SCENE L
FÏRMTN, MICHEL.
MICHEL
S^uoi! personne ne vient nous recevoir : la singulière auberge !
FIRMIN
En attendant notre hôtesse, je vais écrire à ma chère Jenni : donne-moi mon porte-feuille.
MICHEL
Votre aimable Jenni me coûtera la vie si cela continue. Toujours sur les grands chemins; il faudrait être de fer pour résister à ce métier.
ARIETTE
Morbleu! je ne peux plus me taire, Votre amour est un vrai tourment; Il me faut toujours, pour vous plaire, Être partout au même instant.
3o8 LE TRENTE ET QUARANTE.
Pour attendre quelque lettre, Passer la nuit dans les champs ; Ou bien, s'il faut en remettre, Attendre encor plus long-temps.
Morbleu, etc.
Aller , venir , Rester , partir , Toujours courir !...
Jadis , du lis , de la i^ose J'avais l'éclat, la fraîcheur; Hélas ! c'est tout autre chose, A présent je me fais peur :
Las! que dira ma Gertrude?
Par le souci Je suis pâli , Je suis maigri ; Ce coup lui sera bien rude.
Elle n'a point l'habitude De voir ainsi son mari.
Morbleu! etc.
FIRMIN
C'est bon. Maintenant, il faut nous approcher discrètement de riiabitation de madame Derval.
MICHEL
Discrètement, c'est le plus prudent. Car enfili, si l'on se doute que nous sommes des amoureux, votre rival, celui qui doit épouser votre Jenni, pourrait fort bien, dans cette campagne isolée, nous faire un mauvais parti.
FIRMIN
Poltron ! Mais voici sans doute notre hôtesse.
SCEJNE Jl. 3o9