtrait contraire aux sentiments que la nature a imprimés dans le cœur de tous les hommes.

Joseph, vendu par ses frères aux Égyptiens , regardé par Jacob comme mort, oublié par toute sa famille, honoré pendant cet intervalle et régnant en Egypte, est incontestablement la figure de Jésus-Christ livré aux gentils par les Juifs, renoncé généralement par sa nation, mis à mort par leur cruelle envie, reconnu et adoré par les gentils comme leur sauveur et leur roi.

Dans le premier voyage que les enfants de Jacob Geu. a?., s. firent en Egypte, il est dit que Joseph connut bien ses

frères, mais qu'il fie fut point connu d'eux. C'est l'état des Juifs : en refusant de se soumettre à Jésus-Christ, ils ont cessé de le voir, mais ils n'ont pu s'affranchir de son empire. Ils lisent les Écritures, et rencontrent par-tout leur Seigneur sans le connaître. Ils l'ont vu et ne l'ont pas reçu. Il leur a parlé en énigmes et en paraboles , parce qu'ils étaient indignes d'entendre des mystères qu'ils refusaient de croire; mais le voile ne demeurera pas toujours sur leur cœur.

Pendant le long intervalle que dure leur aveuglement, ils souffrent une cruelle famine, non de pain matériel, mais, comme l'avait prédit un prophète, de la parole de Dieu, dont l'intelligence leur est refusée. Mittam famem in terrain : non famem panis, neque Amos.8,n. siliin aquce, sed audiendi verbum Domini. La terre de Canaan est condamnée à une entière stérilité. Le véritable pain de vie ne se trouve que dans l'Egypte. Pour vivre, il faut nécessairement y aller; et jusqu'à ce que Benjamin, le dernier des enfants de Jacob, figure des derniers Juifs , y paraisse en personne , la famine affligera toujours cette malheureuse nation.

Jusque-là Joseph paraîtra n'avoir que de la dureté pour ses frères. Il leur parlera comme à des inconnus, d'un ton propre à les intimider et avec un visage sévère : Quasi ad alienos durius loquebalur. C'est ainsi Gen. 42,7. que Jésus- Christ traite depuis long - temps un peuple ingrat et aveugle. Il paraît ne connaître plus ses hères selon la chair. Il semble avoir oublié les pères d'une postérité infidèle et sanguinaire.

Cependant Joseph se faisait violence pour ne point laisser paraître sa tendresse. Il ne pouvait retenir ses larmes; il était obligé de se détourner, de se cacher le

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visage, de sortir même de temps en temps pour essuyer ses pleurs. L'effort qu'il faisait pour les cacher était la figure de cette miséricorde secrète cachée dans le sein de Dieu, et réservée pour les moments marqués dans son conseil éternel. Les promesses de Dieu s'accompliront sur Israël; car ses dons sont sans repentir, et sa vérité sera immuable dans tous les siècles. Mais une juste sévérité suspend les effets d'une clémence que nos gémissements, unis à ceux du prophète, doivent hâter.

D. Joseph peut-il être regardé par d'autres circonstances de sa vie comme figure de Jésus - Christ ?

R. Il y a peu de saints de l'ancien Testament en qui Dieu ait pris plaisir de marquer autant de traits de ressemblance avec son fds que dans Joseph. Le simple exposé en sera une preuve évidente.

Rapports ejitre Joseph et Jésus-Christ.

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