‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 5)Chapitre 60 sur 82 · CINQUIEME CARACTERE DES ROMAINS · texte numérisé non relu

CINQUIEME CARACTERE DES ROMAINS

Amour de la simplicité, de la frugalité , de la pauvreté, du travail, de F agriculture.

Un des premiers soins de Numa, quand on l'eut choisi pour roi, fut d'inspirer à ses nouveaux sujets l'amour du travail, de la simplicité, de la frugalité, de la pauvreté, dont le goût et l'estime ont duré si long-temps parmi les Romains. La manière dont il était monté sur le trône lui donnait droit de recommander fortement toutes ces vertus à ses citoyens. Plut, in vita Numa était né et faisait sa résidence ordinaire à

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Cures, principale ville des Sabins, d'où les Romains, unis avec cette nation, s'appelèrent Qui rites. Porté naturellement h la vertu, il avait encore cultivé son esprit par l'étude de toutes les sciences dont son siècle était capable, et sur-tout de la philosophie. Il en mit les règles en pratique dans toute sa conduite. La campagne et la solitude faisaient ses délices. Il s'y occupait à cultiver la terre, et à étudier dans les ouvrages de la nature les merveilles de la puissance divine.

Il jouissait d'un si doux repos, lorsque les ambassadeurs des Romains vinrent lui annoncer que les deux partis qui divisaient Rome s'étaient enfin réunis à le choisir pour leur roi. Cette nouvelle le troubla, mais ne le déconcerta pas. Il leur représenta combien il était dangereux à un homme qui était heureux et content dans la vie qu'il menait , de passer brusquement à un genre de vie tout opposé. « J'ai été nourri et « élevé, leur dit-il, dans la discipline dure et austère

« des Sabins; et, hors le temps que je donne à étudier « et à connaître la Divinité, je ne m'occupe qu'à cul- « tiver la terre et à nourrir des troupeaux. Si l'on « croit voir en moi quelque chose d'estimable, ce sont « toutes qualités qui doivent m'éloigner du trône : «l'amour du repos, une vie retirée et appliquée à « l'étude, une extrême aversion de la guerre, et une « grande passion pour la paix. Me siérait-il bien, ence trant dans une ville qui ne retentit que du bruit des « armes, et qui ne respire que les combats, de vouloir « enseigner et inspirer le respect des dieux, l'amour « de la justice, la haine des violences et de la guerre « à un peuple qui semble désirer beaucoup plus un « capitaine qu'un roi ? »

Le refus de Numa ne servit qu'à redoubler les instances des Romains. Ils le prièrent et le conjurèrent de ne pas les rejeter dans une nouvelle sédition, qui aboutirait à une guerre civile, puisqu'il n'y avait que lui seul qui fut au gré des deux partis.

Quand ces ambassadeurs se furent retirés, son père et Martius son parent n'oublièrent rien pour le porter à accepter le sceptre. « Si vous n'êtes sensible, lui dite saient-ils, ni au plaisir d'amasser de grands biens « parce que vous vous contentez de peu, ni à l'ambition a de commander parce que vous jouissez d'une gloire « plus grande et plus réelle, qui est celle de la vertu, « considérez que bien régner c'est rendre à Dieu « l'hommage et le culte qui lui est le plus agréable. «C'est Dieu qui vous appelle, ne voulant pas laisser « inutile et oisif le grand fonds de justice qu'il a mis «en vous. Ne vous dérobez doue point à la royauté, « puisque c'est à un homme sage le plus vaste champ

« du monde pour faire de belles et de grandes actions. « C'est là qu'on peut servir magnifiquement les dieux, « et adoucir insensiblement l'esprit des hommes et les « plier sous le joug de la religion, car les sujets se con- « forment toujours aux mœurs de leurs princes. Les « Romains ont aimé Tatius, quoiqu'il fût étranger; et « ils ont consacré par des honneurs divins la mémoire « de Romulus, qu'ils adorent. Que sait-on si ce peuple « victorieux n'est pas las de guerres, et si, plein de « triomphes et de dépouilles, il ne désire pas un chef « plein de douceur et de justice, qui le gouverne en « paix sous de bonnes lois et sous une bonne police ? « Mais, quand il continuerait d'aimer la guerre avec la « même fureur, ne vaut-il pas mieux tourner ailleurs « cette fougue en prenant en main ses rênes, et unir « par des nœuds d'amitié et de bienveillance votre « patrie et toute la nation des Sabins avec une ville si « puissante et si florissante?»

Numa ne put résister à de si fortes et de si sages remontrances, et il se mit en marche. Le sénat et le peuple, pressés d'un merveilleux désir de le voir, sortirent de Rome et allèrent au devant de lui. L'idée qu'ils avaient conçue depuis long-temps de sa probité s'était beaucoup accrue par ce que les ambassadeurs ionys Ha- leur avaient rapporté de sa modération. Ils compre-

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liaient qu il lallait qu il y eut un grand ronds de sagesse dans un homme capable de refuser la royauté, et qui regardait avec indifférence , et même avec mépris, ce que le reste des hommes considère comme le comble de la grandeur et de la félicité humaine.

Numa conserva sur le trône les vertus qu'il y avait portées. Autant que les bienséances de son rang le

TRAITÉ DES ÉTUDES. jGt

pouvaient permettre, il vécut avec la simplicité el la modestie qu'il avait choisies dès le temps de sa vie privée. On voit en lui un modèle parfait de la royauté. Il tempère la majesté du prince par ht modération du philosophe, ou plutôt il la relève par un nouvel éclat et la rend plus aimable et plus assurée. Content de s'attirer le respect par ses qualités vraiment royales, il bannit le vain appareil de sa grandeur , qui n'impose qu'aux sens , et dont sa vertu n'avait pas besoin. Il est sans faste, sans luxe, sans gardes. Dès le premier jour de son règne il casse la cohorte que Romulus tenait toujours auprès de sa personne , en déclarant qu'il ne voulait ni se défier de ceux qui se fiaient l à lui , ni commander à des hommes qui se défieraient de lui.

11 partage entre les pauvres citoyens les terres conquises, afin de les éloigner de l'injustice par les fruits légitimes de leur travail, et afin de les porter à l'amour de la paix par les soins de l'agriculture qui en a besoin. Il arrête et il charme leur ardeur trop bouillante pour la guerre par les douceurs d'une vie tranquille et utilement occupée. Pour les attacher à la culture des terres d'une manière plus intéressante et plus fixe, il les distribue par bourgades, leur donne des inspecteurs et des surveillants , visite souvent lui-même les travaux de la campagne, juge des maîtres par l'ouvrage , élève aux emplois ceux qu'il reconnaît laborieux , appliques", industrieux , réprimande les négligents et les paresseux. Et par ces différents moyens, soutenus de son exemple, et appuyés par la persuasion, il met l'agriculture si fort en honneur, que, dans les siècles

Plut.)

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