Jérusalem délivrée , figure de l'Église
Le principal fruit qu'on doit tirer de cette histoire est de comparer ce qui arrive ici à Jérusalem avec ce qui est arrivé à l'Eglise dans tous les temps; d'y voir ses périls, ses ressources, et la promesse d'une victoire assurée sur tous ses ennemis. Un verset du psaume 47, qui certainement est prophétique , et regarde cet événement, peut nous aider à faire cette comparaison : Faites le tour de Sion , examinez son encei/ite -.faites le dénombrement de ses tours. C'est le prophète qui parle au nom du prince et des chefs du peuple , qui , après une délivrance si subite et si miraculeuse, exhortent ce qui reste de citoyens à faire le tour au-dehors et au - dedans de Jérusalem , pour être témoins euxmêmes du bon état où sont ses fortifications. Voyez, leur diserit-ils, si les ennemis y ont fait mie seule brèche, s'ils en ont abattu une seule tour, s'ils peuvent se vanter d'avoir prévalu en quelque chose sur la vigilance et sur la force de celui qui en est le protecteur : Circumdate Sion r , et circuite eam ; numerate turres ejus.
L'Eglise, depuis sa naissance, a été souvent attaquée,
1 « C'est ainsi que S. Jéroine a traduit ce verset.
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assiégée tic toutes parts, près de périr selon les apparences. Mais tous ses ennemis ont eu le sort de Sennachérib;et, après beaucoup d'agitations et de craintes, sa foi est demeurée toujours pure, sa doctrine a prévalu sur toutes les erreurs, ses fondements n'ont pas été ébranlés j et l'on n'a pu remarquer qu'elle ail fait aucune perte, ni qu'on l'ait obligée -d'abandonner aucun de ses dogmes, ou de se départir de l'ancienne tradition qui lui sert de rempart contre les nouveaux ennemis qui se succèdent les uns aux autres.
Il en sera ainsi dans tous les siècles; et ce sera un égal malheur, ou d'attaquer l'Eglise, ou de désespérer de la protection de Dieu sur elle, et de croire qu'il ait besoin du secours des hommes pour la défendre. Tous ceux qui pensèrent ainsi de Jérusalem périrent : mais la foi de ceux qui attendirent le secours de Dieu, et qui ne doutèrent point de ses promesses, les sauva cl les enrichit des dépouilles de leurs ennemis.
ARTICLE III
• Prophéties.
On peut distinguer deux sortes de prophéties.
Les unes sont purement spirituelles, et ne regardent que Jésus -Christ ou l'Eglise. Telle est la première el la plus ancienne de toutes, où Dieu, après le péché du premier homme, maudit le serpent, et déclara que de Ceu.3,i5. la femme naîtrait celui qui lui écraserait la tête; c'esta-djre le Sauveur du monde, qui viendrait un joui' détruire la puissance du démon. Telles sont ;iussi , celle de Jacob, qui désigne le temps où le Messie doil venir; n , : ;,,, ,„
IHI TRAITi; J)KS ÉTUDES.
et celle de Daniel, qui marque dans un détail merveilleux le temps où ce même Messie sera mis à mort, et les suites de cette mort.
Il va une an Ire espèce de prophéties, qu'on peut appeler historiques , qui prédisent des événements temporels, lesquels, pour l'ordinaire, sont eux-mêmes une prédiction et une figure d'autres événements plus importants et spirituels. On en a vu plusieurs de cette sorte dans l'histoire de Sennachérib, dont le prophète Isaïe avait marqué, long-temps auparavant, un grand nombre de circonstances, qui ne se trouvent point dans les livres historiques. On a, dans le même prophète, une autre prophétie fort célèbre, qui regarde la prise de Babylone par Cyrus, désigné par son nom deux cents ans avant sa naissance, et qui prédit la délivrance du peuple juif. Il est aisé de voir que ces deux grands événements, qui renferment presque toutes les prophéties d'Isaïe , la délivrance miraculeuse de Jérusalem sous le saint roi Ezéchias, et la prise de Babylone, suivie de la liberté des Juifs qui y étaient retenus captifs , étaient la figure et le gage d'autres événements qui ont rapport à la religion.
On pourrait rapporter à une troisième espèce de prophéties celle que je vais exposer, dont une partie est purement historique , et l'autre purement spirituelle. C'est la célèbre prédiction de Daniel au sujet de la statue composée de différents métaux. Je la choisis préférablement aux autres, parce qu'elle a un rapport particulier à l'histoire profane, dont je dois bientôt parler.
Prophétie de Daniel au sujet de la statue composée de différents métaux.
Lorsque Daniel était encore fort jeune, le roi de Babylone eut un songe mystérieux dont il perdit l'idée distincte, et conserva néanmoins un souvenir confus qui l'inquiétait: il voulut que tous ceux qui passaient pour habiles lui dissent ce qu'il avait oublié et lui en donnassent l'explication, les condamnant tous à mourir s'ils ne le faisaient. Daniel, qui était compris dans cet ordre général, se mit en prière avec trois jeunes Hébreux qui couraient avec lui le même danger; et il apprit, par une révélation divine l, ce qu'il ne pouvait savoir par aucune voie naturelle; et tous les sages de Babylone étaient convenus que tout autre moyen était impossible 2.
« Voici donc, 6 roi, lui dit Daniel, ce que vous « avez vu. Il vous a paru comme une grande statue. « Cette statue, grande et haute extraordinairement, se « tenait debout devant vous, et son regard était ef- « froyable. La tête en était d'un or très- pur; la poi- « trine et les bras étaient d'argent; le ventre et les « cuisses étaient d'airain; les jambes étaient de fer; et « une partie des pieds était de fer, et l'autre d'argile. « Vous étiez attentif à cette vision, lorsqu'une pierre, a d'elle-même , et sans la main d'aucun homme, se dé- « tacha de la montagne , et que , frappant la statue
'«Tune Danieli mysterium per 2 «Nec reperietnr quisquam qui
nrionem nocte revelatum «'st. » indicet sennoneni in conspectu re-
(Dan. c. ■>. , v. f<).) gis, excepiis diifl , quorum non est
« Est DéuB in COelo révélant nty- cumhoiLiinil»us<.'onvris;iUo.»(v.l I.) steria. » (v. 28.)
1^4 in * ' n m;s études.
« dans ses pieds de 1er cl d'argile, elle les mit en pièces. « Alors le fer, l'argile, (airain, l'argent et l'or, se bria seront tout ensemble, el devinrent comme la paille « menue et légère que le vont emporte hors de l'aire « pendant Télé, et ils disparurent sans qu'il s'en trou- « vât plus rien en aucun lieu; mais la pierre qui avait « frappé la statue devint une grande montagne qui « remplit toute la terre. »
A cette première révélation Daniel ajouta l'explication du songe. « C'est vous , dit - il au roi , qui êtes « la tête d'or. Il s'élèvera après vous un autre royaume « moindre que le votre, qui sera d'argent; et ensuite « un troisième royaume qui sera d'airain , et qui coince mandera à toute la terre. Le quatrième royaume sera « comme le fer; il brisera et réduira tout en poudre, ce comme le fer brise et dompte toutes choses. » Il explique ensuite ce que signifiaient les pieds, partie de fer et partie d'argile, et continue ainsi : ce Dans le temps ce de ces royaumes, le Dieu du ciel suscitera un royaume ce qui ne sera jamais détruit; un royaume qui ne passera ce point dans un autre peuple; qui renversera et qui ce réduira en poudre tous ces royaumes , et qui subsisce tera éternellement. »
Cette prophétie de Daniel renferme deux parties, et peut paraître mêlée d'historique et de spirituel. Dans la première il désigne clairement les quatre grandes monarchies , savoir : des Babyloniens, dont Nabuchodonosor était actuellement le roi; des Perses et Mèdes; des Grecs et Macédoniens ; des Romains : et l'ordre seul de leur succession en est une preuve. Dans la seconde il décrit en termes magnifiques le règne de .lésus-Christ, c'est-à-dire de l'Église, qui doit survivre
a la ruine de tous les autres, et subsister pendant toute l'éternité.
Combien un maître chrétien est -il attentif à faire sentir aux jeunes gens, dans ces sortes de prophéties, la preuve évidente de la vérité de la religion! Car où Daniel voyait -il cette succession et cet ordre des différentes monarchies? Qui lui découvrait le changement des empires *, sinon celui qui en est le maître aussi-bien que des temps, qui a tout réglé par ses décrets, et qui en donne la connaissance à qui il lui plaît par une lumière surnaturelle?
Comme on se propose d'instruire aussi les jeunes gens de l'histoire profane, on ne manque pas, à l'occasion de la prophétie dont je viens de parler, de leur faire observer que le même prophète désigne encore c. :. dans un autre endroit les quatre grands empires sous la figure de quatre bêtes; et l'pn insiste beaucoup sur une autre prédiction rapportée dans le chapitre suivant, qui regarde Alexandre-le-Grand, et qui est l'une c. 8. des plus claires et des plus circonstanciées qui se trouvent dans l'Ecriture sainte.
Le prophète, après avoir marqué la monarchie des Perses et celle des Macédoniens sous la figure de deux bêtes2, s'explique ainsi clairement :« Le bélier qui « a deux cornes inégales3 représente le roi des Mèdes
1 « Ipse mutât tempora et aetates : Quumque appropinquâsset prope
transfert régna atque constituît. [pse arictem, efleratus est in eurti. Quum-
revelat profunda et abscondita : et que misisset in terrain, conculca
lux. cuiu eo est. » (Dan. ?., 21 , 22.) vit. » (Id. 8 , i , etc. )
7 «Ecceariesunus babens cornua 3 «Arîesqaem vidisti babere cori
excelsa, et iinum excelsius altero. . . nua , rex Mednrmu est àtque lVrsa-
Eccc autem bircus caprarum venîe- rum. Hircus caprarum , rex Graeço-
liat ab occidente super faciem totius rum <">t ; et cornu grande, i pse est
terrae, et non tangebat terram... rex primus. » r Id. il>id. v.2oet 21.)
« et des Perses. Le bouc qui le renverse et le foule « aux pieds est le roi des Grecs; et la grande corne « que cet animal a sur le front représente le premier « auteur de cette monarchie. »
Que peut opposer l'incrédulité la plus opiniâtre à une prophétie si expresse et si évidente ? Par quel moyen Daniel a-t-il vu que l'empire des Perses serait détruit par celui des Grecs, ce qui était contre toute vraisemblance? Comment a-t-il vu la rapidité des conquêtes d'Alexandre , qu'il marque si dignement en disant qu'il ne touchait pas la terre? Non tangebat terrain. Comment a-t-il vu qu'Alexandre n'aurait point de fils qui lui succédât * ; que son empire se démembrerait en quatre principaux royaumes; que ses successeurs seraient de sa nation , et non de son sang ; et qu'il y aurait, dans les débris d'une monarchie formée en si peu de temps, de quoi composer des états , dont les uns seraient à l'orient , les autres au couchant ; les uns au midi , et les autres au septen-
tnon.
En expliquant cette prophétie aux jeunes gens, on ne doit pas oublier de leur faire remarquer ce que dit l'bistorien Josèphe à l'occasion de l'entrée d'Alexandre jos.Hist. à Jérusalem. Ce prince s'avançait vers cette ville plein 1. n,c.8. de colère contre les Juifs, qui étaient demeurés fidèles à Darius. Le grand -prêtre Jaddus , en conséquence d'une révélation qu'il avait eue, s'était avancé , revêtu
1 « Surget rex fortis , et domina- doniinatus est. » (Dan. ii, 3 , 4, etc.) hitur potestate inultà. . . et regnum «Quatuor reges de gente ejus
ejus dividetur in quatuor ventos consurgent , sed non in fortitudiiie
cœli , sed non in posteros ejus , ne- ejus. » ( Id. 8 , 22. ) que secundùin potentiam illius qui
TRAITÉ DES ÉTUDES. jnn
île ses habits pontificaux, au-devant d'Alexandre, avec tous les autres prêtres, revêtus aussi de leurs habits de cérémonie, et tous les lévites vêtus de blanc. Dès qu'Alexandre l'eut aperçu, il se prosterna devant lui, et adora le Dieu dont il était le ministre et dont il portait le nom respectable sur son front. Et, comme un spectacle si inopiné avait jeté tout le monde dans l'étonnement, le roi déclara que le Dieu des Juifs , étant apparu à lui en Macédoine sous le même habit que portait son grand-prêtre, lui avait dit de passer hardiment le détroit de l'Hellespont, et l'avait assuré qu'il serait à la tête de son armée et lui ferait conquérir l'empire des Perses. Alexandre , environné des prêtres , entra à Jérusalem , monta au temple , et offrit des sacrifices à Dieu en la manière que le grand sacrificateur lui dit qu'il le devait faire. Ce souverain pontife lui fit voir ensuite le livre de Daniel, dans lequel il était écrit qu'un prince grec détruirait l'empire des Perses; ce qui causa une joie infinie à Alexandre. Quand il n'y aurait qu'un simple motif de curiosité, une histoire si agréable et si variée, des prophéties si évidentes et si surprenantes, ne méritent-elles pas bien d'être rapportées aux jeunes gens ? Mais quel fruit ne leur en peut- on pas faire recueillir, par rapport à la religion, en leur faisant observer l'enchaînement merveilleux que Dieu a mis entre les différentes prédictions des prophètes, dont les unes, comme je l'ai déjà remarqué, servaient a autoriser les autres, et formaient toutes ensemble un degré d'évidence et de conviction auquel on ne peut rien ajouter. C'est la réflexion par où je terminerai cet article qui regarde les prophéties.