ADOLPHE RETTE
Guerniantes, Mai 1897.
Motifs
JLJas de ses vains e^orts, frémissant d'accepter Et son rêve illusoire et la douleur réelle ■Le Vivre a-t-il enfin asses battu de l'aile ? Et le martyre clos qu'il se doit d'affronter ■La loi sera moins dure ? —
O vieil aigle rebelle Souffre stoïquement l'outrage coutumier, Car l'Œuvre est en latence et son souffle vivace De l'Etre et ses rancœurs saura bien t'arracJier : ■Déjà les chants prochains fnlgurent aux espaces Des cloches turbulent dans le Xoir.
Mais ce cercle banal de nos vieux horizons, ■Ces cœurs, coches poussifs et qui roulent à vide, Voyage pérennel autour de la prison :
Ah ! sur quel infini fixer nos yeux avides ? En la coupe de Nuit tu noîras ta raison, ■En la coupe tendue à tes lèvres avides —
La Xuit dont ta folie avère les poisons Rénovera le sang de tes veines arides — L'Infini ? glas menteur pour ta fruste oraison — Des cloches turbulent dans le Noir.
Des rites abolis notre fardeau s'allège : Spectres vaincus, Eden sonore oii nous goûtons Le tremblé de la note et son lent sortilège, Chœurs de blancs cygnes, purs encensoirs — écoulons- Ces appels à des frères vaguant par les routes.... O voix d'or et d'airain et qui clangorez toutes — Des cloches turbulent dans le Noir.
Cependant l'ombre est là, Vombre d'âme première Se lève aux tourbillons de la fête et ses yeux Disent le Néant vrai des âmes printanières : L'idole, en rancune d'amour, de nos faux dieux Nous prodigue ses froids baisers paralysants... Qu'importe, nous boirons à la coupe jiocturne. Ses sanglots et ses pleurs nous seront plus grisants... Mais o Nuit les notes coulent si mortes de ton urne — Des cloches turbulent dans le Noir !
Sillages
J^'atitonine et la nuit et la pluie — Volez noirs souffles par V espace Et la froide plaine oit, trépasse D'irrémédiable agonie La ville de ruines et d' impasses.
Oh si vieille (en bâtisses neuves) Et si penchante au bord d'abîmes, Si prostrée, elle pleure en veuve A cause de Vexil des cimes.
Des noyJs vont flottant au fleuve.
Ville exilée il ne sera d'étoiles Le lourd plafond de ton ciel
Reste terne, Reste automnale et vouée aux lanternes De tes songes fumexix et sous tes voiles De pluie, de nuit, sois veuve et solitaire
:i8 CLOCHES DANS LA NUIT
Ta plainte tu l'encloras de jnystère Car il n'est plus d'églises oïl la taire — Larmes au ciel larmes aussi sur terre.
Par les rues, par les places en torpeur,
Tel éternel mendiant pour son cœur
Rôde et s entête aux sourds marteaux des portes
<k Ouvrez, ouvrez, c'est un printemps, j^ apporte
Ma grande fai?n de Vamer pain d'amour ;
Le froid enroue via chanson dans vos cours,
Ouvrez ! mon cœur défaillant veut renaître, »
Mais les magiciennes aux fenêtres :
« Non, le hissac de ton cœur est troué, Va-t'en plus loin nous t'avons trop donné.
Les girouettes sur les toits Ricanent toutes à la fois.
Monuments aux reflets d'or de difunts étJs,
Ce sont les palais de Savoir et les portiques
Du Dire, et r aides ^ des parvis d'autorité,
S'érigent les mages aux faces identiques,
La certitude aux miroirs pâles de leurs yeux...
Cœur en détresse, le tneniiant anxieux
Clame : « Faites vous pas l'aumône de l'Idée ? »
« C'est ici son tombeau nous l'avons embaumée. »
Les lanternes se balancent En dix mille absurdes danses.
Seule et si seule la ville s'esseule Au frôlis des pas de vagues passants, Ombres qui se traînent lentes et veules Aux accords mouillés du vent vagissant
O flambeaux éteints d'une vie entière ! »
Le répons des voix chantonne aux gouttières Et goutte à goutte filtre tristement :
« Tais-toi, nous soimnes morts et dès longtemps. »
Les girouettes dans la brume
Toutes droites se profilent
Et les lanternes, qui fument,
Valsent, valsent dans la brume,
Un cortège file et défile
Aux lointains troubles de la brume.
Le mendiant s'éternise en la ville hostile ;
Ses sanglots universels grelottent dans la brume —
Cest la ville de pluie, c'est la ville de nuit,
La lugubre cité si croulante à l'automne.
Des cloches en cadence, et, par les rues d'ennui^
Un morne défilé de cercueils monotones....
Suis-les donc à jamais spectre frustré d'espoir,
Nocturne vagabond furtif et qu'on renie :
Va, sombre dans la nuit et la pluie infinie.
Puisque tu voudrais croire et que tu voudrais voir
— Etrange destin de ta vieille âme honteuse
Et, destin, tes pas lourds, et la cité brumeuse —
Erre seul à jamais par le Vide et le N'oir
A jamais à jamais par le Vide et le Noir....
1^^ AILLE la haute salle et ses portes funèbres, ^S^s'esseule et sombre, en les tentures de ténèbres, la haute salle, cime inerte du navré manoir identique
et i'I-'tre est unanime en sa veillée vers Rien, tandis que l'amie — par les houles du noir — discord battant des temps et des cloches fêlées, l'horloge égoutte l'heure tôt éparpillée, vacille ainsi flamme vaguante et va disant : « — Lentement la Nuit s'oplore en pleurs d'étoiles, largement
L'espace et l'ombre, ailes de Xu;t, bruits familiers soit le vol confus de quelque songe étrange, soit d'un réel ces reflets dansants du foyer aux spires d'or des murs — tels ils dérangent le tiède apaisement d'un qui veut s'ignorer.
Ah frisson cl'inconmi si le rêve prend corps :
vitrail magique où de vieux saints branlent la tête,
cris de victime en la plainte des cors,
le vent d'hiver... et sa chanson s'arrête
au refrain douloureux qu'il ne dira jamais ;
d'autres : — volez essaims sibyllins et muets,
rhytmes défunts pour avoir trop sonné les cycles éphômères,
(l'Être a connu ses folles concordances) — mais voici que le vaste des tentures s'éclaire — soit reflet dans les ors qui miroite et qui danse soit le désir spectral d'une âme envolée
toute, c'est la Chimère.
Sévèrement l'horloge va son long voyage et dit ; « — l'heure s'elflue en flocons étoiles dans la Nuit
C'est la Chimère : elle fulgure
floraison de soudaine aurore,
Affirmant l'investiture
de dieux omnicolores
Elle dit : « donne-moi ton rêve blessé,
saignant de l'étreinte des espoirs caressés,
et dis-moi ton rêve à venir, je l'emporte
hors de ce manoir sourd dont je brise les portes :>>
l'Ktre enfiévré de sa parole répond :
Je veux la femme, gloire de la chair — sa forme
je la veux nue et qu'elle vole
parmi les cloches et leurs tumultes énormes »
Appel vain il est seul —
le vent aux vitres se désole.
Portes closes, salle inerte, et, la Chimère évanouie, Un souffle de tombe passe
et quel est ce démon enfui vers l'horreur des couloirs où il ricane à petit bruit ?
L'espace et l'ombre processionnent aux gouffres de la Nuit ; froid silence — puis des pas se perdent plus lointains dans la Nuit,
Hélas ! ce n'est plus la Chimère — peu à peu le foyer s'endort, derniers reflets agonisants lovés au lacis des ors — ah ! non plus elle — voici l'ennui séculaire, nimbe obstiné que le rôvc maudit.
sonorante voix monotone, l'horloge dit et redit :
« — faible et calme l'heure stagne en solitude lunaire — »
L'Etre vague par la salle enténébrée et sa fatigue et la haine de son présent
vaguent par les houles du Noir et ses âmes restent ancrées au rivage désert d'un aride présent.
L'espace et l'ombre gisent ailes de nuit qui l'effleurent.
Mais lui craintif à cause des ors figés et de l'aiguille à la même heui « ce morbide reflet ne peut-on qu'il se meure ? si l'horloge a menti, son éclat n'est qu'un leurre. »
Clame voix des morts, clame une âme est en partance pour les récifs des océans de navrance clame les naufrages —
Mais toi, reste luisance :
cercle chimérique immuable aux tentures, cercle bannisseur des instants d'aventures, dérision et torture.
L'espace et l'ombre gisent, épaves de Nul infini. —
Et la vieille amie d'illusion, l'horloge
compte tomber, tomber si paiement les larmes de la Nuit.
Esprit dit :
<v Abandonne ie théâtre autolâtre :
Où ta lampe fumeuse a cessé de luire ; Tisonne un peu ta mémoire, c'est l'âtre D'où la sagesse jaillira que tu désires. — Folie l'épreuve et le voyage aux éléments : Cherche un symbole d'étincelles vagabondes, Mais reste où s'irisent les flammes et leurs mondes,
Ah ! reste au foyer de prudence :
Dehors il pleut la brume est froide, la Nuit dense. »
L'Etre répond :
Des âmes gyrent parmi la fumée,
Mon âme avec elles s'échappe de la cheminée,
Et ces crépitements d'étincelles ailées,
C'est leur appel et leur complainte.
Dehors, sœur apeurée au coin du feu,
Si pour toi l'automne souffle et bruine, pour moi, sauve de tes craintes,
Le crépuscule magnifie un grand ciel bleu Dehors c'est l'été, c'est la joie et la forêt vivante, Des oracles dodoniens aux feuillages chanteurs — Je m'y griserai d'apparences caressantes Et d'un rêve conscient je t'apporterai les fîeurs. »
^ar l'or froidi d'un beau soir éphémère, Il va, chagrin de sa fausse science, Et mène paître aux bois de conscience Le noir troupeau de ses vieilles chimères.
Les sentiers sont perdus des douces clairières Où vivre en l'innocence et la candeur des cygnes Et les arbres pensifs et hs ronces et les pierres Le regardent passer si las et lui font signe : « Arrête ! c'est ici la forêt des hantises, Entré, tu ne pourrais retourner sur tes pas ; Tes morts y reviennent, spectres qui s'éternisent En ton cœur — et ton cœur ne les connaîtra pas. »
Mais lui, sourd à la voix fraternelle des choses, Épris de la candeur des cygnes innocents,
Baigné dans l'odeur des lys innocents, Il se cherche sous les ramures moroses Et guide aux profondeurs ses chimères bruissantes.
Cependant que la ville d'Être, sa prison
Naguère, se t^sse et se tait indifférente
Dans la pourpre et dans l'or du soir à l'horizon.
Il chante :
« Je quitte la cité qu'encombre
La foule pour chercher les cygnes et les lys
Mais je sors mal réveillé du sépulcre d'ombre
Où je m'étais moi-même enseveli
Parmi les lents encens de fleurs et quels décombres î
Parlez chimères, montrez moi le Paraclet Et si la route est dure, prêtez-moi vos ailes : Franchissons les fossés abrégeons les lacets Et plus vite, fuyons mes cercueils : toutes Elles, Décors aux Alhambras qu'un souffle renversait.
Pourtant s'arrêter —
le fleuve du soir
Coule, calme symphonie en soupirs de flûte — A l'orée de la voie douloureuse où l'on butte (^h ! goûter la paix du soir et s'asseoir...
Non plus avant : l'archet d'Idéal s'évertue
Sur le violon de mes nerfs
Et sa note endiablée se perpétue
Par la tristesse où je me perds —
\enez à moi les cygnes, les blancs cygnes ! »
L'horizon s'éteint en mourantes lignes Sombrées dans les flots mortels de la Nuit — Un murmure — la lune est comme un fruit Aux espaliers funèbres de la nuit. ., l'n murmure à peine éveillé — beau fruit
Défendu qui luit, A.une paisible —
et le doux vent nocturne pleure •Sous les noirs sapins du bois de maie heure :
Les sapins disent :
« Vainement vous sonnerez l'heure,
Pâles cadrans des cathédrales sidérales,
Vos carillons lui sont des râles
Vos rhythmes étoiles un leurre.
Aveuglé du fait des chimères Il est fervent de l'improbable Il tâtonne dans le mystère Car les dieux ignorés l'accablent,
Les cygnes ne te verront pas
Et se poseront toujours plus là-bas,
Et c'est déjà la fin des riantes saisons :
La grêle a rasé ta moisson,
Les murs croulent de ta maison,
Renonce à l'orgueil de ta foi, Rentre chez toi, rentre chez toi.
Trilles argentins des ruisseaux, Allées en flexibles arceaux, Nos orgues plaintives susurrent Au frôlis câlin des ramures,
Douceur oubliée des foyers, lùendards de feu déployés Sur les sommets du bon Pamîr, Flamme morte et charmes rompus, Enfantines clartés fondues Aux limbes sourds du Devenir,
Médaille d'un profil ancien :
Soleil, tes regards dans les siens Naguère aux brèches de son toit — Rentre chez toi, rentre chez toi. »
La lune verse aux bois sa froide paix lointain?, Lentement décroissant le vent cesse son chant, C'est un appel de cor si faible et d'antan Qui meurt aux froides fusées d'une fontaine.
Il répond : « Altéré d'Inconnu j'irai boire A la vasque d2s Peut-être. »
Il se penche sur la vasque aux vagues musiques, L'eau miroite et flamboie en des caves de puits Et, du fond, irradiant leurs splendeurs hermétiques,. Des yeux se sont ouverts qui se gèlent vers lui.
O cloche on ne sait où, tinte un sombre minuit
Paraissez naïades, apparences frêles,
Le frais cristal le retiendra de vos voix grêles :
« Viens respirer les fleurs de nos cœurs, — larges fleurs
Aux parfums violets jamais fanées,
Calice de nos fleurs où nous boirons tes pleurs
Voici le pur graal de nos pensées.
\'eux-tu pas l'oreiller rose et blanc de nos seins ?
C'est ici le pays d'ivresses douces
Où sauvé de tes rêves assassins,
Ah ! sauvé de tes vieux rêves de fièvre,
Tu cueilleras la santé sur nos lèvres.
Viens c'est le bleu pays où les bois font silence : Au pays assoupi des rhythmes langoureux, • Les couples pâmés se balancent -En vertiges de valse amoureux Viens : voici la danse et sa molle cadence,
Et nos divans endormeurs
Sous des soleils de nacre et de lait
Et les partums violets
De nos cœurs en fleurs. »
Or défiant, parmi ses chimères farouches
Il recule, et les verbes coulent de sa bouche :
« Vos robes diaprées aux plis de languilude,
L'aimant dangereux de vos folles altitudes,
L'époque parfumée et fanée dont vous êtes,
Et les fleurs enchantées du jardin de vos fêtes,
Vos cantilènes de jet d'eau, l'Irréparable
Qui sommeille aux étangs bizarres de vos yeux
Trompent le désir du passant curieux
Et la haine lui vient de vos fleurs périssables
IMais si vous êtes plus qu'un moment de mensonge
Et s'il est un secret aux gouffres de vos yeux,
Si vous êtes la terre promise à mes songes
Dites moi l'Inconnu dont je reste anxieux. »
La cloche dans la Nuit se lamente éternelle,
Et, les fées pleurantes en brouillard dispersées,.
La fontaine palpite comme un cœur oppressé ;
Lui, regrettant l'opium des baisers,
Veut s'attarder scus les frondaisons solennelles - Lors ses chimères, gardiennes de son destin, Aux longues clartés de leurs magiques prunelles Lui montrent les cygnes vers l'orient du loin.
— La cloche ténébreuse a des cris de tocsin —
Des voix passent encor et chantent :
« Viens nous te conduirons par la route étoilée
Car les spectres ont fui qui t'offraient leur enfer,
Mais qu'espères-tu de la cité délabrée,
De la ville servile où ton Être a souffert
Et pourquoi regarder vers ses portes de fer ? —
C'est que vous m'entraînez aux abîmes sans formes » —
Mais les voix :
« C'est ton calvaire et c'est la seule Norme ;
Tôt secouée la poudre du chemin.
Tu salueras joyeux l'astre vrai de demain....
Ou V2ux-tu dormir ?
pour protéger ton sommeil
Nous te ferons un manteau de nos ailes,
Veux-tu marcher jusqu'au matin vermeil ?
Nous t'accompagnerons dociles et fidèles En l'Kden évoqué des cygnes et des lys -
Si je pouvais sans vous étreindre l'Au-Delà —
Eh bien ! égare-toi solitaire et maudit. » Et les bois sévères que son pas viola Et le vent triste qui tourmente les ramures. Et la ville en exil aux pluvieux murmures Répètent : « Tu seras solitaire et maudit. »
Dans l'ombre où le noir essaim s'est évanoui \'oici les rires d'une plèbe et sa rumeur hostile, Et la cloche asfonise ululante et fébrile....
Mais voici ! soudain là bas les cygnes infinis, Blanche escadre éployée de voiles et de grands lys. Sillent les flots astrals de fleuves glorieux Et voguent se perdre au silence des espaces \'ers un fou Parsifal et son eraal en feu.
Tais-toi, cloche fatidique, trépasse :
Désormais c'est la vie et le songe s'efface — Envolés les cvgnes qui lui furent un phare En la forêt où ses désirs se sont brisés, Cherchera-t-il la foule inique et sa fanfare Aux fous triomphes méprisés r
Non il va seul aux bois de conscience Il va seul — l'or est mort des beaux soirs éphémères Et il saigne sous la croix de sa fausse science.... O toute morte l'âme de ses chimères, Voix d'un passé rêve écrasé —
Et, parla grar.de Xuit qui sanglote et qui chante, Il crie les bras tendus vers les cieux embrasés : <\ Finiras-tu jamais, lente attente indolente r ^>
ES barques s'en vont, s'en vont sur la mer
O Xotre-Dame de désespérances,
mère en sanglots, et l'âpre joie d'avoir tari tes ma'gres seins
dresse-toi, dresse-toi sur les flots assassins
mère dolente et saignante en nos soirs de défaillance —
Notre-Dame sur le môle
défiant les flots jaloux,
les flots baveux hurlent comme des loups
leur ténébreuse et folle barcarolle....
barques roulées aux accords discords de leur barcarolle,
redoutez les flots jaloux —
Un vieux clocher bourdonne où des cloches s'affolent, le clocher tremble aux giffles des vents noirs,
« barques, maudissez les flots malévoles que tourmentent des vents noirs et le clocher dss cloches folles. »
Et le phare qui s'effare
tourne tourne roulement dans le soir.
Où t'en vas tu, n'as-tu pas peur des flots qui tuent sans crier gare !
Calme et froide, Notre-Dame me montre là-bas ma polaire : loin des cloches du présent, loin des famines et des colères, mes barques s'en vont, s'en vont sur la mer. »
Larges ondes venues et revenues des pôles, brise fraîche, brise de bonne fortune, vagues cérulées, balancées dont l'écume s'envole, cieux futurs blondissants de caresses de lune, sourires d'étoiles par les champs glauques de l'espace, harpe accompagnante d'aïeux et chantante au sillage, lumineuse nuit sonore, salut de vaisseaux qu'on dépasse, élargies toujours élargies, ondes d'un songe de voyage,, puis viendra l'accalmie en les havres de mystère — mes barques s'en vont s'en vont sur la mer.