‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiquesChapitre 20 sur 85 · Tome H. Hist. a ne O · texte numérisé non relu

Tome H. Hist. a ne O

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tinguer , et non par le luxe de la table ou la magnifi- Cvrop. 1. 8, cence des habits, et encore moins par la hauteur et la pag. 20,. £jgj,j^ jl j^ç pouvait pas, disait-il, faire du bien à tous; et c'est par cette raison-là même qu'il se croyait obligé de marquer de la bonne volonté à tous , parce que les présents que distribue un prince peuvent l'épuiser, non les honnêtetés qu'il fait , en s'intéressant sincèrement au bien ou au mal qui arrive aux autres, et en le leur témoignant.

Lib. 2, Un jour que Cyrus faisait la revue de son armée , il

^^^ ^ ' lui vint un courrier de la part de Cyaxare l'avertir qu'il était arrivé des ambassadeurs du roi des Indes, et qu'il le priait de le venir trouver promptement. Pour ce sujet, lui dit-il, je vous apporte un riche vêtement; car il souhaite que vous paraissiez superbement vêtu devant les Indiens, afin de faire honneur à la nation. Cyrus ne perdit point de temps : il partit sur-le-champ avec- ses troupes pour aller trouver le roi , sans avoir d'autre habit que le sien , foit simple, à la manière des Perses , et qui n'était point , porte le texte grec ^ , souillé ni gâté par aucun ornement étranger. Comme Cyaxare en parut d'abord un peu mécontent : « Vous «aurais -je fait plus d'honneur, reprit Cyrus, si je « m'étais habillé de pourpre, si je m'étais chargé de « bracelets et de chaînes d'or , et qu'avec tout cela « j'eusse tardé plus long-temps à venir, que je ne vous « en fais maintenant par la sueur de mon visage et par « ma diligence , en montrant à tout le monde avec « quelle promptitude on exécute vos ordres ? »

Cyaxare , content de ces raisons , commanda qu'on

' Èv TT, DeOffiitT azO.r, oÙJÎ'ev ti que nulle autre langue ne peut readre ûêpiTiAÉvr.. Belle expression , mais avec la même vivacité.

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fît entrer les Indiens. Ces ambassadeurs dirent quils étaient envoyés de la part de leur maître pour s'informer du sujet de la guerre entre les Babyloniens et les Mèdes. Us ajoutèrent qu'ils avaient ordre , après avoiientendu les motifs des Mèdes, de passer chez les Babyloniens pour écouter aussi ce qu'ils auraient à alléguer, afin qu'après avoir examine les raisons de part et d'autre , le roi leur maître se rangeât du côté de celui qui aurait pour lui le bon droit et la justice. Noble et glorieux usage d'une grande puissance, qui n'est conduite que par la justice, qui ne cherche point à profiter de la division des voisins , et qui se déclare hautement contre l'injuste agresseur en faveur de l'oppriotié ! Cyaxare et Cyrus repondirent qu'ils n'avaient donné aucun sujet de plainte aux Babyloniens, et qu'ils acceptaient avec joie pour arbitre le roi des Indiens. La suite fait connaître qu'il se déclara pour les Mèdes.

Le roi d'Arménie, vassal des Mèdes, les regardant an. M.3447 comme près d'être engloutis par la formidable ligue qui cyrop. Ta. s'était formée contre eux, crut qu'il devait profita' de ^''"^ftiib^s'^'' l'occasion pour se tirer de leur dépendance. Il cessa ^^^-^ donc de leur payer le. tribut ordinaire, et de leur envoyer le nombre de troupes qu'il devait fournir en temps de guerre. Cyaxare était embarrasse , craignant, dans la conjoncture présente, de s'attirer de nouveaux ennemis sur les bras, s'il entreprenait de forcer les Arméniens à l'exécution du traite. Cyrus , après s'être exactement informé des forces et de la situation du pavs , se chargea de cette commission. L'important était de la tenir secrète , sans quoi elle ne pouvait réussir. Pour cela il engage une grande partie de chasse de ce côté-là ; et il avait coutume d'y aller assez sou-

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vent , et même d'y chasser avec le fils du roi d'Arménie et les jeunes seigneurs du pays. Au jour marqué il part avec un nombreux équipage. Les troupes suivaient de loin et devaient attendre Tordre pour se montrer. Après quelques jours de chasse, quand on fut assez près du château où demeurait la cour , Cyrus découvrit son dessein aux officiers. Il détacha Chrysante , l'un d'eux, pour aller se rendre maître d'une hauteur fort escarpée , où il savait que le prince , en cas d'alarme , se retirait ordinairement avec sa famille et tous ses effets.

Cela fait, il envoie un héraut au roi d'Arménie pour le sommer d'accomplir le traité , et dans l'intervalle il fait avancer ses troupes. Jamais surprise ne fut plus grande , et l'embarras ne l'était pas moins. Le roi connaissait son tort : il était sans ressource. Il ne laissa pas d'envoyer de tous côtés pour assembler ses forces; et en même temps il fit passer dans les montagnes le plus jeune de ses fils, nommé Sabaris , avec ses femmes , ses filles , et tout ce qu'il avait de plus précieux; mais quand il eut appris par ceux qu'il avait envoyés à la découverte que Cyrus venait sur leurs pas, alors il perdit entièrement courage , et ne songea plus à se défendre. I^es Arméniens, à son exemple, s'enfuirent chacun où ils purent, pour mettre en sûreté ce qu'ils avaient de meilleur. Cyrus , voyant la campagne couverte de gens qui se sauvaient de côté et d'autre, leur envoya dire qu'on ne leur ferait aucun mal , s'ils se tenaient dans leurs maisons ; mais qu'on traiterait comme ennemis ceux qu'on trouverait prenant la fuite. Cela fut cause qu'ils demeurèrent . excepté quelques-uns qui suivirent le roi.

PERSES ET MÈDES. 1 î J

D'un autre côté , ceux qui conduisaient les princesses vers les montagnes donnèrent dans l'embuscade de Chrysante, et furent presque tous faits prisonniers. La reine, le fils du roi, ses filles, sa belle-fille, femme de son aîné , et ses trésors , tombèrent entre les mains des Perses.

Le roi , ayant appris ces tristes nouvelles , et ne sachant que devenir, se sauva sur une petite éminence, où il fut incontinent investi par l'armée, et bientôt après obligé de se rendre. Cyrus le fit avancer au milieu de l'armée avec toute sa famille. Dans l'instant arriva le fils aîné du roi, nommé Tigrane, qui revenait d'un voyage : il ne put retenir ses larmes à un tel spectacle. Prince, vous venez à propos, lui dit Cyrus, pour assister au procès de votre père ; et aussitôt il fit assembler les capitaines des Perses et des Mèdes, et manda aussi les grands d'Arménie. Il ne voidut pas même qu'on écartât les dames qui étaient là dans leurs chariots, et leur permit d'écouter et de voir tout en liberté.

Quand tout fut prêt, et que Cyrus eut imposé silence , il commença par exiger du roi que , dans toutes les questions qu'il allait lui faire, il lui répondît avec sincérité, n'y ayant rien de plus indigne d'une personne de son rang que d'user de dissimulation et de mensonge : le roi s'y engagea. Alors il lui demanda, mais à différentes reprises, et traitant chaque article séparément , s'il n'était pas vrai qu'il avait fait la guerre à Astyage , roi des Mèdes , son grand-père ; s'il n'avait pas été vaincu dans cette guerre ; si , en conséquence de sa défaite, il n'avait pas conclu un traité avec Astyage ; si , par ce traité , il ne s'était pas engagé à

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lui payer un certain tribut, à lui fournir un certain nombre de troupes, et à ne conserver dans son pays aucune place forte. Il ne fut pas possible de ne pas convenir de tous ces faits , qui étaient de notoriété publique. Pourquoi donc, continua Cyrus, avez-vous viole le traite dans tous ses articles? C'est, reprit l'Arménien , parce que je trouvais qu'il était beau de secouer le joug , de vivre libre , et de laisser ses enfants dans le même état. Il est glorieux en effet , répliqua Cyrus , de combattre pour défendre sa liberté ; mais si quelqu'un, après avoir été réduit en servitude, tâchait de se dérober à son maître, que lui feriez-vous? Je suis obligé d'avouer , dit le roi , que je le punirais. — Et si vous aviez donné un gouvernement à quelqu'un de vos sujets , et qu'il eût prévariqué , le laisseriezvous en place? — Non certes, et je lui en substituerais un autre. — Et s'il avait amassé de grandes richesses par ses malversations ? — Je l'en dépouillerais. — Mais , ce qui est bien plus, s'il avait eu quelque intelligence avec vos ennemis , comment le traiteriez-vous ? Dussé-je me condamner moi-même, reprit le roi, je ne puis m'empécher de dire la vérité : je le ferais mourir. A ces paroles son fils s'arracha la tiare de la tête , et déchira ses vêtements; les femmes, de leur côté, jetèrent des cris et des hurlements , comme s'il eût prononcé lui-même son arrêt.

Cyrus , ayant de nouveau fait faire silence , Tigrane alors prit la parole, et se tournant vers Cyrus : Grand prince , lui dit-il ,,croyez-vous qu'il soit de votre sagesse de faire mourir mon père , même contre vos propres intérêts? — Et quels intérêts donc? — C'est que jamais il ne fut plus en état de vous rendre service. Comment

cela? dit Cyrus; est-ce que les fautes passées sont un titre qui puisse nous acquérir un nouveau mérite, et nous attirer une nouvelle considération ? — Oui certes , si elles servent à nous rendre sages. De quel prix en effet n'est point la sagesse, et peut - on lui comparer ni richesses , ni adresse , ni courage? Or il est bien clair que celte journée seule a rendu mon père très-prudent. Il sait ce qu'il en coûte pour manquer à sa parole. D'ailleurs il a senti votre supériorité au-dessus de lui en tout. Il n'a pu venir à bout d'aucun de ses projets , et vous avez exécuté tous les vôtres, mais avec tant de promptitude et de secret , qu'il s'est vu enveloppé avant que de savoir qu'on l'attaquât; et c'est le lieu même de sa retraite qui a servi à le prendre. Mais , reprit Cyrus , votre père n'a encore rien souffert qui ait pu le rendre plus sage. La crainte des maux , dit Tigrane , quand elle est aussi sérieuse que celle-ci l'est, a une pointe beaucoup plus aiguë et plus capable de déchirer le cœur que le mal même. Mais , j'ose le dire , la reconnaissance est encore un motif infiniment plus efficace et plus persuasif; et il n'en peut être au monde qui approche de celle que mon père vous devra. Biens , liberté, sceptre, vie, femmes, enfants, rendus avec une telle générosité , où trouverez-vous , grand prince, en une seule personne, tant et de si forts liens qui puissent l'attacher à votre service ?

Hé bien î reprit Cyrus , en se tournant du côté du roi, si je me laisse fléchir aux prières de votre fils, quelle armée et quelle somme me fournirez-vous pour nous aider dans la guerre que nous avons contre les Babyloniens? Mes troupes et mes trésors ne sont plus à moi , dit l'Arménien , mais à vous seul. Je puis mettre

sur pied quarante mille hommes d'infanterie , et huit mille de cavalerie. Pour l'argent, j'estime qu'en comprenant les trésors que mon père m'a laissés, il se trouvera bien trois mille talents d'argent ^ comptant. Voilà de quoi vous pouvez disposer. Cyrus accepta la moitié des troupes, et laissa l'autre au roi pour la défense du pays contre les Chaldéens'^ avec qui il était en guerre. Il doubla le tribut qu'il devait payer chaque année aux Mèdes , et au lieu de cinquante talents il en exigea cent, et en demanda autant à emprunter en son nom. Mais, ajouta Cyrus, que me donneriez-vous pour la rançon de votre femme ? Tout ce que je possède au monde, répondit le roi. — Et pour celle de vos enfants?— La même chose. — Vous voilà donc redevable à mon égard de la moitié plus que vous ne possédez. Et vous , Tigrane , de combien rachèteriez-vous la liberté de votre femme Pflll'avait épousée depuis peu, et l'aimait passionnément. ) De mille vies , répliqua-t-il , si je les avais. Cyrus pour-lors les conduisit tous dans sa tente , et leur donna à souper. On comprend aisément quelle fut la joie de ce festin.

Après le repas comme on s'entretenait de différentes choses, Cyrus demanda à Tigrane, qu'il avait tiré à part, ce qu'était devenu un gouverneur qu'il avait vu plusieurs fois avec lui à la chasse , et dont il faisait un cas tout particulier. Hélas ! dit-il , il n'est plus : et

' 9 millions. = i6,5oo,ooo fr. s'agit ici , étaient des peuples voisins

— L. de l'Arménie.

^ Xénophon ne nomme jamais les = 11 paraît en effet que ces Chal-

peuples delà Babylonie Chaldèens. déens sont une colonie des Chalybes

Mais Hérodote, lib. 7 , cap. 63 , et du Pont, laquelle s'était établie dans

Strabon , lib. 16 , p. 7 89 , les placent la petite Arménie. — L. dans ce pays. Les Clialdéens , dont il

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je n'oserais vous avouer par quel accident je Tai perdu. Cyrus le pressant de le lui apprendre : Mon père, continua Tigrane , voyant que j'aimais tendrement ce gouverneur, et que je lui étais fort attaché, en conçut quelque jalousie , et le fit mourir. Mais c'était un si honnête homme, qu'étant tout près d'expirer, il me fit venir, et me dit ces propres paroles : Que ma mort, Tigrane, ne vous indispose point contre le roi votre père. Il n'a point agi à mon égard par méchanceté, mais sur une fausse prévention qui l'a malheureusement aveuglé. Ah ! l'excellent personnage , s'écria Cyrus : mais n'oubliez jamais le dernier avis qu'il vous a donné.

Quand la conversation fut finie, Cyrus, avant que de les renvoyer , les embrassa tous pour marque d'une parfaite réconciliation ; après quoi ils montèrent dans leurs chariots avec leurs femmes , et se retirèrent pénétrés de reconnaissance et d'admiration. Pendant tout le chemin il ne fut mention que de Cyrus. Les uns vantaient sa sagesse , d'autres admiraient son courage , ceux-ci relevaient sur-tout sa douceur, quelques-uns faisaient valoir sa taille et son port majestueux. Et vous, dit Tigrane, en sadressant à son épouse, que vous semble de la mine de Cyrus? Je n'y ai point fait d'attention , répondit - elle. — Sur qui donc vos yeux étaient-ils attachés ? — Sur celui qui disait qu'il donnerait mille vies pour racheter ma liberté.

Le lendemain le roi d'Arménie envoya des présents à Cyrus, et des rafraîchissements pour toute l'armée. Il apporta aussi le double de l'argent qu'il devait fournir; mais Cyrus, ayant pris simplement ce qu'il avait demandé , lui rendit le reste. Les troupes arméniennes

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eurent ordre de se tenir prêtes pour le troisième jour,

et Tiffrane voulut les commander.

J'ai cru , pour plusieurs raisons , devoir insérer ici le récit détaille de cet événement, quoique pourtant je l'aie abrégé de près de trois quarts de ce qu'il a dans Xénoplion.

Premièrement il peut servir à faire connaître le style de cet excellent historien , sur-tout si on a la curiosité de consulter l'original, dont les beautés naturelles et sans art sont bien propres à justifier l'estime singulière que les gens de bon goût ont toujours fait de la noble simplicité de cet auteur. Pour ne citer qu'un exemple, quel trait de pudeur et de modestie , mais en même temps quelle merveilleuse naïveté, quelle délicatesse d'esprit dans l'ingénue réponse de la femme de Tigrane, qui n'a des veux que pour son mari !

En second lieu, ces interrogations courtes et pressantes , qui demandent chacune une réponse précise de la part du roi d'Arménie, décèlent un disciple de Socrate qui avait bien retenu le goût de son maître.

D'ailleurs, ce récit peut donner quelque idée du jugement qu'on doit porter de la Cyropédie de Xenophon , dont le fond est vrai , mais qui est embellie par des circonstances que l'auteur a ménagées exprès , et a ajoutées à dessein pour donner d'utiles leçons et d'excellentes règles sur le gouvernement. Ainsi ce qu'il y a de réel dans l'événement dont il s'agit ici , c'est que , le roi d'Arménie ayant refusé de payer le tribut qu'il devait aux Mèdes , Cyrus l'attaqua fort à propos , et avant qu'il pût soupçonner qu'on songeait à lui; qu'il se rendît maître du seul fort qu'il eût, et en même temps de toute sa famille ; qu'il l'obligea de payer le tribut ordi-

naire , et de fournir son contingent de troupes ; et qu'il sut si bien le gagner par ses manières douces et honnêtes, qu'il en fit un des alliés les plus fidèles et les plus affectionnes qu'eût jamais eus le roi des Mèdes. Le reste n'est qu'un embellissement, et vient plus de l'historien que de l'histoire même.

Je n'aurais jamais deviné par moi-même ce que signifiait celle du gouverneur nm à mort par le père de Tigrane, quoique je sentisse bien qu'elle tenait ici lieu d'énigme. Un homme de qualité ' , l'un des plus beaux esprits et des plus beaux parleurs du siècle passé, qui avait une connaissance profonde des auteurs grecs, m'en donna, il y a beaucoup d'années, une explication que je n'ai point oubliée, et que je crois être la véritable clef de cette énigme. Il supposait que Xénophon avait voulu peindre ici la mort de Socrate, son maître, que l'attachement extraordinaire que témoignait pour lui toute la jeunesse d'Athènes avait rendu suspect à l'état ; ce qui donna lieu à sa condamnation , qu'il supporta sans plainte et sans murmure.

Enfin j'ai cru ne devoir pas manquer l'occasion de faire remarquer dans mon héros des qualités qui ne se rencontrent pas toujours dans les personnes de son rang, et qui, en les rendant infiniment plus estimables que toutes les vertus guerrières , contribueraient le plus au succès de leurs desseins. On trouve dans la plupart des conquérants de l'habileté pour la guerre, de la hardiesse, du courage, de l'intrépidité, et de tous ces talents qui fond beaucoup de bruit , et qui éblouissent par leur éclat. Mais un fonds de bonté, de douceur, de compassion pour les malheureux; un air de modération

' M. le comte de Tresvilles.

) 24 HISTOIJIE ANCIENNE.

et de retenue , même clans la prospérité et dans la victoire ; des manières insinuantes et persuasives ; l'art de gagner les cœurs , et de se les attacher encore plus par l'affection que par l'intérêt; une attention continuelle ' à mettre toujours le bon droit de son coté , et à donner à toutes ses démarches un caractère d'équité et de justice que les ennemis mêmes soient forcés de respecter ; enfin , une clémence jmï ménage les coupables qui le sont plutôt par imprudence que par maUce, et qui donne lieu au repentir en laissant des retours vers le devoir : ce sont des qualités rares dans les plus fameux conquérants de l'antiquité, et qui dominaient souverainement dans Cyrus.

Cyrop. 1. 3, Je reviens à mon sujet. Cyrus, avant que de quitter pag- 70-; . j^ ^^. ç|'^j,,-j^^j^jg ^ songea à lui rendre un service considérable. Il était en guerre avec les Chaldéens, peuple voisin et assez belliqueux , qui tenait continuellement le pays en inquiétude par ses courses, et était cause qu'une grande partie des terres demeurait inculte. Après s'être bien informé de leur caractère, de leurs forces, de la situation des lieux oii ils se retiraient , il marcha contre eux. Au premier signal que l'ennemi approchait, les Chaldéens se saisirent des hauteurs, lieu ordinaire de leur retraite. Cyrus ne leur laissa pas le temps d'y assembler toutes leurs troupes , et il alla les y attaquer. Les Arméniens, qui marchaient à la tête, furent mis d'abord en fuite. Cyrus s'y était bien attendu, et il ne les avait ainsi placés que pour engager le combat. En effet, dès que les Chaldéens en vinrent aux mains avec les Perses , ils ne purent soutenir leur choc , et furent renversés. On fit un grand nombre de prisonniers : le reste se dissipa. Cyrus parla aux prisonniers , leur dé-

clara qu il n'était point venu pour leur faire du mal ni pour ravager leurs terres , mais pour leur accorder la paix à des conditions raisonnables; et il les renvoya. On ne manqua pas d'envoyer sur-le-champ des députés , et la paix fut conclue. Pour la sûreté des deux peuples, de leur commun consentement, Cyrus fit bâtir sur la hauteur une forteresse qui commandait tout le pays, et y laissa une bonne garnison, qui devait se déclarer contre celui des deux peuples qui manquerait au traité.

Cyrus, ayant appris qu'il y avait un commerce et une communication assez ordinaire entre les Indiens et les Chaldéens, souhaita que ceux-ci voulussent bien conduire et accompagner l'ambassadeur qu'il se préparait d'envoyer au roi des Indes. Le sujet de cette ambassade était de lui demander quelques secours d'argent de la part de Cyrus , qui en avait besoin pour lever de nouvelles troupes en Perse , et qui espérait que , si Dieu accordait un heureux succès à ses desseins, le roi n'aurait point lieu de se repentir de l'avoir aide. Il étail bien aise que les Chaldéens appuyassent sa demande; et ils pouvaient le faire avantageusement en rapportant le caractère et les exploits de Cyrus. L'ambassadeur partit dès le lendemain, accompagné des plus considérables du pays, qui avaient ordre de conduire cette affaire le plus adroitement qu'il leur serait possible, et de rendre au mérite de Cyrus toute la justice qui lui était due.

L'expédition contre les Arméniens étant heureusement terminée , Cyrus partit de là pour aller retrouver Cyaxare. Quatre mille Chaldéens , qui étaient les plus braves de la nation , se joignirent à lui ; et le roi d'Arménie , qui se voyait délivré de ses ennemis , augmenta

\'l6 IIISTOIKL ANClENNli.

le nombre des troupes qu'il lui avait promises. 11 arriva clone en Médie avec beaucoup d'argent , et une armée beaucoup plus nombreuse que lorsqu'il en était sorti.

§ IV. Expédition de Cjaxare et de Cyrus contre les Babyloniens -.première bataille.

VN.M.3448 Les deux partis avaient employé trois années de Av.j.c.556. gyjj^g ^ former leurs alliances et à faire des préparatifs

t vrop. 1. i, 1 •

pag.78-87. çjg guerre. Cyrus, voyant les troupes pleines d'ardeur et de bonne volonté , proposa à Cyaxare de les mener contre les Assyriens. Ses raisons étaient qu'il croyait devoir le décbarger du soin et de la dépense de nourrir deux armées; qu'il valait mieux manger le pays ennemi que le sien ; que cette démarcbe hardie d'aller à la rencontre des Assyriens était capable de répandre la terreur parmi leurs troupes, en même temps qu'elle remplirait les leurs de confiance; qu'enfin il lui avait souvent entendu dire à lui-même, aussi-bien qu'à Cambyse son père, que la victoire dépendait, non du nombre, mais du courage des soldats. Cyaxare entra dans ses vues.

On se mit donc en marche , après avoir fait les sacrifices ordinaires. Cyrus , au nom de toute l'armée , pria tous les dieux tutclaires de l'empire de vouloiibien leur être favorables dans l'expédition qu'ils commençaient, de les accompagner, de les conduire, de combattre avec eux, de leur inspirer le courage et la prudence dont ils avaient besoin, et de donner un heureux succès à leurs armes. Cyrus, en agissant ainsi, mettait en pratique l'important avis que lui avait donné son père , de commencer et de finir toutes ses actions et toutes ses entreprises par la prière ; et il ne manquait

jamais, avant et après le combat, de s'acquitter, à la vue de l'armée, de ce devoir de religion. Quand ils furent arrivés sur les frontières de l'Assyrie , leur premier soin fut encore de rendre hommage aux divinités du pays , et d'implorer leur secours et leur protection ; après quoi, il fit des courses dans le pays, et amassa un grand butin.

Cyrus apprit que les ennemis étaient éloignés d'environ dix journées : il engagea Cyaxare à les aller chercher. Quand les armées furent à la vue l'une de l'autre , on se prépara au combat. Les Assyriens s'étaient campés en rase campagne , et, selon leur coutume, que les Romains imitèrent depuis , ils avaient environné et fortifié leur camp d'un large fossé. Cyrus au contraire , qui était bien aise de dérober aux ennemis , autant qu'il était en lui, la vue et la connaissance du petit nombre de ses troupes , s'était couvert de quelques villages et de quelques petites collines. On fut de part et d'autre quelques jours à se regarder. Enfin , les Assyriens étant sortis les premiers de leur camp en fort grand nombre, Cvrus fit avancer ses troupes. Avant qu'elles fussent à la portée du trait , il donna le mot de ralliement, qui fut, Jupiter secourable et conducteur^. Il fit entonner l'hvmne ordinaire en l'honneur de Castor et de Pollux ^ , et les soldats , pleins d'une

' JenesaissiXénophon nedonne Kùpc; Aicaiioupci; Traiàva rôv vo;y.t-

point ici aux dieux persans le nom Ço[j.svov les derniers éditeurs ont mis

des dieux de son pays. entre crochets comme suspect le

= Ce n'est pas la seule fois que ^ot Aicox.oûpoïc qui manque dans

Xénophon, dans ce roman histo- certains manuscrits: c'est une note

rique , oublie qu'il s'agit des Perses marginale qui a passé dans le texte

(Voyez les Observations, pag. 98, Voyez les notes de Weiske et de

not. col. I.) Schneider sur cet endroit (III, 3 ,

^ Dans la phrase îçrp/sv au ô 58). — L.

Il8 HISTOIKL ANCIENNE.

religieuse ardeur (ôsoceêw;), y répondirent à liaule voix. Ce n'était dans toute l'armée de Cyrus qu'allégresse, qu'émulation, que courage, qu'exhortations mutuelles , que dévouement universel à faire tout ce que le chef ordonnerait; car, dit ici l'historien, on a remarqué qu'en ces occasions ceux qui craignent le plus la Divinité ont le moins de peur des hommes. Du côté des Assyriens , les archers , les frondeurs et les gens de trait firent leurs décharges avant que l'ennemi fût à portée; mais les Perses, animés par la présence et l'exemple de Cyrus , en vinrent tout d'un coup aux mains , et enfoncèrent les premiers bataillons. Les Assyriens , quelque effort que fissent et Crésus et leur propre roi pour les animer , ne purent soutenir un choc si rude , et prirent tous la fuite. La cavalerie des Mèdes s'ébranla en même temps pour attaquer celle des ennemis , qui fut aussi bientôt mise en déroute. Ils furent vivement poursuivis jusque dans leur camp. Il s'en fit un effroyable carnage , et le roi des Babyloniens (c'était Nériglissor) y perdit la vie. Cyrus ne, se crut pas en état de les forcer dans leurs retranchements, et il fit sonner la retraite.

Cyrop. 1.4, Cependant les Assyriens, après la mort de leur roi pag. 87-104. g|. 1^ perte des plus braves gens de l'armée, étaient Lib. 6, dans une étrange consternation. Dès que Crésus les vit pag. i6o. gj^ désordre, il tourna le dos, sans se mettre en peine de les secourir. Les autres alliés perdirent aussi toute espérance , et ne pensèrent plus qu'à se sauver à la faveur de la nuit.

Cyrus l'avait bien prévu, et il se préparait à les poursuivre vivement ; mais il avait besoin pour cela de cavalerie, et, comme on l'a déjà remarqué, les Perses

n'en avaient point. Il alla donc trouver Cyaxare, et lui proposa son dessein. Cyaxare l'improuva fort, et lui représenta le danger qu'il y avait de pousser à bout des ennemis si puissants, à qui l'on inspirerait peut-être du courage en les réduisant au désespoir; qu'il était de la sagesse d'user modérément de la fortune , et de ne pas perdre le fruit de la victoire par trop de vivacité; que d'ailleurs il ne voudrait pas contraindre les Mèdes, ni les empêcher de prendre un repos qu'ils avaient si justement mérité. C.vrus se réduisit à lui demander la permission d'emmener ceux qui voudraient bien le suivre, à quoi Cyaxare consentit sans peine; et il ne songea plus qu'à passer le temps en festins et en joie avec les officiers, et à jouir de la victoire qu'il venait de remporter.

Presque tous les Mèdes suivirent Cyrus , qui se mit en marche pour poursuivre les ennemis. Il rencontra en chemin des courriers qui venaient de la part des, Hyrcaniens% qui servaient dans l'armée ennemie, lui déclarer que dès qu'il paraîtrait ils se rendraient à lui ; et en effet ils le firent. Il ne perdit point de temps, et ayant marché toute la nuit , il arriva près des Assyriens. Crésus avait fait partir ses femmes pendant la nuil pour prendre le frais, car c'était en été; et il les suivait avec quelque cavalerie. La désolation fut extrême parmi les Assyriens, quand ils virent l'ennemi si près

* Ce ne sont point ici les Hyrca- :=: Xénophon dit seulement ( C>-

niens de la mer Caspienne. En sui- rop. IV, 2 j i ) que les Hyrcaniens

vant les campements de Cyrus dans étaient voisins des Assyriens. M. de

la Babylonie, on conjecture que Sainte-Croix conjecture qu'il s'agit

ceux dont il s'agit sont à quatre ou d'un corps d'HyrcanienS qui était

cinq journées au midi de la Baby- venu s'établir dans les plaines de

lonie. l'Assyrie. — L.

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