ACTE 1, SCÈNE H
Le conjure souvent.
Allons, reprends courage, Et calme ton tourment.
i peine la souffrance, etc. •
Le faible se désole,
Et se livre aux soupirs ;
Le sage se console
Par d'heureux souvenirs.
A peine la souffrance , etc.
Oui , console-toi ; le temps approche où nous poutrons dire adieu à ce charmant pays.
STÉPH ANOW.
Je n'espère rien.
GESLIN
F^ourquoi ? Notre projet est bien conçu.
STÉPHANOW.
Il peut avorter : qui me répondra de la fidélité de Béniowski ?
GESLIN
Sa probité. C'est mon ami; n'en dis pas de mal.
STÉPHANOW.
Soit. Mais tu ne peux m'empêcher d'avoir des soupçons : Béniowski , depuis un an , est tous les jours chez le gouverneur; il aime sa nièce, il en est aimé. On dit même que M. Millow a écrit à l'impératrice pour obtenir sa liberté. S'il l'obtient , qu'aurat-il à désirer? Neveu du gouverneur, second de la vdle, époux fortuné, ira-t-il se mettre à la tête d'une
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conspiration dont le succès est incertain ? Non : s'il ne nous trahit pas , au moins il ne pourra nous servir.
GESLIN
Stéphanow, tu peux soupçonner Béniowski; tu n'es pas son ami : mais moi , qui lis tous les jours dans son ame, je réponds que, loin de nous trahir, il nous servira de son épée , de son sang. Aimé du gouverneur, Béniowski n'oubliera jamais ce qu'il doit à ses camarades d'infortune , il n'oubliera point qu'il ne peut, sans honte, abandonner un projet dont il fut l'auteur , et dont le succès tient tout entier à ses talents. STÉPHA.?f ow.
A ses talents! à ses talents! Il fut général polonais : je suis officier russe , et l'on peut , comme lui...
GESLIN
Tu peux avoir des talents militaires ; mais cela ne suffit pas pour diriger une conjuration aussi périlleuse que la nôtre. Béniowski a l'art peu commun de plaire à tout le monde : il séduit par son éloquence ; il inspire la confiance par ses lumières ; il donne du courage au lâche , il impose au méchant ; son esprit liant prévient toute querelle ; généreux avec ses ennemis , sévère quand il le faut, humain, éclairé, intrépide, il commande le respect , l'amour et l'obéissance. Ce portrait n'est point flatté, Stéphanow, et je gage que tu rends justice à l'original,
STÉPHANOW, à part.
Non , il ne l'est point, et c'est ce qui me désespère.
Et quel autre que lui pourrait mettre à fin notre