Tome II. Ilist. anc. I O
l46 HISTOIRE ANCIENNE.
la manière dont les anciens faisaient la guerre el donnaient les combats fait une partie essentielle de leur histoire.
Cyiop. 1. 6, Dans l'armée de Cyrus , les compagnies d'infanterie
l'a? ï 7- étaient de cent hommes, sans compter le capitaine.
La compagnie avait quatre escouades , qui étaient de
vingt-quatre hommes chacune , non compris celui qui
la commandait. L'escouade se partageait en deux files,
chacune de douze hommes. Dix compagnies avaient
un chef pour les commander , qui répond assez à ce
que nous appelons colonel; et dix de ces corps, avaient
un commandant , qu'on pourrait appeler brigadier.
Lib. a, J'^i ^^\^ remarqué que Cyrus, lorsqu'il vint à la
p. 39-40. j^Aj,^ ^^ trente mille Perses au secours de son oncle
Cvaxare , fit dès-lors un changement considérable dans
ses troupes. Les deux tiers ne se servaient que de
javelots ou d'arcs , et par conséquent ne pouvaient
combattre que de loin. Au lieu de cela, Cyrus les arma
pour la plupart de cuirasses, de boucliers, et d'epées
ou de haches , et laissa peu de soldats armés «i la
légère.
Lib. 4, Les Perses ne savaient alors ce que c'était que de
ptTs "'VsT combattre à cheval. Cyrus, convaincu que rien n'est plus décisif pour le gain d'une bataille que la cavalerie , sentit bien cet inconvénient, et de loin il prit de sages précautions pour v remédier. Il en vint à bout, et peu à peu il forma un corps de cavalerie persane qui monta jusqu'à dix mille hommes , qui étaient les meilleures troupes de l'armée.
Je parlerai ailleurs du changement qu'il introduisit
y dans les chariots de guerre. Il est temps de venir au
dénombrement des troupes de l'une et de l'autre armée ,
que l'on ne peut fixer que par conjecture , et en réunissant plusieurs endroits de Xénophon, cet auteur ayant omis d'en marquer ici précisément le nombre ; ce qui me paraît fort étonnant pour un homme habile dans la guerre comme l'était cet historien.
L'armée de Cyrus montait en tout à cent quatrevingt-seize mille hommes, infanterie et cavalerie. Dans ce nombre il y avait soixante-dix mille Perses naturels , savoir dix mille cuirassiers à cheval , vingt mille cuirassiers à pied, vingt mille piquiers, et vingt mille hommes armés à la légère. Le reste de l'armée , au nombre décent vingt-six mille hommes , comprenait vingt-six mille chevaux , Mèdes , Arméniens , et Arabes de la Babylonie, et cent mille fantassins des mêmes nations.
Outre ces troupes, Cyrus avait trois cents chariots Lib. a, de guerre armés de faux, dont chacun était tiré par ^'^]l'„^^ quatre chevaux attelés de front , et bardés à l'épreuve du trait , de même que ceux des cuirassiers persans.
Cyrus avait encore fait construire un grand nombre Pag. i.r, de chariots beaucoup plus grands, sur lesquels il y avait des tours hautes environ de dix - huit ou vin^t pieds , qui contenaient vingt archers. Ces chars étaient traînés sur des roulettes par seize bœufs attelés de front.
Il y avait aussi un grand nombre de chameaux, pag. 1.53 montés chacun de deux archers arabes adossés; en '^^ sorte que l'un regardait la tête , et l'autre la croupe du chameau.
L'armée de Crésus était plus forte du double que p^g. 153 celle des Perses , et montait à quatre cent vingt mille hommes , dont il y en avait soixante mille de cavalerie. Les principales troupes étaient des Babyloniens, des
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Lvdiens , des Phrygiens , des Cappadociens , des peuples de l'Hellespont et des Egyptiens, au nombre de trois cent soixante mille. Les derniers , c'est-à-dire les Egyptiens, faisaient eux seuls un corps de six vingt mille hommes. Ils avaient des boucliers qui les couvraient jusqu'aux pieds, des piques fort longues, et des épées courtes , mais larges. Le reste était des Phéniciens , des Cypriotes , des Ciliciens , des Lycaoniens , des Paphlagoniens , des Thraces et des Ioniens. Cyrop. 1.6, L'armée de Crésus se mit en bataille sur une seule pag. 166. [jgj^g ^ l'infanterie au centre , et la cavalerie sur les ailes. Toutes les troupes , tant de pied que de cheval , avaient trente hommes de profondeur ; mais les Egyptiens, dont nous avons vu que le nombre montait à six vingt mille hommes, et qui faisaient la principale force de l'infanterie de Crésus , dont ils occupaient le centre, étaient partagés en douze gros corps ou bataillons carrés de dix mille hommes chacun , qui avaient cent hommes de front et autant de profondeur, avec quelques intervalles entre les bataillons, afin d'agir et de combattre indépendamment les uns des autres. Crésus aurait voulu les engager à se ranger sur une moindre hauteur, pour faire un plus grand front. Les armées étaient dans une plaine immense qui permettait d'étendre ses ailes à droite et à gauche; et son dessein, sur lequel seul il fondait l'espérance de la victoire, était d'envelopper l'armée des Perses : mais il ne put obtenir des Egyptiens qu'ils changeassent l'ordre de bataille auquel ils étaient accoutumés. L'armée , ainsi rangée sur une ligne, occupait de terrain presque quarante stades, c'est-à-dire près de deux lieues.
Araspe , qui , sous prétexte d'un mécontentement ,
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s'était retiré dans l'armée de Crésus , et qui avait eu ' ordre sur-tout de bien examiner la manière dont ce général rangerait ses troupes , était revenu dans le camp des Perses la veille du combat. Cyrus , pour former son ordre de bataille , se régla sur la disposition de l'armée de Crésus, dont ce jeune seigneur mède lui avait rendu un compte exact.
Les troupes persanes combattaient ordinairement Pag. 167. sur vingt- quatre de hauteur : Cyrus changea cette disposition. Il lui importait de former le plus grand front qu'il lui serait possible sans trop affaiblir ses phalanges, pour ne pas être enveloppé. Son infanterie était excellente , armée avantageusement de cuirasses , de pertuisanes , de haches et d'épées ; et pourvu qu'elle pût joindre l'ennemi corps à corps , il n'y avait pas lieu de croire que les phalanges lydiennes , armées seulement de boucliers légers et de javelots, en pussent soutenir l'attaque. Cyrus dédoubla donc les files de son infanterie , et les mit sur douze de hauteur seulement : elle était composée de quatre-vingt-treize mille hommes. La cavalerie était rangée sur les deux ailes , la droite commandée par Chrysante , et la gauche par Hystaspe. Le front entier de l'armée n'occupait en tout qu'un terrain de trente-deux stades % c'est-à-dire un peu plus d'une lieue et demie ; et par conséquent il était débordé de plus de trois stades ^ de chaque côté par l'armée ennemie. .»
Derrière cette première ligne , et à une très - petite
» Xénophon parle sans doute de ^ Un peu moins d'un quart de
stades olympiques; il s'agit donc lieue, d'une distance de 6000 mètres en- = 555 mètres. — L.
viron. — L.
t5o histoire A.NCIENKE.
distance , Cyrus plaça les lanceurs de javelots ; après eux , les archers. Ils étaient couverts les uns et les autres par les soldats qui étaient avant eux, au-dessus de la tête desquels ils pouvaient lancer contre l'ennemi leurs javelots et leurs flèches.
Il forma une dernière ligne, pour composer l'arrièregarde, de ce qu'il y avait de plus hraves soldats dans l'armée. lieur fonction était d'avoir l'œil sur ceux qui étaient placés devant eux, d'encourager ceux qui faisaient leur devoir , d'arrêter par des menaces ceux qui s'ébranlaient, et d'aller même jusqu'à tuer les fuyards comme des traîtres , afin d'opposer de leur part aux lâches une crainte plus grande que celle qui pouvait leur venir du coté des ennemis.
Derrière l'armée persane étaient ces tours roulantes dont j'ai parlé plus haut. Elles formaient une ligne égale et parallèle à celle de l'armée, et ne servaient pas seulement à incommoder l'ennemi par les décharges continuelles des îfrchers dont elles étaient garnies , mais pouvaient encore être regardées comme des espèces de forts ou de redoutes mobiles, sous lesquelles les troupes persanes pouvaient se rallier, en cas qu'elles fussent rompues et poussées par l'ennemi.
Tout proche de ces tours , il y avait deux autres lignes , parallèles aussi et égales au front de l'armée , formées l'une par les bagages , et l'autre par les chariots qui portaient les femmes et les personnes inutiles. Cvrop. 1.6, Pour former toutes ces lignes, et les mettre hors pag. i68. j'^j-g^f [l'être insultées par l'e^emi, Cyrus avait placé à la queue deux mille hommes d'infanterie , deux mille chevaux, et la troupe des chameaux, qui était assez nombreuse.
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Le dessein de Cyrus , en formant deux lignes de ces bagages , était non-seulement de faire paraître son armée plus nombreuse qu'elle n'était en effet , mais d'obliger les ennemis , en cas qu'ils voulussent l'envelopper , comme il savait que c'était leur projet , de faire un plus long circuit , et par conséquent de s'affaiblir en s'allongeant.
Restent les chariots persan^ armés en guerre. Ils étaient partagés en trois corps, de cent chacun. L'un de ces corps, commandé par Abradate, roi de la Susiane , fut placé au front de la bataille , et les autres sur les deux flancs de l'armée.
Tel fut l'ordre de bataille des deux armées, et elles Pag iGy. furent ainsi rangées le jour qui précéda le combat.
Le lendemain , dès le grand matin , Cyrus fit un sacrifice, pendant lequel l'armée prit de la nourriture; et les soldats, après avoir fait des libations aux dieux, allèrent se revêtir de leurs armes. On ne vit jamais rien de plus leste ni de plus magnifique : cottes d'armes, cuirasses, boucliers, casques, on ne savait ce qu'on devait le plus admirer. Hommes et chevaux, tout brillait d'airain et d'écarlate.
Abradate étant sur le point de mettre sa cuirasse, p. 169,170. qui n'était que de lin piqué, selon la mode de son pays, Panthée, sa femme, lui vint présenter un casque, des brassards et des bracelets, tout cela d'or, avec une cotte d'arn^es de sa hauteur , plissée par en bas , et un grand panache de couleur de pourpre. Elle avait fait préparer toute cette armure à l'insu de son mari, pour lui ménager le plaisir de la surprise. Malgré les efforts qu'elle faisait, elle ne put, en le revêtant de cette armure , s'empêcher de répandre quelques larmes : mais
quelque tendresse qu'elle eût pour lui , elle l'exhorta à mourir plutôt les armes à la main que de ne se pas signaler d'une manière digne de leur naissance, et digne de l'idée qu'elle avait tâché de donner de lui à Cyrus. « Nous lui avons , dit-elle , des obligations infi- « nies. J'ai été sa prisonnière , et , comme telle , desti- « née pour lui; mais je ne me suis point trouvée esclave « entre ses mains , ni «e me suis point vue libre à des « conditions honteuses. Il m'a gardée comme il aurait « gardé la femme de son propre frère; et je lui ai bien « promis que vous sauriez reconnaître une telle grâce. — « O Jupiter ! s'écria Abradate en levant les yeux vers « le ciel , fais que je paraisse en cette occasion digne « mari de Panthee , et digne ami d'un si généreux bien- « faiteur. » Cela dit, il monta sur son char. Panthée ne pouvant plus l'embrasser , voulut encore baiser le char où il était ; et , après l'avoir suivi des yeux le plus loin qu'il lui fut possible, elle se retira.
Cyrop. 1. 6, Quand C}'rus eut achevé son sacrifice , qu'il eut P''>s ï/O donné aux officiers les ordres et les instructions nécessaires pour le combat , et qu'il les eut avertis de rendre aux dieux l'hommage qui leur est dû , chacun alla
!.. 7,p. 172. prendre son poste. Ses officiers lui apportèrent du vin et des viandes. Il en mangea un peu tout debout, et fît distribuer le reste aux assistants. Il prit aussi du vin , dont il versa une partie en offrande aux dieux avant que de boire, et tous les autres en firent autant. 4près cela, il pria encore de nouveau le dieu de ses pères de vouloir être son guide , et de venir à son secours ; et aussitôt il monta à cheval , et commanda à chacun de le suivre.
Comme il examinait de quel côté il fallait marcher ,
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ayant entendu un coup de tonnerre du côté droit : ^ Nous te suivons y souverain Jupiter , s'écria- t-il ; et à l'instant même il se mit en marche , ayant à sa droite Chrysante, qui commandait l'aile droite de sa cavalerie, et à sa gauche Arsamas , qui commandait l'infanterie. Il les avertit sur-tout de prendre garde à l'étendard royal , et d'avancer tous également. Cet étendard était un aigle d'or au bout d'une pique , avec les ailes déployées ; et depuis ce temps-là les rois de Perse n'en ont point pris d'autre. Avant que d'arriver aux ennemis , il fît faire halte à son armée par trois fois ; et , après avoir marché environ une lieue ^ , on commença à les découvrir. '
Quand ils furent en présence les uns des autres, et que les ennemis eurent remarqué combien le front de leur bataille surpassait celle de Cyrus, le centre de l'armée babylonienne fit halte , tandis que les deux ailes s'avancèrent en se courbant à droite et à gauche, à dessein d'envelopper l'armée de Cyrus , et de l'attaquer en même temps de tous cotés. Ce mouvement n'étonna point Cyrus, qui s'y était bien attendu. Après avoir donné pour mot de ralliement Jupiter sauveur et conducteur, il quitta son aile droite, leur promettant de les venir rejoindre au plus tôt pour les aider à vaincre, si c'était la volonté des dieux.
Il parcourut tous les rangs pour donner ses ordres p, 173.1,^6. et pour animer les troupes ; et lui qui , en toute autre occasion , était si modeste et si éloigné de tout air d'os-
1 II avait effectivement pour raies sur la Cyropédie, /»//« haut,
guide un dieu, mais bien différent p. 96. — L. de Jupiter. 2 20 stades. = 8700 mètres. — L.
= Voyez les Observations gêné-
pag. 176.
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tentation , au moment du combat parlait d'un ton ferme et décisif. Camarades , leur disait-il , suivez-moi a une victoire assurée : les dieux sont pour nous. Et comme il vit plusieurs des officiers, et Abradate même , inquiets du mouvement que faisaient les deux ailes de l'armée lydienne pour attaquer celle de Cyrus par ses deux flancs : « Ces troupes, leur dit-il, vous alarment; et « moi, je vous déclare que c'est par elles que commente cera la déroute. Je vous la donne pour signal du temps « où vous , Abradate , vous devez pousser vos chariots « contre l'ennemi. » En effet, la chose arriva ainsi. Cyrus , après avoir donné ses ordres par-tout , retourna à son aile droite.
Cyrop. 1. 7, Quand les deux corps détachés de l'armée lydienne se fiirent assez allongés, Crésus donna le signal à son armée, qui marcha contre le front de celle des Perses, tandis que les ailes repliées sur les flancs avançaient de^ chaque coté , en sorte que l'armée de Cyrus se trouvait enfermée de trois cotés comme par trois grosses armées , et semblait , dit Xenophon , un petit carré inscrit dans un plus grand.
Dans l'instant, au premier signal qu'en donna Cyrus, les troupes firent face de tous cotés, gardant un profond silence dans l'attente de l'événement. Ce prince crut alors qu'il était temps d'entonner l'hymne du combat. Toute l'armée y répondit par de grands cris, en invoquant le dieu de la guerre. Aussitôt Cyrus, à la tête de quelques troupes de cavalerie, suivi au grand pas d'un corps d'infanterie , tomba sur les ennemis qui marchaient pour prendre en flanc la droite de son armée , et , les ayant pris eux-mêmes en flanc , les mit en désordre. En même temps les chariots poussés à
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toute bride contre les Lvdiens en achevèrent la déroute.
Dans le même moment, les troupes du flanc gauche, averties par le bruit que Cyrus avait commencé le combat à la droite, allèrent à l'ennemi. Elles firent d'abord avancer l'escadron des chameaux comme Cyrus l'avait ordonné. La cavalerie ennemie ne l'attendit pas , et du plus loin que les chevaux l'aperçurent, ne pouvant souffrir l'odeur de ces animaux, ils se renversèrent les uns sur les autres , et plusieurs , se cabrant , jetèrent par terre ceux qui les montaient. Un petit corps de cavalerie , commandé par Artagèse , poussant vivement les ennemis pour les empêcher de se rallier, et les chariots armés de faux venant à tomber rudement sur eux, la déroute fut entière , et il s'y fit un horrible carnage.
C'était le signal que Cyrus avait donné à Abradate pag. 177. pour attaquer le front de l'armée ennemie. 11 partit comme un éclair, et s'élança contre les ennemis, suivi de tous ses chariots. Ceux des ennemis ne purent soutenir un si rude choc, et se dissipèrent. Abradate, les ayant rompus et renversés , vint aux bataillons des Egyptiens lesquels , marchant serrés et couverts de leurs boucliers pour ne point laisser de passage aux chariots, n'étaient renversés qu'à peine par la violence des chevaux qui les foulaient aux pieds. C'était un spectacle épouvantable que de voir les monceaux d'hommes , de chevaux, de chariots rompus, d'armes brisées, et l'horrible effet des faux tranchantes qui coupaient en pièces tout ce qu'elles rencontraient. Mais malheureusement le char d' Abradate s'étant renversé, il fut tué avec les siens , après avoir fait des efforts extraordinaires de courage. Les Egyptiens marchant en avant, serrés et couverts de leurs boucliers, obligèrent l'infanterie per-
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sane de plier , et les poussèrent au-delà de la quatrième ligne , jusque sous leurs machines. Là les Égyptiens se trouvèrent accablés d'une grêle de flèches et de javelots qu'on lançait sur eux du haut de ces tours roulantes; et les bataillons de l'arrière-garde des Perses , s'avancant l'èpëe à la main, empêchèrent leurs gens de trait de fuir plus avant, et les contraignirent de retourner à la charge.
Cyrop. 1. 7, Cyrus, après avoir mis en fuite la cavalerie et l'in-
pag. 178. . J • .
fanterie à la gauche des Egyptiens , ne s'était pas amusé à poursuivre les fuyards. Ayant poussé droit au centre, il vit avec douleur que les Perses avaient été obligés de plier; et jugeant bien que le seul moyen d'empêcher les Egyptiens de gagner du terrain était de les prendre par derrière , il les chargea en queue : la cavalerie survint en même temps, et poussa vivement les ennemis. Les Egyptiens, attaqués de tous cotés, faisaient face par-tout, et se défendaient avec un courage merveilleux. Cyrus même courut un grand risque. Son cheval , qu'un soldat avait percé sous le ventre, s'étant abattu sous lui, il tomba au milieu des ennemis. On vit pour-lors, ' dit Xénophon, combien il importe à un commandant de se faire aimer de ses troupes. Officiers et soldats, également alarmés du danger où ils virent leur chef, se précipitèrent tête baissée au milieu de cette forêt de de piques pour le dégager. Lorsqu'il fut remonté à cheval , le combat devint encore plus sanglant. A la fin, Cyrus, admirant la valeur des Egyptiens, et ayant peine à laisser périr de si braves gens , leur fit offrir des conditions honorables , leur représentant que tous leurs alliés les avaient abandonnés. Ils les acceptèrent, et, comme ils ne se piquaient pas moins de fidélité que de
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courage, ils stipulèrent qu'on ne leur ferait point porter les armes contre Crésus, qui les avait appelés à son secours. Ils servirent depuis ce temps-là dans les troupes des Perses avec une fidélité inviolable.
Xénoplion observe que Cyrus leur donna les villes de pag. 1-9. Larissa et de Cyllène, près de Cumes, sur le bord de la mer, et d'autres places dans le milieu des terres, oii leurs descendants habitaient encore de son temps; et il ajoute qu'on les nommait les villes des Egyptiens. Cette remarque de Xénoplion, ainsi que quelques autres répandues dans la Cyropédie, pour prouver la vérité des choses qu'il avance, montrent qu'il donnait cet ouvrage pour une histoire véritable de Cyrus, au moins pour la plus grande partie, et pour le fond des choses mêmes. C'est la judicieuse réflexion que fait ici M. Fréret.
Le combat avait duré jusqu'au soir. Crésus se retira pag. i*?o. en diligence à Sardes avec ses troupes. Les autres nations prirent pareillement , dès la nuit même , le chemin de leur pays , et firent la plus grande traite qu'ils purent. Les vainqueurs , après avoir mangé , et établi des corpsde-garde, prirent du repos.
J'ai tâché, en décrivant cette bataille, de suivre exactement le texte grec de Xénoplion , dont la traduction n'est pas toujours fidèle. Des gens du métier, à qui j'ai communiqué cette description , trouvent qu'il manque quelque chose à la disposition que Cyrus fit de son ordre de bataille , en ce qu'il ne met point de troupes sur ses flanfcs pour les couvrir , pour soutenir les chariots armés, et pour s'opposer aux deux corps que Crésus avait détachés pour prendre son armée en flanc.
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Cette circonstance a pu échapper à Xénophon dans le récit qu'il nous a laissé de cette bataille. Cyrop. 1. 7, ^n convicnt que Cyrus fut principalement redevable pag- I o. jg j^ victoire à la cavalerie persane , qui était un nouvel établissement, et le fruit de l'attention et de l'activité de ce prince à former et perfectionner sa nation dans cette partie de l'art militaire, qui jusqu'à son temps, lui avait manqué. Les chariots armés de faux rendirent aussi un bon service, et l'usage s'en conserva toujours depuis chez les Perses. Les chameaux ne furent pas inutiles dans ce combat , mais Xénophon n'en fait pas grand cas; et il remarque que de son temps on ne s'en servait plus que pour porter les bagages.
Je n'entreprends point de relever le mérite de Cyrus; il me suffit de dire qu'on voit briller ici en lui toutes les qualités d'un grand capitaine. Avant le combat , sagacité et prévoyance admirable pour découvrir et déconcerter les mesures de l'ennemi ; détail infini pour que rien ne manque dans l'armée, et que tous ses ordres soient exécutés à point nommé; merveilleuse industrie pour gagner le cœur des soldats , et pour les remplir d'ardeur et de confiance. Dans le feu même de l'action, quelle activité, quelle ardeur, quelle présence d'esprit pour donner les ordres à propos ! quelle intrépidité de courage, quelle bonté pour les ennemis mêmes, dont il respecte la valeur , et dont il se croit obligé d'épargner le sang î Nous verrons bientôt l'usage qu'il fera de sa victoire.
Mais ce qui me paraît plus remarquable dans Cyrus , et plus digne encore d'admiration que tout le reste , c'est son attention continuelle à rendre à la Divinité, en toute occasion , le culte qu'il croyait lui être dû. On
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a sans doute été frappé, en lisant le récit que j'ai fait du combat , de voir combien de fois Cyrus , à la vue de toute l'armée, fait mention des dieux, leur offre des sacrifices , leur présente des libations , leur adresse des prières , se met sous leur protection , et implore leur secours. Je n'ai rien ajouté au texte de Tliistorien , qui était aussi bomme de guerre, et qui n'a pas craint de se déshonorer en rapportant ce détail. Quelle honte, quel reproche serait-ce pour des généraux et des officiers chrétiens , si , dans un jour d'action et de bataille , ils rougissaient de paraître aussi religieux qu'un prince païen , et si le Dieu des armées , qu'ils reconnaissent pour tel , faisait moins d'impression sur leur esprit # que le respect pour les fausses divinités du paganisme n'en faisait sur l'esprit de Cyrus!
Pour Cresus , il ne fait pas ici un beau personnage. Il n'est pas dit un mot de lui dans le combat. Ce profond silence que garde Xénophon à son égard me paraît en dire beaucoup, et nous faire entendre qu'on peut être un puissant roi et un riche potentat sans être un grand guerrier.
Je reviens dans le camp des Perses. On s'imagine p. 184-186 aisément quelle fut la désolation de Panthée quand on lui annonça la mort d'Abradate. Ayant fait porter le . corps de son mari dans un chariot sur le bord du Pactole , et tenant sa tête sur ses genoux , tout hors d'ellemême , et arrêtée fixement sur ce triste objet , elle ne songeait qu'à nourrir sa douleur et à repaître ses yeux de ce lugubre'et sanglant spectacle. Cyrus l'ayant appris, y accourut aussitôt, et, mêlant ses larmes à celles de cette épouse infortunée, il fit ce qu'il put pour la consoler, et donna des ordres pour rendre au mort des lion-
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neurs extraordinaires. Mais à peine se fut-il retiré , que Panthée, succombant à sa douleur, se perça le sein d'un poignard , et tomba morte sur son mari. On leur éleva dans le lieu même un tombeau commun, qui subsistait encore du temps de Xenophon.
§ VI. Prise de Sardes et de Crèsus.
Herod. 1. I, Cyrus,dès le lendemain matin, marcha vers Sardes.
fjp- 79- 4. g- Y^^ gj^ croit Hérodote, Crésus n'attendit pas qu'il l'y enfermât ; il sortit à sa rencontre avec ses troupes pour lui livrer bataille. Selon cet historien , les Lydiens étaient les peuples de l'Asie les plus braves et les plus % belliqueux. Leur principale force consistait dans la cavalerie. Cyrus, pour la rendre inutile, fît d'abord avancer ses chameaux , dont elle ne put en effet soutenir ni la vue ni l'odeur, et prit la fuite sur-le-champ. Les cavaliers mirent pied à terre, et revinrent au combat , qui fut fort opiniâtre ; mais enfin les Lydiens cédèrent , et furent obligés de se retirer dans la ville. Cyrus en forma le siège , et fit dresser ses machines
Cyrop. 1. 7 , coutrc Ics muraiUcs et préparer des échelles comme
pag. i8o.
pour l'assaut. Mais pendant qu'il amusait les Sardiens par tous ces apprêts , la nuit suivante il se rendit maître de la citadelle , ayant appris par un esclave persan , qui en avait servi le gouverneur , une route dérobée qui y conduisait. A la pointe du jour il entra dans la ville , où il ne trouva plus de résistance. Son premier soin fut d'en empêcher le pillage ; car il s'aperçut que les Chaldéens , ayant quitté leurs rangs , s'étaient déjà répandus de côté et d'autre. Il fallait avoir autant d'autorité qu'en avait Cyrus pour arrêter et lier en quekjue sorte pai' un simple ordre les mains avides de soldats
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étrangers, clans une ville aussi remplie de richesses que • Tétait Sardes. Il fit déclarer aux bourgeois qu'ils auraient la vie sauve , et qu'on ne toucherait ni à leurs femmes ni à leurs enfants, pourvu qu'ils lui apportassent tout leur or et tout leur argent. Ils y consentirent sans peine. Crésus, qu'il s'était fait amener, leur en avait donné l'exemple , en livrant tous ses trésors au vain- ^
queur.
Quand Cyrus eut donné dans la ville tous les ordres Pag. iSi-iS, nécessaires, il eut un entretien particulier avec le roi, à qui il demanda sur-tout ce qu'il pensait de l'oracle de Delphes et des réponses du dit-u qui y préside, dont on disait qu'il avait toujours fait g'and cas. Cresus commença par avouer qu'il s'était justement attiré l'indignation de ce dieu en lui témoignant de la défiance sur la vérité de ses réponses, et l'ayant pour cela mis à l'épreuve par une question absurde et ridicule ; que cependant il ne pouvait pas s'en plaindre : car , l'ayant consulté pour savoir ce qu'il avait à faire pour mener une vie heureuse , l'oracle lui avait fait une réponse dont le sens était qu'il posséderait un bonheur parfait et constant lorsqu'il se connaîtrait lui-même. Faute de cette connaissance, continua-t-il , et se croyant, parles louanges qu'on lui donnait sans mesure, tout autre qu'il n'était en effet , il s'était laissé nommer généralissime de toute l'armée , et s'était mal à propos engagé dans cette guerre contre un prince qui lui était infiniment supérieur en tout. Maintenant donc qu'instruit par ma défaite je commence à me connaître , je compte aussi que je vais commencer à être heureux; et je le serai certainement , si vous m'êtes favorable , car mon sort est entre vos mains. Cvrus , touché de compassion