‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiquesChapitre 76 sur 85 · ANACHARSIS · texte numérisé non relu

ANACHARSIS

Long - temps avant Solon , les Scvthes nomades

étaient en grande réputation pour leur simplicité, leur

II. iih. 4, frugalité, leur tempérance et leur justice. Homère les

appelle la nation très -juste. Anacharsis était un de

ces Scythes , et de la race royale. Comme quelqu'un d Athènes lui faisait un reproche sur le pays dont il était :« Ma patrie, dit -il, me fait, selon vous, peu d'honneur ; et vous , vous en faites peu à votre patrie.» Son bon sens , son profond savoir et sa grande expérience le firent passer pour un des sept sages. Il avait écrit en vers sur l'art militaire , et avait fait un traité des lois des Scythes.

Il rendit visite à Solon. C'est dans une conversation qu'il eut avec lui qu'il compara les lois à des toiles d'araignées , qui n'arrêtent que les petites mouches , et que les grandes rompent aisément.

Accoutumé à la vie dure et pauvre des Scythes, il faisait fort peu de cas des richesses. Crésus l'avait invité à le venir voir, et sans doute lui laissait entrevoir qu'il était en état de l'enrichir : « Je n'ai nul besoin de votre « or, lui répliqua-t-il. Je ne suis venu dans la Grèce te que pour m'y enrichir du côté de l'esprit, et je serai « fort content si je retourne dans ma patrie, non plus « riche, mais plus habile et plus homme de bien.» Il se rendit pourtant à la cour de ce prince.

Nous avons déjà remarqué qu'Esope avait été fort Plut, in étonné et fort mécontent de l'air froid et indiffèrent sep°°Iap, avec lequel Solon avait considéré les trésors de Crésus ^^^' *^^* et la magnificence de son palais , parce que c'était le maître même de la maison que ce philosophe aurait souhaité de pouvoir admirer. « Il faut , dit Anacharsis à ce Esope , que vous ayez oublié votre fable du renard et cf de la panthère. Celle-ci, pour se faire valoir, ne « pouvait que montrer sa peau brillante et marquetée « de différentes couleurs : la peau du renard était « simple , mais cachait des ruses et des finesses d'un prix

« infini. Je vous reconnais, dit le Scythe, à cette image. « Vous n'êtes frappé que de ce qui brille au-dehors , et « vous comptez pour peu ce qui fait véritablement « l'homme , c'est-à-dire , ce qui est en lui , et par con- « séquent à lui. »

Ce serait ici le lieu d'exposer en abrégé la vie et les sentiments de Pythagore, qui a vécu dans le temps dont je viens de donner l'histoire. Mais je remets à en parler dans un autre endroit, où je joindrai ensemble plusieurs philosophes, pour mettre le lecteur plus en état de faire la comparaison de leur doctrine et de leurs principes.

Page 1