Armée des Assyriens détruite par l'ange exterminateur
La manière courte et simple dont les livres historiques racontent un événement si merveilleux est véritablement digne de la grandeur de Dieu : Celte même nuit, l'ange du Seigneur vint dans le camp des Assyriens, et y tua cent quatre-vingt-cinq mille hommes. Qu'en coûte-t-il à Dieu pour abattre l'orgueil d'un prince si fier, pour faire périr tant d'officiers si braves, pour exterminer une armée si nombreuse et si formidable? un souffle. Et il l'avait dit lui-même: Je lui enverrai un soujjle , et il retournera dans son pays.
Mais la sublime grandeur qui paraît dans le style du prophète qui a prédit toutes les circonstances de ce grand événement n'est pas moins digne de la majesté du Dieu qui fait ici éclater sa toute- puissance d'une manière si merveilleuse. Que de nobles idées ne nous présentent point les expressions d'isaïe! Lorsque tout Is. 29,5-8. paraît désespéré, Je changerai en un instant la face de toutes choses, dit le Seigneur : Eritque repente confestun. Quand les ennemis de Jérusalem , qui ignorent
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que c'est moi qui les ai mandés, s'en regarderont comme les maîtres, je les réduirai en poudre dans une seuil- nuit. J'écarterai le reste , comme- un tourbillon dissipe une poussière légère. Au réveil on ne trouvera pas un seul général ni un seul officier qui paraisse avec sa troupe; et la confiance qu'ils avaient que Jérusalem était à eux, sera semblable à l'imagination d'un homme affamé qui songe en dormant qu'il mange, et qui en s'éveillant ne trouve rien. Sicut sommât esuriens , et comedil : quum autemfuerit expergefactus , vacua est anima ejus.
C'est l'orgueil insensé de Sennachérib, ce sont ses blasphèmes impies, qui réveillent le Seigneur qui paraissait comme endormi. Et l'on comprend alors toute
isai. 33, io. la force et toute l'énergie de ces paroles : Nunc consurgam; nunc exalta bo r ; nunc sublevabor r. C'est du trône et du sanctuaire que Dieu a sur la montagne de Sion, que sortent les éclairs et le bruit effrayant du tonnerre; c'est de l'autel même qu'il a dans Jérusalem, de ce brasier sacré où brûle à sa gloire un feu perpétuel , que sortent les flammes vengeresses qui dévo-
id.3i,8etg. rent ses ennemis. Hœc clicit Dominus , cujus ignis est in Sion, et caminus ejus in Jérusalem.
id.3o,3o-52. En effet, selon Isaïe, le massacre étonnant d'une armée entière immolée à la juste vengeance d'un Dieu jaloux qu'on avait outragé si indignement, fut pour lui comme un sacrifice public et solennel. La main de Dieu, dit ce prophète, frappera tout, écrasera tout, n'épargnera rien. Le bruit effroyable de son tonnerre
1 La traduction française diini- du nunc. « Je me lèverai maintenant, nue beaucoup la vivacité de cet en- « je signalerai ma grandeur , je ferai droit , et ne rend pas la répétition « éclater ma puissance. »
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sera pour lui et pour ses serviteurs, dont il prendra la défense, comme un concert agréable de tambours, de harpes, et d'autres instruments de musique, qui accompagnent dans les grandes fêtes l'oblation des sacrifices; et les Assyriens sacrifiés à sa vengeance seront pour lui comme une victime solennelle. Auditant faciet Dominus gloriam vocis suce, et terrorem brachii sut ostendet in coinniinatione furoris , et flamma ignis devorantis : cdlidet in turbine et in lapide grandiras. A voce enini Domini pavebit Assur, virgâ pevcussus. lu cri t transit us virgœ fundatus , quant rcquiescere faciet Dominus super eum in tjinpanis et cytharis; et in bellis prœcipuis expugnabit eos. Le terme original est propre aux sacrifices. On peut traduire ainsi : Et bellis, ou certanune, quod sacrificio solemni simile cril, expugnabit eos.
6. Raisons de la patience de Dieu à souffrir Sennachérib , et de sa lenteur à délivrer Jérusalem.
Personne ne connaît les desseins do Dieu avant qu'ils soient exécutés; et„lorsqu'ils s'accomplissent, on ne sait où se termineront mille événements dont on ne voit ni les liaisons, ni les usages, ni les motifs, et qui paraissent devoir entraîner une ruine universelle.
Dès que les maux publies commencèrent à se taire sentir, au temps d'Ézeçhias, ils parurent extrêmes. Lorsque toute la campagne fut ruinée, et toutes les villes détruites, on regarda ces malheurs comme ne laissant plus aucune ressource, et comme n'étanl plus capables de remèdes. Mais , quand Jérusalem vit la formidable armée des Assyriens à sis portes, qu'elle
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se vit désolée au-dedans par la famine et la pcsie, et sans espérance du côté des hommes après rentière défaite des Egyptiens venus à son secours, alors il parut de la folie à attendre quelque protection miraculeuse, puisque Dieu lui -même s'opposait à tous les moyens, et se déclarait en tout pour les ennemis.
Une faible foi ne peut soutenir une si longue épreuve ; et ceux qui en eurent une plus ferme et plus persévérante s'étonnèrent de la lenteur avec laquelle Dieu accomplissait ses promesses , et de la patience avec laquelle il souffrait que tout pérît et ne fût presque plus en état de profiter de son secours. Mais ce n'est point à l'argile à juger du temps qu'on emploie à la figurer. Ce ne sont point les premiers coups de ciseau qui polissent une pierre , ou qui en forment une belle statue : et ce n'est point un feu médiocre , ou pour la durée , ou pour l'activité, qui fond l'or et qui le purifie. Dieu est attentif à sa sagesse et à sa miséricorde, et non aux pensées des liommes , quand il fait son ouvrage. Il ne le laisse point imparfait, pour se mesurer sur leurs vues bornées , ou sur leur impatience ; et il continue dans son dessein, sans mépriser néanmoins les gémissements et les larmes de ses serviteurs, jusqu'à ce que tout ce qu'il a résolu soit accompli.
Alors il fait cesser tout l'appareil , tous les mouvements, tous les ressorts, dont il s'était servi pour achever son ouvrage. Il arrête les mains qu'il conduisait; il suspend l'action des instruments devenus inutiles; il ne permet plus que le ciseau entame une figure dont tous les traits sont finis; et il brise beaucoup de choses qui n'ont été employées que pour un temps.
C'est ainsi que Dieu en usa à l'égard de Sennaehérib.
Il sciait servi de lui comme d'un instrument pour corriger son peuple et pour purifier Jérusalem. Après qu'il eut réduit cette ville à un petit nombre de justes profondément humiliés sous sa main, pour-lors il songea à punir les blasphèmes de ce prince, que l'orgueil avait conduit à l'impiété. Lorsque le Seigneur aura Isai. 10, 12. accompli toutes ses œuvres sur la montagne de Sion et dans Jérusalem , je visiterai, dit -il, cette fierté du cœur insolent du roi dAssur, et cette gloire de ses yeux altiers.