‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 5)Chapitre 62 sur 82 · Tome XXVII. Tr. des Étud. ll · texte numérisé non relu

Tome XXVII. Tr. des Étud. ll

jnO TRAITE DES ETUDES.

la sagesse, dont elle est comme la sœur; et l'on peut avec raison la regarder comme une excellente école de simplicité l , de frugalité, de justice, et de toutes les vertus morales.

Numa, élevé dans cette école, inspira le même goûî et les mêmes sentiments, non-seulement à ses propres sujets, mais aux villes voisines, comme l'observe Plutarque dans la magnifique description qu'il nous a laissée de son règne. Car le peuple romain n'était pas le seul qui fût adouci et calmé par la justice et l'humeur pacifique de ce bon roi , mais aussi les villes des environs, dans lesquelles, comme si un doux zéphyr eût soufflé du coté de Rome, on aperçut un admirable changement de mœurs, et l'on vit succéder à la fureur de la guerre un ardent désir de vivre en paix, de cultiver la terre, d'élever tranquillement ses enfants, et de servir les dieux en repos. Dans tout le pays ce n'étaient que fêtes, que jeux, sacrifices, festins, et réjouissances de gens qui se visitaient et qui allaient les uns chez les autres, sans aucune crainte, comme si la sagesse de Numa eût été une riche source d'où la vertu et la justice eussent coulé dans l'esprit de tous les peuples, et répandu dans leur cœur la même tranquillité qui régnait dans le sien.

En effet, pendant le règne de Numa on ne vit ni guerre , ni esprit de révolte ; et l'ambition de régner ne porta personne à conspirer contre lui. Mais, soit que le respect pour son éminente vertu , ou la crainte de la Divinité, qui le protégeait si visiblement, eût désarmé le crime ; soit que le ciel , par une faveur sin-

1 «Vita rustica parcimonia; , diligentise , justitiae magistra est. «{Oral, pro Rose. Amer. n. 75.)

TRAITÉ DES ÉTUDES. 'd'J l

gulière, prit plaisir à préserver cet neureux règne <le tout attentat qui pût en souiller la gloire ou en troubler la joie, il a servi de preuve et d'exemple à cette grande vérité que Platon osa prononcer5, long-temps depuis, lojsqu'en parlant du gouvernement il dit : Les villes et les ko mines ne seront délivrés de leurs maux que lorsque , par une protection particulière des dieux , la souveraine puissance et la philosophie , se trouvant reunies dans un même homme, rendront la vertu victorieuse du vice. Car le sage n'est pas seulement heureux, mais il rend encore heureux tous ceux qui écoutent les paroles qui sortent de sa bouche. Il n'a presque jamais besoin d'en venir à la force et aux menaces pour réduire ses sujets, qui, voyant éclater la vertu dans un modèle aussi illustre et aussi exposé aux yeux qu'est la vie de leur prince, se portent naturellement à l'imiter et à mener comme lui une vie irrépréhensible et heureuse ; ce qui est le fruit le plus doux d'un sage gouvernement, comme d'un autre côté la plus solide gloire d'un prince est de pouvoir inspirer à ses sujets une si noble inclination et de les conduire à une vie si parfaite, ce que personne n'a su si bien faire que Numa.

J'ai cru devoir exposer avec quelque étendue les raisons de Numa pour refuser la couronne, les motifs qui le déterminèrent à l'accepter, les excellentes règles qu'il suivit dans son gouvernement, et la belle deserip-

' « Atque ille qiiidciii pi im < ps in- na ac sapientia collocâsscnt. Haiu

genii et doctrinae Plato , tùui tleni- conjunctionem videlicet potr.stali*.

que lort- beataa respublicas putavit. et sapientiae saluti censuil ôivitatibus

si aut docti <•! sapieutea domines esse posae. » (C.icad Quint, frat.

eas regere c^ëpissçht ; aut j qui rege- lib. i, Episi. i.) ent , oiiinc suum studium in doctri-

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tion que fait Plutarque des merveilleux effets que produisit son règne, fondé sur la justice et sur l'amour de la paix. Ce caractère est grand et presque unique dans l'histoire; et il me semble que le devoir d'un maître est de bien (aire sentir à ses disciples des^ndroits si pleins de beaux sentiments et si propres a former en même temps et l'esprit et le cœur.

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