SCÈNE J
CHARLES, SUSETTP:.
( Ils arrivent des deux côtés opposés.) CHARLES.
Ah! je te trouve enfin, soubrette incomparable!
SIJSETTE.
Laisse-là tes douceurs, bavard insupportable! Parlons de nos amants. Ont-ils quelque projet ? Pourrons-nous voir ici Belval et son valet?
CHARLES
Ton favori Dubois, homme d'un grand génie,
Compte bien du tuteur tromper la bonhomie;
Malgré tout l'intérêt que je prends aux amants.
Il m'impatientait tantôt avec ses plans:
Parce qu'il fut valet d'un poète comique.
En esprit, en intrigue, il se croit Thomme unique.
SUSETTE.
Ah! je vois que de lui monsieur Charle est jaloux.
3G(j LES TUTEURS VENGÉS.
D'un esprit cultivé le drôle a tous les goûts : Il aime le plaisir, le vin, le jeu, la table; Enfin, mon cher Dubois est un homme admirable.
CHARLES, à part.
Ton Dubois aujourd'hui ne sera qu'un grand sot.
SUSETTE.
Quel est donc ce projet conçu par vous tantôt?
^il^ CHARLES.
De tromper le tuteur, d'enlever la pupille.
SUSETTE.
Mais tromper notre maître est-il aussi facile...?
CHARLES
Voulùt-on s'en moquer, sans risques on le peut. Il croit tout ce qu'on dit, il dit tout ce qu'on veut; Il est, tu le sais bien, de cette bonhomie Que, parmi le beau monde, on appelle ineptie.
SUSETTE.
Sur lui, sur son esprit, je pense ainsi que toi; Mais comment un tuteur d'un aussi bon aloi A-t-il sur ma maîtresse un aussi grand empire ? INous ne faisons jamais rien que ce qu'il désire. Notre porte est, dit-on, ouverte à nos amis; Et personne jamais près de nous n'est admis. Si, pour nous divertir, on prépare une fête. Un nouvel incident tout aussitôt l'arrête. Montrons-nous de l'humeur; c'est un autre moyen: On craint pour nos santés, nous ne sommes pas bien; De mille petits soins alors on nous accable. Et la dispute ainsi finit à l'amiable : Enfin, lorsqu'à chacun nous avons obéi.