‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiquesChapitre 15 sur 85 · AV.J.C · texte numérisé non relu

AV.J.C

son propre sentiment eût ete insuffisant pour lui , et que la beauté de sa femme eût pu souffrir quelque préjudice de son silence. Quelques précautions qu'eût prises Candaule, la reine aperçut Gygès lorsqu'il se retirait du lieu où le roi l'avait placé ; mais elle n'en donna aucun signe. Persuadée , si l'on en croit l'historien , que le trésor le plus précieux d'une femme est la pudeur, elle songea à tirer une éclatante vengeance de l'injure qu'elle avait reçue , punissant la faute de son mari par un crime encore plus grand. Peut-être une secrète passion pour Gygès eut-elle autant de part à cette action que la douleur d'avoir été déshonorée. Quoi qu'il en soit, elle fit venir Gygès, et lui donna le choix d'expier son crime ou par sa propre mort , ou par celle du roi. Après quelques remontrances qui furent vaines , il prit le dernier parti , et , par le meurtre de Candaule , an.m. 3286 il devint le maître et de sa femme et de son trône, qui passa ainsi de la famille des Héraclides dans celle, des Mermnades.

Le poëte Archrloque vivait de ce temps - là , et , comme Hérodote le remarque, il avait parlé dans ses poésies de l'aventure de Gygès.

Je ne dois pas omettre ce que dit ici Hérodote, que chez les Lydiens, et presque chez tous les barbares, c'est une honte et une infamie , même à un homme , de païaître nu. Ces traces de pudeur qui se rencontrent chez des p^aiens doivent paraître précieuses. On sait que chez les Romains ^ un fils en âge de puberté ne se trouvait jamais aux bains avec son père , ni un gendre

I « Nostro quidem more cuin pa- sertira naturà ipsà magistrâ et duce. -■

rentibus pubères fllii , cum soceris (Cic. lib. r , de Ofûc. n. 129.) generi non lavantur. Retineiida est « Nudare se , nefas esse credeba-

igiturhujusgenerisvereoundia,praE- tur. » (Val. Max. lib. 2, cap. i.)

Av.J.C. 718.

8o HISTOIRE ANCIEINJVE.

avec son beau-père; et ils regardaient cette loi de niod^tie et de retenue comme inspirée par la nature même , dont le violement était un crime. Il est étonnant que parmi nous la police n'empêche point ce désordre qui règne impunément au milieu de Paris dans le temps des bains; desordre si visiblement contraire aux règles de riionnêtete publique et de la pudeur , si dangereux pour les jeunes personnes de Tun et de Tautre sexe, et si fortement condamné par le paganisme même. Plat. JeRep. Platon racontc Ihistoire de Gygès autrement qu'Hé-

rodote. L> est lui qui nous apprend que Gyges portait une bague dont la pierre le rendait invisible quand il la tournait de son coté , en sorte qu'il voyait les autres sans être vu de personne , et que , par le moyen de cette bague , de concert avec la reine , il détrôna Candaule en lui otant la vie. Ce qui signifie apparemment que , pour venir à bout de son criminel dessein, il employa toutes les ruses et toutes les fourberies d'une prudence qu'il plaît au siècle d'appeler une fine et habile politique , laquelle pénètre dans les desseins les plus cachés des autres , sans jamais laisser entrevoir les siens. Cette histoire , ainsi appliquée , a bien plus de vraisemblance que celle qu'on lit dans Hérodote.

Cicéron, en rapportant Thistoire fabuleuse du fameux anneau de Gygès ^ , ajoute que le sage , quand il en aurait un pareil , ne s'en servirait jamais pour commettre aucune mauvaise action , parce que la vertu ne connaît et ne cherche point les ténèbres.

A».M.3286 Gygès. 38 aiis. Le meurtre de Candaule excita une

I « Hunc'^ipsum annulum si liabeat nesta enim bonis viris , non occult;i sapiens, nihilù plus sibi licere putet quaeruntur. >'(Cic. Lib. III, de OJfic. pcccare , quàm si non haberet. Ho- n. 38.)

sédition parmi les Lydiens. Les deux partis, au lieu av.j.c.68o. <l'en venir aux mains, convinrent de s'en rapporter à c'^'"3^ 14' ' la décision de l'oracle de Delphes , qui se déclara pour Gygès. Il fit au temple de Delphes de grands présents, qui sans doute avaient précédé en partie et préparé la réponse de l'oracle. Entre beaucoup d'autres , Hérodote parle de six coupes d'or qui pesaient trente talents ^ , ce qui montait à près d'un million.

Quand il se vit paisible possesseur du trône , il porta ses armes contre Milet, Smyrne et Colophon, villes puissantes des états voisins.

Il mourut , après avoir régné trente-huit ans , et eut pour successeur son fils

Ardys. 49 ci^-^- C'est sous son règne que les Cim- an. m. 332' mériens, chassés de leur pays par les Scythes nomades, g^^j^;^'^^^' passèrent en Asie , et prirent Sardes , excepté la citadelle.

Sadyatte. 12 ans. Il déclara la guerre à ceux de An. m. 3373 Milet et assiégea leur ville. Les sièges, pour-lors, qui souvent n'étaient que des blocus , traînaient fort en longueur , et duraient plusieurs années. Il mourut avant que d'avoir achevé celui-ci, et eut pour successeur son fils

Alyatte. 57 ans. Ce fut lui qui fit la guerre contre an.m. 3385. Cyaxare, roi des Mèdes. Il chassa les Cim.mériens de Herod. l'Asie. Il attaqua et prit les villes de Smyrne et de Cla- ^'^ zomènes. *

Il poussa vivement la guerre contre les Milésiens , Herod. 1. i ,

/ ^ ^. I • ' 1 cap. 21. 22.

que son père avait commencée , et contniua la siège de la ville, qui avait déjà duré six ans sous son père, et

^ 3o talents d'or équivalaient à 36o talents d'argent ou 1,980,000 francs. — L.

Page 1