‹ OEuvres complètes (volume 2)Chapitre 119 sur 340 · SCENE \11I. iHi · texte numérisé non relu

SCENE \11I. iHi

PEDRO

Puis-je, sans être indiscret, demander au moins les projets du sous-lieutenant Belniont?

GERMENCKY.

En dépit de moi-même, il faut bien (jue tu sois du secret.

PEDRO

Vous me faites injure; monsieur sait que je suis l'homme le plus discret....

GERME NCEY.

Et le plus fripon.

PEDRO

L'un n'empêche pas l'autre. Qui vous amène ici?

GERMENCEY.

Une folie et le désir de me venger de M. Cazini. Tu sais, sans doute, qu'on attend ici Belmont; que le maître de cette maison l'a invité, par une lettre, à venir passer quelques jours à la campagne; mais tu ignores que monsieur Cazini , dans cette lettre d'invitation , parle de ma galanterie, l'engage à ne jamais me présenter chez lui ; que cela pourrait faire tort à sa nièce ; que sais-je ? mille autres propos semblables. Par je ne sais quel hasard, la lettre tombe entre les mains de mes officiers; on m'en dit le contenu. Mon amour-propre se pique ; j'apprends que Belmont doit partir aujourd'hui même, qu'il n'est point connu de Cazini; je feins de ne rien savoir; je le commande pour une expédition insignifiante , il part en murmurant ; je prends cet habit de sous-lieutenant, je m'empare du nom de Belmont, je monte à cheval; j'arrive, fermement résolu d'aimer

la nièce, de tromper le sensible Belmont, et de rire du cher oncle, qui n'a pas craint, dans sa lettre, de s'amuser à mes dépens.

PEDRO

A ces vastes projets, je reconnais mon ancien maître. Allons, courage, morbleu! voilà de l'intrigue. Ah! monsieur, sans vous, je serais mort ici de consomption.

GERMENCEY.

Y a-t-il long- temps que tu sers Cazini ? Est-ce un bon homme?

PEDRO

Oh! la meilleure pâte d'homme! bon caractère toutà-fail. Il passe sa vie à marier les gens. Grâce à ses soins , nous n'avons pas un célibataire dans le village. Oh ! c'est un honnne précieux pour l'état.

GERMENCET.

Et sa nièce ^

PEDRO

Charmante, belle, douce, aimable, bonne; elle fait tout ce qu'elle veut de son oncle. Je suis sûr d'avance qu'il va Vous l'offrir en mariage; mais je suis sûr aussi qu'elle vous refusera de la meilleure grâce. Maintenant que vous voilà au courant , donnez-moi mes instructions : que faut-il faire pour servir vos projets ?

GERMENCEY.

Kien : te taire seulement.

PFDRO.

Me taire , cela n'est pas difhcilo. Mais si Ton me fait des questions, il faudra mentir ; et franchement ,

SCENI-: Vlll. i83

fle|)iiis que je ne vous sers olus, je me suis amendé ; oui, je crois même que je suis devenu honnête liomnie,

GKRM EWCEY.

C'est nnpossible.

PEDRO

Mais vous êtes si séduisant ! pour peu "que vous le vouliez, je crains beaucoup pour ma réforme.

GERMENCEY.

Je t'entends.

PEDRO

Vous souvenez-vous que je vous ai servi dans une affiiire à peu près semblable? Je me rappellerai toute ma vie la manière généreuse dont vous vous comportâtes envers moi. Vous me dites un jour , en me jetant une bourse, mais du ton le plus doux, le plus gracieux : tiens, coquin, voilà trente pistoles.

GERMEIVCEY.

Cela n'est pas. J'ai bien pu t'appeler coquin ; mais te donner trente pistoles!...

PEDRO

C'est la vérité.

GERMENCEY.

Allons, puisque tu t'es rappelé si heureusement (puje t'ai donné cette somme.... je te la promets.

PEDRO

Je me rappelle aussi que vous m'avez souvent maii (|ué de parole.

Hein ?... Mais on vient.

r84 LES PROJETS DE MARIAGE.

P^DRO.

C'est mon maître. (^ pari.) Nous aviserons au.' moyens de nous faire payer.

( 11 sort. )

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