‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 5)Chapitre 45 sur 82 · tï,v Trai'iV.av vi%: u.ùizvi eùireiSeta · texte numérisé non relu

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Le vol non-seulement n'était point interdit parmi ces jeunes gens, niais leur était commandé : j'entends le vol d'une certaine espèce, lequel, à proprement parler , n'en avait que le nom ; et j'expliquerai dans mes réflexions les raisons et les vues de Lycurgue pour le permettre. Ils se glissaient le plus finement et le plus subtilement qu'ils pouvaient dans les jardins et dans les salles à manger, pour y dérober des herbes ou de la viande; et, s'ils étaient découverts, on les punissait pour avoir manqué d'adresse. On raconte qu'un d'eux, ayant pris un petit renard, le cacha sous sa robe, et souffrit, sans jeter un seul cri, qu'il lui déchirât le ventre avec les ongles et les dents , jusqu'à ce qu'il tomba mort sur la place.

La patience et la fermeté des jeunes Lacédémoniens éclataient sur-tout dans une fête qu'on célébrait en l'honneur de Diane surnommée Orlhïa, où les enfants x , sous les yeux de leurs parents et en présence de toute la ville , se laissaient fouetter jusqu'au sang sur l'autel de cette inhumaine déesse, et quelquefois même expiraient sous les coups, sans pousser aucun eri, ni même aucun soupir. Et c'étaient leurs pères mêmes 2 qui , les voyant tout couverts de sang et de blessures et près d'expirer, les exhortaient à persévérer constamment jusqu'à la fin. Plutarque nous assure qu'il avait vu de ses propres yeux plusieurs en-

1 « Spart» pueri ad aram sic ver- lib. i , n. 34.)

beribus accipiuntur , ut multus e vi- a « Ipsi illos patres adbortantur, ut

sceribussanguis exeat , nonnunquam ictus flagellorum fortiter perferant,

etiam, ut quum ibi essem audiebam, et laceros ac semianimes rogant ,

ad necein : quorum non modo ne- persévèrent vulnera praebere vulne-

ino exclamavit unquam, sedne inge- ribus.» (Sen. de Provid. cap. 4. ) rnuit quidem. » ( Cic. Tusc. Quant.

TRAITÉ DES ÉTUDES. 2f)5

fants perdre la vie à ce cruel jeu. De là vient qu'Horace Lib.i,od. donne L'épitibète de patiente a la ville de Lacédémone, potiens Locedœmon; et qu'un autre auteur fail dire à un homme qui avait souffert trois bons coups de bâton sans se plaindre : Très plagas spartanâ nobililii le concoxi.

L'occupation la plus ordinaire des Lacédémoniens était la chasse et les différents exercices du corps. Il leur était défendu d'exercer aucun art mécanique. Les lloles, qui étaient une espèce d'esclaves, cultivaient leurs terres et leur en rendaient un certain revenu.

Lycurgue voulait que ses citoyens jouissent d'un grand loisir. Il y avait des salles communes où l'on s'assemblait pour la conversation. Quoiqu'elle roulât assez souvent sur des matières graves et sérieuses, elle était assaisonnée d'un sel et d'un agrément qui instruisait et corrigeait en divertissant. Ils étaient rarement seuls : on les accoutumait à vivre comme les abeilles, toujours ensemble, toujours autour de leurs chefs. L'amour de la patrie l et du bien commun était leur passion dominante. Ils ne croyaient point être à eux, mais à leur pays. Pédarète, n'ayant pas eu l'honneur d'être choisi pour un des trois cents qui avaient un certain rang distingué dans la ville, s'en retourna chez lui fort content et fort gai , disant qu'il était ravi que Sparte l 'ih trouvé trois cents hommes plus honnêtes gens que lui.

Tout inspirait à Sparte l'amour de la vertu et la haine du vice : les actions des citoyens, leurs conversations, et même les inscriptions publiques. Il était difficile que

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