‹ OEuvres complètes (volume 2)Chapitre 287 sur 340 · ACTE I, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE II

GESLIJV.

De la gaîtp ? Oh ! non : je sais m'accommoder aux circonstances ; voilà tout. Certainement je ne puis m'empêcher de faire une différence entre nos maisons de Paris et les iourtes que nous habitons : je ne parle pas de cette caverne ; c'est notre salon de compagnie,

STÉPHANOW.

Il nous serait bien impossible de nous y rassembler: chacune d'elles ressemble à la tanière de l'animal le plus féroce.

GESLIN

On y est à couvert , on y dort.

STÉPHANOW.

Oui, sur de misérables peaux d'ours. Et nos travaux quels sont-ils ?

GESLIN

Une chasse périlleuse : c'est l'occupation des héros; nous tuons des ours, des zibelines...

Afin d'enrichir l'impératrice. Et notre nourriture?

GESLIN

L'écorce des bouleaux et la chair des animaux que nous tuons. J'ai fait des repas plus délicats, sans doute, mais souvent avec moins d'appétit.

STÉPHANOW.

jNous ne pouvons avoir aucune propriété.

GESLIN

T^e dernier cosaque a le droit de nous en dépouiller.

STÉPHANOW.

Aucune société.

/,46 BKNIOWSKI.

GESLIJV.

N'avons-nous pas les Kamtschatdales , femmes charmantes?

STÉPH AIVOAV.

Ce sont des monstres hideux.

GESLIN

Ah! ma foi, au Kamtschatka...

Dans ces forêts, d'un regard curieux, Nous ne pouvons suivre nymphe légère ; Mais en revanche , au fond de leur tanière , Nous poursuivons des monstres furieux :

Quand nous avons triomphé de leur rage, Nous célébrons nos exploits glorieux. Pour des héros qu'enflamme le courage , Est-il , mon cher , un destin plus heureux ?

STÉPH ANOW.

A. la gaîté , quand son arae est livrée , Par la douleur la mienne est déchirée.

GEL IN

De l'amitié daigne entendre la voix :

Pourrais-tu donc méconnaître ses charmes ! De l'infortune adoucir les alarmes , Est le plus doux , le plus cher de ses droits : Bannis enfin le trouble où je te vois.

A peine la souffrance Vient tourmenter mon cœur.

Qu'aussitôt l'espérance Me promet le bonheur.

Qui sait braver l'orage ,

Page 1