‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiquesChapitre 24 sur 85 · Tome TI. ffist. anr. I i · texte numérisé non relu

Tome TI. ffist. anr. I i

l6l HISTOIRE ANCIENNE.

pour le malheur de ce roi , déchu en un moment d'un si haut rang, et admirant son égalité d'ame dans un tel renversement de fortune, le traita avec beaucoup de clémence et de bonté , et lui laissa le nom et Tautorité de roi, mais en lui interdisant le pouvoir de faire la guerre : c'est-à-dire , comme il le reconnut lui-même , qu'il le déchargea de ce que la royauté a de plus onéreux , et le mit véritablement en état de mener une vie heureuse et exempte de tout soin et de toute inquiétude. Il le mena toujours ensuite avec lui dans ses expéditions , soit par estime , pour profiter de ses conseils, soit plutôt par politique, pour s'assurer de sa personne.

Hérodote, et après lui d'autres auteurs, ajoutent à

ce récit quelques circonstances fort remarquables , que

je ne crois pas devoir omettre ici, quoiqu'elles me

paraissent tenir plus du merveilleux que du vrai.

J'ai déjà remarqué que l'unique fils qui restait à

Herod. 1. I, Crésus était muet ^ Ce prince voyant, dans la prise

cap. 83. ^|g jg ^jjjg ^ ^^ soldat près de décharger un coup de

sabre sur la tête du roi, qu'il ne connaissait point, sa

crainte et sa tendresse pour son père lui firent faire

un effort qui rompit les liens de sa langue , et il s'écria :

Soldat, ne tue point Cresus.

id Tbid Crésus , ayant été fait prisonnier , fut condamné par

cap. 86-91. jg vainqueur à être brûlé vif. On dressa donc le bû-

in Soione. clicr , et cc malheurcux prince , avant été mis dessus ,

sur le point de l'exécution rappela dans son esprit ^

' Ce jeune homme était en uième piste; ces mots rendraient le fait

temps sourd, ^t£^9apu.évo; r»iv ày.cr.v, bien extraordinaire pour ne pas dire

selon le texte d"Hérodote(c. 36 ;mais absurde. — L.

ReiskeetLarcherpensentavec raison ^ Cet entretien a été rapporté cique rr,v àxoT.v est une glose de co- devant, p. 84 et suiv.

PERSES ET MÈDES. l63

l'entretien qu'il avait eu autrefois avec Solon; et reconnaissant la vérité de ses avis , il s'écria par trois fois , Solon y Solon, Solonl Cyrus, qui était présent à ce spectacle avec les principaux de sa cour , ayant appris pourquoi, dans cette extrémité, il prononçait avec tant de vivacité le nom de ce célèbre philosophe, touché de l'incertitude des choses humaines et du malheur de ce prince, le fit retirer du bûcher, et l'honora toujours pendant qu'il vécut. * Ainsi Solon eut la gloire d'avoir d'un seul moi sauvé la vie à Tun de ces deux rois, et donné une salutaire instruction à l'autre.

Deux réponses sur-tout, parties de l'oracle de Delphes , avaient beaucoup contribué à engager Crésus dans cette guerre , qui lui fut si funeste ; l'une était que Crésus devait se croire en danger lorsqu'un mulet régnerait sur les Mèdcs; l'autre que, quand il passerait le fleuve Halys pour faire la guerre aux Mèdes , il détruirait un grand empire. Le premier de ces oracles lui fit conclure que , vu l'impossibilité de la chose , il était en pleine sûreté : le second lui laissait espérer qu'il renverserait l'empire des Mèdes. Quand il vit que les choses avaient tourné tout autrement , il dépêcha , avec la permission de Cyrus, des courriers à Delphes, qu'il chargea de présenter au dieu de sa part des chaînes d'or, et de lui faire en même temps des reproches de ce que, malgré les présents infinis qu'il lui avait faits , il l'avait si indignement trompé par ses oracles. Le dieu n'eut pas de peine à justifier sa réponse. Cyrus était le mulet dont l'oracle avait voulu parler , parce qu'il tirait sa naissance de deux différents peuples, étant Perse par

' Kat ^o'^av é'sy^ev ô 2oXwv évl (jaç twv PaaiXswv. ( Plut. In Soy.ôytù tÔv [j.£v ffw^aç , rôv <îè ■k'X'.^v'j- loue. § 28 , fin. )

l64 HISTOIRE ANCIENNE.

son père , et Mède par sa mère. A l'égard de l'empire qu'il devait renverser , ce n'était pas celui des Mèdes , mais le sien propre.

C'est par ces sortes d'oracles , faux et trompeurs , que le déinon, cet esprit de mensonge qui en était l'auteur, abusait le genre humain dans ces temps de ténèbres et d'ignorance , répondant à ceux qui le consultaient en des termes si douteux et si ambigus , que , quel que fût l'événement , ils pouvaient recevoir un sens qui s'y rapportât.

Herod. 1. 1, Quand les peuples d'Ionie et d'Éolie eurent appris

i53. que Lyrus s était rendu maître des Lydiens , ils lui

envoyèrent des députés à Sardes pour demander d'être reçus sous son empire aux mêmes conditions qu'il avait accordées aux Lydiens. Cyrus, qui, avant sa victoire, les avait inutilement sollicités d'embrasser son parti , et qui se voyait alors en état de les y contraindre par la force , ne leur répondit que par l'apologue d'un pêcheur qui, ayant joué en vain de la flûte pour faire venir à lui des poissons, ne vint à bout de les prendre qu'en jetant son filet dans l'eau. Exclus de cette espérance , ils implorèrent le secours des Lacédémoniens , qui députèrent vers Cyrus pour l'avertir qu'ils ne souffriraient pas qu'il entreprît rien contre les Grecs. Ce prince ne fit que rire d'une telle députation , et les avertit à son tour de se mettre en état de se bien défendre eux-mêmes.

Les insulaires n'avaient rien à craindre de Cyrus , parce qu'il n'avait pas encore dompté les Phéniciens , et que les Perses étaient sans flotte.

PERSES ET MÈDES. l65

ARTICLE II

Histoire du siège et de la prise de Babjlonc par Cjrus.

Cyrus resta dans l'Asie mineure jusqu'à ce qu'il eût Herod. i. i , entièrement soumis les divers peuples qui 1 habitaient, cyro;.. 1.7 , depuis la mer Egée jusqu'à TEuphrate. Il passa de là ^' dans la Syrie et dans l'Arabie, qu'il subjugua pareillement ; après quoi il entra dans l'Assyrie , et s'avança vers Babylone , qui était la seule ville d'Orient qui lui résistât encore.

Le siège de cette importante place n'était pas une entreprise facile. Les murailles en étaient d'une hauteur extraordinaire, et paraissaient inaccessibles, sans compter que le nombre de ceux qui les deftndaient était immense : la ville d'ailleurs était pourvue de toutes sortes de provisions pour vingt ans.

Ces difficultés n'empêchèrent pas Cyrus de pousser son dessein. Désespérant de prendre la place d'assaut, il laissa croire qu'il songeait à la réduire par la famine. Il fit donc tirer d'abord une ligne de circonvallation tout autour de la ville , avec un fossé large et profond ; et pour ne pas accabler ses troupes de fatigue, il divisa son armée en douze parties , et assigna à chacune son mois pour la garde des tranchées. Les assiégés, se croyant en pleine sûreté à la faveur de leurs remparts et de leurs magasins, insultaient à Cyrus du haut de leiîrs murailles , et se moquaient de la peine inutile qu'il se donnait , et de tout ce qu'il faisait contre eux.

l66 HISTOIRE ANCIENNE.

§ I. Prédictions des principales circonstances du siège et de la prise de Bahjlone , marquées en différents endroits de V Écriture sainte.

Comme la prise de Babylone est un des plus grands événements de l'Histoire ancienne, et que les principales circonstances qui l'ont accompagnée ont été prédites plusieurs années auparavant dans l'Ecriture sainte, avant que de raconter ce qu'en ont dit les auteurs profanes, je crois qu'il est à propos de rapporter ici en abrégé ce qui s'en trouve dans les livres saints , afin que les lecteurs soient plus en état de comparer l'accomplissement avec les prédictions.

1 . Prédiction de la captivité des Juifs à Babjlone , et de sa durée.

Dieu ne s'était pas contenté de faire prédire longtemps auparavant la captivité que son peuple devait souffrir à Babylone, mais il avait encore marqué le nombre précis d'années qu'elle devait durer. Il en avait fixé le terme à soixante-dix ans, après lesquels il avait promis de le délivrer , en détruisant avec éclat et sans retour la ville de Babylone , qui lui avait servi de prison. jerem. 25 , Servieut régi Babjloms septuaginta annis.

IL Raison de la colère de Dieu contre Babjlone.

Ce qui allume la colère de Dieu contre Babylone, est l'orgueil insupportable de cette ville , la dureté inhumaine qu'elle exerce contre les Juifs, et l'impiété sacrilège de son roi.

PERSES ET MÈDES. lÔ'^

Son orgueil^. Elle se croit invincible. Elle dit en son cœur : Je suis reine, et je le serai toujours. Aucune autre puissance ne m'est égale : toutes me sont assujetties, ou tributaires, ou alliées. Je ne serai jamais ni veuve, ni stérile; et l'éternité est marquée clans ma destinée, selon tous ceux qui l'ont étudiée dans les astres.

Sa dureté. C'est Dieu lui-même qui s'en plaint'. J'ai voulu punir mon peuple, dit-il, mais en père. Je l'ai exilé pour un temps à Babvlone , dans le dessein de l'en rappeler quand il serait devenu plus reconnaissant et plus fidèle. Mais Babylone et son prince ont joint à un châtiment paternel de ma part une cruauté et une inhumanité très-opposée à ma clémence. Leur dessein a été de perdre , et le mien était de sauver. Ils ont converti le bannissement en une dure captivité, où ni l'âge , ni la faiblesse , ni la vertu , n'ont trouvé de compassion et d'égards.

Vimpiétè sacrilège de son roi. Baltasar joignit à l'orgueil et à la dureté de ses prédécesseurs une impiété qui lui fut particulière. Il ne préféra pas seulement ses fausses divinités au vrai et unique Dieu , il crut encore l'avoir vaincu , parce qu'il avait dans son pouvoir les vaisseaux qui avaient servi à son culte ; et , comme pour lui insulter , il affecta de les destiner à des usages profanes. C'est ce qui mit le comble à la colère de Dieu.

' •< Dixisti ; In sempiternuiii ero lueum , et dedi eos in manu tuà

domina. . . . Dicis in corde tuo : Ego ( Rabylon. ). Non posuisti eis mise-

sum , et non est praeter me ampliùs : ricoidiam : super senem aggravasti

non sedebo vidua , et ignorabo ste- jugum tuum valdè. Veniet super te

rilitatem. .. ( Is. 47, 1, 8. ) malum. » ( Is. 47, 6 et 7. )

* « Iratus sum super populum

l68 HISTOIRE ANCIENIVE.

III. Arrêt pi'ononcé contre Babylone. Prédiction des maux qui la doivent accabler, et de sa ruine entière.

Ter. 5i, II. « Aiguisez vos flèches, remplissez vos carquois (c'est « le prophète qui parle aux INIètles et aux Perses). Le « Seigneur a suscité le courage des rois de Médie; il a « formé sa résolution contre Babylone , afin de la « perdre , parce que le temps de la vengeance du « Seigneur est arrivé , le temps de la vengeance de son « temple.

isai. 11,6-9. " Poussez des cris et des hurlements, parce que le « le jour du Seigneur est proche... jour cruel , plein d'in-

Jer. iv, 18. « dignation, de colère et de fureur... Je vais visiter dans « ma colère le roi de Babylone et son pays , comme j'ai « visité le roi ^ d'Assur...

id 5o i5 " Attaquez cette ville impie ; rendez-lui selon ses

et 29. « œuvres. Traitez-là comme elle a traité les autres. N'é-

« pargnez point ses jeunes hommes; exterminez toutes

id. 5i,3. " S6S troupes... Quiconque sera trouvé dans ses mu-

isai. i^i, i5- ^^ railles , sera tué : tous ceux qui se présenteront pour « la défendre passeront au fil de l'épée. Les enfants c( seront écrasés contre la terre à leurs yeux; leurs ce maisons seront pillées , et leurs femmes seront violées. « Je vais susciter contre eux les Mèdes, qui ne cher- « cheront point d'argent , et qui ne se m ettront point (( en peine de l'or : mais ils perceront les petits enfants « de leurs flèches , ils n'auront point de compassion de « ceux qui sont encore dans les entrailles de leurs mères , « et ils n'épargneront point ceux qui ne font que de

' En ruinant la ville de Ninive.

« naître... Mallieur à toi, fille de Babylone! Heureux Ps. i3fi, « celui qui te rendra tous les maux que tu nous a faits ! « heureux celui qui prendra tes petits enfants, et les « brisera contre la pierre !

« Babylone, si magnifique et si superbe, cette reine isai. i3, « entre les royaumes du monde, qui avait porté dans « un si grand éclat l'orgueil des Chaldeens , sera détruite « comme le Seigneur renversa Sodome et Gomorrhe. « Elle ne sera plus habitée : on ne la rebâtira jamais. « Les Arabes n'y dresseront pas même leurs tentes, et « les pasteurs n'y viendront point pour y faire reposer « leurs troupeaux. Mais les bêtes sauvages s'y retireront : « ses maisons seront remplies d'oiseaux funestes et noc- « turnes : les autruches y viendront habiter... Les « hiboux hurleront à l'envi l'un de l'autre dans ses (f maisons superbes , et les dragons feront leurs demeures « dans ses palais de délices... Je la rendrai la demeure isai. i/,

« des hérissons. Je couvrirai d'im marais le lieu qu'elle « occupe maintenant. Je rechercherai avec soin jusqu'à « ses moindres vestiges pour les effacer. Le Seigneur des « armées a fait ce serment : Je jure que ce que j'ai résolu « arrivera, et que ce que j'ai arrête s'exécutera. »

IV. Cjrus appelé pour détruire Babylone et pour délivrer les Juifs.

Cyrus, dont la Providence devait se servir comme d'un instrument pour accomplir ses desseins de bonté et de miséricorde sur son peuple , avait été nommé par son nom plus de deux cents ans avant sa naissance; et, afin cîu'on ne fût point surpris de la rapidité étonnante de ses victoires , Dieu avait marqué en termes magnifiques qu'il serait lui-même son guide , qu'il le condui-

170 HISTOIRE AIVCIENNE.

rait par la main clans toutes ses expéditions, et qu'il lui

isai. 45, 1-4. soumettrait tous les princes de la terre. Voici ce que dit

le Seigneur a Cyrus^ qui est mon christ ^ que f ai pris

par la inairi pour lui assujettir les nations , pour metti^e en Jidte les rois, pour ouvrir devant lui toutes les

portes, sans qu aucune lui soit fermée. Je marcherai devant vous ; J'humilierai les grands de la terre ; je romprai les portes d'airain, et je briserai les gonds de

fer. Je vous donnerai les trésor's cachés et les richesses sec? êtes et inconnues, cifin que vous sachiez que je suis le Seigneur , le Dieu d'Israël, qui vous ai appelé

par votre nom, a cause de Jacob qui est mon serviteur, d'Israël qui est mon élu.

V. Dieu donne le signal aux chefs et aux troupes pour marcher contre Babjlone.

Isai. ch. 23 , PlcCcez mon étendard, dit le Seigneur , sur une haute montagne, afin qu'il soit vu de fort loin, et que tous ceux qui doivent m'obéir connaissent mes ordres. Haussez la voi.x à l'égard de ceux qui peuvent vous entendre '.faites signe de la main pour hâter la marche de ceux qui sont trop éloignés pour discerner une autre espèce de commandement. Que les officiers des troupes entrent dans les pavillons des rois. Que chaque nation se range autour de son souverain , et s'empresse de venir lui offrir ses services dans son pavillon, qui est déjà tout dressé.

J'ai donné mes ordres a ceux que j'ai consacres a

îd. ibid.v.3. l'exécution de mes desseins; et ces rois marchent déjà

!an cTifiMtb pour m'obéir , quoiqu'ils ne me connaissent point. C'est

'"*'^' moi qui les ai placés sur le trône , et qui leur ai soumis

divers peuples, pour accomplir par eux mes desseins.

PERSES ET MEDES. 171

J'ai fait venir mes guerriers pour être les ministres de VocaTi

/\ Tl ..• il • 1 1 fortes iu ira

ma colère. Ils tiennent de moi leur courage , leur ca- mea. ifeb. in

iram meam.

pacité dans la guerre, leur patience, leur sagesse, le succès dans leurs entreprises. Ils sont invincibles , parce qu'ils me servent. Tout tremble devant eux, parce qu'ils sont les ministres de ma colère et de ma vengeance. Ils Exultantes travaillent avec foie pour ma gloire. L'honneur qu'ils gioriamea. ont de m'avoir pour chef, et d'être mandes pour délivrer un peuple que j'aime, les remplit d'allégresse et d'ardeur, et ils triomphent déjà dans l'espérance certaine de la victoire.

Le propliète , témoin en esprit des ordres qui viennent d'être donnés, est étonné de la promptitude avec laquelle les princes et les peuples exécutent. Déjà les v. 4, montagnes , s'écrie -t il, retentissefit des cris différents d'une multitude de peuples. J'entends la voix des rois corifederes et des nations qui s'assemblejit. Le Seigneur Pr»ci]iit

7 ' y •, .7 5.J militiœ belli.

(les armées /ait passer en revue toutes les troupes qu il Hei. numedestine a la guerre. ^ tr^p/œt.

Elles viennent des terres les plus reculées , et de Vex- Venientibus. trémité du monde, où la voix du Dieu souverain qui ^^'^^^«"'"'^^ en est le maître a su se faire entendre.

Mais ce n'est plus la vue d'une armée formidable, ni des rois de la terre , qui me frappe. Je ne vois que Dieu seul ; et tout le reste ne paraît à sa suite que comme des ministres de sa justice. Cest le Seigneur Dommus, et lui-même qui marche avec tous les instruments de sa ^'^^^^ ^TIZ colère pour exterminer toute la terre. P"'^''* °™'

■' nem terram

Dieu m'a révèle une épouvantable prophétie ^ L'im- isai. r. 21 pie Baltasar , roi de Babjlone , continue d'agir avec

C'est le sens du mot hébreu.

I"]!. HISTOJRE ANCIENNE.

impiété , et celui qui dépeuplait continue de dépeupler tout. Pour arrêter ces excès , « prince des Perses , par- (f tez ; ascende yElam : et vous , prince des Mèdes , « formez le siège de Babylone ; obside , Mede. Je vais « faire cesser tous les gémissements dont elle était la c( cause. » Omnem gemitum ejus cessare Jeci. Cette ville criminelle est prise et pillée. Elle est sans pouvoir : mon peuple est délivré.

VI. Circonstances du siège et de la prise de Babylone marquées en détail.

Rien n'est plus propre, ce me semble, à nous inspirer un profond respect pour la religion , et à nous donner une grande idée de Dieu , que de voir avec quelle précision il révèle à ses prophètes , plusieurs aimées et même plusieurs siècles avant l'événement, les principales circonstances du siège et de la prise de Babylone.

1° On a déjà vu que l'armée qui prendra Babylone doit être composée de Mèdes et de Perses, et quelle doit avoir à sa tête Cyrus.

1^ Cette ville sera attaquée d'une manière tout extraordinaire, à laquelle elle ne s'était point du tout isai. 47, II. attendue : Veniet super te malum^ et nescies ortum ejus. Elle sera tout d'un coup, et en un moment, accablée de maux qu'elle n'avait pu prévoir: Feniet super te repente miseria , quam nescies. En un mot , elle sera prise comme dans un filet, sans s'être aperçue qu'on 1er. 5o, 24. jyi tendait des pièges : lllaqueavi te, et capta es., Babjion, et nesciebas.

3° Babylone comptait que l'Euphrate seul pouvait la rendre imprenable, et elle était toute fière de se

PERSES ET JVIÈDES. 1^0

voir ainsi défendue par un fleuve si profond : quœ Jer. 5i , \\. habitas super aquas militas ; c'est Dieu même qui Ta définie de la sorte ; et ce sera TEuphrate qui sera la cause de sa ruine. C} rus , par un stratagème qui n'avait point eu d'exemple jusque-là, et qui n'en a point eu depuis , détournera le cours de ce fleuve , mettra son lit à sec , et par là s'ouvrira un passage dans la ville : Desertum faciam mare ej'us, et siccabo Jer. 5i,36.

venam ejus Siccitas super aquas ej'us erit , et are- so, 38.

scent. Cyrus s'emparera des quais du fleuve , et les eaux qui rendaient Babslone inaccessible seront séchécs comme si le feu y avait passé ; Vada prœoccupala 5i, 32. sunt, et paludes inceiisœ suiit igni.

4° Elle sera prise de nuit , un jour de fête et de réjouissance , pendant que tout le monde sera à table , et que ses habitants ne songeront qu'à boire et à manger : bi colore eorum ponam polus eorum, et inebriabo eos^ 5r, Sget 57. ut sopiantur , et dormiant somnum sempitenmm. Il est remarquable que c'est Dieu qui fait tout ici , qui tend un piège à Babylone, Ulaqueavi te ; qui sèche les eaux du fleuve, siccabo venam ejus; qui enivre et assoupit ses princes , inebriabo principes ejus.

5*^ Le roi entra tout d'un coup dans un trouble et une agitation incroyables. Mes entrailles sont pénétrées ^**'- 'r-^-/,. de douleur : Je suis déchiré au-dedans de moi comme une femme qui est en travail. Ce que j'entends me cause des convulsions ; ce que je vois me jette dans le trouble. Mon cœur souffre de violentes agitations. Je suis saisi de terreur et d'effroi. Dieu a changé le commencement d'une nuit qui était l'objet de mes désirs, en un sujet de teiTciir^ . C'est l'état de Baltasar

' On a traduit selon riiébreu.

I'y4 UlSTOIRi: ANCIENNE.

lorsqu'au milieu du repas il vit sortir de la muraille une main qui écrivait des caractères qu'aucun de ses devins ne put ni expliquer ni lire ; et sur-tout lorsque Daniel lai déclara que ces caractères contenaient l'arrêt Dan. 5, 6. de sa uiort. Alors ^ dit l'Ecriture, le visage du roi se changea , les pensées qui agitaient son esprit le troublèrent, ses reins se relâchèrent , et, dans son tremblement , ses genoux se choquaient Vun Vautre. L'etonnement , la frayeur , la défaillance , le tremblement de Baltasar, sont exprimés par le prophète qui en a été le témoin , comme par le prophète qui les avait prédits deux cents ans auparavant.

Mais il fallait qu'Isaïe fût éclairé d'une lumière bien divine pour ajouter, immédiatement après la description du trouble de Baltasar, les paroles qui

isai. 21, 5. suivent : Couvrez la table; considérez avec attention du haut d'une guérite; mangez, buvez. C'est que Baltasar, d'abord effrayé et perdant courage, sera consolé , et ensuite rassuré par ses courtisans , et plus encore par la reine sa mère, qui lui avait dit dès le commencement qu'il ne devait pas se livrer à ses

Dan.5,io. craintes et à ses alarmes : Non te conturbenl cogitationes tuœ , neque faciès tua immutetur. On l'exhortera donc h se contenter de donner de bons ordres, pour être averti de tout par les sentinelles; à faire servir de nouveau, comme si rien n'était arrivé, et à rappeler la joie et la tranquillité que des craintes excessives lui avaient ôtées : Pone mensam ; contemplare in spécula ; comede, bibe. Heb.

6*^ Mais pendant que les hommes donnent ces ordres ,

îsai. 21, 5. Dieu donne aussi les siens de son cote : Levez -vous, princes , et polisses, vos boucliers. C'est Dieu lui-même

PERSES ET MÈDES. ï 'J 5

qui commande aux princes de s'avancer, de prendre les armes, et d'entrer sans crainte dans une ville noyée dans le vin, ou plongée dans le sommeil.

.7° Isaïe nous apprend deux circonstances importantes de la prise de Babylone. La première est que les troupes dont elle est remplie ne feront ferme nulle part, ni au palais, ni dans la citadelle, ni dans aucune place publique ; qu'elles se débanderont, sans penser à autre chose qu'à la fuite ; et qu'elles se diviseront en fuyant par diverses routes , comme un troupeau de daims ou de brebis se dissipe dès qu'il est effrayé : et isai. 13,14. erit quasi damula Jiigiens ., et quasi ouis; et non erit qui congreget. La seconde circonstance est que la plupart de ces troupes étaient à la solde des Babyloniens , mais n'étaient pas de Babylone ; et qu'elles retourneront dans les provinces d'où elles avaient été tirées , sans être poursuivies par les vainqueurs , parce que c'était principalement sur les citoyens de Babylone que la vengeance divine devait tomber : Unusquisque ad po~ pulum suum convertetur, et singuli ad terrain suam fugient.

8° Enfin , sans parler du carnage horrible qui doit se faire des habitants de Babylone , où l'on n'épargnera ni les vieillards, ni les femmes, ni les enfants, pas même ceux qui seront encore enfermés dans le sein de leurs mères, ce qui a déjà été marqué ci-devant, une dernière circonstance est la mort du roi même, qui sera privé de sépulture, et l'extinction entière de la famille royale, annoncées dans l'Ecriture d'une manière bien effrayante , mais en même temps bien instructive pour les princes.

Pour toi, tu seras jeté loiîi de ton sépulcre, comme isai. 14, un tronc abominable Tu ne seras point mis dans '^'^°'

\n6 HISTOIRE ANCIENNE.

/e tombeau de tes ancêtres , parce que tu as ruiné ton royaume, tu as fait périr ton peuple. Il est juste qu'on oublie un roi qui ne s'est jamais souvenu qu'il était le protecteur et le père de son peuple. On doit refuser jusqu'au tombeau à celui qui n'a vécu que pour ruiner son propre pays. 11 doit être séparé de tous les hommes , puisqu'il en a été l'ennemi. Il était semblable aux bêtes farouches, et il en aura la sépulture : et puisqu'il , n'avait aucun sentiment humain, il est indigne qu'on en ait aucun à son égard. C'est l'arrêt que Dieu lui-même prononce contre Baltasar : et il étend cette malédiction jusque sur ses enfants , qu'on regardait comme associés au trône , et comme la source d'une longue postérité de rois, et que les flatteurs n'entretenaient que de isai. i4, leur future grandeur. Préparez ses eiifants a être égorgés comme des victimes , a cause de V iniquité de

leurs pères Ils ne seront point les héritiers du

royaume de leur père. Je m' élèverai contre eux; je perdrai le nom de Babjlone ; j'exterminerai les restes de cette famille, lejils et le petit-fils y dit le Seigneur.

§ IL Description de la prise de Babjlone.

Après avoir vu la prédiction de tout ce qui doit arriver à l'impie Babylone , il est temps maintenant d'en voir l'exécution , et de reprendre le récit de la prise de cette ville.

Quand Cyrus vit que le fossé auquel on travaillait depuis long-temps était achevé , il songea sérieusement à exécuter son grand dessein, dont il n'avait encore fait part à personne. La Providence lui en fournit une occasion telle qu'il la pouvait souhaiter. Il apprit qu'on devait célébrer à Babylone une grande fête , et que les Baby-

PERSES ET MÈDES. l'J'J

Ioniens avaient accoutumé, dans cette solennité, de passer la nuit entière et à boire et à faire la débauche.

Baltasar prit part, plus qu'aucun autre, à cette ré- Dan.s^i-ig. jouissance publique , et fit un festin magnifique aux premiers officiers de son royaume et aux dames de la cour. Dans la chaleur du vin , il fit apporter les vases d'or et d'argent qui avaient été enlevés du temple de Jérusalem; et, comme pour insultei' au Dieu d'Israël, il y but lui et toute sa cour , et il y fit boire toutes ses concubines. Dieu, irrité d'une telle impiété et d'une telle insolence, lui fit sentir dans le moment même à qui il s'était attaqué , et fit paraître tout-à-coup sur la muraille une main qui écrivait certains caractères. Le ro! , étrangement surpris et effrayé de cette vision , manda sur-le-chanip tous ses sages, tous ses devins, tous ses astrologues, pour lire cette écriture et en expliquer le sens ; mais ce fut inutilement. Aucun d'eux ne put ni expliquer ni lire ^ ces caractères. C'est peutêtre par rapport à cet événement qu'Isaïe, après avoir, isai.7, xi-i3. prédit à Babvlone qu'elle se trouvera tout d'un coup accablée de maux auxquels elle ne s'attendait point,

ajoute : Appelez a votre secours vos enchanteurs

Que vos astrologues , qui contemplent le ciel y qui étudient \e cours et la disposition des astres, se présentent maintenant et vous sauvent. La reine mère ( c'était Nitocris, princesse d'un grand mérite j, étant venue, au bruit de ce prodige , dans la salle du festin , tacha de rassurer l'esprit du roi son fils, et lui parla de Daniel , dont elle connaissait l'habileté dans ces sortes

' La raison pourquoi ils ne purent appelées aujourd'hui les caractères

lire cette sentence , c'est qu'elle était samaritains, que les Babyloniens ne

écrite en lettres hébraïques, qui sont connaissaient point.

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