Tome II. Ilist. arc. Q
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d'rux. Plusieurs furent tués dans Ja fuite , où on les poursuivit vivement. Tous ceux qui étaient demeurés dans le camp se rendirent : la victoire fut complète , et le butin immense. Cyrus se réserva tous les chevaux qui se trouvèrent dans le camp, songeant dès -lors à former parmi les Perses un corps de cavalerie ; ce qui leur avait manqué jusque-là : il fit mettre à part pour Cyaxare tout ce qu'il y avait de plus précieux. Tous les prisonniers furent renvoyés libres dans leur pays , sans qu'on exigeât d'eux d'autre condition , sinon qu'eux et ceux de leur pays livreraient leurs armes et ne feraient plus la guerre , Cyrus se chargeant de les défendre contre leurs ennemis et de les mettre en état de cultiver leurs terres en toute sûreté.
Pendant que les Mèdes et les Hyrcaniens étaient à la poursuite des ennemis , Cyrus fit tout préparer pour le repas, jusqu'aux bains même, afin qu'à leur retour .ils n'eussent qu'à se mettre à table. Il crut aussi devoir suspendre jusque-là la distribution du butin. Ce fut pour-lors que ce général , qui songeait à tout , exhorta les Perses à se piquer de générosité à l'égard des alliés , de qui ils avaient déjà reçu de grands services, et de qui ils en attendaient encore de plus considérables; à vouloir bien les attendre et pour le repas, et pour la distribution du butin ; à préférer les commodités et les intérêts des autres aux leurs propres , leur faisant entendre que c'était un moyen sûr de se les attacher pour toujours, et par ce moyen de remporter sur l'ennemi de nouvelles victoires qui leur procureraient tous les biens qu'ils pouvaient espérer , et les. dédommageraient avantageusement des pertes volontaires qu'ils auraient pu faire pour gagner l'affection des alliés. Ils
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eritièrent tous dans ses sentiments. Quand les Mèdes et les Hyrcaniens furent revenus de la poursuite des ennemi^ Cyrus leur fît prendre le repas qui leur avait été préparé, en les avertissant d'envoyer seulement du pain aux Perses, qui avaient d'ailleurs, soit pour les ragoûts, soit pour la boisson, tout ce qui liur était nécessaire. Leur ragoût était la faim, et leur boisson, l'eau de la rivière: c'était la manière de vivre à laquelle ils étaient accoutumes dès leur enfance.
Le lendemain matin, on procéda au partage des dépouilles. Cyrus fît appeler d'abord les mages, et leur commanda de choisir parmi le butin ce qui devait être offert aux dieux en pareilles occasions; puis, il chargea les Mèdes et les Hyrcaniens de partager le reste à toute l'armée. Ils demandèrent avec instance que les Perses présidassent à cette distribution; mais ceux-ci le refusèrent absolument , et il fallut s'en tenir à l'ordre de Cyrus , qui fut exécuté au grand contentement de tous.
La nuit même que Cyrus, était parti pour aller à la Cyrop. i. !^, poursuite de l'ennemi , Cyaxare l'avait passée dans la joie et dans les festins, et s'était enivré avec ses principaux officiers. Le lendemain , à son réveil , il fut étrangement étonné de se voir presque seul et sans troupes. Plein de colère et de fureur, il dépêcha surle-champ un courrier à l'armée , avec ordre de faire de violents reproches à Cyrus , et de faire revenir tous les Mèdes sans aucun délai. Cyrus ne s'effraya point d'un commandement si injuste. Il lui écrivit une lettre respectueuse, mais pleine d'une généreuse liberté, où il justifiait sa conduite, et le faisait souvenir de la pein fission qu'il lui avait donnée d'emmener tous ceux
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des Mèdes qui voudraient bien le suivre. Il envoya en même temps en Perse pour faire venir de nouvelles troupes, dans le dessein qu'il avait de pousser ^lus loin ses conquêtes.
Cyrop. 1. 5, Parmi les prisonniers de guerre qu'on avait faits , il ^ et i. 6, ' se trouva une jeune princesse d'une rare beauté qu'on avait réservée pour Cyrus : elle se nommait Panthée , et était femme d'Abradate, roi de la Susiane. Sur le récit qu'on fît à Cyrus de sa beauté , il refusa de la voir, dans la crainte, disait-il, qu'un tel objet ne l'attacbât plus qu'il ne voudrait , et ne le détournât des . grands Lib. I, desseins qu'il avait formés. Cette grande retenue de Cyrus venait sans doute de Texcellente éducation qu'il avait reçue; car c'était un principe chez les Perses de ne parler jamais devant les jeunes gens de rien qui eût rapport à l'amour , de peur que la violente inclination qu'ils ont naturellement pour la volupté, jointe à la légèreté de leur âge , ne fût réveillée par de tels discours et ne les jetât dans les dernières débauches. Araspe , jeune seigneur de Médie, qui l'avait en garde, ne se d^éfiait pas tant de sa faiblesse , et prétendait qu'on est toujours maître de soi-même. Cyrus lui donna de sages avis , en lui confiant de nouveau le soin de cette princesse. J'ai vu , lui dit-il , beaucoup de personnes qui se croyaient bien fortes succomber néanmoins comme malgré elles à cette violente passion , et avouer ensuite, avec honte et douleur, que cette passion était un asservissement et un esclavage dont on ne pouvait plus se tirer , une maladie incurable et au-dessus des remèdes et des efforts humains ^ , une sorte de lien et de nécessité plus difficile à rompre que les chaînes de fer les
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plus fortes. Ne craignez rien , reprit Araspe : je suis sur de moi , et je vous réponds sur ma vie que je ne ferai rien de contraire à mon devoir. Cependant sa passion pour cette jeune princesse s'alluma peu à peu jusqu'à un tel point, que, la trouvant invinciblement opposée à ses désirs , il était près de lui faire violence. La princesse enfin en donna avis à Cyrus , qui chargea aussitôt Artabaze d'aller trouver Araspe de sa part. Cet officier lui parla avec la dernière dureté, et lui reprocha sa faute d'une manière propre à le jeter dans le désespoir. Araspe , outré de douleur , ne put retenir ses larmes , et demeura interdit de honte et de crainte , se croyant perdu. Quelques jours après Cyrus le manda : il vint tout tremblant. Cyrus le prit à part, et au lieu des violents reproches auxquels il s'attendait, il lui parla avec douceur, reconnaissant que lui-même avait eu tort de l'avoir imprudemment enfermé avec un en- ,
nemi si redoutable. Une bonté si inespérée rendit la vie et la parole à ce jeune seigneur; la confusion, la joie, la reconnaissance, firent couler de ses yeux une abondance de larmes : « Ah ! je me connais maintenant, « dit-il , et j'éprouve sensiblement que j'ai deux âmes , « Tune qui me porte au bien, l'autre qui m'entraîne a vers le mal. La première l'emporte quand vous venez « à mon secours, et que vous me parlez; je cède à « l'autre et je suis vaincu quand je suis seul.» Il répara avantageusament sa faute , et rendit un service considérable à Cyrus , en se retirant comme espion chez les Assvriens , sous prétexte d'un prétendu mécontentement.
La perte d'un si brave officier (car on crut que Cyrop. i. ti, c'était le dépit qui l'avait fait passer chez les ennemis ) ^' ' affligea toute l'armée. Panthée , qui y avait donné oc-
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casioii, promit à Cyrus de le remplacer par un autre officier qui n'aurait pas moins de mérite : elle parlait d'Abradate, son mari. En effet, sur la lettre qu'il reçut de sa femme , il se rendit au camp des Perses avec deux mille chevaux, et fut conduit d'abord à la tente de Panthée , qui lui raconta , non sans verser beaucoup de lannes , avec quelle bonté et quelle sagesse le généreux vainqueur l'avait traitée. «Et comment, s'écria Abra- « date, pourrai-je reconnaître un tel service? En vous « conduisant à son égard , lui dit Panthée , comme il l'a « fait au mien. » Il alla sur-le-champ trouver Cyrus, et baisant la main de son bienfaiteur, « Vous voyez devant « vous, lui dit-il, l'ami le plus tendre, le serviteur le « plus dévoué, l'allie le plus fidèle que vous ayez jamais « eu ; qui , ne pouvant reconnaître autrement vos bien- ^ « faits, vient se livrer lui-même entièrement à votre ^ « service, » Cyrus le reçut avec un air de noblesse et de
grandeur, et en même temps avec une bonté et une tendresse qui lui prouvèrent que tout ce que Panthée lui avait dit du caractère merveilleux de ce prince était encore beaucoup au-dessous du vrai.
Cyrop. 1.4, Deux scigucurs des plus puissants du royaume d'Assyrie, qu'on lui marqua avoir dessein de se mettre sous sa protection , lui furent aussi d'un grand secours. Le premier était Gobryas , vieillard respectable par son âge et par sa vertu. Le roi, mort depuis peu, qui en connaissait tout le mérite, et le considérait extrêmement, avait résolu de donner sa fille en mariage à son fils, et, dans cette vue , l'avait fait venir à la cour. Ce jeune seigneur, dans une partie de chasse oii il avait été invite , ayant percé de son dard une bête sauvage que le fils du roi avait manquée, celui-ci, qui était emporté et
violent jusqu'à la férocité, de dépit le perça lui-même sur-le-champ d'un coup de lance, et le coucha mort par terre. Gobrvas pria Cyrus de venger un père infortuné , et de prendre sa famille sous sa protection , d'autant plus qu'il ne lui restait qu'une fille unique , destinée depuis long-temps à épouser le jeune roi, mais qui ne pouvait soutenir cette pensée , qu'elle deviendrait l'épouse du meurtrier de son frère.
Ce ieune roi s'appelait Laborosoarchod ; il ne régna An. m. 3449 , . , , . . ^ , . ^ , AV.J.-C.555.
que neuf mois. Nabonid, appelé aussi Labynit et Bal-
tasar , lui succéda , et régna dix-sept ans.
Le second seigneur s'appelait Gadatas : il était prince cyrop. 1.5, d'un peuple nombreux et puissant. Le roi actuellement ^■' régnant , depuis qu'il était monte sur le trône , l'avait traité d'une manière indigne , parce qu'une de ses concubines en avait parle comme d'un homme bien fait , et avait relevé le bonheur de celle qu'il choisirait pour épouse.
L'espérance de ce double secours fut pour Cyrus un lib. 5, puissant attrait qui le détermina a pénétrer dans le cœur du pays ennemi. Comme Babylone, la capitale de l'empire qu'il voulait conquérir, était le principal objet de son expédition , il tourna ses vues et sa marche de ce côté-là , non pour l'attaquer encore dans les formes, mais pour reconnaître la ville par lui-même, pour détacher du parti de ce prince le plus d'alliés qu'il pourrait , e^t pour faire de loin les dispositions et les préparatifs du siège qu'il méditait. Il se mit donc en chemin avec ses troupes pour aller d'abord dans les terres de Gobryas. La forteresse où il logeait lui parut une place imprenable, tant elle était et avantageusement située , et bien fortifiée de tous côtés. Ce seigneur
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vint au-devant de lui , faisant porter des rafraîchissements pour toute l'armée. Cyrus entra dans le château. Alors Gohryas fît mettre à ses pieds des coupes et des^ vases d'or et d'argent sans nombre , avec une multitude de bourses remplies de monnaies d'or du pays; et ayant fait venir sa fdle, qui était d'une taille majestueuse et d'une beauté extraordinaire, que l'habit de deuil dont elle était revêtue depuis la mort de son frère semblait encore relever davantage, il la lui présenta, le priant de la prendre sous sa protection, et de vouloir bien accepter les marques de reconnaissance qu'il prenait la liberté de lui offrir. «J'accepte de bon cœur votre or « et votre argent , dit Cyrus , et j'en fais présent à votre « fille pour augmenter sa dot. Ne doutez point que vous a ne trouviez parmi les seigneurs de ma cour un époux « digne d'elle. Ce ne seront ni ses richesses ni les vôtres « qu'ils estimeront. Je puis vous assurer qu'il en est « parmi eux plusieurs qui ne feraient aucun cas de tous a les trésors de Babvlone , s'ils étaient séparés du mérite « et de la vertu. Us ne se piquent, à mon exemple, « j'ose le dire, que de se montrer fidèles à leurs amis, (( redoutables à leurs ennemis, et pleins de respect pour « les dieux. » On le pressa de prendre un repas dans la maison , n^s il le refusa constamment , et retourna dans le camp avec Gohryas, qu'il fit manger avec lui et ayec ses officiers. La terre revêtue de gazon leur servait de lits : on s'imagine aisément que le reste à proportion était dans le même goiît. Gohryas , qui avait un bon esprit, sentit combien cette noble simplicité était supérieure à sa vaine magnificence ; et il sut bien dire que les Assyriens réussissaient à se distinguer par le faste, et les Perses par le mérite. Il admira sur-tout la
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plaisanterie ingénieuse et la gaieté innocente qui régnèrent pendant tout le repas.
Cvrus , toujours occupé de son grand dessein , s'a- Cyrop. i. r> ., vança avec Gobryas vers le pays de Gadatas, qui était ^' au-delà de Babylone. Il y avait dans le voisinage une forte citadelle qui commandait le pays des Saques ^ et des Cadusiens, et où résidait un gouverneur au nom du roi de Babylone pour contenir ces peuples dans le devoir. Cyrus fit mine de vouloir l'attaquer. Gadatas, dont l'intelligence avec les Perses n'était point encore connue, s'offrit, par le conseil de Cyrus, au gouverneur, pour défendre conjointement avec lui cette importante place. Il y fut reçu avec ses troupes , et la livra aussitôt à Cyrus. La prise de cette citadelle le rendit maître du pays des Saques et des Cadusiens; et comme il traita ces peuples avec beaucoup de bonté et de douceur, ils demeurèrent inviolablement attachés à son service. Les Cadusiens firent une armée de vingt mille hommes de pied et de quatre mille chevaux; les Saques levèrent dix mille archers à pied et deux mille à cheval.
Le roi d'Assyrie s'était mis en campagne pour punir Gadatas de sa révolte. Mais Cyrus, l'ayant attaqué, le vainquit, fit un grand carnage de ses troupes, et l'obligea de se retirer à Babvlone. Après cet exploit, ce conquérant employa quelque temps à ravager le pays. Le bon traitement qu'il avait fait aux prisonniers de guerre , enfles renvoyant libres chacun dans leurs maisons, avait répandu par-tout le bruit de sa clémence. Beaucoup de peuples se rendirent à lui, et grossirent le nombre de ses troupes. S'étant approche de Babylone , il fit faire au roi des Assyriens un défi de ter-
' Ce ne sont pas ceux de Scythie.
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miner leur querelle par un combat singulier. Son défi ne fut pas accepté; mais, pour mettre ses allies en sûreté pendant son absence , il fit avec lui une espèce de trêve et de traité, par lequel on convint de part et d'autre de ne point inquiéter les laboureurs, et de leur laisser cultiver les terres avec une pleine liberté. Après avoir reconnu le pays, examiné la situation de Babylone, s'être fait un grand nombre d'amis et d'alliés, et avoir considérablement augmenté sa cavalerie , il reprit le cliemin de la Medie.
cyrop. 1. 5, Quand il fut près de la frontière, il députa aussitôt p. i4i-i47- ^gj,g Cyaxare pour lui donner avis de son arrivée, et pour prendre ses ordres. Celui-ci ne jugea pas à propos de recevoir dans son pays une armée si considérable, et qui allait encore être augmentée de quarante mille hommes nouvellement arrives de Perse. Le lendemain il se mit en chemin avec ce qui lui était reste de cavalerie. Cyrus alla au-devant de lui avec la sienne, qui était fort nombreuse et fort leste. A cette vue, la jalousie et le mécontentement de Cyaxare se reveillèrent. Il fit un accueil très-froid à son neveu , détourna son visage pour ne point recevoir son baiser, et laissa même couler quelques larmes. Cyrus commanda à tout le monde de s'éloigner, et entra avec lui en éclaircissement. Il lui parla avec tant de douceur, de soumission , de raison , lui donna de si fortes preuves de la droiture de son cœur, de son respect, et d'un inviolable attachement à sa personne et à ses intérêts , qu'il dissipa en un moment tous ses soupçons , et rentra parfaitement dans ses bonnes grâces. Ils s'embrassèrent mutuellement, en répandant des larmes de part et d'autre. On ne peut exprimer quelle fut la joie des
Perses et des Mècles , qui attendaient avec inquiétude et tremblement de quelle façon se terminerait cette entrevue. A l'instant , Cyaxare et Cyi'us remontèrent à cheval : et alors tous les Mèdes se rangèrent à la suite de Cyaxare , comme Cyrus leur en avait fait signe. Les Perses suivirent Cyrus , et les autres nations leur prince particulier. Quand ils furent arrivés au camp, ils conduisirent Cxaxare dans la tente qu'on lui avait dressée. Il fut aussitôt visité de la plupart des Mèdes , qui vinrent le saluer et lui faire de^ présents, les uns de leur propre mouvement , les autres par ordre de Cyrus. Cyaxare en fut extrêmement touché , et commença à reconnaître que Cyrus ne lui avait point débauché ses sujets , et que les Mèdes ne lui étaient pas moins affectionnés qu'auparavant.
Telle fut l'issue de la première expédition de Cyrus Cyiop. 1. 1, contre Crésus et contre les Babyloniens, et il fut ré- p. 148-131. solu dans le conseil qui se tint en présence de Cvaxare et de tous les officiers que l'on continuerait la guerre.
Comme je ne trouve dans Xénophon nulle date qui fixe précisément les années oii les divers événements dont il parle sont arrivés, je suppose avec Ussérius, quoique le récit de Xénophon ne paraisse pas donner cette idée, qu'entre les deux combats contre Crésus et les Babyloniens il se passa plusieurs années, pendant lesquelles on fit de part et d'autre les préparatifs nécessaires pour l'importante guerre ;i laquelle on se disposait; et je place dans cet intervalle le mariage de Cyrus.
Il songea donc, environ dans ce temps-ci, à faire Cyrop. 1 s. un voyage en Perse , cmq ou six ans a peu près depuis qu'il en était sorti pour commander les troupes.
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Cvaxare ^ lui donna pour-lors une grande preuve du cas qu'il faisait de son mérite. Il n'avait point d'enfant mâle, mais une fille unique, qu'il lui offrit en mariage, avec assurance de la Medie pour dot. Cyrus fut fort sensible à une offre si avantageuse, et en marqua une vive reconnaissance ; mais il ne crut pas devoir l'accepter avant que d'avoir eu le consentement de son père et de sa mère, laissant pour tous les siècles un rare exemple de la respectueuse soumission et de l'entière dépendance que doivent montrer en pareille occasion à l'égard de père et de mère tous les enfants, quelque âge qu'ils puissent avoir , et à quelque degré de puissance et de grandeur qu'ils soient parvenus. Cyrus épousa la princesse à son retour de Perse. Ce fut d'elle qu'il eut Camhyse.
Après la célébration de son mariage il retourna au camp, et sut bien profiter du temps qui lui restait pour assurer ses nouvelles conquêtes et pour prendre avec les alliés toutes les mesures capables de faire réussir le grand dessein qu'il avait dans l'esprit. Cyrop. Comme il prévoyait, dit Xénoplion, que les prépa-
p.'iSx ratifs de la guerre pourraient tramer en longueur, il
I Xéiiophon ne place ce mariage l'histoire raconte de son règne. Peutqu' après la prise de Babylone. Mais être que Xénoplion avançait de beaucomme pour-lors Cyrus avait plus coup la prise de Babylone ; mais je de soixante ans, et qu'il n'est pas m'en tiens aux dates que nous marque vi-aisemblable qu'il ait attendu cet TJssérius. J'ai supprimé aussi ce âge pour songer au mariage, j'ai qu'on lit dans la Ç)-ro/je'cf/t? (liv. 8 , cru devoir en avancer le temps. pag. 228) que, dès le temps que D'ailleurs Cambyse n'aurait eu que Cyrus avait été à la cour de sou sept ans quand il monta sur le trône, grand-père Astyage , cette princesse et que quatorze ou quinze quand il avait dit qu'elle n'aurait point d'autre mourut : ce qui ne peut s'accorder mari que Cyrus. Cyaxare, père de avec ses expéditions en Egypte et cette princesse, n'avait alors que en Ethiopie, ni avec tout ce que treize ans.
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fît construire un camp dans un lieu fort commode et fort sain, et le fortifia extrêmement. 11 y exerçait ses troupes, et les tenait en haleine comme si l'ennemi eût été présent.
On apprit par les transfuges, et par les prisonniers qu'on amenait tous les jours dans le camp , que le roi de Babylone était passé en Lydie, et qu'il avait emporté avec lui de grandes sommes d'or et d'argent. Les simples soldats s'imaginèrent aussitôt que c'était la frayeur qui lui avait fait détourner ses trésors; mais Cyrus jugea qu'il n'avait entrepris ce voyage que pour lui susciter quelque nouvel ennemi , et il travailla avec une ardeur infatigable aux préparatifs d'une seconde bataille.
Il s'appliqua sur-tout à fortifier sa cavalerie persane et à faire construire un grand nombre de chariots de guerre , mais d'une nouvelle forme , ayant trouvé de grands inconvénients dans les anciens , dont la mode venait de Troie, et qui jusque-là avaient été en usage dans toute l'Asie.
Sur ces entrefaites , les ambassadeurs du roi des Indes arrivèrent avec quantité d'argent qu'ils appor- p talent à Cyrus de la part du roi leur maître, qui leur avait aussi commandé de lui dire qu'il était fort aise qu'il l'eût averti de ce qui pouvait lui manquer; qu'il voulait être son ami et son allié ; que , s'il avait encore besoin d'argent , il n'avait qu'à le lui faire savoir ; qu'enfin ses ambassadeurs avaient ordre de lui obéir absolument comme à lui-même. Cyrus reçut des offres si obligeantes avec toute la reconnaissance et toute la dignité possible. Il combla les ambassadeurs d'honnêtetés et de présents, et, profitant de leur bonne volonté.
Cyrop. 1. 6, 56-1 57-
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il les pria de vouloir bien en détacher trois d'entre eux pour aller chez les ennemis comme envoyés par le j'oi des Indes pour faire alliance avec eux, mais en effet pour découvrir leurs desseins et lui en venir rendre compte. Ils se chargèrent de cette commission avec joie, et s'en acquittèrent avec habileté. Je ne reconnais point ici la conduite ni la bonne foi ordinaire de Cyrus. Pouvait-il ignorer que c'était violer ouvertement le droit des gens que d'envoyer chez les ennemis , comme espions , des ambassadeurs , à qui le caractère dont ils étaient revêtus ne permettait point de. faire un tel personnage ni d'user d'une telle perfidie ? Cyrflp. 1.6, Cyrus faisait ses préparatifs pour la bataille en ^^^' ' '' homme qui ne méditait rien que de grand. Non-seulement il avait soin des choses qui avaient été résolues dans le conseil, mais il prenait plaisir à faire naîtrtune noble jalousie parmi les officiers , à qui aurait de plus belles armes, à qui serait le mieux monté, à qui lancerait plus adroitement un dard , à qui tirerait mieux une flèche , à qui supporterait plus patiemment le travail. Il faisait cela en les menant avec lui à la chasse, et en donnant toujours des récompenses à ceux qui s'y distinguaient le plus. Sil voyait aussi des capi- • taines qui prissent soin de leurs soldats, il les louait
hautement, et les favorisait de tout son pouvoir, afin de les animer. Quand il faisait quelque fête, il ne proposait point d'autres jeux que les exercices militaires, et donnait des prix considérables aux victorieux; ce qui allumait une merveilleuse ardeur dans son armée. En un mot , c'était un général qui , dans l'action , dans le repos , dans ses plaisirs mêmes , dans les repas , les conveisations , les promenades , n'était presque occupé
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qiie de ce qui regardait le bien du service. C'est par de tels moyens qu'on devient grand homme de guerre.
Cependant les ambassadeurs indiens , étant revenus Cyiop. i. g, du camp des ennemis , rapportèrent que Crésus avait ^^^' ' été élu généralissime de leur armée; que tous les rois et princes alliés étaient convenus de fournir les sommes nécessaires pour lever des troupes ; que les ïhraces s'étaient déjà enrôlés ; qu'il leur venait par mer un secours d'Egypte, qu'on faisait monter à six -vingt mille hommes ; qu'ils attendaient encore une armée de Cypre; que déjà les Ciliciens, les peuples de l'une et de l'autre Phrygie, les Lycaoniens, les Paphlagoniens , les Cappadociens, les Arabes et les Phéniciens, étaient arrivés; que les Assyriens étaient pareillement venus avec le roi de Babylone ; que les Ioniens , les Éoliens , et la plupart des Grecs qui demeuraient en Asie, avaient été forcés de prendre parti ; que Crésus avait envoyé à Lacédémone pour traiter d'alliance ; que l'armée s'assemblait autour du Pactole , et que de là elle devait s'avancer à Thymbrée , où était le rendez - vous de toutes les troupes. Ce rapport était confirmé par celui des prisonniers et des espions.
Ces nouvelles jetèrent la frayeur dans l'armée de pa„ 15,^. Cyrus; mais ce prince ayant assemblé les officiers, et leur ayant marqué la différence infinie qu'il y avait entre les troupes ennemies et les leurs, leur rendit bientôt le courage.
Cyrus avait pris toutes les mesures nécessaires pour p. ijs-ies, que son armée ne manquât de rien, et avait donné ses ordres tant pour la marche que pour la bataille qu'il se préparait à livrer, étant descendu pour cela
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dans un détail étonnant que Xénoplion rapporte fort au long, et qui s'étendait depuis les premiers commandants jusqu'aux plus bas officiers, parce qu'il savait bien que c'est de telles précautions que dépend le succès des entreprises , qui souvent écbouent par les plus légères négligences , comme il arrive quelquefois que le jeu et le mouvement des plus grandes machines est arrêté par le dérangement d'une seule roue , quelque petite qu'elle soit.
Cyrop. 1. 5, Ce prince connaissait tous les officiers de l'armée p. i3i-i32. p^j, leurs noms, et, se servant d'une comparaison triviale , mais expressive , il avait coutume de dire qu'il trouvait bien étrange que les artisans sussent les noms de tous leurs outils, et qu'un général fût si indifférent que de ne savoir pas les noms de ses capitaines , qui sont autant d'instruments dont il se sert dans toutes ses entreprises. D'ailleurs il jugeait que cet usage avait quelque chose de plus honorable pour les officiers, de plus engageant et de plus propre à les porter à faire leur devoir , en leur laissant penser qu'ils étaient connus et estimés du général.
Lib. 6, Lorsque tous les préparatifs furent achevés , Cyrus
p. 160-161. pj,jj. (.Qj^g^ J^. Cyaxare , qui demeura en Médie avec la troisième partie seulement de ses troupes , pour ne pas laisser son pays entièrement dégarni.
Cyrus , qui savait qu'il était toujours avantageux de faire la guerre dans le pays ennemi, n'attendit pas que les Babyloniens vinssent l'attaquer dans le sien , mais il marcha à leur rencontre, dans le dessein de faire consumer leurs fourrages par ses troupes, et encore plus de les déconcerter par la promptitude et
par la hardiesse de cette entreprise. Après une trèslongue marche, il joignit les ennemis à Thymbrée ' , ville de la Lydie , située assez près de Sardes , capitale du pays. Ils n'avaient point cru que ce prince, avec une armée plus faible de la moitié que la leur, pût songer à les venir chercher dans leur pays; et ils furent étrangement surpris de l'y voir arriver, sans qu'ils eussent eu le temps ni de ramasser les vivres qui étaient nécessaires pour la subsistance d'une armée aussi nombreuse que la leur , ni d'assembler toutes les troupes qu'ils voulaient lui opposer.