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des hommes nourris au milieu de tant de préceptes et d'exemples vivants ne devinssent pas vertueux, comme des païens peuvent Terre. Ce lui pour conserver en eux cette heureuse habitude que Lycurgue ne permit pas à toutes sortes de personnes de voyager, de peur qu'elles ne rapportassent des mœurs étrangères et des coutumes licencieuses qui leur auraient bientôt inspiré du dégoût pour la vie et pour les maximes de Lacédémone. Il chassa aussi de sa ville tous les étrangers qui n'y venaient pour rien d'utile ni de profitable, et que la curiosité seule y attirait; craignant que chacun n'y fît entrer avec lui les défauts et les vices de son pays, et persuadé qu'il était plus important et plus nécessaire de fermer les portes des villes aux mœurs corrompues qu'aux malades et aux pestiférés.
A proprement parler, le métier et l'exercice des Lacédémoniens était la guerre. Tout tendait, là chez eux; tout respirait les armes. Leur vie était bien plus douce à l'armée qu'à la ville; et il n'y avait qu'eux au inonde à qui la guerre fût un temps de repos et de rafraîchissement, parce qu'alors les liens de cette discipline dure et austère qui régnait à Sparte étaient un peu relâches et qu'on leur laissait plus de liberté. Chez eux , la première loi de la guerre et la plus inviolable, comme Herod. i. 7. Démarate le déclara à Xerxès , était de ne jamais prendre la fuite , quelque supérieure en nombre que pût être l'armée des ennemis; de ne jamais quitter son poste ; de ne point livrer ses armes ; en un mot , de vaincre ou de mourir. De là vient qu'une mère ' re-
1 ÂXatj ^pocava^i^oùeya tu irat^l (Plut, de Virtut. millier.) On rap- TTiv àGTCt^a , xal irapa*E>.E'jouivYi , portait quelquefois sur leurs bou- TÉjwgv ( l'çn ), T] ràv j ri roi ràç. cliers ceux qui avaient été tués.
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commandait à son fils, qui partait pour une campagne, de revenir avec son bouclier ou sur son bouclier; et qu'une autre , apprenant <jue son fils était mort dans le combat en détendant sa patrie, répondit froidement: Je neV avais mis au monde que pour cela. Cette dispo- cic. Tus< silion était commune parmi les Lacédémoniens. Après v ',]\,,,' ' la fameuse bataille de Leuctres, qui leur fut si funeste , p' VJ ' '' les pères et les mères de ceux qui étaient morts en combattant se félicitaient les uns les autres, et allaient dans les temples remercier les dieux de ce que huis enfants avaient fait leur devoir, au lieu que les parents de ceux qui avaient survécu à eette défaite étaient inconsolables. A Sparte, ceux qui avaient pris la fuite dans un combat étaient diffamés pour toujours. Non -seulement on les excluait de toutes sortes de ebarges et d'emplois, des assemblées, des spectacles; mais c'était encore une boule de leur donner sa fille en mariage ou de recevoir une fille d'eux, et on leur faisait impunément mille outrages en public.
Ils n'allaient au combat qu'après avoir imploré le secours des dieux par des sacrifices et des prières publiques ; et pour-lois ils marchaient à l'ennemi pleins de confiance, comme étant assurés de la protection divine, et, pour me servir de l'expression de Plutarque, comme si Dieu était présent et combattait avec eux :
Quand ils avaient rompu et mis en fuite leurs ennemis, ils ne les poursuivaient qu'autant qu'il le fallait pour s'assurer la victoire; après quoi ils se retiraient, estimant qu'il n'était ni glorieux ni digne de la Grèce de tailler en pièces des gens qui cèdenl cl qui se retirent. El cela ne leur était pas moins utile qu'bono-
i()b' TRA ITK I) ES ET II) ES.
rabie; car leurs ennemis, sachant que tout ce qui résistait était passé au fil de l'épée , et qu'ils ne pardonnaient qu'aux fuyards, préféraient ordinairement la fuite à la résistance.
Quand les premiers établissements de Lycurgue furent reçus et confirmés par l'usage, et que la forme de gouvernement qu'il avait établie parut assez forte et assez vigoureuse pour se maintenir d'elle-même et pour se conserver : comme Platon 1 dit de Dieu qu'après avoir aebevé de créer le monde, il se réjouit lorsqu'il le vit tourner et faire ses premiers mouvements avec tant de justesse et d'harmonie ; ainsi ce sage législateur , charmé de la grandeur et de la beauté de ses lois , sentit un redoublement de plaisir quand il les vit, pour ainsi dire, marcher seules et cheminer si heureusement.
Mais désirant, autant que cela dépendait de la prudence humaine, de les rendre immortelles et immuables , il fit entendre au peuple qu'il lui restait encore un point, le plus important et le plus essentiel de tous, sur lequel il voulait consulter l'oracle d'Apollon; et, en attendant, il les fit tous jurer que, jusqu'à ce qu'il fût de retour , ils maintiendraient la forme de gouvernement qu'il avait établie. Quand il fut arrivé à Delphes, il consulta le dieu pour savoir si ses lois étaient bonnes et suffisantes pour rendre les Spartiates heureux et vertueux. Apollon lui répondit qu'il ne manquait rien à ses lois, et que, tant que Sparte les observerait, elle
' Ce passage de Platon est dans inonde : Vidit Dcus cuncta quœ fece-
le Timée , et donne lieu de croire rat, et erant valdè bona. (Gen. i ,
que ce philosophe avait lu ce que 3i.) Moïse dit de Dieu quand il créa le
trahi; des études. 299
serait la plus glorieuse ville du monde, et jouirait d'une parfaite félicitée Lycurgue envoya cette réponse à Sparte; et , croyant son ministère consommé, il mourut volontairement à Delphes en s'abstenant de manger. Il était persuadé que la mort même des grands personnages et des hommes d'état ne doit pas être oisive ni inutile à la république, mais une suite de leur ministère, une de leurs plus importantes actions , et celle qui leur doit faire autant ou plus d'honneur que toutes les autres. Il crut donc qu'en mourant de la sorte il mettait le sceau et le comble à tous les services qu'il avait rendus pendant sa vie à ses concitoyens , puisque sa mort les obligerait à garder toujours ses ordonnances, qu'ils avaient juré d'observer inviolablement jusqu'à son retour.
C'était une chose commune chez les païens de croire qu'on était, maître de se donner la mort quand on le voulait.
RÉFLEXIONS