‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 5)Chapitre 17 sur 82 · APPLICATION DES PRINCIPES A QUELQUES EXEMPLES · texte numérisé non relu

APPLICATION DES PRINCIPES A QUELQUES EXEMPLES

Deux grands hommes, fort célèbres dans l'Ecriture sainte, me fourniront des exemples auxquels j'appliquerai les règles que je viens de donner : Joseph et Ézéchias. A ces deux histoires j'ajouterai un article sur les prophéties.

ARTICLE PREMIER

Histoire de Joseph.

Comme cette histoire est fort longue et fort connue , je serai obligé d'en omettre ou d'en abréger plusieurs circonstances, quoique très - intéressantes , pour ne point trop allonger ce récit.

1 . Joseph vendu par ses frères ; conduit en Egypte chez Putiphar ; mis en prison. (Gen. c. 37, 39 et l\o.)

Jacob avait douze enfants, dont Joseph et Benjamin étaient les plus jeunes : il avait eu ces deux derniers de Rachel. L'amour particulier que Jacob témoignait à Joseph, la liberté que celui-ci prit d'accuser devant lui ses frères#l'un crime que l'Ecriture ne nomme point, et le récit qu'il leur fit de songes qui marquaient sa future grandeur , excitèrent leur jalousie et leur haine.

Un jour qu'ils le virent venir à eux dans la cam-

pagne où ils paissaient leurs troupeaux, ils se dirent l'un à l'autre : Voici notre songeur qui vient; allons, tuons-le, et le jetons clans une vieille citerne; après cela on verra à quoi lui auront servi ses songes. Sur la remontrance de Ruben, ils se contentèrent de le jeter dans la citerne, après lui avoir ôté sa robe. Bientôt même ils l'en retirèrent pour le vendre à des marchands ismaélites qui allaient en Egypte, à qui en effet ils le vendirent vingt pièces d'argent. Après cela ils prirent sa robe, et, Ta vaut trempée dans le sang d'un chevreau, ils l'envoyèrent à Jacob, et lui firent dire : Voici une robe que nous avons trouvée ; voyez si ce n'est pas celle de votre fils. Il la reconnut, et dit : C'est la robe de mon fils; une bête cruelle l'a dévoré; une bête a dévoré Joseph. Il déchira ses vêtements; et, s'étant couvert d'un ciliée, il pleura son fils fort long-temps.

Les Ismaélites enmenèrent Joseph en Egypte, où ils le vendirent à un des premiers officiers de la cour de Pharaon, nommé Putiphar. Le Seigneur, dit l'Ecriture, était avec Joseph, et tout lui réussissait heureusement. Son maître, qui voyait bien que Dieu était avec lui, le prit en affection. Il le fit intendant de sa maison, et il se reposa absolument sur lui du soin de toutes ses affaires. Aussi Dieu bénit la maison de Putiphar, et il multiplia ses biens de tous eôtes à cause de Joseph.

Il y avait déjà long-temps qu'il était dans cette maison , lorsque sa maîtresse, l'avant regardé avec un mauvais désir, le sollicita, en l'aliénée de son mari, à commettre le crime. Mais Joseph en eut horreur, et lui dit : Comment serais-je assez malheureux pour abuser de la confiance que mon maître a en moi, et

pour pécher contre mon Dieu? Elle continua ainsi pendant plusieurs jours à le solliciter, sans pouvoir rien obtenir. Enfin, un jour que Joseph était seul, elle le prit par le manteau, et le pressait de consentir à son mauvais désir. Alors Joseph, lui laissant le manteau entre les mains, s'enfuit. Cette femme, outrée de dépit, jeta un grand cri ; et, ayant appelé les gens de sa maison, elle leur dit que Joseph avait voulu lui faire violence, et qu'il avait pris la fuite aussitôt qu'il l'avait entendue crier. Lorsque son mari fut de retour, elle lui persuada la même chose, en lui montrant le manteau comme une preuve de ce qu'elle disait. Putiphar, trop crédule aux paroles de sa femme, entra dans une grande colère, et le fit enfermer dans la prison où étaient ceux que le roi faisait arrêter. Mais le Seigneur fut avec Joseph; il en eut compassion, et il lui fit trouver grâce devant le gouverneur.

Pendant que Joseph était en prison, deux des grands officiers de la cour de Pharaon, savoir le grand-échanson et le grand-panetier, y furent conduits par ordre du roi. Le gouverneur en confia le soin à Joseph, comme de tous les autres prisonniers. Quelque temps après ils eurent tous deux dans la même nuit un songe qui les jeta dans de grandes inquiétudes. Joseph leur en donna l'explication. Il prédit à l'échanson que dans trois jours il serait rétabli dans l'exercice de sa charge; et au grand-panetier, que dans trois jours Pharaon le ferait attacher à une croix , où sa chair serait déchirée par les oiseaux. Les choses arrivèrent comme il l'avait dit. Le grand-panetier fut mis à mort, et l'autre rétabli. Joseph avait prié l'échanson de se souvenir de lui, et d'obtenir du roi son élargissement : Car j'ai été enlevé.

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dit-il, par fraude et par violence du pays des Hébreux, et j'ai été renfermé dans cette prison sans être coupable. Mais cet officier, étant rentré en faveur, ne pensa plus à son interprète.

RÉFLEXIONS

Demande. Que faut-il penser de la conduite de Dieu sur Joseph, à qui sa vertu n'attire que de mauvais traitements, soit de la part de ses frères, qui le haïssent et le traitent avec la dernière cruauté; soit du coté de la femme de Putiphar, sa maîtresse, qui le calomnie impunément, et le fait renfermer dans un cachot comme un scélérat ?

Réponse. Dieu, par cette conduite, a voulu nous donner d'importantes instructions.

i° Son dessein est de détromper les hommes de la fausse idée qu'ils ont de la Providence, et de la fausse idée qu'ils ont de la vertu. Ils croient que Dieu néglige le soin des choses humaines, lorsque ceux qui le craignent sont dans l'oppression et dans la misère. Ils croient que la vertu doit toujours rendre heureux en cette vie ceux qui en ont une sincère. L'Ecriture détruit ces faux préjugés par l'exemple de Joseph, sur qui les yeux de Dieu sont très-attentifs, et qui est néanmoins haï par ses frères , vendu , exilé , calomnié , mis en prison ; qui a conservé une vertu très-pure, sans en être plus heureux pendant plusieurs années; et qui n'est même tombé dans la captivité et dans le danger de perdre la vie, que parce qu'il est demeuré fidèle à ses devoirs. Il est vrai que Dieu rompit dans la suite ses liens, et l'éleva à une suprême autorité. Mais Joseph était préparé a

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souffrir l'oppression jusqu'à la fin de sa vie. Il consentait à mourir dans la prison , si Dieu le voulait ; et il h eût pas élé moins précieux à ses yeux, ni moins sûr des biens éternels qu'il espérait de sa miséricorde, quand il eût paru en être abandonné jusqu'au dernier moment.

D. Paraît-il effectivement que Dieu ait pris un soin particulier de Joseph pendant ses disgrâces? Geu. c. 3y. R. I/EcritUre semble avoir pris à tâche de nous faire remarquer la protection de Dieu sur son serviteur, en

v. 2. nous avertissant qu'il fut toujours avec lui, et que par

v. 3. cette raison tout lui réussissait heureusement ; qu'il lui fît trouver grâce devant son maître, qui reconnut que le Seigneur était avec Joseph et qu'il le favorisait et

v. 4. le bénissait en toutes ses actions ; qu'il inspira à Putiphar de lui donner, tout jeune qu'il était, l'autorité

v. 5. sur toute sa maison ; que , pour attacher le maître à son serviteur par une affection plus durable et plus forte, le Seigneur bénit la maison de l'Egyptien à cause de Joseph , et multiplia ses biens tant à la ville qu'à la campagne, en sorte que son maître n'avait d'autre soin

v. 2i. que de se mettre à table et de manger : que, quand Joseph fut mis en prison , le Seigneur en eut compassion , et qu'il lui fit trouver grâce aussi devant le gou-

v. a?.. verneur de la prison ; qu'il lui inspira de remettre à Joseph le soin de tous ceux qui y étaient renfermés, sans prendre connaissance de quoi que ce fût, et de

v. 23. lui tout confier, en sorte qu'il ne se faisait rien sans son ordre : qu'enfin le Seigneur le fit réussir en toutes choses.

D. Malgré toutes ces faveurs, la prison n'était- elle pas un séjour bien triste pour Joseph ?

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R. Lorsqu'il fut mis en prison, toul paraissait l'avoir abandonné : mais Dieu était descendu avec lui dans l'obscure retraite où on l'avait enfermé, Fuit au- Gen. 39,21. tem Domihus cum Joseph; et l'Écriture ne craint point de dire que la sagesse éternelle se rendit comme prisonnière avec lui : Hœc descendit cum Mo infoveam, SaP. 10, u, et in vihculis non dereliquit Muni. Elle adoucissait ses longues nuits, passées à souffrir et à veiller. Elle éclairait ces ténèbres que la lumière du soleil ne pouvait percer. Elle otait à la solitude et à la captivité, dont les lectures et l'occupation ne pouvaient diminuer ni suspendre le sentiment, ce poids terrible de l'ennui qui renverse les plus fermes. Enfin, elle faisait couler dans son cœur une paix dont la source était invisible et intarissable. Lorsque Josepb fut associé au trône de Pharaon, il n'est point dit que la sagesse y monta avec lui, comme il est dit qu'elle descendit avec lui en prison. Elle l'accompagna sans doute dans le second état ; mais le premier était plus cher à Joseph, et il doit l'être à quiconque a de la foi.

D. Quelle autre instruction Dieu a-t-il voulu nous donner dans la conduite1 qu'il a gardée à l'égard de Joseph ?

R. Il a voulu , en second lieu , nous apprendre comment sa providence conduit toutes choses à l'exécution de ses desseins, et comment elle y fait servir les obstacles même que les hommes s'efforcent d'y apporter.

Le dessein de Dieu était d'élever Joseph à un point de grandeur et de puissance où ses frères seraient réduits à se prosterner humblement devant lui. Les frères de Joseph s'y opposent, mais d n'y a, dit l'Ecriture, Prov.ai,?» ni sagesse, ni prudence , ni conseil contre le Seigneur.

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Ce qu'ils font pour humilier Joseph est le premier degré par Lequel Dieu le conduit à l'élévation et à la gloire; et L'horrible calomnie de son impudique maîtresse, qui mettait, ce semble, le comble à tous ses malheurs, est ce qui Le fera presque monter sur le trône.

C'est ce que Joseph Lui-même fit remarquer à ses frères dans la suite, en leur disant que ce n'était pas eux qui l'avaient fait venir en Egypte, mais que c'était Geu. 45, 8. Dieu qui l'y avait envoyé : Non veslro consilio , sed Dei voluntate hue missus sum. Cette parole est un grand sujet de consolation pour ceux qui ont de la foi. Tout ce qu'on entreprendra contre eux deviendra un moyen pour assurer leur bonheur et leur salut. Les desseins secrets, les haines déclarées, la captivité, la calomnie , les feront arriver au terme que la grâce leur a marqué. Après cela l'envie et l'injustice seront confondues; et, lorsqu'elles auront porté Joseph sur le trône, elles paraîtront tremblantes devant lui.

D. Quels moyens Joseph emploie- 1- il pour combattre la tentation qui lui est suscitée par sa maîtresse ?

R. Nous trouvons dans sa conduite un excellent modèle de ce que nous devons faire quand nous sommes tentés. Joseph se défend d'abord par le souvenir de Dieu et de son devoir. Comment, dit- il à cette femme hardie et sans pudeur, pourrais -je commettre une telle action, ayant Dieu pour témoin et. pour juge? C'est à ses yeux que nous deviendrions criminels vous et moi. C'est lui qui me commande de vous désobéir en cette occasion. Comment pourrais-je éviter ses regards, ou corrompre sa justice, ou me mettre à couvert »,,u. 39, 9. de son indignation ? Quomodb ergo possum hoc via-

TRAITÉ DES ÉTUDES. i/jl

////// lJacere, et peccare in Deum meuni? Lorsque la tentation est devenue si forte , qu'il a tout à craindre de sa faiblesse, il prend la fuite, quitte tout, et s'expose à tout , plutôt que de demeurer dans l'occasion prochaine d'offenser Dieu.

D. "N'y a-t-il point encore d'autre réflexion à faire sur les malheurs et les disgrâces de Joseph ?

R. Quelque durs et quelque injustes que fussent les traitements que Joseph eut à souffrir, jamais il ne lui «échappa une seule parole de murmure. Il ne s'abandonna point au découragement dans sa servitude, mais il se donna tout entier au service de son maître. Dans le grand loisir qu'ont les prisonniers , et malgré le penchant naturel qu'ont les hommes à parler de leurs aventures, il n'avait point fait le récit des siennes. Quand il est forcé de s'en ouvrir à l'échanson , il le fait avec une modération et une charité qu'on ne peut assez admirer. Foi été enlevé par fraude et par violence, dit-il, du pays des Hébreux, et j'ai été reiifermè dans celte prison sans être coupable. Il ne nomme ni ses frères, qui l'ont vendu; ni sa maîtresse, qui l'a calomnié. Il dit seulement qu'il a été enlevé et fait esclave, quoiqu'il fût libre; et condamné à une dure prison, quoiqu'il fut innocent. Un autre, moins humble et moins prudent que lui, aurait raconté sa vie, et insisté sur les circonstances qui lui auraient fait le plus d'honneur. S'il en eût usé ainsi , le Saint - Esprit aurait laissé dans les ténèbres une vertu qui n'aurait pu les souffrir, et qui aurait voulu se consoler de ses malheurs par la vaine satisfaction de se faire admirer ; au lieu qu'il a pris

1 Ueb. Hoc grande scelus.

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soin d'apprendre à tous les siècles ce que Joseph n'a pas voulu dire en secret et dans l'obscure caverne où il était enfermé.

2. Élévation de Joseph. Premier voyage de ses frères en Egypte. [Gen. c. l\\ et l\i.)

Deux ans se passèrent depuis que l'éclianson eut ete rétabli, après lesquels Pharaon eut deux songes en une même nuit. Dans l'un 'il vit sept vaches grasses qui sortaient du Nil , et qui furent dévorées par sept autres vaches maigres sorties après elles du fleuve. Dans le second il vit sept épis pleins , qui furent aussi dévorés par sept autres épis fort maigres. Aucun des sages d'Egypte n'ayant pu expliquer ces songes, l'éclianson se souvint de Joseph et en parla au roi , qui le fit aussitôt sortir de prison et lui raconta ses songes. Joseph répondit que les sept vaches grasses et les sept épis pleins signifiaient sept années d'abondance; et que les vaches et les épis maigres marquaient sept années de stérilité et de famine, qui viendraient ensuite. Il conseilla au roi d'établir un homme sage et habile qui eût soin, pendant les sept années d'abondance , de faire serrer une partie des grains dans des greniers publics, afin que l'Egypte y trouvât une ressource pendant la stérilité. Ce conseil plut à Pharaon, et il dit à Joseph : C'est vous-même que j'établis aujourd'hui pour commander à toute l'Egypte : tout le monde vous obéira , et il n'y aura que moi au-dessus de vous. En même temps il ôta son anneau1 de son doigt , et le mit au doigt de Joseph : il le fit monter

1 Le sceau du prince était à cet anneau.

sur son second char, et fit crier par un héraut qui' tout le monde fléchît le genou devant lui. Il changea aussi son nom, et lui en donna un qui signifiait Sauveur du Monde.

Les sept années d'abondance arrivèrent comme Joseph l'avait prédit. Pendant ce temps , il fit mettre en réserve une grande quantité de blé dans les greniers du roi. La stérilité vint ensuite, et la famine était dans tous les pays : mais il y avait du blé en Egypte. Le peuple , pressé de la faim , demanda à Pharaon de quoi vivre. Il leur dit : Allez à Joseph, et faites tout ce qu'il vous dira. Joseph donc , ouvrant tous les greniers, vendait du blé aux Égyptiens et aux autres peuples.

Jacob, l'ayant appris, commanda à ses enfants d'y aller. Ils partirent au nombre de dix; car Jacob avait retenu Benjamin auprès de lui , de peur qu'il ne lui arrivât quelque accident dans le chemin. Etant arrivés en Egypte, ils parurent devant Joseph et l'adorèrent. Joseph les reconnut d'abord; et, en les voyant prosternés devant lui, il se souvint des songes qu'il avait eus autrefois : mais il ne se fit point connaître à eux. Il leur parla même fort durement , et les traita d'espions qui venaient pour examiner le pays. Ils lui repartirent : Seigneur, nous sommes venus ici pour acheter du blé. Nous sommes douze frères, tous enfants d'un même homme, qui demeure dans le pays de Canaan. Le dernier de tous est demeuré avec notre père, et l'autre n'est plus au inonde. Hé bien, reprit Joseph , je m'en vais éprouver si vous dites la vérité. Envoyez l'un de vous pour amener ici le plus jeune de vos frères ; et cependant les autres demeureront

en prison. Il se contenta néanmoins d'en retenir un seul. Pénétrés de frayeur et de regret, ils se disaient l'un à l'autre en leur langue : C'est avec justice que nous souffrons tout ceci , parce que nous avons péché contre notre frère. Nous le voyions accablé de douleur lorsqu'il nous priait d'avoir pitié de lui ; mais nous ne voulûmes pas l'écouter. C'est pour cela que ce malheur nous est arrivé. Ruben, l'un d'entre eux, leur disait : Ne vous le di^-je pas alors, de ne point commettre un si grand crime contre cet enfant ? cependant vous ne m'écoutâtes point. C'est son sang maintenant que Dieu vous redemande. Joseph, qui les entendait sans qu'ils le sussent, ne put retenir ses larmes. Il se retira pour un moment, et revint ensuite leur parler. Alors il fit prendre Siméon, et le fit lier devant eux : puis il commanda secrètement à ses officiel» de remettre leur argent dans leurs sacs. Ils partirent donc avec leurs ânes chargés de blé.

REFLEXIONS

D. Pourquoi Dieu laissa-t-il Joseph en prison pendant plusieurs années sans paraître se souvenir de lui?

R. Ce terme , si long quand on est captif, était nécessaire pour affermir Joseph dans l'humilité, dans la soumission aux ordres de Dieu, et dans la patience. Il nous eût attendris, si nous l'eussions vu dans les fers, et que nous eussions connu son innocence. Mais Dieu, qui avait pour lui une compassion infiniment plus indulgente et plus tendre , le laissait dans un état d'où nous aurions voulu le tirer. Il connaissait ce qui manquait à sa vertu; il savait combien devaient durer

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les remèdes nécessaires à sa santé; il découvrait dans l'avenir ses tentations et ses périls, et lui préparait dans les liens le secours et la force dont il aurait besoin dans son élévation. C'est ainsi qu'il en use pour les élus, dorit il veut, avant tout, affermir la patience et l'humilité, et qu'il n'expose à la tentation qu'après les y avoir long-temps préparés.

D. Comment Pharaon se détermine -t-il si aisément à choisir pour premier ministre Joseph, et à revêtir de l'autorité souveraine un étranger et un inconnu ?

R. C'est une grâce pour toute une nation, qu'une salutaire pensée inspirée à un prince. Lorsque Joseph parlait aux oreilles de Pharaon , Dieu l'instruisait en secret. Il le rendait attentif aux sages avis et à la rare prudence d'un étranger et d'un captif; et il le délivrait de tous les préjugés qui empêchent si souvent les personnes constituées en dignité de se rendre dociles à la lumière , et d'avouer qu'on en peut avoir une supérieure à la leur. Il lui faisait comprendre qu'une sagesse purement humaine exécuterait mal ce qui lui était conseillé par une sagesse divine, et qu'il cherche- . rait inutilement un autre ministre que celui que Dieu avait choisi. Ou pourrions-nous , dit ce prince sensé, oeu.41 3$. trouver un homme comme celui-ci, quijùt aussi rempli qu'il l'est de l'esprit de Dieu ?

En parlant ainsi, il ruinait par le fondement toutes les erreurs d'une fausse politique , qui regarde la vertu et la religion comme peu propres au gouyernemenl des états, et qui se trouve perpétuellement gênée dans ses vues et ses projets par une exacte probité. Un roi infidèle couvre d'une éternelle honte celte folle impiété. Il est persuadé que, plus on a l'esprit de Dieu, Tome \ M II. Tr. des Étud. IO

1 4<3 r i! \ i T i: i>ns étudi: s.

plus on est capable de conduire un royaume. Et la moindre attention suffit pour découvrir que la maxime opposée est l'effet du renversement de l'esprit humain. D. Que faut-il penser de la gloire de Joseph, élevé presque jusque sur le trône ?

H. Le Saint-Esprit nous apprend, dans un autre livre, que les calomnies dont on avait noirci la réputation de Joseph furent alors pleinement dissipées, et que la honte du mensonge retomba sur ceux qui en Cap. 10-14. avaient été les auteurs. Mendaces ostendit qui maculaverunt illum, et dédit Mi elaritatem œternam. Ainsi toute la pompe dont il était environné était le triomphe de la vertu. C'était elle qui était montrée à tous les peuples. C'était elle qui était, élevée sur un char magnifique, d'où elle apprenait aux justes de tous les siècles à ne tomber jamais dans le découragement, et à conserver une patience invincible. C'était devant elle que tout le monde fléchissait le genou ; et Joseph était le héraut qui y exhortait tous les hommes, dans le temps que le héraut qui marchait devant lui exigeait cette marque extérieure de respect pour le premier ministre de Pharaon.

D. Les songes de Joseph, à l'égard de ses frères, furent-ils accomplis ?

Gen.42,6. R- On Ie reconnaît clairement quand on les voit tous prosternés aux pieds de Joseph : Quiimque adorassent eumfratres sui. Voilà ce qu'ils avaient tant appréhendé , ne sachant pas l'intérêt qu'ils avaient à le reconnaître pour maître. Plus ils se sont efforcés de l'éloigner , et de s'en rendre indépendants , plus ils ont contribué à l'établir sur leurs têtes. Ils n'ont pas voulu l'adorer quand ils l'avaient dans leur famille; ils le vont

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chercher en Egypte pour se prosterner à ses pieds: ils l'ont renoncé, et lui ont voulu ôter la vie, quand son père l'a envoyé vers eux; ils sont contraints de paraître devant lui, après une espèce de résurrection, pleins de crainte et de tremblement: ils l'adorent après l'Egypte et les autres nations, dont ils suivent enfin l'exemple, et ils ne craignent que d'en être rejetés, parce qu'ils le regardent comme le sauveur du monde; au lieu qu'ils avaient appréhendé de lui être soumis , parce qu'ils ne considéraient dans son élévation que leur propre abaissement.

D. Que nous apprennent les remords des frères de Joseph au sujet du traitement qu'ils lui avaient fait souffrir ? •

R. On voit dans les reproches qu'ils se font à euxmêmes, et la force de la conscience, et le fruit de la sainte éducation donnée par Jacob à sa famille, qui n'a pas toujours été fidèle à la lumière, mais qui ne s'est point efforcée de l'éteindre, et qui a respecté la loi qui condamnait ses actions. C'est justement, se di- Gen. 42 sent-ils l'un à l'autre, que nous soiiffrons tout ceci y ■ parce que nous avons péché contre notre frère. Les hommes n'effaceront jamais de leur cœur le sentiment que Dieu y a imprimé de sa présence et de sa justice. Ils ne réussiront jamais à se persuader que le crime n'est rien , ou qu'il n'a pas été vu , ou qu'il demeurera impuni. Ils seront quelquefois rassurés par la patience et par le silence de leur juge, ou par la multitude de leurs complices; mais, lorsque la vengeance commencera à éclater, ils seront les premiers à avouer qu'ils l'ont méritée, et leurs complices ne leur paraîtront

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