‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiquesChapitre 68 sur 85 · SIMONIDE · texte numérisé non relu

SIMONIDE

Simonide était de Céos , île de la mer Egée. Il flo-

rissait encore au temps de l'expédition de Xerxès. Il

réussit principalement dans les élégies ^. On lui attribue

Mauière Tinvcntion de la mémoire locale. J'en ai parlé ailleurs.

Piu°7û^^o- ^ l'âge de quatre-vingts ans il disputa le prix de la

rai. p. 784. po(isie ^ et l'emporta.

La réponse qu'il fit à un prince qui lui demandait la définition de Dieu, est fort célèbre. Ce prince est cic. de nat. Hiéron , roi de Syracuse. Il le pria de lui dire ce que *n?6o. ' c'^st que Dieu. Le poëte demanda un jour pour examiner la question qu'on lui proposait. Le lendemain , il en demanda deux ; et à mesure qu'on le sommait de répondre, il doublait toujours le temps. Le roi, surpris de cette conduite , en voulut savoir la cause. « J'en use « ainsi , lui répondit Simonide , parce que , plus j'exa- « mine cette matière, plus elle me semble obscure : » quia , quanto diutiÎLs coiisidero , tanto mihi res videtur obscurior. La réponse était sage, si elle venait d'une grande idée de la majesté divine , que ^ nulle intelligence ne peut comprendre, et nulle langue expliquer.

' t. In eîoquendo brevis, et mag- ^ « Certe hoc est I^us, quod et

nificus, et diligens , plerumquè Ho- quum dicitur , non potest dici ;

mero similis. » quum sestiuiatur , non potest sesti-

1 Sed ne reliciis , musa prnrav , jocis maii ; quum conipaiatur , non potest

Ceae retractes iriunerià iiaeniae, comparari ; quum definitur, ipsâ de-

( HoRiT. [ Od. 11 , I , 38. ] , lînitione cresclt. >• ( S. Aug. , serm.

Moestius lacrymis simonideis. "C temp. CIX. )

..j^^.jm^ -. Nobis ad.intdiectum pectus an

Après avoir parcouru plusieurs villes de l'Asie, et y ^^"■^^- i avoir amassé beaucoup d'argent en célébrant par ses vers les louanges de ceux cjui étaient en état de le bien récompenser, il s'embarqua pour l'île de Céos sa patrie. Le vaisseau fit naufrage. Cliacun , en se sauvant, emporta ce qu'il put. Simonide ne se chargea de rien; et lorsqu'on lui en demanda la raison, «C'est, répondit-il, « parce que tout ce que j'ai est avec moi : i^Mecu/n, itiqidty iiiea suiit cuncta. Plusieurs de ses compagnons de naufrage se noyèrent, accables du poids des choses qu'ils avaient voulu sauver. Ceux qui abordèrent furent pillés par des voleurs. Chacun se retira à Clazomène, qui n'était pas loin du lieu où le vaisseau était péri. Un bourgeois, qui aimait les lettres, et qui avait lu les poésies de Simonide avec beaucoup d'admiration , se fit un plaisir et un honneur de le recevoir chez lui, et lui fournit abondamment toutes les choses nécessaires, pendant que les autres furent obligés de mendier par la ville. Le poète, les rencontrant, n'oublia pas de leur faire remarque)- la justesse de la réponse qu'il leur avait faite : Dixi, inqidt, mea meciim esse cuncta; vos quod rapuistis , périt.

On lui a reproché d'avoir déshonoré la poésie par son avarice, en rendant sa plume vénale, et ne faisant des vers qu'après avoir stipulé qu'on lui donnerait une certaine sommet Ce qu'on lit dans Aristote en est la preuve, et ne lui fait pas d'honneur. Quelqu'un qui ''"P-

gustum est. Et ideô sic eum (Deum) vult minuere, non novit. >> (Minut.

digne SBStimamus ^ dum inaestima- Feux. )

bilem dicimus. Eloquar queniadmo- i « Meicede accepta laudem vic-

dùui sentio. Maj^nitudinem Dei , qui torum canens. Ph/edk. Quelques-un':

se putat nosse, minuit : qui non Usent, mercede pactâ.

Rhetor. 1. 3,

avait gagné le prix de la course pria Simonide de composer sur ce sujet un chant de triomphe. Le poëte, ne trouvant pas que la récompense qu'on lui proposait fût assez grande, répondit qu'il ne pouvait bien traiter ce sujet-là. Cette victoire avait été remportée à la course des mules ; et il prétendait que cet animal ne fournissait pas une belle matière de louange. On lui fit des offres plus avantageuses, qui anoblirent la mule; et alors il fit le poëme qu'on lui demandait. Il y a long-temps que l'argent est en possession de donner de la noblesse et de la beauté :

Et geniis et formam regina pccunia donat.

Les mules naissent d'une ânesse et d'un cheval. Le poëte, comme le remarque Aristote, ne les avait d'abord considérées que par le vilain endroit. L'argent les lui fit regarder du bon coté , et il les appela les nobles filles des coursiers rapides : Xatpsx' à6X>.o77o^cov Ôuyarpeç ittttwv.

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