‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiquesChapitre 75 sur 85 · PÉRIANDRE · texte numérisé non relu

PÉRIANDRE

On le met parmi les sages , quoiqu'il fût tyran à Corinthe. Quand il s'en fut rendu maître, il écrivit à Thrasybule, tyran de Milet, pour savoir comment il devait se conduire. Celui - ci , pour toute réponse , mena le courrier dans une pièce de blé , et en s'y promenant abattit avec sa canne tous les épis qui étaient plus élevés que les autres. Périandre comprit sans peine le sens de cette espèce d'énigme, qui l'avertissait de se défaire des citoyens les plus puissants de Corinthe In conv. pour mettre sa vie en sûreté. Mais , si l'on en croit

Plutarque , il ne put goûter un avis si cruel.

sept. sap.

11 avait voue aux dieux une statue d'or, s'il rem- T^• t

' JJiog. Laert.

portait la victoire aux jeux olympiques. Pour s'acquit- '°^*j ter de son vœu, il dépouilla les dames de Corinthe de [Ii'Sq^] tous leurs ornemens , de tous leurs bijoux , et de tout ce qu'elles avaient de plus précieux. Voilà une belle manière d lionorer les dieux !

II écrivit une lettre circulaire à tous les sages pour la. ihid. les inviter à venir passer quelque temps cliez lui, "-'-Sysl comme ils avaient ét,é l'année précédente à Sardes cliez Crésus. Les princes alors se croyaient fort bonorés de recevoir cbez eux de tels botes. Plutarque décrit le re- inconv. pas qu'il leur donna, dont il fait remarquer que fbon- p^'^s^^V nête simplicité , proportionnée au goût et au caractère des conviés, lui fit plus d'bonneur que n'aurait pu faire la plus grande magnificence. Les propos de table étaient tantôt graves et sérieux, tantôt gais et enjoués. « Quel est , proposa quelqu'un , le gouvernement populaire le plus parfait ? Celui , répondit Solon , oii l'injure faite à un particulier intéresse tous les citoyens ; Bias : où la loi tient lieu de tyran ; Tbalès : où les babitants ne sont ni trop ricbes, ni trop pauvres; Anacbarsis : où la vertu est en bonneur et le vice abborré; Pittacus : où les dignités ne sont accordées qu'aux gens de bien, et jamais aux mécbants; Cléobule : où les citovens craignent plus le blâme que la loi;Cbilon : où les lois sont écoutées et ont du crédit , non les orateurs. » Sur tous ces avis , Périandre conclut que le gouvernement populaire le plus parfait serait celui qui approcherait le plus de l'aristocratique , où l'autorité est entre les mains d'un* petit nombre de gens de bien.

Pendant que ces sages étaient assemblés cbez Périandre, il arriva un courrier de la part d'Amasis, roi

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d Egypte, chargé d'une lettre pour Bias, avec qui ce prince était en grand commerce. Il le consultait sur la manière dont il devait répondre à une proposition que lui avait faite le roi d'Ethiopie, de boire toutes les eaux de la mer, moyennant quoi il lui céderait un certain nombre de villes de ses états, sinon Amasis lui en céderait autant des siens. Il était pour -lors ordinaire aux princes de se proposer les uns aux autres de ces questions enigmatiques et embarrassantes. Bias lui répondit sur-le-champ d'accepter l'offre, à condition que le roi d'Ethiopie arrêterait tous les fleuves qui se jettent dans la mer ; car il ne s'agissait que de boire la mer, et non les fleuves. On attribue à Esope une pareille réponse.

Je ne dois pas omettre que les sages dont je viens de parler furent tous amateurs de la poésie, et composèrent tous des vers , quelques - uns même en assez grand nombre, sur des sujets de morale ou de politique , qui sont un objet véritablement digne de la Plut, in So- poésie. On reproche cependant à Solon d'avoir fait des ■ vers licencieux ; ce qui nous apprend quelle idée nous devons avoir de ces prétendus sages du paganisme.

A la place de quelques-uns des sept sages que j'ai cités on en substitue d'autres, comme Anacharsis, Myson , Epiménide , Phérécyde. Le premier est le plus connu.

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