Tome II. Hist. anc
Obéissance
mait à supporter la faim et la soif, le chaud et le froid ; et ce que les mères auront bien de la peine à se persuader, c'est que tous ces exercices durs et pénibles tendaient à leur procurer une forte et robuste santé , capable de soutenir les fatigues de la guerre , à laquelle ils étaient tous destinés, et la leur procuraient en effet.
Mais ce qu'il y avait de plus excellent dans Teducation de Sparte, c'est qu'elle enseignait parfaitement aux jeunes gens à obéir. De là vient que le poète Simonide donne à cette ville une épithète ' bien magnifique , qui marque qu'elle seule savait dompter les esprits et rendre les hommes souples et soumis aux lois , comme les chevaux que Ton forme et que l'on dresse dès leurs plus tendres années. C'est pour cela qu'Agésilas conseilla à Xénophon de faire venir ses enfants à Sparte ^ , afin qu'ils y apprissent la plus belle et la plus grande de toutes les sciences, qui est celle d'obéir et de commander.
Une des leçons qu'on inculquait le plus souvent et le plus fortement aux jeunes Lacédémoniens, était d'avoir un grand respect pour les vieillards et de leur en donner des marques en toute occasion, en les sapag. 237. luant , en leur cédant le pas dans les rues , en se levant par honneur devant eux dans les compagnies et dans les assemblées publiques, mais sur -tout en recevant avec docilité et soumission leurs avis et même leurs réprimandes. On reconnaissait à ce caractère un Lacédemonien. En user autrement, c'eût été se dégrader soi-même et faire injure à sa patrie. Un vieillard
Respect pour les vieillards.
Plut, in Lacon.
Institut.
' AaL;.a(7Îw.êpû-sç , c'est-à-dire, rc )tâ)J.t(iTOv , àp/,ea6ai y-al àpy.etv. dompteuse d'hommes. (Plut, in Agesil. , pag. 606. )
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d'Athènes entrant dans le théâtre pour assister aux spectacles, aucun de ses compatriotes ne lui offrit de place. Dès qu'il approcha de l'endroit où étaient assis les ambassadeurs de Lacédémone avec leur suite, tous se levèrent devant le vieillard et le placèrent au milieu d'eux. Lysandre ' avait donc raison de dire que la vieillesse n'avait nulle part de domicile si honorable que dans la ville de Sparte , et qu'il était beau d'y vieillir.
§ II. Choses hlâniables dans les lois de Lycurgue.
Pour mieux faire sentir le faible des lois de Lycurgue, je n'aurais qu'à les comparer à celles de Moïse, qu'on reconnaît bien avoir été dictées par une sagesse plus qu'humaine. Mais mon dessein n'est pas d'entrer ici dans un détail exact de tout ce qui pourrait être blâmé dans les ordonnances de Lycurgue : je me contenterai de quelques légères réflexions que le lecteur , sans doute, justement blessé et révolté par le simple récit de quelques-unes de ces ordonnances, aura déjà faites avant moi.
En effet, pour commencer par le choix des enfants i.
• i-.A^i' r ■ •.! Sur le choix
qui devaient être élevés ou exposes, qui ne serait cho- des enfants que de l'injuste et barbare coutume de prononcer un ^l^^^^\l^^^ arrêt de mort contre ceux des enfants qui avaient le **" exposes. malheur de naître avec une complexion trop faible et trop délicate pour pouvoir soutenir les fatigues et les exercices auxquels la république destinait tous ses sujets? Est-il donc impossible et cela est-il sans exemple, que des enfants , faibles d'abord et délicats , se fortifient
' <■' Lysandvum Lacedaemonium nectutis. « ( Cic. de senect., n. 63.) dicere aiunt solitum : Lacedaemone Ev Aœy.e'î'at'o.ovt xâXÀKJTa yv.pûai, esse honestissiiDum domicilium se- (Plut, in Moral., pag. 793.)
dans la suite de l'âge et deviennent même très-robustes? Quand cela serait, n'est -on en état de servir sa patrie que par les forces du corps? et compte-t-on pour rien la sagesse, la prudence, le conseil, la générosité, le courage, la grandeur d'ame, en un mot, toutes les Cic. offic. qualités qui dépendent de l'esprit ? Omnino illud ho- ' '' "■ '^" riestuin, quod ex animo excelso magnijîcoque quœriibid. n. 76. mus, animi efficilur non corporis viribus. Lycurgue lui-même a-t-il rendu moins de services et fait moins d'honneur à Sparte, par l'établissement de ses lois, que les plus grands capitaines par leurs victoires? Agésilas était d'une taille si petite et d'une mine si peu avantageuse, qu'à sa première vue les Egyptiens ne purent s'empêcher de rire : et cependant il avait fait trembler le grand roi de Perse jusque dans le fond' de son palais.
Mais ce qui est bien plus fort que tout ce que je viens de rapporter, un autre a-t-il quelque droit sur la vie des hommes, que celui de qui ils l'ont reçue, c'est-à-dire que Dieu même? et un législateur n'usurpe -t-il pas visiblement son autorité, quand , indépendamment de lui , il s'arroge un tel pouvoir ? Cette ordonnance du Decalogue , qui n'était autre chose que le renouvellement de la loi naturelle, tu ne tueras point, condamne généralement tous ceux des Anciens qui croyaient avoir droit de vie et de mort sur leurs esclaves et même sur leurs enfants.